Salon de lecture.

Autours d’une tasse de thé blanc nous bavardons de nos vies, du temps qu’il fait. Le printemps est là dans l’air juste perceptible comme l’est la nature par temps de brume. Un parfum de léger de fleurs , des bourgeons sur les arbres, l’air se réchauffe.. la promesse des beaux jours , d’été..

Elle choisi un thé vert et moi un thé blanc sans sucre., bien évidemment. Pourquoi une telle assurance, parce que nous conversons depuis longtemps principalement de séries, de film ou de littérature..

Assise en face de moi les jambes croisées , elle me propose sa lecture d’un auteur que j’affectionne particulièrement et elle a choisi son roman le plus délicat.

Je vous laisse écouter ce que « Les enfants de minuit » de Salman RUSHDIE lui ont murmurer

Saleem Sinai, le héros de ce roman, est né à Bombay le 15 Août 1947, à minuit sonnant, au moment même ou l’Inde accède à son indépendance.

Il est doté de pouvoirs magique, comme les milles enfants nés entre minuit et une heure ce jour là.

Par son souffle l’auteur nous offre une sage familiale emporté par le cours de l’histoire. Il nous prend la main et nous fait traverser l’Inde sur son tapis volant. C’est un roman foisonnant, coloré, odorant, épicé …. à l’effigie de son pays. Nous voyageons du Cachemire chez les grands parents, à Bombay chez ses parents, au Pakistan ou l’on écoute Jamila sa sœur chanter.

« Aucune couleur, sauf le vert et le noir les murs sonts verts le ciel est noir (il n’y a pas de toits) les étoiles sont vertes la Veuve est verte mais ses cheveux sont noirs comme la nuit »

Nous voyageons avec Saleem dans des aventures burlesques ou grandioses. On plonge dans ce roman, on y voit les sari or, les rues poussiéreuses, on sent les curry….

On entend les différents dialectes, on est transporter dans l’Inde de Rushdie décrit avec tant de talent qu’il est impossible de ne pas être transporté, fasciné par ce récit.

Je leur dis:  » c’est la vérité. La vérité de la mémoire, parce qu’elle est particulière. la mémoire sélectionne, élimine, modifie, glorifie et dénigre aussi; mais à la fin elle crée sa propre réalité, sa vision des événements, hétérogène, mais généralement cohérente; et aucun être humain sain d’esprit ne fera plus confiance à la version d’un autre que la sienne »

Résumé l’intrigue est presque impossible, sous peine d’en dévoiler un peu trop.

Il s’agit de la vie d’une famille indienne de religion musulman, le Sinai-Aziz, de la perte de la foi de son grand père Aadam Aziz, jusqu’à la rupture avec le Pakistan et le retour de la Grande Mère Inde du petit fils Saleem qui est aussi le narrateur.

Tous les boulversements sociaux, politiques ou économique du pays trouvent leurs causes dans les événements qui parsèment la vie de toute sa famille.

Saleem subit la naissance de sa sœur et des enfants du quartier.

A 9 ans, il découvre qu’il a reçu le don puissant d’investir l’esprit des gens et enchevêtré avec son rôle de « symbole du pays dont il à hérité à sa naissance, faits de sa vie une étole aux fils multiple et indémêlable.

A 10 ans, il apprend qu’il y a 581 enfants, qui fêtent leur anniversaire en même temps. Il comprend le secret de l’heure de sa naissance, il décide de former sa bande qui s’étend sur tout le pays et dont le quartier général est derrière ses sourcils. Il crée ainsi le « Congrès des enfants de minuit »

A 11 ans il découvre l’impossible filiation familiale lors d’un transfusion sanguine. La famille le tolère amis migre au Pakistan.

Il s’engage dans l’armée et c’est une progression tout en noirceur à l’age adulte faite de cruelle absurdités, des propagandes, des coups d’état, des guerres, jusqu’à la liquidation des enfants de minuit par les sbires de la Veuve (Indira Gandhi).

C’est un livre merveilleux, à ne pas manquer

Accrochez vous au début et laissez vous guider par le conteur qui nous narre une histoire au réalisme magique.

Merci Myriam pour ce récit et cette critique ..

Le dernier soupir d’extase d’un lecteur.. Merci Monsieur Rushdie…

Sur l'auteur

Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d'origine indienne, né dans une famille bourgeoise à Bombay le 19 juin 1947. Il reçoit une éducation anglophone et anglophile avant d'être envoyé en 1961 en Angleterre pour y poursuivre ses études. De retour au Pakistan en 1968, où se sont installés ses parents, Salman Rushdie entre à la télévision pakistanaise. Victime de la censure du pouvoir pakistanais , il fuit en Angleterre où il travaille dans plusieurs agence publicitaire jusqu'en 1981.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit (Midnight's Children) pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années. Il écrit ensuite la honte sur l'agitation politique au Pakistan Objet d'une fatwa de l'ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de l'ouvrage Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d'expression et contre l'obscurantisme religieux. Il continue pourtant à écrire et de publier sans relâche, vivant dans la clandestinité et partageant son temps entre l'Angleterre et les États-Unis. Le dernier soupir du maure est publié en 1995.

Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.

 

La der

La disparition de l'arrière-grand-père Francisco, avalé par un lagon du sud de l'Inde, constitue un premier drame au sein de l'invraisemblable famille Gama-Zogoiby dont est issu le narrateur, dit « Le Maure ». Celui-ci est le fils difforme de la pétulante Aurora qui, sur des sacs de poivre, de cardamome et de cumin, a séduit l'humble Abraham. Très vite, les frasques de cette beauté perverse, peintre de renom, vont entraîner le Maure dans des situations aussi cocasses que périlleuses, depuis les bas-fonds des métropoles indiennes jusqu'aux milieux corrompus de la haute finance.

Mêlant la comédie et l'épique, la farce et le merveilleux, Salman Rushdie, tel un prestidigitateur, nous offre un de ses meilleurs romans — une œuvre sensuelle et picaresque, remplie de saveurs et de couleurs, à la gloire de Bombay.

 

Entre les lignes

Un roman sur la relation mère fils.

Allégorie du rapport de l'Inde et de ses habitants.

Résumer une œuvre si riche serai la réduire à une simple récit d'un destin. Le dernier soupir du mort est plus que ça.

Roman d'amour, d'apprentissage, récit engagé… Et j'en passe..


Dans le même style que Les enfants de minuit, Le dernier soupir du Maure est un roman qui reprend l'histoire de l'Inde et plus précisément de Bombay la ville d'enfance de Rushdie. « Á Bombay toutes les Indes se sont rencontrées et mêlées.» écrit-il, cette ville où il condense l'histoire de l'Inde post-décolonisation. Pour raconter l'histoire de son  » Inde », il prend comme personnage un enfant qui vieillit de manière accélérée et se trouve affublé d'un handicap supplémentaire, « Ma main droite: les doigts soudés en un bloc monolithique, le pouce réduit à une verrue rabougrie.», « une main marteau » qui sera l'instrument de sa vengeance et de sa rédemption. Comme dans Les Enfants de Minuit, le héros naît dans une riche famille et suit le destin de son pays. Quand l'Inde tombe dans la guerre civil, la violence, les héros de Rushdie tombent de leur piédestal dans les bas fonds, les quartiers pauvres des grandes métropoles indiennes. La violence du pays précipite la destinée des personnages.

« Mon histoire est celle d'un sang-mêlé de haute naissance qui perd la grâce .», Le Maure est le fils d'une riche héritière d'une famille de commerçant d'épices, catholique et d'un contremaître de confession juive « un Moïse d'entrepôt.». Un père effacé devant le caractère orageux de sa femme artiste peintre. Mais acteur de sa bonne fortune dans l'ombre. Histoire d'amour poivrée. De cette union naîtra quatre enfants, trois filles et le Maure, le narrateur.

Les filles d'Aurora vont connaître une destinée terrible :

« Aurora perdit toutes ses filles, vous savez, elles trouvèrent toutes le moyen de la quitter, et pourtant elles l'aimaient amèrement, elles l'aimaient avec plus de passion qu'elle ne pouvait leur donner en retour, elles l'aimaient plus fort que, privées de son amour réciproque, elle ne se sentirent jamais autorisées à s'aimer elles-mêmes.»

Aurora est une mère tyrannique ne supportant pas la médiocrité, ni la rivalité, comparé par l'auteur a un scorpion car elle fait du mal sans vraiment le vouloir, instinct grégaire de domination et de contrôle. Ce qui précipitera Le Maure dans les ténèbres des prisons de Bombay. Je vous laisse deviner comment et surtout pourquoi. Le suspens reste entier.

Roman picaresque, baroque où le style Rushdie prend toute sa force.

Roman à l'humour caustique qui remet en question fortement l'évolution politique et sociétale de l'Inde, notamment au niveau des tensions religieuses orchestrées selon l'auteur par le pouvoir d' Indira Ghandi, « Avant l'état d'urgence, nous étions des Indiens. Après, nous fûment des juifs chrétiens.» note Le Maure alias Rushdie.

Rushdie ne supportant pas le dictat de la religion ou de la politique critique avec une certaine constance dans ses romans les dérives du pouvoir politique et religieux.

C'est un roman que j'ai adoré, la justesse de l'ironie, le piquant et l'apparente folie de son style me charme. Chez Rushdie, le merveilleux, la magie, la mythologie indienne est insérée dans le réel pour mieux le dénoncer. Les dieux sont tombés sur la tête, à partir de cette idée pourquoi le monde tournerai rond? Si les dieux qui ont créés l'univers, les hommes sont fous, pourquoi serions-nous obligés d'obéir aveuglement à leur paroles.

C'est un roman si riche, si dense qu'il est très difficile de le résumer, car ce serai le réduire ! Cette mérite d'être découverte lentement comme on dénude une fille sublime pour ne rien perdre de sa beauté.. Si vous êtes un lecteur pas très assidu, vous devrez passer votre chemin, ce livre mérite d'être lu et relu pour un comprendre tout le sens et le charme du style Salman Rushdie.

Si vous aimez la liberté de ton, la critique et le second degrés, Rushdie sera votre compagnon. C'est un maître dans ce domaine. Lui seul sait manier les mots de cette façon. Tordre le récit, le temps, les personnages parfois jusqu'à les rendre difforme pour en garder que la substantifique moelle. Atteindre la vérité des lieux, de son pays qu'il aime passionnément et de ses habitants.

Bonne lecture à vous..

 

 

Un récit fantastique et une œuvre majeure ! Les enfants de minuit de Salman Rushdie

Sur l’auteur

 

Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d’origine indienne, né à Bombay le 19 juin 1947. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit (Midnight’s Children) pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années. Il écrit ensuite la honte sur l’agitation politique au Pakistan Objet d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de l’ouvrage Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme religieux.

La der

Saleem Sinaï, le héros de cet extraordinaire roman picaresque, est né à Bombay le 15 août 1947, à minuit sonnant, au moment où l’Inde accède à l’indépendance. Comme les mille et un enfants nés lors de ce minuit exceptionnel, il est doté de pouvoirs magiques et va se retrouver mystérieusement enchaîné à l’histoire de son pays. » J’ai été un avaleur de vies, dit-il, et pour me connaître, moi seul, il va vous falloir avaler également l’ensemble. » Alors se déroule sous nos yeux l’étonnante et incroyable histoire de la famille Sinaï : disputes, maladies terribles, guérisons miraculeuses – un tourbillon de désastres et de triomphes…

 

 

 

 

 

Entre les lignes

Voilà comment est décrite la genèse de cette œuvre immense, dans un texte écrit par Salman Rushdie en 2008 pour le journal Anglais The Guardian:

« Un jour de 1976 – lequel, je ne me rappelle plus exactement -, un jeune auteur qui se débattait avec une histoire aussi énorme que rétive décida de tout recommencer à zéro, en laissant son narrateur s’exprimer à la première personne. C’est ce jour que fut écrit l’essentiel de l’ouverture des Enfants de minuit*. «Il était une fois… je naquis à Bombay»; «Les bras de la pendule ont joint les mains pour m’accueillir avec respect»; «enchaîné à l’histoire»; «Morve-au-Nez, Bouille-Sale, Déplumé, Renifleux, Bouddha et même Quartier-de-Lune». Je me souviens encore du sentiment d’exaltation qui me submergea quand je découvris la voix de Saleem Sinai ainsi que la mienne par la même occasion. Rétrospectivement, j’ai toujours pensé que c’est ce jour que je devins enfin écrivain, après dix ans de tâtonnements. Telle fut donc «ma naissance, placée sous l’empire des pendules et entachée de crime». »

Nous y voilà donc en résumé, trente années de l’histoire de l’Inde, de son indépendance le 15 août 1947 à minuit à la régence d’Indira Gandhi dans les années 80. Œuvre magnifique et immense, difficile d’en faire un résumé et une analyse profonde tant les références aux différentes religions, dieux et jeux de mots anglo-saxons sont innombrables sur plus de 800 pages.

Résumer un livre qui est considéré par beaucoup de critiques literraires comme le roman qui a le plus influencé la littérature anglo-saxonne des trente dernières années est un exercice difficile.

En un très court résumé , Saleem Sinaï est né le jour de l’indépendance de l’Inde à minuit exactement et on suit son enfance, son adolescence jusqu’à l’âge adulte en parallèle de l’histoire de la nation indienne. Cet ouvrage est découpé en « trois partie », la première commence par les origines de Saleem, ses grands-parents.

Son grand-père médecin, sa grand-mère fille d’un riche propriétaire terrien de le region du Cachemire. Trois filles vont naître de ce mariage, dont la mère de Saleem. Amina, la mère du narrateur va accoucher le même jour qu’une de ses voisines, le jour de l’indépendance. A la maternité les bébés vont être échangés par une aide soignante qui deviendra la nourrice de Saleem. Son enfance il l’a passa à Bombay dans un quartier chic avec sa sœur cadette, tandis que le bébé échangé, Shiva, va vivre dans les taudis et les bidonvilles. Saleem comme l’avait prophétisé un sorcier avait des pouvoirs magiques dont la télépathie. Ce qui lui permettait de lire dans les pensées des gens et hommes politiques de son temps. Il rencontre par ce moyen tous les autres enfants nés à minuit. Il crée  » le parlement des enfants de minuit « , un lieu où les enfants ayant acquit les pouvoirs magiques de ce jour d’indépendance peuvent discuter de l’avenir de l’Inde. Il fait la connaissance de Shiva, son jumeau de temps, l’enfant dont il a pris la place, qui devient son ennemi. Pouvoir de télépathie qu’il perdra le jour où ses parents lui firent nettoyer les sinus.

La deuxième partie est l’adolescence de Saleem, la fuite des musulmans indiens vers le nouvel état créé pour eux le Pakistan. Il se découvrit un amour incestueux avec sa sœur, la plus belle voix du Pakistan. Repoussé, il participe à la guerre Inde Pakistan pendant que sous les bombes il perd sa famille, tous mort sous les bombardements indiens. Il perd la mémoire et ne sait plus qui il est. Il déserte et se perd pendant 8 mois dans la jungle. Pendant que Shiva son ennemi devient un héros de guerre et monte petit à petit les échelons de la société. Saleem l’enfant des quartiers riches de Bombay tombe dans la pauvreté tandis que Shiva accède à la reconnaissance,lui l’enfant des bidonvilles.

La troisième partie est l’âge adulte de Saleem, il rencontre une autre enfant de minuit  » Parvati la sorcière » qui vit dans les bidonvilles de Delhi et lui permet de recouvrer sa mémoire. Il se mari avec Parvati et à un fils. Il retrouve aussi son ennemi Shiva qui va pendant la campagne de nettoyages des bidonvilles lancée par Indira Gandhi, le faire prisonnier et le torturer. Parvati meurent sous les pelles des bulldozers et Saleem s’enfuit avec son fils retourne à Bombay où il retrouve son ancienne nourrice qui va l’accueillir dans son usine de conserve. Il va faire la connaissance de Padma sa future épouse et rédige son histoire pour son fils.

Allégorie de l’histoire de l’Inde, beaucoup de références aux religions et aux dieux hindous dans ce roman.

Saleem se voit a la naissance pourvu d’un nez énorme , son fils, d’oreilles gigantesques, deux héros qui ont les traits du dieu à tête d’éléphant Ganesh le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir; qui sont opposés à Shiva symbolisé par l’enfant échangé qui est comme le dieu A la fois créateur, préservateur, destructeur, dissimulateur et révélateur. Ce trio symbolise le combat du bien et du mal, comme si l’Inde, ce pays tout neuf devait éternellement combattre entre les politiciens, les militaires symboles pour l’auteur du mal et les gens du peuple, les vrais indiens. Tout au long du roman il les oppose.

Ainsi, l’auteur se déguise en Dieu pour pouvoir étudier son pays, ses mœurs et surtout sa politique. Critique politique très virulente surtout dans la troisième partie lors des campagnes d’embellissement que le pouvoir avait décrété. Campagne qui avait pour but de détruire des bidonvilles, de mettre en pratique la loi sur les contrôles des naissances par des stérilisations forcées sauvages d’hommes et de femmes. Salman Rushdie y consacre un très long passage, signe que cet campagne l’a profondément heurté. C’est vraiment la seule grosse critique politique de l’auteur ainsi que la corruption très présente en Inde.

Ce roman est classé par la critique dans le genre réaliste magique, et d’après les nombreuses voix dans le monde littéraire, il en est le meilleur représentant. Il a d’ailleurs été élu le prix du meilleur Booker Prize de l’histoire du prestigieux prix anglais en 2008.

Roman fleuve, 30 ans d’histoire indienne , roman compliqué si le lecteur n’est pas connaisseur de la culture et de l’histoire de cette grande nation. De plus la traduction française de ce texte en anglais n’arrive pas à retranscrire fidèlement tous les jeux de mots présents dans le livre, d’après l’aveu même du traducteur.

Lire ce roman, c’est accepter que le réel soit enchanté. Salman Rushdie a le pouvoir de prendre un fait réel et de le transformer en conte pour enfants, pour grands enfants.

Chaque page est une image de l’Inde à décoder, comme si ce pays était sans cesse à découvrir, même pour leur habitant ce pays restera un mystère.

Lisez ce livre à la fois baroque et burlesque, un roman d’un enfant de Bombay témoin de l’histoire de son pays.

Laissez vous emmener par ce roman dépaysant.. Drôle, déroutant et toujours captivant. Une lecture qui laisse des traces et vous rendrons ternes bien des lectures… C’est le danger ou la magie de certains grands romans…

Très très bonne lecture à tous !

 

Les versets sataniques – Salman Rushdie

Sur l’auteur

Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d’origine indienne, né à Bombay le 19 juin 1947. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit (Midnight’s Children) pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années. Il écrit ensuite la honte sur l’agitation politique au Pakistan Objet d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de l’ouvrage Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme religieux.

 

La Der

Un jumbo jet explose au-dessus de la Manche. Au milieu de membres humains éparpillés et d’objets non identifiés, deux silhouettes improbables tombent du ciel : Gibreel Farishsta, le légendaire acteur indien , et Saladin Chamcha, l’Homme aux Mille Voix. Agrippés l’un à l’autre, ils atterrissent sains et saufs sur une plage anglaise enneigée.

Gibreel et Saladin ont été choisis pour être les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Mais par qui? Les anges sont-ils des diables déguisés ? Tandis que les deux hommes rebondissent du passé au présent se déroule un cycle extraordinaire de contes d’amour et de passion, de trahison et de foi, avec au centre, l’histoire de Mahound, prophète de Jahilia, la cité de sable – Mahound, frappé par une révélation où les versets sataniques se mêlent au divin.

Salman Rushdie nous embarque dans une épopée truculente, un voyage de larmes et de rires au pays du bien et du mal, si inséparablement liés dans le cœur des hommes.


Entre les lignes

Les versets sataniques. Nous avons tous entendu parler de ce livre qui a valu à son auteur une « Fatwa » de l’ayatollah Khomeyni. On a tous vu les images de colère du monde musulman, les drapeaux brûlés, les manifestations et l’assassinat d’un éditeur. Nous avons tous entendu parler de cet auteur pourchassé de par le monde pour un roman.

Mais combien d’entre nous avons lu ce livre. Personnellement trois fois, à sa parution puis en 2001 et ce mois de janvier. Livre de circonstance, après l’affaire « Charlie Hebdo » et les rassemblements « #JeSuisCharlie ».

Salman Rushdie écrit  » le respect de la liberté d’expression ne peut exiger la tolérance de l’intolérable. Ce sont les idées qui sont néfastes, qui faut combattre. » Ce livre est un livre Accusation sur la religion et ces dérives. L’auteur se trouvant de confession musulmane, il va critiquer sa religion au travers de deux personnages.

Les deux personnages principaux sont les seuls rescapés d’un avion détourné par des terroristes qui l’ont fait explosé en plein vol au dessus de l’Angleterre, ils se réveillent échoués sur une plage enneigée. Recueilli par une vieille femme, leur vie a basculé. Tout d’abord Saladin Chamcha, indien anglecisé, et star du doublage appelée  » l’Homme aux mille voix » dans la profession, se transforme petit à petit en démon mi-homme mi-bouc, dans cette transformation il aura perdu sa femme, son travail. Chez Saladin l’homme se dispute avec le démon pour savoir qui aura le contrôle. Gibreel Farishsta célèbre comédien indien, lui se prend pour un ange. Il rêve et ces rêves sont écrits comme des feuilletons.

En premier, Il rêve de Mahound, homme d’affaire de la célèbre cité de sable à qui il donne des conseils à suivre comme un  » archange de la Visitation », sous forme de versets. A chaque fois que Mahound rencontre des problèmes avec ces « fidèles », Gibreel lui donne le verset adéquat. Mahound le prophète de la Soumission, le nom donné à sa nouvelle croyance, à des soucis car il a une femme dans chaque ville qu’il visite, l’archange lui permet grâce à un verset la polygamie. Dans ce rêve nous reconnaissons bien sur Mahomet le prophète. Dans un autre rêve, Ayesha emmène des villageois faire le pèlerinage à la Mecque même s’il faut risquer sa vie, en traversant  » la mer d’Arabie ». Pour convaincre les villageois récalcitrant, elle les menace que Dieu brûlera leur récolte s’ils ne la suivent pas.

Salman Rushdie au travers de ses épisodes nous montre que bien souvent la religion sert de justification aux hommes pour les asservir, même au péril de leur vie. Ayesha, elle représente plutôt la tendance dur de la religion car il faut pour vivre sa foi pleinement pouvoir donner sa vie a Dieu. L’auteur dénonce ainsi de manière nette les radicaux de sa religion.

Livre accusation. « les romans ne suppriment pas les règles, mais posent des question » écrit-il . Ce livre remet en question la religion musulmanne parfois de manière drôle, et parfois amer où finalement les  » pèlerins  » sont retrouvés tous noyés par exemple et où le prophète Mahound après une discussion sur une montagne avec « l’archange Gibreel  » interdit que les « hommes petent » . Livre blasphématoire, critique virulente des religions où finalement les prophètes ne sont que des hommes cherchant le pouvoir.

L’auteur dénonce l’élitisme, la répression des femmes, l’intolérance et la violence. « La foi religieuse, qui exprime les plus hautes aspirations de l’espèce humaine, est aujourd’hui, dans notre pays, la servante des instincts les plus bas et Dieu est la créature du Mal « 

Roman fleuve qui dans le style de Saul Bellow déroute volontairement les lecteurs. Les personnages sont un peu excentriques, souvent spectateur de leur époque, jetant un œil critique sur nos société, on voyage au travers de leurs pensées, oscillant entre le Bien et le Mal. Gibreel qui se prend pour un ange se retrouve finalemnt être un malade atteint de schizophrénie, et le démon Saladin porte la mauvaise conscience de n’être qu’un étranger dans son pays d’adoption, l’Angleterre et un mauvais fils car il a abandonné son père et sa culture pour être un parfait anglais. C’est le poids de cette situation qui le rend malade, il est rongé par le remord. Une fois en paix avec lui-même , il retrouvera son humanité. Gibreel retrouvera la réalité lui-aussi, à sa manière.

Je ne vais pas m’étendre sur les différentes allégories et fables de ce roman, on pourrai en écrire des pages.

Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ce roman subtil, du comique au tragique, on se laisse porter par le style si déroutant et désorganisé de Salman Rushdie. Découvrez les talents de conteur hors pair d’un auteur majeur de notre siecle. Cette critique lui a valu la peine de mort, preuve que les mots sont les seuls armes que les fous de Dieu, les tyrans et dictateurs craignent. Je suis un inconditionnel de Salman Rushdie sa prose me rappelle les contes des milles et une nuit, tradition millénaire que peu d’auteurs savent manier, voyage dans un monde symbolique où le rêve le dispute au réel.

Très bonne lecture…

La satyre dernière arme de destruction massive.

« Au nom de Dieu tout puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’ils les trouvent, afin que personne n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. »

— Rouhollah Musavi Khomeini

 

 

 

 

Lettre de Salman Rushdie

Nous publions ici la déclaration, dans son intégralité, de l’essayiste et romancier Salman Rushdie suite aux attaques terroristes qui ont frappé la France.

« La religion est une forme médiévale de déraison qui devient une réelle menace pour nos libertés quand elle est combinée avec un armement moderne. Ce totalitarisme religieux est à l’origine d’une mutation meurtrière au coeur de l’islam dont nous voyons aujourd’hui les conséquences tragiques à Paris. Je me tiens aux côtés de Charlie Hebdo, comme il est notre devoir à tous, car il faut défendre l’art de la satire qui a toujours été une force de liberté face à la bêtise, la malhonnêteté et la tyrannie. « Le respect de la religion » n’est qu’une formule qui renvoie en réalité « la peur de la religion ». Comme toutes les autres idées, les religions appellent la satire, les critiques et, oui, un irrespect dénué de toute peur.
Salman Rushdie »