Poésie du mercredi

Un mercredi poésie en compagnie de Federico Garcia Lorca

L’ombre de mon âme

L’ombre de mon âme.

Fuit dans un couchant d’alphabets,

Brouillard de livres

Et de mots.

L’ombre de mon âme!

J’ai atteint la ligne où cesse

La nostalgie,

Où la goutte de pleur se transforme,

Albâtre d’esprit.

(L’ombre de mon âme! )

C’en est fini

Du flocon de la douleur,

Mais il reste la raison et la substance

De mon vieux midi de midi de lèvres,

De mon vieux midi

De regards

Un trouble labyrinthe

D’étoiles enfumées

Brouille ma chimère

Presque fanée

L’ombre de mon âme !

Et une hallucination

Vient traire mes regards

Je vois le mot amour

Découragé.

Mon rossignol !

Rossignol !

Tu chantes encore ?

Federico Garcia Lorca

Ballade poétique du jeudi soir avec Federico Garcia Lorca

Une ballade amoureuse que je vous propose ce soir.;

Poème très difficile€ île mais une fois percé le mystère de la prose, l’effort en vaut la peine. Belle lecture

Mon cœur aurait la forme d’un soulier

Si chaque village avait une sirène .

Mais la nuit est interminable quand elle s’appuie sur les malades

Et il y’a des bateaux qui cherchent à être vus pour

Pouvoir se saborder tranquillement.

Si le vent souffle doucement

Mon cœur à la forme d’une fillette

Si le vent se refuse à sortir des cannaies

Mon cœur à la forme d’une millénaire bouse de taureau.

Voguer! Voguer! Voguer! Voguer!

Vers le bataillon de pointes inégales,

Vers un paysage d’affûts pulvérisés,

Nuit pareille nuit pareille à la neige, aux systèmes suspendus .

Et la lune.

Et la lune !

Mais non pas la lune.

Le renard des tavernes.

Le coq japonais qui s’est mangé les yeux.

Les herbes mastiquées.

Ne nous sauvent ni les vers solitaires sur les vitres

Ni les herboristeries où le métaphysicien

Découvre les autres versant du ciel

Mensonge que les forme. N’existe que

Le cercle de bouches de l’oxygène.

Et la lune.

Mais non, pas la lune

Les insectes,

Les morts minuscules sur les rives.

De l’iode à un endroit.

Les foules sur l’épingle.

La nudité qui malaxe le sang de tous

Et mon amour qui n’est ni un cheval ni une brûlure.

Créature au sein dévoré.

Mon amour!

Voici qu’ils chantent, crient, gémissent : Visage ! Ton visage ! Visage

Il y a quelques pommes,

Les dahlia sont identiques ,

La lumière a un goût de métal poli

Et le ch amp de tout un lustre tiendra sur la face de la pièce de monnaie.

Mais ton visage couvre le ciel du banquet.

Voici qu’ils chantent ! Crient ! Gémissent !

Couvrent! Grimpe! Effraient !

Il faut marcher, vite ! , vers les vagues , vers les branches,

Vers les rues désertes du Moyen Âge qui descendent au fleuve,

Vers les boutiques de peaux où tinte une corne de vache blessée,

Vers les échelles, sans craintes !, vers les échelles.

Il y a un homme tout pâle qui se baigne dans la mer ;

Il est si tendre que les réflecteurs en jouant lui ont mangé le cœur

Et au Pérou vivent mille femmes, oh ! Insectes !, qui nuit et jour

Font nocturnes et défilés en entrecroisant leurs propres veines.

Un minuscule gant corrosif m’arrête. Assez !

Dans mon mouchoir j’ai entendu le petit claque

De la première veine qui se rompt.

Prends soin de tes pieds, mon amour, de tes mains !

Puisque moi, il faut que je livre mon visage.

Mon visage! Mon visage! Ah mon visage mangé !

Ce feu chaste pour mon désir,

Cette confusion par besoin d’équilibre,

Cette innocente douleur de poudre dans mes yeux ,

Soulageront l’angoisse d’un autre cœur

Dévoré par les nébuleuses.

Ne nous sauvent ni les gens des boutiques de chaussures

Ni les paysages qui deviennent musique lorsqu’ils

Trouvent les clés rouillées.

Mensonge que les vents. N’existe

Qu’un petit berceau au grenier,

qui se souvient de tout

Et la lune .

Mais non, pas la lune.

Les insectes.

Les insectes seuls,

Crépitants. Mordants, frémissants, rassemblés, et la lune

Avec un gant de fumée, assise à la porte des ses ruines.

La lune

Lune et panorama aux insectes.

Frederico García Lorca

Poésie du jeudi

En ce moment je lis énormément de poète contemporain de tous;es continents.. je fais des recherches, je passe beaucoup;de temps dans les bibliothèques, les librairies, à chercher comme un enfant cherchant son doudou ou son jouet.

La poésie fait parti de la vie, tout dans ma vie est poétique. D’ailleurs la poésie n’est pas joyeuse mais magnifie le quotidien.

Oui, on peut être dans une mauvaise passe mais un poème m’aide à me sentir mieux dans les moments délicats de ma vie. Une rupture amoureuse, un amour récent, un amour naissant, un deuil ou la perte d’un ami ou amie ‘ désolé mesdames les partisante de l’écriture inclusive, ce qui d’ailleurs me heurte en lisant un texte rempli de .e .es.

A qui ressemblerait un poème d’amour en écriture inclusive, Victor Hugo en écriture inclusive, ou le livret de Carmen en inclusive.. une atteinte à la beauté de l’art littéraire!

Arrêtons avec ce sujet je pourrai en écrire des tonnes!

Je vais partager avec vous un poète espagnol Miguel Hernandez

Mais qui était t-il , un des plus grands poètes d’Espagne qui a 14 ans abandonne l’école et ses parents. Il passe son temps dans les bibliothèques Où il lit les auteurs majeurs de l’âge d’or de la littérature espagnole. Sans personne pour l’aider, pas de maître ou tuteur amour l’aider il publie en 1929 son premier poème dans journal hebdomadaire local. Il ne se repose pas sur ses lauriers, il part à Madrid deux fois. La première fois est un échec cuisant, la seconde il rencontre les auteurs fameux comme Pablo Neruda.

Pendant la guerre civil il se bat aux côtés des républicains , quand Franco annonce la fin de la guerre civil, il tente de fuir en au Portugal mais arrêté à la frontière, il passe du temps en prison à Madrid et écrit . En 1940, il est condamné à mort mais sa peine sera commuée en trente ans de peine de prison où il meurt atteint de la tuberculose en 1942.

Peinte, pas vide

Peinte est ma maison

De la couleur des grandes

Passions et disgrâces.

Elle reviendra des pleurs

Où elle fut conduite

Avec sa table déserte,

Avec son lit en ruine.

Fleuriront les baisers

Sur les oreillers.

Et autours des corps

S’envolera le drap

Son lierre puissant

Nocturne, parfumé

La haine s’amortit

Derrière la fenêtre.

Ce sera la douce griffe.

Laissez-moi l’espérance.

Miguel Hernandez

pour Maud

Dimanche soir rime avec René Char..

Ce soir, par un heureux hasard je suis tombé sur un poème. Rien de bien étonnant quand on a la chance d’avoir une bibliothèque comptant de nombreux ouvrages. Oui, j’ai bien dit le mot « chance », car les ouvrages, les bibliothèques où on les classe, les range selon un ordre qui nous appartient est une véritable aubaine.  

 Une bibliothèque est un meuble qui a une position particulière dans mon échelle de valeur. C’est un mobilier choisi et le seul que je choisisse avec soin, outre la capacité de rangement pur, il a pour rôle d’un écrin pour les romans et autres ouvrages. Oui, un écrin pour des livres qui ont contribués et continueront à contribuer à porter les idées, à véhiculer des passions, des sentiments, des personnages, des moments intenses de rêveries. 

Et voilà, je m’egare… Une petite digression… Raccrochons les wagons du train de mes idées.

Je parcourais donc les rayonnages de ma bibliothèque, et comme souvent je prends un livre au hasard. Je le feuillette et je tombe sur un texte qui fait écho à un roman que je viens de finir ! Bien entendu j’en ferai, si mon emploi du temps me le permet une chronique.

Ce poème/ texte aurait pu figurer en première page du roman, comme une porte d’entrée, une belle introduction. 

J’ai envie, avant de vous parler de ce deuxième roman de Vincent Message, de vous faire partager ce poème de René Char. 

Et au fait qui est Vincent Message ? 

Bonne lecture…

Transir

Cette part jamais fixée, en nous sommeillante, d’où jaillira DEMAIN LE MULTIPLE.

L’âge du renne, c’est-à-dire l’âge du souffle. Ô vitre, Ô givre, nature conquise, dedans fleurie, dehors détruite!

Insouciants, nous exaltons et contrecarrons justement la nature et les hommes. Cependant, terreur, au-dessus de notre tête, le soleil entre dans le signe de ses ennemis.

La lutte contre la cruauté profane, hélas, vœu de fourmi ailée. Sera-t-elle notre novation?

Au soleil d’hiver quelques fagots noués et ma flamme au mur.

Terre où je m’endors, espace où je m’eveille, qui viendra quand vous ne serez plus là? ( que deviendrai-je m’est d’une chaleur presque infinie).
La parole en archipel ( 1952-1960), édition Gallimard



Lundi poesie… Un ange passe et Baudelaire nous en parle..

Charles Baudelaire vous connaissez ? Le poète que je préfère et qui fait rimer les maux de mon âme tourmentée…

Ce soir j’ai choisi un poeme nommé Revesibilité  qui fait partie des fameuses Fleurs du mal ..

Étrange comme ses vers raisonnent avec l’actualité .. 


Réversibilité


Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,

La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,

Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits

Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse ?

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse ?


Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,

Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,

Quand la Vengeance bat son infernal rappel,

Et de nos facultés se fait le capitaine ?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine ?


Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,

Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,

Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,

Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?


Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,

Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment

De lire la secrète horreur du dévouement

Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides ?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides ?


Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,

David mourant aurait demandé la santé 

Aux émanations de ton corps enchanté ;

Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières !


À méditer…  Bonne soirée …

 

Un soir en compagnie de Raymond Carver…

  
Ce soir, un poème sur des choses simples. Non pas un poème simple, cela n’existe pas. C’est tout l’art de Raymond Carver, novelliste et poète américain (1938- 1988). Écrire ou décrire la banalité de la vie n’est pas une mince affaire. Non, c’est un art ! Et Carver y excelle.

Carver nous parle de situations, de sensations, de sentiments que tout le monde peut vivre ou à deja ressenti. Auteur minimaliste, il distille sa poesie comme une une discussion sur un canapé..

Ce soir on est A L’écoute….

A L’ÉCOUTE

 

C’était une nuit comme les autres. Dénuée

de tout sauf de mémoire. Il pensa

être passé de l’autre côté des choses.

Mais non. Il lut un peu,

écouta la radio. Regarda un moment

par la fenêtre. Puis monta. Au lit,

il réalisa que la radio était restée allumée.

Mais ferma les yeux malgré tout.

Au plus profond de la nuit,

alors que la maison filait à l’ouest, il se réveilla

avec des voix qui murmuraient. Et se figea.

Alors il comprit que c’était seulement la radio.

Il se leva et descendit. Il devait

pisser de toute façon. Une pluie fine

tombait désormais dehors. À la radio,

les voix s’évanouirent et réapparurent,

comme si elles revenaient de loin. Ce n’était plus

la même station. La voix d’un homme

dit quelque chose à propos de Borodine,

et de son opéra Prince Igor. La femme

à qui il s’adressait acquiesça, et rit.

Commença à raconter un peu l’histoire.

La main de l’homme s’écarta de l’interrupteur.

Une fois de plus il se trouvait en présence

du mystère. Pluie. Rires. Histoire.

Art. L’hégémonie de la mort.

Il se tint là, debout, écoutant.

 

 

 

(from Where Water comes Together with Other Water (1983))

Poesie du Mercredi…. Un poète amputé… Blaise Cendrars

En ce jour particulier où nous fêtons l’armistice de la guerre de 1914-1918, j’ai choisi un poète, écrivain, journaliste et un grand voyageur d’origine suisse, Blaise Cendrars né en 1887 et mort à Paris en 1961. 

  
Dés le début de la « Grande Guerre» , il s’engage comme volontaire étranger dans l’armée française  et  est très vite et versé dans la légion étrangère. En 1915, il est gravement blessé et est amputé du bras droit, cet accident donne lieu à la première ébauche de La main coupée en 1916. Il écrit deux récits de guerre bref mais puissant, le premier intitulé J’ai tué (1918) raconte le soldat Cendrars dans la violence de la première guerre mondiale avec pour thèse que toute l’énergie humaine déployée conduit au meurtre legal, et dans J’ai saigné (1938) le soldat mutilé tente de survivre en évoquait ceux que l’Histoire à oublié.  

En 1924, il voyage au  Brésil. Dans les années 30, il devient grand reporter et pendant la seconde guerre mondiale il est correspondant de guerre pour l’armée anglaise, mais devant la déferlante allemande il quitte Paris et se réfugie à Aix-en-Provence et 1948 s’installe à villefranche sur mer.c’est à partir de ses années de guerre et d’exile en zone libre que Cendrars va écrire ses mémoires, LHomme Foudoyé (1945), La Main coupée (1946), Bourlinguer (1948) et Le lotissement du ciel (1949). 

Dans les années 50, il collabore à la radio française.

Journaliste, romancier, poète, voyageur, Cendrars est un homme libre et toute son œuvre est placé sous le signe de la découverte, de l’aventure mêlant le réel à l’imaginaire.

Je vous laisse découvrir ce qui est pour moi l’un de ses plus beau poeme de langue française, peut-être le meilleur du XXème siècle. Il dit tout du monde, de la vie, des rapports sociaux, de la beauté du monde et de la vie, du mouvement nécessaire, de l’amour force motrice du monde et de la vie. Tout ça dit avec l’inimitable sobriété de Cendrars, l’éternel voyageur qui fuyait aussi bien l’amour que le monde ou lui-même, dans une course éperdue de steamers dont il laisse le parfum en héritage. Mais ni lui ni personne n’aura jamais synthétisé le tout en quelques vers, aussi modestement, sans donner l’air d’y toucher. Déclaration d’amour bien sûr, d’amour de l’autre, de la vie, et du monde.

                                                           Tu es belle comme le ciel et la mer
Quand tu aimes il faut partir

Quitte ta femme quitte ton enfant

Quitte ton ami quitte ton amie

Quitte ton amante quitte ton amant

Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses

Des femmes des hommes des hommes des femmes

Regarde les beaux magasins

Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre

Et toutes les belles marchandises
II y a l’air il y a le vent

Les montagnes l’eau le ciel la terre

Les enfants les animaux

Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre

Donne
Quand tu aimes il faut savoir

Chanter courir manger boire

Siffler

Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir

Ne larmoie pas en souriant

Ne te niche pas entre deux seins

Respire marche pars va-t’en

Je prends mon bain et je regarde

Je vois la bouche que je connais

La main la jambe l’œil

Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là

La vie pleine de choses surprenantes

Je sors de la pharmacie

Je descends juste de la bascule

Je pèse mes 80 kilos

Je t’aime

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924