Salon de lecture.

Autours d’une tasse de thé blanc nous bavardons de nos vies, du temps qu’il fait. Le printemps est là dans l’air juste perceptible comme l’est la nature par temps de brume. Un parfum de léger de fleurs , des bourgeons sur les arbres, l’air se réchauffe.. la promesse des beaux jours , d’été..

Elle choisi un thé vert et moi un thé blanc sans sucre., bien évidemment. Pourquoi une telle assurance, parce que nous conversons depuis longtemps principalement de séries, de film ou de littérature..

Assise en face de moi les jambes croisées , elle me propose sa lecture d’un auteur que j’affectionne particulièrement et elle a choisi son roman le plus délicat.

Je vous laisse écouter ce que « Les enfants de minuit » de Salman RUSHDIE lui ont murmurer

Saleem Sinai, le héros de ce roman, est né à Bombay le 15 Août 1947, à minuit sonnant, au moment même ou l’Inde accède à son indépendance.

Il est doté de pouvoirs magique, comme les milles enfants nés entre minuit et une heure ce jour là.

Par son souffle l’auteur nous offre une sage familiale emporté par le cours de l’histoire. Il nous prend la main et nous fait traverser l’Inde sur son tapis volant. C’est un roman foisonnant, coloré, odorant, épicé …. à l’effigie de son pays. Nous voyageons du Cachemire chez les grands parents, à Bombay chez ses parents, au Pakistan ou l’on écoute Jamila sa sœur chanter.

« Aucune couleur, sauf le vert et le noir les murs sonts verts le ciel est noir (il n’y a pas de toits) les étoiles sont vertes la Veuve est verte mais ses cheveux sont noirs comme la nuit »

Nous voyageons avec Saleem dans des aventures burlesques ou grandioses. On plonge dans ce roman, on y voit les sari or, les rues poussiéreuses, on sent les curry….

On entend les différents dialectes, on est transporter dans l’Inde de Rushdie décrit avec tant de talent qu’il est impossible de ne pas être transporté, fasciné par ce récit.

Je leur dis:  » c’est la vérité. La vérité de la mémoire, parce qu’elle est particulière. la mémoire sélectionne, élimine, modifie, glorifie et dénigre aussi; mais à la fin elle crée sa propre réalité, sa vision des événements, hétérogène, mais généralement cohérente; et aucun être humain sain d’esprit ne fera plus confiance à la version d’un autre que la sienne »

Résumé l’intrigue est presque impossible, sous peine d’en dévoiler un peu trop.

Il s’agit de la vie d’une famille indienne de religion musulman, le Sinai-Aziz, de la perte de la foi de son grand père Aadam Aziz, jusqu’à la rupture avec le Pakistan et le retour de la Grande Mère Inde du petit fils Saleem qui est aussi le narrateur.

Tous les boulversements sociaux, politiques ou économique du pays trouvent leurs causes dans les événements qui parsèment la vie de toute sa famille.

Saleem subit la naissance de sa sœur et des enfants du quartier.

A 9 ans, il découvre qu’il a reçu le don puissant d’investir l’esprit des gens et enchevêtré avec son rôle de « symbole du pays dont il à hérité à sa naissance, faits de sa vie une étole aux fils multiple et indémêlable.

A 10 ans, il apprend qu’il y a 581 enfants, qui fêtent leur anniversaire en même temps. Il comprend le secret de l’heure de sa naissance, il décide de former sa bande qui s’étend sur tout le pays et dont le quartier général est derrière ses sourcils. Il crée ainsi le « Congrès des enfants de minuit »

A 11 ans il découvre l’impossible filiation familiale lors d’un transfusion sanguine. La famille le tolère amis migre au Pakistan.

Il s’engage dans l’armée et c’est une progression tout en noirceur à l’age adulte faite de cruelle absurdités, des propagandes, des coups d’état, des guerres, jusqu’à la liquidation des enfants de minuit par les sbires de la Veuve (Indira Gandhi).

C’est un livre merveilleux, à ne pas manquer

Accrochez vous au début et laissez vous guider par le conteur qui nous narre une histoire au réalisme magique.

Merci Myriam pour ce récit et cette critique ..

L’appel aux étrangers vivant en France

En relisant le roman de Blaise Cendrars « j’ai tué » suivi de « j’ai saigné ». Je me suis rappelé qu’il avait été le signataire et l’inspirateur d’un appel en août 1914 signe par de nombreux intellectuels.

L’appel aux étrangers vivant en France

Cet appel a été placardé sur les murs de Paris puis repris dans la presse, Le Figaro, Le Matin, Le gaulois.

Blaise Cendrars a fait deux guerres mondiales et a été blessé au front et a écrit deux courts textes de cet épisode de sa vie. Texte dur, violent mais à lire absolument.

Je vous laisse cet appel

« L’heure est grave

Tout homme digne de ce nom doit aujourd’hui agir, doit se défendre, de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l’histoire ait jamais pu enregistrer.

Toute hésitation serait un crime.

Point de paroles, des actes.

Des étrangers amis de la France, qui pendant leur séjour en France, ont appris à l’aimer et à la chérir comme une seconde, patrie, sentent, le besoin impérieux de lui offrir leurs bras.

Intellectuels, étudiants, ouvriers, hommes valides de toutes sortes – nés ailleurs, domiciliés ici – nous qui avons trouvé en France la nourriture de notre esprit ou la nourriture matérielle, groupons-nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la plus grande France. »

Lectures au coin du feu

L’année commence et jour après jour Les libraires remplissent leurs rayons de nouveautés..

On farfouille, on attend nos auteurs favoris et leurs nouveaux romans.

Un véritable Phénomènes naturels

En ce début d’année littéraire m’offre l’occasion de renouer avec trois auteurs que j’adore.

Il est rare qu’une année nous offre trois des plus grandes plumes de la littérature française et américaine.

Ma première joie a été de découvrir le nouveau roman de Jonathan Franzen.

Écrivain majeur américain qui nous a déjà envoûté avec son roman Les Corrections qui est son premier roman traduit en français, mais en fait son troisième roman édité aux États Unis. Les Corrections paru en 2001 a récompensé son auteur du National Book Award. Freedom son quatrième roman paru en 2010 l’a vu sacré « Plus Grand Romancier Américain » par le Time Magazine.

Le style Franzen est difficile à expliquer, c’est un auteur qui a une extraordinaire manière de ressentir son époque, la société. Il décrit avec minutie et de manière ultra réaliste son époque, ses récits sont souvent multidimensionnels, croisant sans cesse les destins de ses personnages en tissant un savant mélange de situations cocasses à des histoires dramatiques. Il s’est aussi confronté au récit autobiographique dans Zone d’inconfort.

Dans son dernier roman Purity paru en 2015, il traite avec justesse de la prégnance des réseaux sociaux et de l’influence de plus en plus forte qu’ils ont sur la société, la politique. Roman dans lequel il pose la question de la Vérité et de la manière dont on peut la manipuler et dans quels buts.

Le premier février paraîtra son dernier roman Phénomènes Naturels qui est en fait son deuxième roman paru outre-Atlantique en 1992 mais seulement traduit cette année. On ne peut que déplorer ce temps perdu. Ce roman est multiple à la fois comédie familiale et thriller écologique et économique, c’est un second roman qu’on lira cherchant les prémices du romancier que Franzen est aujourd’hui. Nous verrons à travers la plume ascerbe de l’auteur des Corrections un pays qui se déchirent sur les ravages du Sida, les questions de l’avortement, les lobbys financiers.

N’oubliez pas ce roman, Phénomènes Naturels de Jonathan Franzen et vous serez peut-être un ou une inconditionnel de cet auteur majeur américain.

Et si la vie n’était qu’une Microfiction ?

Et la France dans tout cela, me diriez-vous ? Elle est présente et représentée par un auteur atypique Regis Jauffret.

Vous connaissez? Un petit effort de mémoire, quelques titres pour vous aider.

  • Asile de fous (2006)
  • Univers univers (2003)
  • Sévère
  • La ballade de Rikers Island
  • Claustria
  • Bravo

Et bien sûr le Roman.

Enfin les romans Microfictions paru en 2007, un improbable pavé de plus de mille pages contenant cinq cents histoires courtes de deux pages.

La surprise chez les lecteurs fût complète et maintenant ce Microfictions fait référence dans l’art de l’histoire courte. Cinq cents histoires noires qui mises les unes avec les autres forment une veritable peinture de l’humanité.

Onze ans plus tard, Regis Jauffret nous refait le coup. Un second volume d’histoires courtes de deux pages intitulé Microfictions2018 mais il pousse le noir, il explore nos tabous, nos angoisses le plus loin possible qu’il lui est possible. C’est le style Jauffret, explorer les angoisses, les tabous de l’humain sans vulgarité, sans en rajouter, mais avec ce style inimitable de pouvoir transformer l’horreur, l’ignominie en saynète de théâtre, en vaudeville.

Jauffret prend du plaisir dans ces histoires courtes, et cela se sent. Ce deuxième volume est aussi enthousiasmant, stimulant que le premier alors foncez!

Plongez dans ces Microfictions, immergez-vous dans cet horror show!

Mille et une vie ou l’exploration des possibles

J’ai gardé le meilleur pour la fin, le géant Paul Auster revient après trois ans d’écriture. Fini les entretiens, les interviews, les conférences. L’écriture et rien que l’écriture pour ce monstre, ce géant des lettres américaines. Paul Auster et son texte, un entre soi de trois années! Cela donne au final un immense roman de plus de mille pages, écrites, raturés, corrigés et finalisées. Il a forgé à l’encre les âmes de ses personnages, leurs destins et puis il a imaginé d’autres destins.

Mais qu’est-ce que la destiné d’un homme? Et si les choses s’étaient passé autrement?

Ce roman n’est pas un roman sur la destiné mais quatre romans d’initiations. Ce roman 4 3 2 1, ces romans pour être plus juste parlent de la destiné d’un même garçon. Quatre destins parallèles d’un même personnage ou peut-être est-ce un même destin de quatre garçons identiques. Paul Auster a imaginé l’histoire d’Archibald Ferguson de la naisssance au seuil de la vie adulte, Même parents, même lieu et année de naissance ( 1947 à Newark, New Jersey comme l’auteur). Mais une rencontre, un choix parentale diffèrent, une maladie change le destin de ce petit garçon.

En somme Paul Auster essaye d’analyser la part d’imprévu, à doser le probable, à quantifier l’éspéré de la vie.

D’après l’auteur, le projet initial du roman devait suivre ces personnages sur toute leur vie, projet titanesque! Rien ne fait peur à cet auteur mais il a trouver que la période la plus intéressante d’un être humain est celle de la naissance à l’âge de vingt ans. C’est une période où l’humain subit le plus de changements en un si court laps de temps. C’est aussi l’âge des possibles, de l’envisageable où le monde n’est qu’un vaste lieu en constante expansion.

Le bébé voit son monde réduit à son lit, les seins de sa mère et puis il marche et la maison devient un monde. L’école, les copains, les premiers émois amoureux tout est un monde qui s’agrandit jour après jour. Cela ne veut pas dire que passer l’âge de vingt ans, le monde cesse d’être exploitable ou qu’avec l’âge nous vient une connaissance parfaite de notre univers. Non ! Mais l’humain ralenti le rythme de ses transformations et de ses découvertes.

Sacré roman que voilà et l’on comprend mieux pourquoi il a fallu tout arrêter pour arriver à créer, a imaginer la part d’imprévu et les implications sur une vie.

Lisez ce roman et explorez les chemins des possibles.

Et si votre vie n’était pas celle que l’on croit..

Et si… Peut-être trouverez-vous la réponse dans ce roman des Contrevies

Immense coup de cœur hivernale pour le maître Paul Auster. Et si quelques-uns parmi vous, doutiez que j’ai lu tout ses romans. Je n’ai pas tout lu, j’en ai volontairement omis un…

Mais ne doutez pas de la fidélité à cet auteur fantastique !

Petit coup de cœur hivernale

Un petit coup de cœur, une petite extra systole littéraire pour ce roman que l’on présente comme la suite d’un livre qui a été primé Goncourt. Pierre Lemaitre vous le connaissez sûrement depuis que son livre Au revoir là-haut ( Prix Goncourt 2013) a été porté au grand écran avec paraît-il succès. En ce début d’année, il nous offre la suite de au revoir là-haut, avec Couleurs de l’incendie qui est le second volume de sa trilogie sur l’entre-deux-guerres.

Dans Au revoir là-haut, on finissait le roman sur la mort d’Edouard Pericourt, on se retrouve sept années plus tard dans Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaitre nous conte une histoire dans la France des années 30, une France qui n’est pas encore remise de la grande guerre gagnée dans les tranchées.

Nous suivons les héritiers Pericourt, le petit fils Paul notamment héros de ce roman qui a sept ans saute du second étages de la résidence familiale, et sa mère se posera la question de ce geste, la discrète Madeleine fille de Marcel et sœur d’Edouard. Elle va devenir le personnage central du roman. Le premier volume était un roman basé sur les hommes, les femmes sont ici à l’honneur. Madeleine seule contre tous.

Un roman à lire, un style fluide et une plongée dans le Paris des années 30. Rien que pour cela mon cœur est gagné.. un coup de Maître ?

Bien vieillir, une question d’avenir!

Message Important

Dans son édition de ce soir Mediapart, le journal en ligne, édite une enquête de Mathilde Goanec sur une maison de retraite du groupe ORPEA qui est un poids lourd dans le secteur de l’EHPAD. La journaliste de Mediapart a enquêté dans un établissement du groupe à Neuilly où apparaissent de graves dysfonctionnements dénoncés par les familles et les soignants. Cette maison de retraite privé est très coûteuse. En effet une chambre peut être facturée de 10.000 € à 15.000 € tout compris, il y a le luxe, la maison présente très bien mais !

Dans un autre établissement du groupe une femme âgée serait morte sous les coups d’une autres résidentes!

Parfois, il est bon que les familles, les salariés dénoncent et écrivent aux différents médias surtout que joindre les médias est de plus en plus simple.

Je vous met le lien pour lire cet article édifiant sur un secteur victime des coupes budgétaires et des dérives d’un capitalisme sans aucune régulation.

Cliquez ici pour en savoir plus : Chez Orpea, la fin de vie se paye au prix fort.

Mise à jour : Le gouvernement va débloquer 50 millions d’euros supplémentaires pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) a annoncé la ministre des solidarités et de la santé, invitée de RTL jeudi 25 janvier.

En plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale, « nous ajoutons 50 millions d’euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les Epahd qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens » a t-elle déclaré. (Source Journal Le Monde)

Petites histoires

Les soignants accompagnent dans les gestes du quotidien la personne âgée. L’aide à la toilette, à l’habillage, a la prise des repas, à l’hydratation. Ils dispensent les soins prescrits par les médecins et délivrent les traitements aux résidents.

Ils sont aussi responsables de la stimulation intellectuelle par le biais d’activité.

Ils sont responsables de l’intégrité physique et psychologique des personnes âgées.

Les maisons de retraites ou EPHAD étaient une belle idée, adapté au vieillissement et à la bonne prise en charge des patients.

Les cadres de santé, les infirmières et aides soignantes étaient fières de participer à cette prise en charge. On allait enfin s’occuper des personnes très âgées et des complications liées à leur grand âge ! Les moyens financiers et matériels étaient une promesse du président Chirac avant de devenir une Grande cause nationale.

Dans cette optique, les Ephad ont poussé comme des champignons. Tout était magnifique, les maisons seraient aidés par l’état, l’ARS subventionnerait les recrutements en personnel. Tout était réuni pour qu’un vieux finissent ces jours dans des conditions dignes!

Mais, car dans toutes les histoires il y a toujours ce Mais qui transforme le conte de fée en cauchemar…

Les beaux discours ne font pas forcément les actions.

Les postes promis, les budgets envisagés, tout s’est envolé. Le gouvernement à peut-être mal évaluer les problèmes liés au grand âge, et puis l’espérance de vie rallonge toutes les années.

En terme réel, pour être bien dans le contexte, un vieux vit plus longtemps, vieillit dans les structures, devient dépendant, voir très dépendant pour tout les actes de la vie courante. Il n’est plus rare de croiser dans des maisons de retraites des petits vieux frôlant voir dépassant la centaine d’années, ne parlant plus, recroquevillés dans un fauteuil dit confort ou coquille.

Donc la crise couve, le personnel doit jouer leur rôle et faire leur travail dans les meilleures conditions possibles.

Je sais chers lecteurs que vous êtes entrain de vous dire que tout ce que j’écris ou décris vous le savez ou le soupçonniez déjà. Mais entre l’envisager et le vivre au quotidien, il y a un fossé. Être confronté à des personnes fragiles, parfois malades, parfois violentes, démentes. Ce n’est pas simple à vivre et à simplement décrire.

Alors je vais mettre toutes les choses ressenties, partagées par de nombreux soignants et soignantes au cours de mes escales ponctuelles en EHPAD.

Dans ce texte je voudrais rendre hommage à mes collègues et à toues celles et ceux que je n’ai jamais croisé. Je suis très admiratif pour ces personnes qui y travaillent au quotidien. Pouvant supporter toutes ces tensions et ce métier qu’ils ont choisi par conviction et pour les valeurs qui le sous-tend.

On rationalise, on minute, on planifie mais rarement on écoute. Voilà le quotidien des soignants en EHPAD.

* Rationaliser

Il faut d’abord gérer l’effectif, les arrêts maladies sont nombreux en EHPAD. Les dos sont bloqués, les épaules, les poignets sont abîmés. Alors en embauchant à 7 heure du matin on attend de voir qui manque à l’appel. On croise les doigts et la journée l’effectif sera complet ou alors il manquera une, deux ou voir plus de salariés. Toujours rationnaliser, nous décidons de nous répartir les soins et le nombre de patients des personnels absents. Ce qui veut dire deux ou trois toilettes en plus. Bien évidemment nous oublions les plannings de douches, de kinésithérapie ou autres soins.

La direction veut que les Résidents soient propres et surtout soient présents en salle à manger pour les familles. Il en va de l’image de l’établissement.

Le porte monnaies parle plus en faveur de la présentation, du paraître que des problèmes. D’ailleurs selon les directeurs de nombreux établissements le discours pour les familles est qu’il n’y a aucun problème : la peur que les familles placent leur parent ailleurs.

Pendant que la direction sauve les apparences, les aide-soignante, les infirmiers et les ASH travaillent comme des forcats.

* Minuter

On doit savoir que les soins ont une durée et soins planifiés. Une toilette au lit est de 15 minutes. Un quart d’heure pour laver, changer, habiller et mettre dans un fauteuil une personne.

Une aide à la toilette, laver le dos, les jambes c’est 5 minutes.

Faire manger une personne dépendante c’est 10 minutes, pas plus.

Un change pour les personnes incontinentes et une mise à la sieste après le repas, c’est 5 minutes

Un lever de sieste 2 minutes

Et puis il faut les préparer pour la nuit. Certains établissements privilégient le coucher dit « précoce ». En langage clair, le résident est mis au lit entre 16 et 17 heure.

Dans d’autres, on se retrouve à 2 ou 3 soignants pour soixante personnes à coucher.

Voulez-vous ma pire expérience ? Nous nous sommes retrouvés à deux pour faire les coucher ! Le cadre prévenu de situation tendue, nous a laissé carte blanche : en gros faites pour le mieux.

Imaginez juste un moment coucher 20 personnes dans un temps défini. Il faut pour comprendre connaître les horaires de repas du soir et l’heure de la débauche comme l’on dit dans le métier. Les chariots repas sont livrés à 18 h 30 et les soignant débauche le plus souvent vers 20 h 30 ( ce ne sont pas des horaires exactes mais fonder sur les nombreuses missions ou vacations que j’ai faite.) Donc on se retrouve à faire manger une soixantaine de personne à 18 h 30/ 19 h le plus rapidement possible tout en sachant qu’il faut tous les coucher avant 20 h 30.

C’est une course contre la montre qui s’engage pour les faire manger le plus rapidement possible. Repas rapide, coucher rapide.

* Planifier

En EHPAD comme dans d’autres structures de soins tout est planifié, le temps pour une toilette, l’heure des repas, des couchers, le temps pour faire un lit, changer des draps.

Planifier, les soins, faire le tri entre les soins urgents. Surveiller les gens susceptibles de finir leur jour. Coordonnées les visites de médecin.

Pour nous aider a bien planifier, l’informatique est là. Programme de planification de soins, transmission sur support informatique, liste de patient pour les toilettes. Planifier les demandes de personnels quand les titulaires sont en maladie..

Planifier le chaos c’est notre occupation principale.

Il faut aussi gérer les différentes plaintes plus ou moins justifiées des familles. Gérer aussi les gens qui déambulent, qui deviennnent violents. Accorder du temps aux familles des résidents en fin de vie. Et faire la visite avec les différents médecins traitants. Parfois il y a un médecin référant mais il se peut que chaque résident ait son médecin personnel. Je vous laisse imaginer les soucis de coordinations, la perte de temps et la mise à jour des traitements pour 60 a 80 patients en moyenne.

Planifier, minuter, rationaliser. Est-ce vraiment notre travail à nous soignant. Sommes nous des gestionnaires, des spécialistes de relations publics, des assistants sociaux et aussi des salariés des ressources humaines?

La réponse est simple : non !

Et puis sommes nous des gens qui devons travailler à la chaîne, faire des pansements, des toilettes avec un chronomètre en poche. Nos chers dirigeants ont oublié que l’on travaillait avec des êtres humains, qui parfois ont besoin de parler, de rire ou d’être rassuré. Les patients ou résidents ont besoin avant toutes choses d’interactions de bases humaines.

Malaise

Les soignants ne se reconnaissent plus dans ce système, ils sont en perte de valeurs. Ils ne savent plus pourquoi ils travaillent. Ils avaient choisi ce métier comme moi avec le désir chevillé au corps, l’envie de se rendre utile, de prendre soins de l’autre. C’est encore plus vrai pour les personnels ayant choisi l’ephad pour travailler. D’année en année les conditions de travail se dégradent, les conditions de vie des résidents aussi, tout est lié. Quand le système broie le soignant, il broie aussi le résident. Résident qui lui n’a rien demandé si ce n’est finir ses jours tranquillement.

En EPHAD les problèmes des soignants sont nombreux quand on prend le temps de les écouter, les revendications sont nombreuses : le manque de personnel est la première des choses qui revient dans tous les discours. Les salaires qui sont devenus indécents. Les rythmes de travail, les jours de repos qui sautent pour remplacer les absences, les congés annuels repoussés, parfois des horaires de nuit viennent s’intercaler dans un cycle de travail de jour.

Me viens une question, interrompons notre liste revendicative un instant, voulez-vous ?

Une question, chers lecteurs qui êtes peut-être salariés :

  • Accepteriez-vous des contraintes de travail si énorme?
  • Accepteriez-vous que vos horaires, vos jours de repos soient changés du jour au lendemain?
  • Enfin, accepteriez-vous d’être payé au smic pour subir toutes ces contraintes?

Je pense sincèrement que la réponse serait NON!

Et peut-être que cet article vous ouvrira les yeux sur une profession en grande difficulté. Si vous avez une personne placée en EPHAD ou qui y travaille, vous penserez différemment.

Puis vient le manque de respect des résidents, cette impression d’être maltraitant sans le vouloir mais on le devient par manque de temps à consacrer à l’humain. Ces hommes et ces femmes font ce métier parce qu’ils aiment les gens! Ils placent les relations humaines au dessus de tout, le système fait qu’ils ne peuvent plus être dans ce rôle, celui qui soigne par les mots, qui réconforte par une simple main tenue.

Bien évidemment certains soignants tentent de se faire entendre, par des lettres, des grèves très peu médiatisées mais l’état, les collectivités et même les citoyens français restent sourds.

Ils restent à ces femmes et hommes courageux que leurs consciences professionnelles pour continuer le travail, pour continuer les soins et ne pas trop pénaliser les résidents. Pour continuer à les aider à bien vieillir

Il faut que l’on ouvre les yeux sur les moyens, les problèmes sociaux de ses établissements.

Nous sommes des personnes âgées en devenir, un jour ou l’autre nous serons à la place de ces petits vieux.

Le gouvernement a mis en place des pansements, charte de la bienveillance, conseils réunissant les familles et les intervenants, questionnaires de satisfaction. Mais on se moque toujours un peu du monde. Non?

On ne veut pas remédier radicalement aux nombreux problèmes que posent le vieillissement de la population française.

Tout les ministères sont concernés, la santé bien sûr mais aussi le budget, l’économie et l’emploi. C’est une question qui dépasse les clivages politiques traditionnels, les querelles de clocher.

Ouvrons les portes des EHPAD à un maximum de publics, médiatisons le sujet, informons dés l’école ce que vieillesse veut dire et par pitié arrêtons avec les clichés des années de sagesses, du nombre d’année qui se transforment en nombre de printemps, et j’en passe. En matière de communication, la vieillesse est un sujet délicat. Doit-on expliquer l’incontinence, les troubles cognitifs, la perte d’autonomie au public pour qu’il comprenne que la prise en charge en maison de retraite devient vite une priorité.

Expliquer aussi que les couches que l’on appelle pudiquement des protections sont chères, qu’un fauteuil confort est aussi coûteux.

Qu’une maison de retraite médicalisé a besoin de soignants réellement formés et bien rémunérés pour une bonne prise en charge. Elle a besoin aussi de matériels adéquats et en nombre suffisant.

Il faut absolument que nous nous posions la question de savoir ce que l’on veut pour nos vieux jours.

Que voulons-nous pour Notre Bien Vieillir ?

Le système actuel doit évoluer car dépasser par le nombre de personne âgée à prendre en charge et les pathologies qui y sont associées.

Le chantier est énorme et nécessite des moyens, du temps et surtout une réelle volonté d’agir . Bref du courage politique.

Nous attendons beaucoup de l’état, ce qui est normale au vu de notre imposition, mais que pouvons nous faire en tant que citoyen?

Simplement soutenir les différents mouvements de grève, écrire à son maire, au député. Alerter les autorités quand on a un parent qui réside dans un établissement où l’on constate des choses qui paraissent bizarre. On peut aussi relayer auprès de la direction des établissements les dysfonctionnements constatés. A petite échelle nous pouvons agir aussi.

Une petite info au passage

Une intersyndicale (FO, CGT, CFDT, UNSA, CFTC, CFE-CGC et SUD) a lancé un appel à la grève dans les Ehpad, le mardi 30 janvier, pour protester contre la « suppression massive de postes » due selon les organisations syndicales à une « une réforme de la tarification introduite par la loi vieillissement ». Ils demandent « l’augmentation des effectifs, gage de l’amélioration de la prise en charge des résidents ». (Source Journal Le Monde daté du 25 janvier.)

Allez soutenir dans les EHPAD de votre ville ou village ces protestations qui nous concernent ou qui vont nous concerner à plus ou moins brève échéance.

L’hôpital n’est plus très hospitalier

Mise à jour : suite à la lecture d’un article du journal Le Monde .

Objectif de 70 % de patients en chirurgie ambulatoire d’ici cinq ans, c’est-à-dire 2022, la ministre de la santé l’a rappelé ce jour que c’était une priorité du gouvernement pour faire des économies.

Quelles sont les spécialités concernées?

  • La gynécologie
  • L’urologie
  • La stomatologie
  • La chirurgie vasculaire
  • La chirurgie digestive

Ces quatre disciplines sont visées directement par l’ambulatoire et j’ajouterai l’orthopédie depuis deux ans où l’on voit des patients rentrer le matin pour une prothèse de hanche ou de genoux et rentrer le soir chez eux.

Miracle des techniques médicales, meilleures prises en charges de la douleur et meilleures techniques d’anesthésie. Bref une vrais bonne chose.

Mais, car il y a toujours un mais, le verso de la médaille. Un mirage, un fantasme français qui dure depuis plus de 20 ans!

Encore le mirage de la réduction des coûts par l’ambulatoire qui dure depuis les années 90. Bien sûr, sur le papier la chose est bonne. Les patients demandent à rentrer chez eux le plus rapidement possible, l’hôpital fait des économies en coût d’hébergement( les patients restent une journée ) et celui du personnel de nuit qui est restreint puisque il y a moins de patient à surveiller.

Mais fait-on réellement des économies avec l’ambulatoire?

Les médecins sont pour, mais ils sont d’accord pour n’utiliser que des techniques les plus simples évitant ainsi que le patient revienne se faire ré-opérer suite à des complications. Ils insistent aussi sur le fait que l’ambulatoire doit s’accompagner d’un suivi et d’infrastructure pour le suivi à domicile évitant ainsi une nouvelle hospitalisation. Ils ont aussi la crainte que la chirurgie ambulatoire soit synonyme de désengagement des politiques et pouvoir public dans le système de santé français.

Mais pour cela il faut des moyens, des budget. Donc fini les belles promesses d’économie!

De plus du côté du personnel, les charges de travail sont plus lourdes. En effet les patients nécessitant le moins de soins et d’attention rentrent chez eux laissant la place pour les patients qui restent hospitalisés qui sont les plus «lourds» en terme de soins et surveillance mettant à mal le fameux «une infirmière pour douze patients» en vigueur dans les services actuellement. Situation intenable que la marche forcée vers l’ambulatoire a causé de telles tensions que l’hôpital de Nantes a dû embaucher des aides-soignantes pour désamorcer la crise. Certains services ont dû se réorganiser, emplois du temps, rythme de travail et conscience de sa profession qui sont bousculés. Le nombre d’opérations sont en augmentations, les services de bloc, de salle de réveil et de stérilisation sont très sollicités, à la limite de la crise, du désengagement. Ces personnels n’ont plus la perception de leur travail, le terme «usine» est le plus utilisé pour qualifier l’hôpital.

Que dire des services d’ambulances qui sont deux fois plus utilisées, l’assurance maladie obligeant les médecins à solliciter un transport couché pour un patient opéré pour certaines pathologies. Incroyable gâchis financier. Le nombre de nouvelles hospitalisations suite à une intervention subit en ambulatoire est en augmentation souvent dû à une mauvaise prise en charge de la douleur ou du contexte social.

Les médecins sont pour, les patients sont pour, mais les pouvoirs publics sont dépassés par des questions qu’ils n’avaient pas imaginé notamment le fait qu’une intervention en ambulatoire est toujours moins payé qu’une chirurgie d’un patient hébergé à l’hôpital.

Oui l’économie promise à marche forcée vers l’ambulatoire est un leurre. Une espèce de fantasme que les grands argentiers de l’hôpital et de la santé ont voulu vivre. Le désastre est amorcé.

L’ambulatoire sera aussi la tombe de l’hôpital comme l’idée d’un refuge. L’hôtel-Dieu est abandonné de nos divinités remplacées par celles de la rentabilité !

A l’origine l’hôpital était un lieu particulier, une anomalie dans un temps où les pauvres n’étaient rien.

Au Moyen Age, les hôpitaux français étaient intimement liés à la religion chrétienne puisqu’ils étaient fondés par l’Eglise catholique et administrés par les membres du clergé. L’hôpital n’est pas encore un établissement de soin tel qu’on le connaît actuellement mais un établissement d’assistance, une œuvre de charité.

Les rois, les reines, les puissants bourgeois avaient droit aux médecins, aux soins prodigués par des «soignants». Médecine très empirique et basée sur la saignée et d’obscures croyances.

Mais les médecins ne s’attachaient pas à soigner les pauvres.

Par exemple, Certains grands seigneurs comme le fameux et richissime chancelier de Philippe Le Bon, qui en 1443 fonde les fameux hospices de Beaune.

« Moi, Nicolas Rolin, chevalier, citoyen d’Autun, seigneur d’Authume et chancelier de Bourgogne, en ce jour de dimanche, le 4 du mois d’août, en l’an de Seigneur 1443 … dans l’intérêt de mon salut, désireux d’échanger contre des biens célestes, les biens temporels … je fonde, et dote irrévocablement en la ville de Beaune, un hôpital pour les pauvres malades, avec une chapelle, en l’honneur de Dieu et de sa glorieuse mère … »

Le 1er janvier 1452, les hospices de Beaune ou Hôtel-Dieu sont ouvert «ce palais aux pôvres malades», pauvres, indigents, vieillards. En 1459 Nicolas Rolin obtient la création de l’ordre des Soeurs Hospitalières de Beaune dont la règle associe vie monastique et soins aux pauvres et aux malades.

Donc ce Nicolas Rolin en 1443, lance ce qui sera notre fondement de l’hôpital. Nous sommes au moyen âge après la guerre de cent ans et un homme a l’idée dans ces temps obscurs d’ouvrir un lieu pour accueillir les malades, les mourants.

Et dire que l’on a une image si négative du Moyen âge. Cette époque historique, peuplée de gens qui sont des fanatiques religieux et ne rêvent que de faire griller les gens qui sont d’une autre obédience ou croyance qu’eux. Donc en ces temps d’obscurantisme religieux et d’étouffement de la pensée et de la science recèlent des trésors.

Lecteurs lisez par pitié les traités de Umberto Eco et vous changerez de point de vu sur cette époque. Bref, un homme du moyen âge ouvre un établissement pour soigner gratuitement les laisser pour compte.

Soins aux pauvres et indigents GRATUITEMENT, sous couvert de religion bien évidemment.

Durant des siècles, l’hôpital était un refuge pour les pauvres qui ne pouvaient se payer des soins. Les indigents y trouvaient soins, secours et a manger et du réconfort auprès de religieuses. L’hôpital était une véritable vocation comme l’est la religion.

L’hôpital était hospitalier. Pendant des centaines d’années, les médecins, les sœurs ou les prêtres œuvraient bien souvent avec peu de moyens et l’hôpital existait grâce à la générosité de riches seigneurs, nobles ou bourgeois.

Le système fonctionnait, l’hôpital évoluait en véritable centre de soins, recherche médicale, formation des médecins et des infirmières. Peu à peu au travers des siècles les religieux ont disparu des couloirs des hôpitaux, pour laisser place aux médecins. Et puis les cols blancs ont remplacé les blouses blanches dans les sphères du monde décisionnaires.

Aujourd’hui cette idée géniale d’humanité et battu en brèche. On attend plus que son enterrement. D’année en année, de plan économique et drastique on tue l’idée brillante, peut-être la seule qu’il nous restait venu d’obscure homme du Moyen-âge.

Peut-être que l’obscurantisme n’est pas là, sur la frise chronologique, où on la situait. On commence sûrement à y entrer, l’obscurantisme de l’argent qui recouvre d’un voile opaque toute l’humanité qu’il nous restait.

En tant que soignant, nous avons des valeurs, une éthique que l’on apprend pendant notre formation et qui est notre socle commun professionnel. Médecins, infirmiers, aide-soignant et autres intervenants dans le monde hospitalier nous sommes aux services des patients quels qu’ils soient.

Ces valeurs professionnelles, j’y suis, comme nombre de mes collègues profondément attachés. Mais aujourd’hui, je ne retrouve plus ces valeurs, je n’arrive plus à les mettre en pratique. Le système y est pour quelque chose.

Plan hôpital, rationalisation des soins, de la durée de séjour, facturation à l’acte ou T2A, traçabilité patient, matériel et autres

Plan d’économie, plan de secours. L’hôpital est malade. Malade de sa gestion d’entreprise non adaptée à sa mission de service public.

Pourrait-on différencier l’hôpital d’une clinique, l’hôpital d’une entreprise?

Gérer la santé comme un bien de consommation est intolérable pour les soignants et est d’une incroyable imbécilité. Comment peut-on réellement dire suivant des statistiques qu’une prothèse de hanche c’est 2 jours d’hospitalisation en service de chirurgie ou une Néphrectomie ( ablation d’un rein) c’est 4/5 jours d’hospitalisation.

Si l’on suit cette logique, nous sommes tous des humains fait dans un même moule. Et nous répondons aux traitements de la même manière. Nous récupérons d’une opération suivant les critères de durée de l’assurance maladie. Nous gérons et ressentons la douleur de la même manière, parce que les statistiques l’ont dit.

Ne parlons pas des patients et de leur environnement social. Bien souvent, la patientelle de l’hôpital public est pauvre, précaire socialement. Bien souvent, les soignants se retrouvent avec des patients qui sont atteints de pathologies lourdes qui méritent un suivi à domicile, parfois il faut un domicile pour mettre en place les soins. Parfois il faut de la famille pour surveiller le patient, l’accompagner et l’aider. La population qui vient se faire soigner est dans la misère sociale et affective ce qui complique bien souvent la sortie. Combien de fois mes collègues et moi-même avons-nous dû nous battre contre le médecin pour différer la sortie d’un patient parce qu’il retournerai dans la rue après son opération car il était sans domicile fixe. Trouver une place pour une maison de convalescence à quelqu’un qui ne possède pas de mutuelle mais à droit à la CMU. Autant de situations complexes, le soignant se transforme à l’hôpital tour à tour en assistante sociale, psychologue, secrétaire pour prise de RDV radio ou IRM, et accessoirement nous faisons notre métier qui est je le rappelle de dispenser des soins et traitements.

Le système de soins broie le patient.

Parlons de la manière dont on gère les soignants, le fameux Service Ressources Humaines. Les personnels hospitaliers ne sont pas soumis au code du travail mais au code de la fonction hospitalière, en gros les fonctionnaires hospitaliers sont corvéables à merci. Les RTT qui sautent, les nuits qui succèdent au jours et inversement suivant les besoins en personnel, n’oublions pas les changements de services et les changements de plannings de dernières minutes. N’oublions pas la notation du cadre, cette nouvelle tyrannie pour calmer la grogne. En effet, une mauvaise note et c’est le salaire qui ne progresse pas, la carrière qui est bloquée. Le cadre dans le milieu hospitalier a un énorme pouvoir, les RTT, les repos, les contre postes, les congés annuels et puis les petites mesquineries du genre, la commande de pharmacie qui est faite toujours par la même personne, etc.. Ce qui est le plus dur à vivre c’est le manque d’humanité dans les ressources humaines. Nous ne sommes qu’un numéro de matricule, sans aucun remerciement quand on remplace au pied levé une collègue ou quand on travaille en sous effectif. Jamais un merci, jamais une marque de reconnaissance. Pas besoin que cela prenne une forme pécuniaire, juste un petit mot glissé dans l’enveloppe de notre fiche de paie.

Nous ne sommes pas les plus mal lotis en France. Il est vrai que nous avons un métier, un salaire et du travail. Mais notre salaire contrairement au privé n’a pas évolué, le point est gelé depuis de nombreuses années.

Le système broie les soignants.

La clinique fonctionne comme une entreprise, rentabilité, taux d’occupation, temps opératoire, location de salles d’opération, beaucoup de sous-traitance. Réduire le personnel en fonction de l’activité. C’est une usine à fric, les chirurgiens, médecins sont du privés et surtout trient leur patients en fonction de leur état de santé général, de l’argent qu’ils possèdent. Ce qui est beaucoup plus simple pour les suites opératoires, le placement en convalescence… Les statistiques de la sécurité sociale sont remplis, on opère beaucoup en ambulatoire, protheses de genoux ou hanche, même certaines nephrectomies partielles sont faites en ambulatoires. Les services de chirurgie sont devenus des services ambulatoires. Les patients sont des actes, des K.

les soignants eux subissent, la baisse de salaire, les problèmes de personnels, les sous effectifs voulus pour plus de rentabilité. Les cadences opératoires infernales, les caprices des médecins et leurs tons méprisants. Une clinique n’est pas dans la philosophie de l’hôpital, mais c’est peut-être l’idéal des cols blancs qui ont pris le contrôle des centres hospitaliers.

Le système broie les patients, les soignants mais dans quels buts?

Je ne comprends pas le but de ce gigantesque chantier de destruction. La médecine a fait d’énorme progrès, les techniques opératoires ont permis à une opération lourde d’avoir des suites plus simples. La recherche a fait un pas de géant raccourcissant la durée de surveillance post-chirurgicale. Et puis il y a encore beaucoup à attendre et à accomplir. Mais le progrès scientifique pour qu’il ne pousse personne à la porte.

Oui notre progrès médical va plus vite que nos progrès sociaux. On soigne vite des gens qui n’ont toujours pas de lieu pour dormir au XXIe siècle. On opère et remet des gens sur pieds dont la vie est plus bancale et précaire qu’une prothèse de hanche luxée.

La recherche va si vite que nous les soignants, n’avons plus le temps de parler à nos patients, de leur prendre la main ou d’avoir le temps de composer un numéro de téléphone pour eux. Notre temps est prit par remplir des tonnes de papiers, à répondre à des dizaines de coups de téléphone et à courir après les médecins pour avoir des prescriptions correctes.

Notre questionnaire d’entrée et d’admission comporte bien une case adresse, personne à prévenir et retour à domicile ou en SSR. Mais le système n’a pas trop tenu compte de ce recueil de données ou n’a pas voulu.

Finalement, je suis sûr que le but au final serai le bien-être du patient mais pas le patient réel, un patient riche, éduqué et ayant une hygiène de vie parfaite. Le patient parfait ! Est-ce le cas dans tout les établissements de soins? Avons-nous vraiment croisé ce patient parfait dans nos services?

Aujourd’hui nous avons un nouveau défi, mettre la science médicale au service de tous les patients!

La santé est un bien commun, elle appartient à tout le monde. Être en santé, avoir la possibilité de se soigner afin de la conserver devrait être un combat, une priorité de nos gouvernants.

La science au service du patient. Et pas l’inverse.

Retrouvons notre sens professionnel et notre cœur de métier. Retrouvons le vrai sens de l’hôpital arrêtons de prendre la santé comme un bien de consommation.

L’hôpital était une grande idée à l’origine, un lieu de repos, de soins et de secours pour les plus démunis d’entre nous. L’hôpital représente un anachronisme dans notre société épris d’individualisme, d’argent et d’écran interactif.

Préservons le !

Et préservons les hommes et les femmes qui ont choisi de travailler dans ce lieu hors du temps, qui consacrent leur temps aux autres, à prendre soin de l’autre sans distinction, sans jugement. Un lieu de tolérance, de paix et de repos. Un lieu si rare à notre époque qui en fait une institution si précieuse.

Préservons ces soignants qui de jour comme de nuit prennent soins des autres .. Et surtout respectons les, eux et l’institution qui les emploie…

Migrant d’un soir

Ce soir nous sommes tous des migrants !

Nous allons nous dépouiller de notre année, jeter à la poubelle les mauvais choix, les bonnes résolutions non respectées et faire amende honorable.

Ce soir nous allons dire au revoir à cette année.

Devons-nous oublier pour autant ce qui l’a marqué?

2017, une année marquée par la guerre en Syrie, en Irak et au Yémen :

* Le Yémen, une guerre civile qui fait rage et pourtant oubliée..

* La Syrie où rien n’a changé, les bombes pleuvent toujours sur des femmes et des enfants

* L’Irak où les bombes humaines déchiquettent, mutilent des corps sans distinction de religion, de couleur ou d’orientation sexuelle.. A croire que les semeurs de mort sont plus tolérants quand il s’agit d’expédier des âmes au néant.

Cette année on a beaucoup revendiqué, dénoncé et très peu dans la rue, l’indignation se fait tranquillement installer dans son salon devant un écran d’ordinateur, de tablette ou de smartphone.

On dénonce, on crée des hashtags et on compte les likes, les retweets, nos nouveaux marqueurs de suivis et de sympathisants à la cause! Fini les marches dans la rue, les étudiants, les associations battants le pavé en scandant des slogans sous des banderoles faites de brics et de brocs.

Nouvelles méthodes de revendications peut-être marqueurs d’un manque réel d’engagement.

Un clic est moins fatiguant que de marcher pour une cause pendant des heures .. plus faciles aussi à organiser. Et puis soutenir une cause par le biais d’un hashtag est une garantie d’anonymat, défendre les LGBT, les femmes ou d’autres causes et pour certains lourd de conséquences socialement. Assumer certains positionnements politiques dans un contexte social, géographique ou culturel peut être très compliqué.

Le courage n’est pas donné à tout le monde!

Tout le monde ne peut supporter la pression.

Mouvement de dénonciation de harcèlement sexuel initié sur les réseaux sociaux le fameux #MeToo ou #balancetonporc (à l’initiative d’une journaliste française) sur fond d’affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé par une centaine de femmes de conduites sexuelles inappropriées.

Mouvements de réaction sur certains sites ou des hommes se félicitent de leur acte sexiste en argumentant sur une prétendue dérive féministe extrémiste, le fameux mot valise « feminazie ».

Notre culture, notre mode de pensée est chamboulée et toutes ces revendications nous questionnent.

Mais il est important de ne pas mettre les comportements de certains comme une matrice régissant le comportement de tous.

Nos comportements, nos blagues, l’humour sont passés au bain révélateur de bien des comportements, mais il faut être prudent comme nous le rappelle Sandra Muller, journaliste dans une tribune publiée dans le journal Le Monde daté du 30 décembre 2017:

« Pourtant, il est impératif que les hommes ne soient pas à leur tour victime d’une guerre des sexes ou jetés en pâture à la vindicte populaire et lapidaire sans éléments probants. D’autant que les comportements inappropriés concernent tout le monde : hommes, femmes, gays, lesbiennes, transgenres. Nous devons grandir et nous élever les uns avec les autres. Pas nous diviser. Le magazine américain Time vient d’attribuer le titre de « Personne de l’année » aux « briseurs de silence », nous toutes et tous dans notre diversité, de toutes religions et couleurs, militante féministe comme Tarana Burke, femmes de ménage, actrices hollywoodiennes et même des hommes. Cette formidable reconnaissance marque le début d’une nouvelle ère : celle de la parole libérée et de l’écoute. Il s’agit d’en faire bon usage et de ne pas balancer pour balancer  »

Il n’y a que le racisme qui en France est toujours un sujet tabou, un homme se grime en homme noir et prend la couleur de sa peau. Un footballeur qui pour rire prend la couleur d’un autre homme et par méconnaissance et manque d’éducation oublie ce que signifie ce déguisement pour tout les noirs. Mais ce n’est pas que le footballeur qui n’est pas conscient de cet acte profondément raciste, les réactions sur les réseaux sociaux, dans les rues ou à la télévision ne sont pas tous aussi tranchant. On tourne autour du pot, on choisit les mots. On noie le poisson mais on laisse le poison du racisme bien en place.

Encore un problème d’éducation comme pour le harcèlement sexuel, le racisme est mal compris? Nous sommes tolérants ou laxistes sur des sujets qui ne devraient souffrir aucune complaisance.!

Comment expliquer que la France a un si gros problème avec la diversité de sa population?

Le français a un problème avec le racisme, ne le reconnaît pas, ferme les yeux mais ce n’est plus une cause fédératrice. Cela me choque qu’a l’aube d’une nouvelle année, le problème ne soit toujours pas réglé !

Je suis de la génération des manifestations de « touche pas à mon potes », des combats contre les idées moisies du FN. Cette jeunesse qui était bouleversé par la mort horrible d’un marocain balancé dans la Seine par des militants FN, l’assassinat d’un homme jeté par la porte d’un train lancé à pleine vitesse parce qu’il était maghrébin!

Nous marchions, nous scandions notre haine de ces crimes odieux. Oui, un dimanche, un samedi peu importait à l’époque du jour de l’heure, l’essentiel était d’être là, ensemble, uni.

Nous sommes encore quelques-uns à combattre mais nos rangs ont été décimé par la vie, par les expériences et nos échecs. Combien d’amis avec lesquels j’ai manifesté m’avouaient que maintenant il ne comprenait pas pourquoi on devait accueillir des migrants, pourquoi « les arabes » avaient plus de droits que les français ( enfin les blancs), ils ont le sentiment de n’être plus chez eux! Pensée, idéaux abandonnés !

Que sommes-nous devenus ?

Nous avons oublié que nous étions égaux, que les hommes ont le même sang qui coule dans leurs veines.

Finalement tout ces combats, ces revendications légitimes seraient réglées juste par l’éducation. L’école qui expliquerait qu’un homme n’est pas supérieur a une femme, que les petits garçons et les petites filles ont le droit de jouer avec les mêmes jeux! Qu’il n’y a pas de jeu de filles ni de jeu spécifiquement masculins. Un garçon peut jouer à la poupée, les filles avec des camions de pompiers. L’essentiel dans le jeu est de permettre à l’enfant de s’amuser et n’est pas une caractéristique sexuelle!

Le racisme commence par une réflexion, un stéréotype idiot :

1. Les noirs courent plus vite que les blancs ou ils sautent plus haut, les blancs sont plus raffinés : as t-on vu un noirs chanteurs d’opéra ou présentateurs vedettes d’une émission de grandes écoutes ! Non!

2. Les italiens sont tous des mafieux ( certes ils sont européens, mais au début du XXe siècle, ils étaient la cible de la haine des français. Tout comme les portugais, qui comme nous le savons tous, ne sont bons que pour monter des murs et être des concierges à la pilosité débordantes.)

3. Les romes sont des voleurs et des coupeurs de gorge

4. Les noirs ont un sexe plus gros que la normale

5. Les arabes sont tous misogynes

6. Les arabes sont tous d’accord avec la charia

7. Les chinois sont travailleurs

8. Les asiatiques sont difficiles à distinguer les uns des autres

Et je pourrais continuer longtemps, tant les stéréotypes sont nombreux.

Je parle de racisme mais je n’en oublie pas pour autant le racisme de classe!

Oui, celui qui consiste à démontrer que les plus précaires, les plus pauvres de nos concitoyens sont des tricheurs, responsables de la dette et donc de l’effondrement de notre système de santé et et de protection sociale. Oui le pauvre, celui qui pu et qui nous empêche de pouvoir tranquillement déambuler sur les trottoirs de nos villes bien propres. Ce pauvre qui se vautre par terre et qui importune les gens en leur demandant des cents pour boire ! Forcément ! Le pauvre, on le cache, on l’empêche de stagner trop longtemps à des endroits trop passant. On enlève les bancs, on barre les bouches de métro. On ne sait jamais que le pauvre se repose ou se réchauffe. Et puis le pauvre n’est pas productif, notre société a besoin de gens productifs, éduqués et bien habillés.

Parfois le pauvre rêve de vivre décemment, il a envie de s’amuser, d’avoir une belle paire de chaussures ou une belle robe pour sa fille aimée qui se fait chahuter à l’école parce qu’elle est mal habillée. Forcément, avec un mois qui commence le 5 du mois pour se finir le 15, les habits de la fillette viennent de la boutique solidaire, Emmaeus ou une friperie. Assis au volant de sa Clio de 2000, on peut rêver parfois de lamborghini. On peut rêver que sa fille ait une meilleure vie, un avenir.. Mais cette petite fille aura beaucoup de mal à avoir cet avenir radieux quand on mange pas à sa faim, que l’on s’occupe de ses petits frères pendant que les parents triment pour un smic à 2 heures de trajet en transport en commun.

En y pensant, je suis encore plus amère devant tous ces gens qui ferment les yeux et se métamorphosent en super héros sur Twitter ou Facebook ! Prenez 2 heures de votre temps dans la semaine et allez aider, donner un coup de mains dans une association, ou bien même peut-être qu’à l’école de vos enfants il y a une famille en détresse sociale.

Aidez-les. Un sourire, un café avec la maman et peut-être que la robe que votre petite dernière ne met pas aidera et redonnera de la fierté à cette maman.

Les pauvres ont besoins d’être reconnu, de savoir qu’ils ont une place dans la société.

Oui vous allez être choqué entre deux huîtres, un toast de parler de pauvreté. Le mot vous choque? Pauvre? Vous préférez précaires?

Un chat est un chat ! Et la première décence est de reconnaître que la France a de nombreux pauvres, et cette pauvreté touche des enfants, des jeunes, des vieux. Peut-être, un jour, toi lecteur qui me donne un peu de ton temps.

Oui, comme je l’ai dit le racisme, le rejet de l’autre, sa stigmatisation prouve que notre société est malade.

J’ai commencé par mettre en titre nous sommes des migrants, tous des migrants. Peut-être un jour nous le deviendrons, réfugiés climatiques, politiques ou fuyant la pauvreté. Il me semble que les migrants français existent! Les frontaliers qui travaillent à l’étranger, Belgique, Allemagne, Suisse. Nos frontaliers travaillent à l’étranger pour gagner un peu plus d’argent ou tout simplement travailler.. cette migration n’est pas reconnue comme telle car le frontalier rentre dans son pays d’origine tout les soirs.. il n’en reste pas moins que ces gens pour des raisons économiques travaillent à l’étranger.. les habitants de pays pauvres, en guerre ne font qu’essayer de vivre!

Le problème des migrants finalement est le plus révélateur de la maladie de nos sociétés occidentales : la peur !

Oui dans nos pays forteresses nous avons peur d’être assiégé par des gens venu de loin au péril de leur vie. Ils concentrent tout les problèmes de notre pays, la pauvreté, la tendance au racisme, aux amalgames, notre propensions à nier les crises et à réagir lentement.

* Les migrants détournent l’argent des défavorisés de chez nous..

* Les migrants sont mieux logés que certains étudiants (propos entendus dans un self hospitalier)..

* Les migrants sont des terroristes potentiels..( propos entendu pendant une réunion)

* Les migrants saccagent les maisons et sont responsables des mauvais chiffres de la délinquance.

Encore des stéréotypes.. encore des informations et des peurs infondées…

Alors que ce soir nous sommes tous des migrants temporels, nous n’aurons jamais à risquer nos vies pour franchir la frontiere de la nouvelle année..

Mais par contre nous avons tous intérêt à mieux comprendre les maux de notre société pour que cette année nous apporte la paix et la prospérité..

Pendant que nous nous préparons à faire la fête, notre Méditerranée est un cimetiere, nos côtes calaisienne sont devenues des bidonvilles où règnent la loi du plus fort. Des femmes et des enfants croyants trouver la paix, la sécurité et la prospérité se retrouvent à dormir dehors..

Pour cette nouvelle année, je souhaite vraiment que les citoyens de ce pays se réveillent et entrent en lutte, une guerre de tous les jours contre le racisme insidieux quelle que soit la forme qu’il prend, blagues, humour ou propos de notre entourage. C’est un long combat peut-être perdu d’avance, mais si on ne fait rien c’est tout les jours un peu de notre humanité que l’on perd.

C’est un souhait..

Mais je vous souhaite d’être heureux en cette année qui s’annonce. Du bonheur, de l’amour et de la joie.

Je vous souhaite la réussite sur un plan personnel et professionnel.

Meilleurs vœux pour cette année 2018..

Pierre Lemaitre du roman

À l'occasion des cent ans de la bataille de Verdun, l'idée m'est venu de relire « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre


Sur l'auteur

Pierre Lemaitre est un écrivain et scénariste français, psychologue de formation il ecrit son premier roman Travail soigné en 2006, Cadres noirs 2009, Alex 2010, Dagger international 2012, Sacrifices 2012 et Rosy & John 2013. Souvent récompensé par des prix littéraires, son œuvre est plutôt marqué par le genre Thriller ou policier. Son roman Au revoir là-haut marque un tournant dans sa carrière, il se démarque de son genre privilégié pour s'essayer au roman d'apprentissage. Au revoir là-haut, a obtenu le prix Goncourt 2013 et élu meilleur livre de l'année 2013 par le magazine Lire.

Ces romans sont traduits en trente langues et plusieurs sont en cours d'adaptation.

 

 

 

 

La Der

 

Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Édouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants.

Abandonnés, condamnés à l'exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l'amertume ou au découragement. Défiant la société, l'Etat et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d'envergure nationale, d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu.

 

Entre les lignes

La fin du premier conflit mondial et la France d'après-guerre est le point de départ de cette œuvre.

Faut-il rappeler que cette horrible guerre qui a tué plus de dix-huit millions de personnes, militaires et civils confondus, a mis l'Europe et la France à genoux économiquement.

Quatre ans de conflit, quatre ans de morts, de peur, de conditions de vie déplorable pour les soldats. Les protagonistes de ce récit l'ont vécu, sur les champs de bataille comme Albert Maillard, Édouard Pèricourt et le lieutenant Henri d'Aulney-Pradelle. Et les civils, parents, amis des poilus, Madeleine Péricourt, la sœur d'Édouard, Cecile la petite amie d'Albert.

Le titre d'abord, énigmatique est extrait d'une lettre d'un poilus à son épouse mis en exergue, la mort va hanter ces pages… Lecteurs, vous êtes prévenus !

La cote 113, ultime et vaine bataille à dix jours de l'armistice.Henri d'Aulney-Pradelle, lieutenant tyrannique, brutale et aristocrate désargenté voit une belle occasion de redorer son blason. Ce deux Novembre 1918, la vie de d'Albert et d'Édouard va changer, leur destin vont être mêlé. Ils vont se sauver la vie mutuellement sur le champs de bataille. Rendus à la vie civil, démobilisés Albert soldat un peu lâche, inquiet de nature et doté d'une personnalité un peu effacée, va prendre soin de celui qui a perdu la moitié de la mâchoire supérieure en lui sauvant la vie. Édouard la gueule cassée, fils mal-aimé d'un banquier au caractère d'acier, artiste au caractère fantasque et homosexuel devenu morphinomane et héroïnomane. La vie civil s'avère délicate pour les 2 amis, Albert ne trouvant que des petits boulots se retrouve à devoir s'occuper d'Édouard invalide de guerre, survivant avec peu d'argent et devant approvisionner son ami en drogue, Albert l'ancien combattant n'a plus d'avenir, la France le laisse tombé. Édouard lui a une revanche à prendre, sur son pays qui l'a laissé seul, sur son père et sur l'existence en générale. Cette gueule cassée a perdu l'envie de vivre, le soldat à la gueule fracassée n'a pas la force de retrouver une place auprès des siens. Il imagine une escroquerie non pour l'argent mais pour montrer à la société que les survivants de la guerre ont besoin d'être reconnus et soutenus au même titre que les morts. Henri, lui toujours aussi avide de revanche au sortir de la guerre, se mari pour l'argent et le nom d'une riche héritière parisienne et crée une entreprise qui va le mener à sa perte.

« On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels.»

Pierre Lemaitre a fait sienne cette indignation d'Anatole France de juillet 1922 au moment du scandal des exhumations des soldats morts pour la France. Scandal qui a forcé le gouvernement de l'époque à prendre des mesures et à légiférer. Indigné par la manière dont les survivants, les héros de la patrie étaient traités alors que les autorités françaises ne cessaient de vouloir rendre hommage aux morts. Rien n'était trop beau pour glorifier, fêter ou rendre hommage aux hommes tombés pour la France. Alors que ceux qui avaient survécu à cette immonde boucherie étaient tombés dans l'oublie. Alors l'auteur, prend la plume, la trempée dans l'acide et ecrit l'amertume, la désillusion et la colère de ces survivants des tranchées qui doivent encore mener une bataille pour simplement vivre décemment. La plume nous décrit avec un langage précis acerbe, un style chirurgical, cette bataille pour la reconnaissance de toute une jeunesse qui a donné à la nation les meilleures années de leurs vie.

Au scandale réel et historique il y rajoute comme pour mettre en relief l'indignité de la situation, une escroquerie fictive, celle d'Édouard et ses souscriptions fictives pour des monuments aux morts.

 

Roman bien documenté, bien ecrit ou pointe encore le genre policier qu'il affectionne, Pierre Lemaitre situe son intrigue dans les années d'après-guerre, les années 1920, mais il pose une question qui est toujours d'actualité, célébrer les morts est nécessaire et normal! Mais mieux traiter les anciens combattants, les invalides de guerre, physique ou psychologique et aussi une question cruciale. Question qui résonne encore plus de nos jours où les conflits armés sont nombreux. Les vétérans sont toujours aussi mal accueillis, et l'armée ne fait aucun effort pour rendre la vie civile moins traumatisante pour tout ces soldats.

Ce roman se lit vite, le vocabulaire est simple et c'est peut-être ce qui m'a donné l'impression qu'il manquait de la profondeur. Les personnages mériteraient sans doute d'être un peu plus fouillé, notamment Albert trop superficiel et que dire du personnage de méchant pas assez ambigüe à mon sens. Les méchants sont méchants, les gentils sont plus nuancés. J'aurai aimé trouvé des méchants plus profonds, moins simplistes.

Ce roman est une réussite, 600.000 exemplaires vendus, succès d'abord public avant une reconnaissance de la critique avec le Prix Goncourt. Mais ne serait-il pas trop populaire ? A trop vouloir mélanger les genres, le roman ne perd t-il pas en profondeur ?

Ceci étant dit, cela reste un très bon moment de lecture, avec tout les ingrédients d'un bon roman.

A lire ou à relire. Je vous le recommande chaudement..