Intempo’Elle

  
Un soir, c’était imprévu, comme une intrusion dans mon intimité.
Tout mon être en a été bouleversé. J’ai commencé à ne plus voir le temps passé. En y réfléchissant bien cela a commencé comment ? 

C’était bien un soir d’ailleurs, du lieu où je vous parle le temps s’est arrêté. Ce fichu temps qui m’était compté s’est soudainement arrêté. 

Pourtant. Il m’a poursuivi ce temps, imposant son rythme à ma vie. C’était avant qu’il décide de s’arrêter et de me laisser enfin tranquille ici. 

Je me souviens d’un sourire, magnifique, un poème écrit sur des lèvres, une cascade de cheveux bruns tombant sur un cou blanc. Ces yeux, je me souviens de ce regard qui vous transperce l’âme et vous lit dans le cœur les pages de votre être. 

Souvenir d’un adieu en forme de caresses.

Souvenir d’un baiser en forme de promesses. 

Pourtant , cela avait commencé sans que je m’en aperçoive. 

Une présence juste pour combler un vide, des effluves de compagnie qui ce sont transformée en fragrances enivrantes. Avec le temps, mon ennemi, ce parfum est devenu nécessaire, l’opium de mon âme. 

Mon cœur te cherchait partout, comme un vulgaire drogué, je cherchais ma dose de bonheur, qui pouvait apaiser mon angoisse de solitude. Je te voyais dans le miroir quand tu fardais ton visage le matin avant cet instant d’abandon, persistance rétinienne.

je t’entendais dans les silences, je caressais ton corps en regardant les plis des draps, fantômes de ta présence dans mon lit. Tu étais partout en moi, mon corps avait gardé en mémoire les courbes de ton désir. 

Ton absence devenait une torture, mon manque une délicieuse torture. 

Je t’attendais. Tu coulais dans mes veines, douce sensation de bien-être.

Un jour, c’était un jeudi ces divers symptômes d’addiction j’ai osé les nommer. 

Amour.

Mot que je refusais, mot banni, mot haï, redouté.

Ce jeudi, je savais que tu avais rempli une place, un endroit que j’avais fermé. Une pièce que j’avais décorée de toute la beauté que j’étais capable de produire. Un lieu privé, secret qui à force de rester fermé, inhabité, était devenu glacial. L’accès en était fermé, verrouillé. 

Sanctuaire d’amour idéal, devenu cimetière de mes sensations amoureuses. 

Tu as juste glissé un mot, murmuré à mon oreille et une réaction en chaîne s’est déclenchée. Cœur en fusion… Explosion… Et le temps s’est arrêté.

Depuis, je suis dans ce lieu où le temps n’a plus court. 

Les jours, les nuits, les heures tout se confond.

Ce lieu merveilleux où je suis bien…

Ce sanctuaire redevenu un vivant lieu de culte, où je célèbre sur l’autel de ton corps, notre amour.

Amour épistolaire 

Il avait reçu une lettre, un jour, la date n’a pas d’importance.
L’important était cette lettre, calligraphiée à l’encre noire.

Les lettres cursives étaient très bien dessinées, on sentait une main habituée a écrire. Il la retourna plusieurs fois dans ses mains, essayant de voir si il n’y avait pas d’erreur sur l’adresse, que cet étrange objet issu d’une lointaine habitude de communication n’était pas destiné à quelqu’un d’autre. Pour lui, il y avait erreur. Le facteur avait confondu, s’était trompé de boite. Mais non, c’était bien son nom, son adresse, écrite à la main, de cette écriture précise et noble que maintenant par habitude, il reconnaissait au premier coup d’œil.

Étrange objet qu’une lettre. 

Il nourrissait des soupçons, de la publicité sûrement. Mais ce qui changea les choses, ce qui transforma cette enveloppe en précieux objet et non en vulgaire bout de papiers déchirés et jetés à la poubelle c’était le papier.

Une lettre, c’est d’abord un papier choisi avec plus ou moins de goût, le grammage, la couleur, la texture tout cela concourt à faire d’une missive un objet particulier.

Il y a dans une lettre, le choix des mots, des phrases même la ponctuation est importante. C’est un peu comme dans un roman.

D’ailleurs ne parle t-on pas de roman épistolaire ?

Dans un écrit, nous mettons de la réflexion et du temps. Écrire à quelqu’un, c’est tout d’abord penser à elle, prendre le temps de lui consacrer un peu de notre temps afin de lui donner des nouvelles ou de lui annoncer une chose importante. La lettre est le caméléon de notre âme, elle peut-être triste, heureuse et cela se perçoit dans les mots choisis, bien sûr. Mais la forme peut aussi trahir notre état d’esprit.

Une lettre c’est l’âme mise en mot, écrite à la plume d’un coeur encrier.

Et puis envoyer une lettre nécessite un investissement, le timbre, un déplacement à la poste ou à une boite aux lettres. Décidément, cette page remplie de signe dessinés à la main n’est pas un objet comme un autre. C’est réellement un investissement au service d’une communication personnalisée en faisant abstraction du temps que l’on y passe. Ce qui en fait un objet rare de nos jours, mais si précieux.

De nos jours, cet article a t-il encore un sens ?

La lettre est-elle encore un outil de communication face à ces concurrents de poids que sont les mails, le téléphone, les SMS et les différents systèmes de messageries.

Cet homme qui reçoit cette lettre est habitué à recevoir des mails, personnels ou professionnels, des coups de téléphone, souvent bombardé de SMS.

Un objet qu’il avait presque oublié. Remisé dans sa mémoire aux côtés des CD, des vinyles et autres objets vintages. Un objet qui n’appartient pas au monde de l’immédiateté. Ce bout de papier est une ouverture vers un monde de réflexion ou le temps n’a pas la même valeur, la lettre est une béance de temps dans notre planning si chargé. Ce temps accordé à l’autre est important.

C’est une forme de don de soi.

Mais ce cadeau reçu demande une réponse, soit par politesse, soit que la lettre pose une question à laquelle une réponse est souhaitée.

Mais alors l’homme de son temps, l’homme qui a l’habitude de la réponse formatée dans un langage fait de signe plus que de mots se voit démuni par ce que demande ce Médium ancien. Il remonte à la nuit des temps. Une machine à remonter le temps, à nous replonger en ce Nous ancestral. L’homme composant à la plume et à l’encre des chefs d’œuvre.

Réapprentissage

Communiquer, sans clavier, sans écran, sans cette interface qui nous protège de l’erreur, qui corrige la grammaire, la syntaxe et surtout l’orthographe. Le bruit rassurant de la frappe cadencée des touches du clavier.

C’est peut-être pour cela que la lettre est resté sans réponse pendant un petit moment, il devait réapprendre à écrire. À essayer de concentrer sur la bonne formule linguistique à utiliser. Apprendre à faire le vide, à enlever toutes les distractions que la société moderne propose à notre cerveau. Ce centre de la pensée qui n’arrive plus à effectuer ce pourquoi il a été conçu tellement solliciter qu’il en est saturé, fatigué, épuisé, sans ressource.

Notre homme se souvient de méthode ancienne, faire le vide, éteindre la musique, la télévision et son portable. Il se rappelle de la feuille et du stylo, comment s’en saisir et le sentiment de peur qui accompagne l’âme solitaire devant cette page blanche qu’il doit remplir, que son coeur essaye de remplir.. Un papier buvard de l’âme qu’est cette. feuille. Nous n’en avons plus l’habitude, de laisser parler notre coeur , d’écrire ce que l’on pense réellement, avec application et implication. Tout cela demande du courage que les moyens modernes de communication nous ont enlevé. Abreuver d’image, de discours, de théorie de pseudo spécialiste de tout bord. Jamais nous n’avons à aller faire une recherche, on nous explique quasiment tout. Gaver tout au long de la journée d’information.

Là, devant sa feuille blanche, il doit répondre à une lettre, exercice qu’il n’a plus effectué depuis très longtemps. Son visage entre les mains, le stylo posé, le front plissé, les doigts parfois massent légèrement les tempes.

Pourtant, il avait toujours pensé avec nostalgie aux échanges de courriers que les amoureux faisaient, il aurait aimé le faire avec son ex-femme, mais il est vrai que le texte est si pratique.. On pense à une chose et immédiatement on organise une soirée en amoureux dans un beau restaurant. Vous croyez que ces textos vont être archivées dans une vieilles boîtes à chaussures et que vous allez pouvoir fièrement les montrer à vos enfants pour prouver l’attachement profond à votre amour…

Les écrits restent…

Les mots en binaires retournent en langage codé dans l’air radiophonique… Ils sont perdus, détruits. Il n’en reste rien.

L’homme le sait bien que les lettres sont la mémoire, les témoins de choses passées. Sa réponse restera à jamais, cette permanence lui fait peur, lui qui ne vit que dans l’impermanence, il,vit comme un animal dans le monde des phénomènes, il devenu agissant ayant perdu sa réflexion ce qui le différencié de l’animal.

La lettre lui permettra, à condition qu’il arrive à l’écrire, de se reconnecter à son humanité.

On le voit lutter, torturé par les premiers mots qui ne sortent pas, il est maintenant couché sur la feuille qui est restée blanche, enfin presque un mot est écrit maladroitement – Madame -, c’est un début.

Il s’emporte devant la difficulté de l’exercice, froisse le pauvre écrit et le jette dans…. rien .. Il n’a plus de corbeille à papier depuis longtemps. Objet inutile, on ne jette plus de papiers de nos jours, on consulte les mails et on les met dans une corbeille virtuelle..

Décidément, il n’est pas équipé pour écrire.. Et puis le silence de cette feuille, le bruit feutré du stylo caressant la page, horripilante sensation d’inconnu.

Et si pour commencer, il relisait les quelques lignes de cette lettre.

Bonjour,

Nous ne nous connaissons pas et pourtant je vous croise si souvent. Cela fait très longtemps que j’ai envie de vous écrire, de pouvoir vous dire par des mots la merveilleuse sensation que nos fréquentes et furtives rencontres suscitent. J’aime vous regarder, n’ayez crainte je ne vous espionne pas, je vous observe dés que l’opportunité se présente. Je ne la provoque pas, je saisis les rares moments de ces croisements. Souvent, en vous regardant, j’ai imaginé être dans vos bras, j’ai – je dois l’avouer – une petite propension à l’imagination. Je ne suis réduite qu’à vous imaginer. Je suis d’une nature plutôt timide et une âme vouée à l’introspection. Alors l’écrit reste ma solution pour vous parler. Lâche, vous avez le droit de me juger. Je le suis sûrement quand il s’agit d’affaires aussi sérieuses que sont les affaires de coeur.

Dieu sait à quel point, j’aurai aimé avoir le courage de vous aborder, sous n’importe quels prétextes. Mais j’aime à croire que si je vous intéressais, ce pas vous l’auriez peut-être franchi. L’Homme est lâche quand la personne en face de lui n’envoie pas le signal « je suis là et disponible». Je n’appartient pas à cette époque, j’aime à croire que vous non plus.

Ma lettre ne sera pas signer, car j’ai peur que ce que vous à livrer mon coeur vous incite à franchir le pas et à vous faire une fausse idée de moi. Je serai votre mystère, votre interrogation. Peut-être que vous essaierez de savoir qui se cache derrière ce masque. C’est comme dans un carnaval, à Venise, les nobles pouvaient batifoler sans se faire remarquer. Je vous propose, un batifolage, mais sérieux. Un badinage qui au début vous paraîtra léger, mais qui avec le temps deviendra une véritable relation. Épistolaire pour un temps, jusqu’à ce que je perçoive dans vos lettres un attachement profond, une attente, un vrai desir de savoir qui je suis. Mon esprit, mes mots vous auront séduits. Je préfère que mon esprit vous séduise plutôt que mon physique, l’aspect est si réducteur, si impermanent. Belle un jour, vieille un autre. L’esprit lui ne vieillit jamais, l’intellect s’enrichit sans cesse, un bel esprit ne meurt jamais.

Pouvez-vous croire en l’amour d’un bel esprit ? Où êtes-vous prisonnier des diktacts des temps présents qui veulent à l’esprit substituer des unités de mesure pour une unités parfaite du corps ?

Je préfère l’unité du corps et de l’esprit. Vous vous imaginez peut-être que mon physique ne me permet que d’aborder les hommes par le biais de petits mots, contrainte de me cacher a votre vue à cause d’une beauté jugée ingrate ? Vous valez, je l’espère mieux que ça. Cessons mes digressions, parlons de vous.

Attendant de vos nouvelles, je vous laisse une adresse, une boite postale, d’un anonymat exquis pour une correspondance qui je l’espère le sera tout autant.

Bien à vous.

Signé : un bel esprit aimant les belles lettres

Pas de date, une signature sibylline, mais il y avait dans cette lettre un défi. Serait-il capable de répondre à cette femme. Manifestement, fragile et timide. Il commençait à entrevoir les mots qu’il pourrait employer… Le stylo dans les mains, il commence à écrire. Une heure pour écrire une dizaine de lignes… Miraculeux… Sans bruit perturbateur, l’esprit tout à elle.

Effectivement une lettre est vraiment un objet spécial.. Rien n’est insignifiant, tout à son importance. Il l’a lu et relu, faire attention a l’orthographe.

Une question, ne serait-il pas la victime d’une mauvaise farce ?

Postée,le lendemain il attendait la réponse avec une certaine angoisse mêlée d’excitation… Surveillant tout les jours sa boite à lettre.. Quinze jours pour obtenir le graal, une enveloppe a l’écriture reconnaissable entre toutes. Il n’oublierait jamais la joie ressentie à l’ouverture du pli. Il avait entre temps acheté, un bloc de papier à lettre qu’il avait choisi avec soin, un stylo et une corbeille à papiers.. Il avait aussi fait des conjonctures sur la teneur de la lettre, et la réponse qu’il lui ferait. Imaginant des réponses, les écrivants et les jetant… L’épistolier qui dort en nous tous s’était éveillé en lui. Il débordait maintenant de mots.

Bien sûr, la réponse à le seconde correspondance ne fut pas simple, il devait se dévoiler d’avantage tout en essayant de savoir qui elle était.. La corbeille au cours de la rédaction fut vite remplie et la nuit fût courte… Mais il était fier, heureux d’avoir produit des lignes qui formaient un tout cohérent. Poster, attendre, ne surtout pas compter l’espace de temps entre la réponse et la réception.. Une nouvelle façon d’appréhender la relation humaine..

De lettre en lettre, les mots lui venaient plus simplement, jusqu’à ce que cela devienne une habitude. Il s’attachait à ces mots écrits rien que pour lui et se demander si cette inconnue commencée à ressentir ce besoin. Une lettre est un lien, fort et puissant car il est aisément consultable. Chaque mots ou lettres qu’elle écrivait été archivée par date… Quand les réponses était trop longue à venir, il se replongeait dans cette correspondance. Relisant, riant et même parfois ému.

Une feuille de papier avait tant de pouvoir, il l’avait oublié !

Cela fait maintenant une année de correspondance régulière, il lui écrivait le matin, le soir, le midi. Ces réponses étaient toujours polies, respectueuses et il ressentait à travers les mots l’attachement. Il ressentait à présent le besoin de savoir qui était le sujet de cet attachement. Une rencontre. Il voulait la voir… La sentir.. Il avait senti son parfum, les lettres étaient parfumées maintenant. Il connaissait ses états d’âmes, ses joies, ses tristesses. Il savait ce qu’il la mettait en joie, ce qui lui faisait de la peine. Il l’a connaissait bien mieux que ses ex-petites-amies. Son esprit était le sien, une symbiose était né.

Mais il veut plus ! Il la veut..

Il l’attendait, sa vie était vide sans ses mots… Vide d’un être non pas de chaire et de sang amis de phrases et de mots.. Un être littéraire.

Amour épistolaire….

Une vie qui s’enfuit 

  

Le goût métallique du canon de ce mot pistolet était encore présent dans sa bouche quand pour la première fois elle dût le répéter pour le croire, pour lui donner une vie, une consistance, pour l’habiter, s’y habituer. Pourtant, elle s’était rincée plusieurs fois la bouche, brossée les dents avec le dentifrice le plus fort qu’elle ait pu trouver. 

Assise sur une chaise, elle contemple le ciel lourd de nuage épais. La pièce comme la voute céleste l’étouffait. Le regard perdu dans un voyage intérieur, elle était dans le puit d’elle-même, au fond d’un gouffre, comme un spéléologue elle essayait de comprendre, de déchiffrer les différentes strates de sédiments de sa vie. Dans cette caverne d’incompréhension, la panique, la peur et la colère se livraient une guerre impitoyable, la laissant sans force, vide de sentiments… 

« Je suis comme prise en otage par la malchance. Je n’ai jamais eu de chance aux jeux, moi ! » surprise par sa voix cassée par l’émotion. Respirer comme lui avait appris sa prof de yoga pour retrouver un semblant de sérénités. « Fermer les yeux et respirer tant que je le peux», les pensées sont parfois traîtresse, cette idée annihila tout ses efforts de concentration et la panique reprit ses droits. 

Les yeux allant d’un point à un autre de la pièce cherchant désespérément un point pour se fixer, la respiration qui s’accélère, le cœur bat trop fort, les idées se bousculent dans sa tête. De la peur de mourir à l’espoir de survivre, avoir la force de tenir quand tout s’écroule, quand on est à genoux avec un pistolet sur la tempe, entendre le barillet tourner, attendre le déclic. Fermer les yeux… Il avait joué avec elle… « Tu es content de toi ! Hein ! Connard! », le silence lui répondit. 

L’odeur, la sensation toujours présente, ces mots lâchés. Les yeux dans les yeux, un face à face sans mensonge. Un résultat, une analyse en profondeur. « Nous nous sommes tout dit, sauf l’essentiel, ce sentiment d’immense gâchis. » 

Les mots étaient choisis, l’échange fut courtois, polis extrêmement intéressant et instructif. Et pourtant, il y a eu un mot qui a fait tout déraper. Un petit mot, comment si peu de lettres contiennent autant de peur, de frayeur ? 

«Six petites lettres dans la bouche de celui qui est censé prendre soin de moi, qui me connaît si bien, à qui j’ai confié bien des secrets, s’arrêtent dans mon esprit, s’y accroche si fort. Mon cerveau est pris dans les six tentacules de ce mot. C’est tout à fait ça, six lettres comme autant de tentacules qui enserrent mon esprit jusqu’à ce que la mort vienne. Mort cérébrale à cause d’un mot pieuvre.

Et maintenant que ce mot est là, qu’il me l’a donné comme on donne une dose létale de médicaments à un mourant, qu’il m’a euthanasié avec ce vocable poison, que dois-je faire?», elle entendit sa voix en écho et se mît à rire, à se moquer d’elle-même qui parlait fort et haut se faisant la conversation. Mais à qui pouvait-on en parler ? 

À son Ex-mari, quand il viendra vendredi soir prendre le petit pour le Week-end ? Comment lui dire ? Que lui dire ? Il posera un tas de question, m’accusera de dissimuler des informations , demandera des preuves ! Il faut en plus que je lui donne des preuves à lui ! Lui qui m’a abandonné pour une autre ! Qui me laisse me débrouiller toute seule, avec mes peines, mes joies et les questions du petit ! Il devrait plutôt s’excuser de m’infliger tant de souffrance. C’est de sa faute, si j’en suis là ! 

Mais au fait ce mot, c’est quoi ? Un mystère ! Il lui fallait comprendre, décrypter ce nouveau venu dans son vocabulaire. Elle chercha du regard son ordinateur portable, ne le trouva pas du regard, panique..

Elle se leva précipitamment de sa chaise, la renversant et trébucha sur un jouet. il fallait qu’elle sache tout de suite, un besoin impératif. elle entra dans le salon comme une furie, soulevant les coussins du canapé, jetant à terre les magazines qui étaient sur la table basse, rien ! vite la salle a manger, la table, un regard suffit, il était là, posé tranquillement dessus. elle ne le prit pas, elle le saisi violemment, ne prit même pas la peine de s’assoir pour ouvrir sa session. Le navigateur internet mit beaucoup de temps a s’ouvrir, ce qui lui mit les nerfs encore plus a vif. Elle tapait du poing sur la table, piétinait, trépignait. La page de Google, enfin. L’information a portée d’un clic, elle sourit, se détendit un peu. elle hésita sur les termes de recherche. « Que mettre, punaise qu’est-ce qu’il m’a dit déjà ? » Il n’y a même pas cinq minutes le mot lui vrillait l’esprit comme une migraine, et là rien ! Le mot avait disparu ! 

« Concentre toi ! fais un effort ! », elle ferma à nouveau les yeux essayant de contrôler sa respiration, pour trouver les mots exacts, de retrouver cette conversation, ce mot poison qui elle en était sûre maintenant lui brouillait l’esprit, le venin faisait son oeuvre. Bientôt, on la trouvera gisant inconsciente devant son ordinateur et cette maudite page google et son champ de recherche vide. Elle s’assied en tirant violemment la chaise, les yeux maintenant grand ouvert sur son écran, s’encourageant mentalement a trouver le terme exact qui la ronge. La concentration la fuit, elle a tellement de choses à penser, à régler et si peu de temps. Il faut qu’elle pense à elle d’abord ! Non je ne peux pas, et le petit. Quelle espèce d’égoïste je suis devenue tout d’un coup. Que va-t-il devenir? son père va s’en occuper, c’est sûr! Enfin j’aimerai le confier à ma mère plutôt, ce serai plus sage. Et puis après je le reprendrai comme avant. Oui c’est ça, ma vie d’avant. Mais d’abord il me faut combattre, ne pas baisser les bras, m’armer de courage. Hauts les cœurs ! Pour lui, pour moi , je dois être forte. 

Euphorie du désespoir d’une prisonnière qui entrevoit la possibilité d’un échappatoire. Juste la possibilité d’un avenir meilleur, d’une chance. Elle ne demande pas plus, une petit sourire du destin.

«Et si enfin dans ma vie, je pouvais compter sur quelqu’un, juste me reposer sur une personne, je suis si épuisée! Si je pouvais en parler là tout de suite ! Qui va m’écouter ? Qui peut me comprendre? » la question resta sans réponse, raisonna dans la pièce où elle se trouvait, désespérément seule. Le courage l’abandonna soudain, la solitude remplit les veines de son corps et chasse l’espoir de son esprit.

L’euphorie est passée laissant la place a la triste réalité de sa situation de mère divorcée, une vie privée d’amour. Un choix fait depuis son divorce, elle ne voulait plus d’homme dans sa vie, sa volonté est respectée à tel point qu’il n’y a personne sur qui compter. Elle a bien des copines, des gens qu’elle prend pour des amis faute de mieux, elle le sait. Elle fait avec. Mais aujourd’hui, elle a vraiment besoin d’une épaule pour poser sa tête, une main qui lui caresse les cheveux, machinalement elle ferme les yeux et se passe les mains dans les cheveux, doucement comme si elle était caressée, un sourire s’esquisse, un soupir s’échappe de ses lèvres.

Elle repense à sa vie aux heureux événements, aux tristes aussi. À ces occasions ratées et à toutes ses promesses non tenues. Ne jamais regretter, toujours aller de l’avant. Toujours devant l’écran de son ordinateur portable, elle revisite ses moments de joies, de peines. La panique du début l’a quitté, la mélancolie a pris toute la place. 

Elle souffle, s’étouffe, rit, les yeux parfois rougis devant le film qu’elle déroule dans son esprit. 

Le tintement d’un mail la sort de sa rêverie. Une pub pour une marque de lingerie. Rien de grave, si ce n’est qu’elle a retrouvé le mot, « oui ça y est !» par association d’idée. Elle espère l’avoir orthographié correctement, ce n’est pas son fort les mots. Elle préfère les silences. Inscrit dans les champs de recherche, ce mot est toujours aussi anxiogène. 

Le nombre de pages internet consacrées à son sujet est impressionnant, vertigineux. «Tant de pages qui traite de ça ? » . Elle ne sait par où commencer. Elle clique sur un lien d’une encyclopédie en ligne, lit la définition. Enfin, elle sait qui il est ! Elle a du mal à lire, entre deux larmes, elle se penche sur le moyen de s’en débarrasser. Le vertige recommence, les entrées sont si nombreuses. Par où commencer ?

Absorbée par ses recherches, elle n’entendait pas son portable sonner, ni le signal du répondeur. Elle consultait un nombre incalculable de pages, elle faisait le tri. Informations sûres, rigolotes, idiotes, aberrantes et parfois dangereuses. Elle consulta l’heure, stupéfaite d’être restée si longtemps devant son écran et de n’avoir pas fait le quart du tour du sujet. 

Elle était pressée pourtant, mais la tâche nécessitait plus de temps qu’elle ne pouvait en donner. Elle leva les yeux de son écran. Elle en avait appris des mots nouveaux, parfois réconfortants, souvent angoissants. Google n’avait pas répondu à la question qui la taraudait « Pourquoi ? Pourquoi moi? Je mène une vie saine, je ne fais de mal à personne et pourtant je suis…», elle ne voulut pas finir sa phrase, ne pas se définir, ne pas se voir dans le miroir d’un mot, d’une étiquette. Elle se leva pour se dégourdir les jambes et tourna en rond dans sa salle à manger. Ses talons claquaient sur le parquet, c’était le seul bruit audible de cette maison. Toujours le poids de la solitude qui lui écrasait la poitrine l’empêchant de respirer. Elle appuya la tête contre la fenêtre. Dehors la pluie tombait fort, personne dans les rues. Même la vie avait désertée son quartier, elle n’allait pas tarder à partir de cette maison aussi. Elle s’était résigné encore une fois. « Un défaut qu’il faudrait corriger ! », elle s’était faite à l’idée de perdre l’homme dont elle était éperdument amoureuse, de voir sa famille déchirée, son fils trimbalé d’une maison à une autre un Week-end sur deux, la moitié des vacances. Elle s’était même habituer à faire l’amour avec d’autres hommes que son mari, sans grandes convictions, juste pour un peu de chaleur humaine, quand son fils était chez son père et que la maison résonnait du vide de son absence. Elle avait fait son maximum pour accepter et se soumettre à son destin. « Ce combat est perdu d’avance. Je n’ai pas la force. Je suis sûre que si on m’enlève un petit bout, cela ne repoussera pas ! » à cette pensée, le sourire lui revint. 

Elle tourna la tête vers son écran d’ordinateur, le mot était toujours inscrit, menaçant.

Une idée lui traversa l’esprit et si elle partait en voyage, loin. Une destination lointaine peut-être qu’il ne la suivrait pas. Partir, fuir était peut-être la solution pour fuir cette ombre et pourquoi pas prendre un peu de plaisir. Elle avait lu que le moral était très important dans cette situation, que les pensées positives étaient nécessaires. Elle avait encore de l’espoir, il fallait penser positif et rien que du positif, éloigner les ondes négatives, les personnes négatives. Et comment ? En partant ! En fuyant ! Seule solution raisonnable ! 

Elle couru dans sa chambre, et commença sa valise. Elle prit un soin particulier à ranger ses affaires. Elle décida de ne prendre que des tenues d’été. « Il faut toujours voyager léger » , riant de sa réflexion tout en mettant les maillots de bain et autres tenues d’été dans sa valise. Pas la peine de prendre le téléphone, ni l’ordinateur. «Mais comment je ferai pour contacter mon fils ? Je ne lui parlerai qu’une fois la menace écartée ! Sage décision». Son monologue intérieur fut interrompu par la sonnerie du téléphone qu’elle ignorât, ne daignant même pas jeter un œil dessus. « Pas de mauvaises ondes ! Et cela commence tout de suite» hurla t-elle en fixant le téléphone d’un œil mauvais. Sidérée par sa réaction, elle s’écroula sur son lit, se prend la tête dans les mains en pleurant de rage, de peur, de tout ce qu’elle ne sait pas hurler. Des sanglots qui lui soulèvent si fort la poitrine qu’elle manque de vomir, elle convulse de malheur. Son cœur est brisé en deux morceaux qui la tiraillent, son cœur de mère qui réclame à corps et à cris le contact de son enfant, le cœur d’une femme seule qui ne réclame qu’un peu de compassion. 

Que de sentiments contradictoires s’affrontant avec la force d’un fleuve essayant d’envahir l’océan. 

Toujours étendue sur son lit, la crise de larmes passée, elle réfléchissait aux conséquences de sa fuite. Pesant le pour et le contre, indécise comme souvent. Mieux valait affronter cette hydre seule que se donner en spectacle, lamentable loque humaine devant ses quelques proches et surtout son fils adoré. « Il n’a que cinq ans ! Il ne comprendra pas mon combat, ne verra que sa mère torturée sous ses yeux ! Il ne mérite pas ça . Personne ne mérite de voir un proche torturé de la sorte! » 

Elle se réfugia dans cette certitude pour justifier sa fuite aux yeux de son fils. La conscience tranquille, elle s’endormit une heure. Le combat intérieur qui commençait, cette guerre intestine l’usait deja un peu. Elle avait lu le mot Régénération, Tissus sain, Primaire. Elle les avait traduit en espérance, ce vocable maintenant lui appartenait comme le choix de résister ou de partir..

Elle se leva, récita mentalement comme un mantra les mots nouveaux, comme on récite une prière pour combattre un démon. Ce n’était plus une question de courage ni de volonté, elle était en sursis, elle avala sa salive péniblement, et envoya un simple SMS à son Ex-mari, un simple mot de six lettres. 

Elle jeta le téléphone sur le sol où il se brisa, elle prit sa valise et partie dans un claquement de porte, le seul son qui restera dans cette maison.

Le seul témoin était l’ordinateur qui était resté allumé, avec sur l’écran de l’ordinateur la dernière recherche effectuée sur Google. 

Son Ex-mari, ne pouvait quitter l’écran de son portable des yeux, les mots s’imprimaient dans son cerveau.

Au désespoir, l’hydre avait fait une nouvelle victime, une famille de plus.

Les mots « Cancer et suicide assisté » étaient toujours inscrits sur l’ecran du MacBook ainsi que le nombre de page si référent. Vertigineux.

Dans toutes les larmes s’attarde un espoir.

Un homme seul dans une chambre remplissait un sac de voyage posé sur un lit.

Ce n’était pas n’importe quelle chambre et pas n’importe quel lit. Cet homme pleurait, en mettant des chemises bien pliées et impeccablement repassées. Le poids de ce qu’il mettait dans son sac était lourd, lourd de sens. Longuement, avec précautions il remplissait son sac de voyage de chemises, de chaussettes, pantalons, des caleçons aussi. Il n’était pas très consciencieux habituellement quand il préparait ses bagages. Ce n’était d’ailleurs jamais lui qui préparait les bagages. Depuis combien de temps il ne s’était pas occuper des préparatifs, quinze ans. Il s’en rappelait. Une date gravée dans sa mémoire, il y a quinze ans et quelques jours, il partait en week-end en Italie. À ce souvenir, il sourit entre deux larmes, «les jours heureux.» pensa t-il, les yeux posaient sur la photo qui immortalisait ce moment. Ils avaient le sourire, ils avaient la jeunesse et l’insouciance sous le soleil d’été italien.

Aujourd’hui, il avait conservé le vieux sac de cuir. Ce n’était pas grand chose, mais quand tout est brisé, quand le chaos règne autours de vous, il faut se raccrocher à une petite lueur d’espoir. Son vieux sac troué d’espoir, voilà peut-être son salut.

Épuisé, il ne voulait pas la croiser, elle pour qui jadis il avait enfoui au plus profond de lui la peur de l’attachement, la crainte de tomber amoureux. Il avait surmonté cette habitude de briser les relations qui devenaient trop sérieuses, n’acceptant pas de se livrer, aucune intrusion, sauf dans son lit pour un acte sexuel qui n’engageait personne. Rien de personnel là dedans, jamais de tendresse ni de je t’aime susurré dans une oreille posée sur un oreiller. Sa philosophie, personne n’appartient à personne.

Sans le vouloir, il avait arrêté de faire sa valise pour se rappeler, laisser son esprit refaire l’histoire, la revisiter.

Il s’assit du côté gauche du lit, côté porte, il farfouilla dans le tiroir de la table de chevet à la recherche d’une cigarette. Cela faisait dix ans qu’il avait arrêté, période qui correspondait à la naissance de son fils. Dix ans déjà, que ce petit bonhomme faisait sa joie, mais c’est toujours trop tard que l’on s’aperçoit de la valeur de ce que l’on a. Trop tard pour lui, pour elle.

« Une famille est tellement difficile à construire et si facile à détruire. On se rencontre, on s’aime, on se promet amour, fidélité et assistance et finalement quand on vacille, les promesses s’écroulent. »

Il avait vacillé, tremblé, tout est devenu si compliqué. Pourtant, il avait tout ce qu’un homme de rien comme lui pouvait espérer, une femme belle malgré les années, deux beaux enfants et une maison dans un petit quartier résidentiel. Lui, marié et père de famille, c’est sa mère qui doit bien rire, cette génitrice qui avait mené son existence de petit garçon dans le tumulte de ses extravagances. Elle est à l’origine de son impossibilité d’envisager un quelconque attachement, qu’il soit amical et encore plus s’il est amoureux. l’alcool et les amants, un père qui travaillait trop. Le travail c’est la santé, mais pour certains hommes cela devient une maladie, il était simple gendarme et simplement mort suicidé avec son arme de service, à dix ans, on est trop jeune pour comprendre, alors on hait ce père qui vous a lâchement abandonné, on hait cette mère qui noie son chagrin dans beaucoup d’alcool et se fait consoler par beaucoup d’homme. Mais pour lui, petit garçon de dix ans, elle n’avait pas la force de le prendre dans ses bras pour apaiser sa haine, pour calmer sa colère. Il a dû faire avec, se débrouiller, comme les coquillages menacés, il a refermé la coquille sur un coeur si malmené. Sa femme, lui avait appris a enlever cette protection, lui montrant patiemment qu’il ne craignait rien avec elle, que toujours elle prendrait soin de son coeur qu’elle savait si fragilisé. Mais elle ne savait et n’avait jamais su pourquoi son coeur était dans cet état. Même aujourd’hui, il ne lui disait jamais le fond de ses pensées, un réflexe de petit garçon.

Il s’allongea sur le lit à plat, scrutant le plafond, tout en fumant sa première cigarette, elle avait mauvais goût, « le goût de la vie . » se dit-il en cherchant désespérément le moyen d’écraser sa cigarette sans cendrier, et surtout sans se lever du lit. il se leva quand même, mettant sa main sous la cigarette pour éviter que la cendre ne tombe sur la moquette. Ne pas rajouter de motif de dispute, il y en avait assez entre eux. la solution se trouve dans les toilettes, il s’y précipita, jeta le mégot qui commençait à lui bruler les doigts et en profita pour soulager sa vessie. Sur le rebord du lavabo, il regarda l’anneau d’or posé peut-être oublié. Un simple symbole d’une union jadis heureuse. Il n’osa pas le prendre entre ses doigts, il ne lui appartenait pas, il avait peur qu’il ne se désagrège au simple contact de sa peau, cet anneau de rêve. Il avait sûrement rêvé d’être l’homme qui pouvait jouer le mari. Un rôle de composition, si peu naturel qu’il s’était entraîné quinze ans pour le tenir, quel bel échec, quel beau gâchis.

Il se lava les mains et le visage, se brossa les dents pour enlever le goût du tabac. Le miroir lui renvoya une image de lui-même qu’il n’aimait pas, celui du traitre. Il avait évité les miroirs depuis un certains temps, depuis cinq mois exactement. toujours les yeux posé sur son reflet, il se dévisagea comme s’il découvrait un intrus, il découvrait un homme quelconque mal rasé et les yeux rougis, la mine triste, le teint pale. Il n’aimait décidément plus les miroirs, il sorti de la salle de bain vaguement dégoûté par ce qu’il avait vu et continua de faire consciencieusement sa valise. il prit des souvenirs, les marques d’attention qu’elle lui avait porté. Il effleura du doigt son visage souriant sur une photographie de vacance qu’il serra sur son coeur.

Jamais en public, il ne se serait permis de telles débordements sentimentaux, mais dans le secret de sa chambre, dans la solitude dans laquelle il s’apprêtait a s’enfermer, à l’abri des regards, il pouvait se permettre d’être un homme sensible. Malgré toutes les précautions pour faire son sac, il avait pris tout le temps nécessaire et même plus, une manière de dire au revoir à cette pièce où ils avaient fait l’amour, s’étaient souvent engueulés, aimés passionnément. Pas un adieu car il espérait, il caressait l’infime espoir que cela s’arrangerait et qu’il pourrait a nouveau faire vivre cette pièce, la remplir à nouveau d’humanité heureuse..

En sortant de la chambre qui désormais était celle de sa femme, il passa devant la chambre de sa fille, Marie, petite princesse de six ans. Il entra, et admira le joyeux déballage de jouets, livres et habits qui jonchait le sol. il alla s’assoir sur le lit de sa fille partie, perdue peut-être, rien n’était sûr dans cette famille. Il regarda la photo accrochée au dessus de son lit de petite fille, une photo qu’il avait placé là quand la petite Marie faisait des cauchemars. Une photo de son papa et de sa maman qui veillaient sur elle et la protègeaient des monstres. Une idée qu’il avait eu, lui, le papa génial de sa merveilleuse petite fille. Il prit dans ses bras l’ours en peluche qui lui servait de doudou et le serra contre lui, les narines remplies de l’odeur de sa fille chérie, il s’allongea dans son petit lit en position foetale comme un petit enfant et sur l’oreiller de sa princesse versa des larmes amères. Il fallait dire au revoir à cette pièce, à défaut de pouvoir le dire à sa fille. Il aurai pu écrire un petit mot pour elle, mais il n’était pas très doué pour l’écriture. il se leva et passa devant la chambre de son fils, Joshua. Un vrai bazar ici aussi, il observa la chambre de son fils comme pour s’en imprégner, pour l’imprimer dans sa mémoire, il n’osa pas rentrer dans cette pièce car son fils lui en voulait terriblement. Il ne voulait pas rajouter une autre trahison.

il descendit les escaliers avec son sac de voyage qui pesait lourd, la tête remplit de détails de la vie de sa famille, de ce lieu de vie qu’était sa maison. Il arriva dans la cuisine dans l’intention de boire un jus de fruit. C’était là, le lieu de la dernière fois où ils avaient fait l’amour. il avait eu une irrésistible envie d’elle, pendant qu’elle préparait le repas, il lui avait fait l’amour si intensément, comme si c’était la dernière fois. Faire l’amour en guise d’adieu, il l’aimait mais alors pourquoi avoir menti, caché, dissimulé, malgré les questions de plus en plus précise de sa femme.

Ces questions qui revenaient sans cesse. Ces interrogatoires insidieux.

« Tu me dit tout, tu ne me caches rien ? Je peux te faire confiance, tu ne mens pas ? » Il avait l’envie d’hurler ses réponses, de cracher sa culpabilité, mais les vieux réflexes sont revenus, le mutisme était sa meilleure défense, le silence son allié. le célèbre « Tout va bien chérie, ne t’inquiète pas. » sa solution à l’équation proposée. Mais à l’intérieur, son coeur hurlait…

Bien sûr que oui, je te caches des choses, tu crois que je vais te raconter que les affaires vont mal, mon travail va mal et que pour tromper mon stress je vais voir ailleurs, je te trompe tout le temps, je te mens, croyant te protéger de mes problèmes, te protéger de moi. Mais je me suis lourdement tromper, coincé dans l’étau de mes secrets.

Oui, je te mens, mais je croyais bien le faire.

« Tout va bien, Eric? Tu n’a rien a me dire?

« Non tout va bien.

« Tu es sûr de n’avoir rien a me dire. Je te laisse une chance.

« Non tout va bien chérie, ne t’inquiètes pas. »

« J’ai pris un café avec Julie, cet après-midi. Elle est très sympa. »

« Ah, Julie? »

« Je ne veux plus de toi dans cette maison. Tu m’a menti. Prends tes affaires et casses toi ! »

Voilà, la sentence. je ne pouvais rien ajouter pour ma défense, elle avait découvert l’existence de Julie. Comment? Je ne sais pas, j’avais pris toutes les précautions d’usage, deux numéros de téléphones, c’était toujours moi qui appelait, jamais dans des lieux publics.. Bref le parfait mari adultère, j’ai été à bonne école, merci maman.

Julie était devenu au fil du temps ma thérapie, une oreille attentive sans jugement à laquelle je pouvais confier, mes soucis et surtout mes secrets. Je n’avais rien à perdre avec elle, rien ne nous attachait l’un à l’autre. On s’envoyait en l’air, fin de la discussion. Mais, il y a deux semaines, elle m’avait inviter à dîner dans un nouveau restaurant de la ville, j’ai répondu à son invitation. J’aurai dû me méfier, une jolie jeune femme de trente ans, célibataire pouvait nourrir l’espoir de fonder une famille. J’avais franchi une limite, le mélange des genres. Dans son esprit, j’étais passé du simple coup de cinq à sept, à un possible. Je lui ai posé un lapin, ne jamais s’impliquer. Le lendemain, je suis passé la voir à son travail. Nous avons bu un café et je lui est expliqué froidement que l’espoir ne servait à rien, il n’y en avait aucuns. Elle garda son calme, pas de larmes, « En couchant avec un homme marié, je savais à quoi m’en tenir, je ne suis pas une petite fille. Merci pour ta franchise.», j’aimais cela chez elle, cette indépendance, cette façon de cacher ses sentiments même les plus douloureux. Je suis le même, elle était mon miroir.

« Tu sais, j’ai des choses plus dures à gérer, ma mère est morte d’un cancer. Il y a deux jours.», il lui a pris la main, qu’elle a retiré aussitôt, s’est levée et a disparu de sa vie.

Il jeta violemment le verre de jus de fruit contre le mur de la cuisine où il se fracassa. Il respira profondément, sa vie s’était brisée comme le verre, violement.

Sa femme l’avait rejeté. Ses enfants lui en voulaient. Il avait l’impression d’être à nouveau ce petit garçon à qui l’on refusait de la douceur, « Je dois encore faire avec ! Encore et toujours ! »

Il ne se cherchait pas d’excuses, il avait trahi la confiance de quelqu’un qu’il aimait. Il aurai voulu une seconde chance, juste une fois dans sa vie.

« pardonne moi, laisse moi une seconde chance..» Sa femme lui avait montré alors la demande de divorce, « Refais ta vie, voilà ta chance.» et sur ces paroles, elle avait quitté la pièce, sa vie.

Pitoyable histoire, d’une vie gâchée. Il reprit son sac, se dirigea vers la porte d’entrée. Pas la peine de ramasser le verre brisé. Il s’apprêtait à franchir le seuil quand regardant sa main gauche, il vit un anneau d’or, le sien. Il l’enleva et le contempla ne sachant pas ce qu’il allait en faire, le mît dans sa poche et sorti. Il referma consciencieusement la porte à double tour, et disparu dans la foule. Il passa devant une église, pas particulièrement croyant, il se rappelait le calme de ces endroits voués au recueillement. il aimait le calme qui y régnait, il avait besoin de ce calme aujourd’hui plus particulièrement. Il n’avait pas mis les pieds dans une église depuis son mariage et encore après beaucoup de négociations et de pressions de la part de sa belle famille, quinze ans d’absence. Il rentra dans ce lieu de culte, le calme l’envahissait, il s’assoit sur un banc en bois très dur, ferma les yeux et s’imprègne du calme, de la sérénité. Il fouilla dans ses poches et retrouva l’alliance, et la regarda de nouveau, « un souvenir, ce n’est plus qu’un putain de souvenir.», surprit d’entendre sa voix résonner, il se retourna pour savoir s’il y avait quelqu’un qui aurait pu entendre ce qu’il avait penser tout haut. Personne, il était seul. Une idée lui venait à l’esprit, et si cet objet de valeur servait à d’autres, comme un don d’organe. Il savait de quoi il parlait lui le greffé du rein, un don, il en avait reçu un quand son organe unique de filtration s’était mis hors services. Il était né avec un seul rein, suffisant pour vivre à condition d’en prendre soin et de voir un néphrologue régulièrement. La régularité n’était pas son fort. Il se souvenait de la joie de sa famille.

Oui, il allait lui aussi faire un don. Même si cela lui coûtait énormément. Un simple geste, mais sans retour en arrière possible, sa femme lui avait fait bien comprendre que tout était fini, que le combat était perdu d’avance. Il n’aimait pas les combats, il était lâche de naissance, comme son paternel. Le courage n’était pas un don de naissance, encore une chose qui lui manquait. Décidément, il n’était qu’un être imparfait, non fini. Une erreur, une curiosité de la nature.

Il savait quoi faire de cette alliance, elle allait faire au moins des heureux, il se leva et déposa dans le tronc de l’église son alliance. Un simple don, un accident de vie conjugale qui allait peut-être servir à quelque chose finalement. Fier de son geste, il sorti de l’église un peu plus apaisé qu’à son entrée et se fondit dans la foule.

Une femme tourna la poignée de la porte d’entrée de sa maison, constatant qu’elle était fermée à clé. Sur le chemin qui l’emmenait loin de sa vie, elle avait trouvé le temps de réfléchir calmement. Plus elle réfléchissait et plus l’idée de la séparation lui semblait idiote. Elle avait encore écouté les conseils de sa sœur, trois fois mariées et autant de fois divorcées. Une référence en matière de conseillère conjugale que cette charmante personne.

Elle n’avait personne à qui confier ses doutes au sujet de son mari, naturellement elle s’était tournée vers son aînée. Depuis leur enfance, elles se disaient tout, elles partageaient leurs pensées les plus intimes, « elles étaient sœurs à la vie à la mort.» , promesse faite dans une perle de sang de deux petits doigts piquaient avec une aiguille. Promesse d’enfant.

Aucunes des deux n’étaient mortes, mais la promesse avait vieilli et puis elle était morte, assassinée par la la vie si différente des deux filles. L’une digne héritière de la réussite familiale et l’autre la traîtresse, la fille ingrate qui n’a pas suivi la ligne dictée par la condition sociale d’une mère héritière d’un banquier suisse et d’un père chef d’entreprise.

Elle n’aurait pas pu en parler avec sa mère, surtout pas elle qui aurait été trop heureuse de lui dire tout le bien qu’elle pensait de son époux. Elle n’avait déjà pas besoin de ce genre de prétexte pour le faire. Elle l’imaginait dans son petit salon, assise dans un de ses fauteuils recouverts de soie et lui faisant la leçon. Elle l’écoutera, debout serrant les dents et les poings pour ne pas la renvoyer à sa foutue vanité, pérorer, baver, rabaisser sa vie de femme mariée, son bonheur d’être maman, d’avoir choisi sa vie. Elle lui dirait :

« Je te l’avais bien dit ma fille. Un homme de rien et puis sa manie de ne rien dire. Sans parler de sa famille que l’on ne connaît toujours pas, un étranger sans diplôme. Son air mystérieux. Je n’avais pas confiance depuis le début en lui. Mais tu n’écoutes jamais rien et surtout pas moi, ta mère. Tu as refusé de reprendre tes études aux beaux art à Paris ! Pour aller faire des études de lettres que tu n’a jamais fini! Et pour couronner le tout, tu reviens à la maison nous présenter ce garçon quelconque avec lequel tu veux te marier ! »

Elle ne pouvait et ne voulait pas entendre les reproches de sa mère, qui allait encore la comparer à sa sœur qui avait si bien réussi. Elle gagnait très bien sa vie, devenue une avocate en vue. «Tandis que toi, ma fille avec tout les sacrifices que ton père et moi avons fait pour ton avenir! » Elle répétait toujours le discours de sa mère si prévisible, probablement elle ne répondrait rien aux provocations de sa mère, pensant à Éric, l’être pour lequel elle avait tourné le dos à ses parents. Elle avait abandonné l’idée que ses enfants pourrai avoir une relation normale avec la seule grand-mère qu’ils avaient. Elle avait souvent pleuré le soir, quand ses parents avait ignoré la naissance de ses enfants, même pas de carte à Noël. Elle avait enduré tout cela pour un homme, lui qui l’avait trahi. Elle avait compris sur le chemin qui la ramenait au domaine familiale qu’elle devait se battre pour ses enfants, réparé ce qui était cassé pour ses enfants. Après tout, il n’avait fait que la tromper, une incartade, cela laissera des traces de colle sur le contrat qu’ils avaient passé ensemble. Le jeu en vaut la chandelle, l’amour qu’elle éprouvait pour lui devrait survivre à cet écart. Son père en faisait lui aussi, cela ne l’empêchait pas d’être un père respecté malgré tout. Dans la chambre elle constata l’absence insupportable, l’odeur de l’abandon. Les armoires vides, son parfum qui était encore présent dans la salle de bain. « tiens, sa brosse à dents, il l’a oublié. Un signe.», elle sourit quand ses yeux tombèrent sur son alliance, aussitôt remis au doigt.

Le combat, elle connaissait.

Dans son esprit, il y avait un espoir.

Elle alla s’assoir sur le lit du côté de la porte, prit son portable et composa son numéro de téléphone. Elle se rappela de cette phrase, lue dans un livre qu’elle adorait. Phrase magnifique qu’elle avait failli se faire tatouer sur l’avant-bras quand elle était encore qu’une étudiante.

« Dans toutes les larmes s’attarde un espoir. »

Elle en avait versé beaucoup.

 

 

La petite tricheuse … partie 17

Partie 17

Je me retrouve dans une sorte de salle d’attente richement
meublée. Les meubles styles années trente, la lumière tamisée et en fond sonore
un concerto pour violon de Mozart. Je regarde autours de moi, les tableaux
accrochés aux murs, au dessus desquelles se trouvent des lampes qui illuminent les
peintures. Je me tiens debout dans cette petite pièce, à droite se trouve une
porte fermée, sur la gauche se trouve un beau canapé gris qui est dans le ton
de la pièce. La couleur grise est dominante dans cette pièce, la rendant chaude
et feutré. La décoration vous suggère que cette pièce  est un lieu placé sous le signe du confort et
de la détente, pourtant je ne suis qu’un véritable paquet de nerf, ne sachant
pas pourquoi je me retrouve ici, et surtout qui m’a appelé, alors que je
travaillais. Cela devait être important.

La porte de droite s’ouvre, un homme jeune d’apparence
apparait souriant. Je me suis rué sur lui, lui criant ma colère.

«Je suis convoqué immédiatement ? Sans aucune autres
formalités. Vous interférez dans mon travail. Il fallait que j’aille à Naples,
une personne a besoin de mes services. C’est votre patron aussi qui vous
demande de m’arrêtez ? Vous allez me mettre des menottes aussi. Comme un
vulgaire Juda. Je croyais que le rappel a l’ordre et un avertissement était ma
condamnation. Vous vouliez quoi de plus. Me cantonner dans un bureau à classer
les dossiers, à les mettre par ordre d’importance. Écoutez moi bien espèce de
rat ! Jamais je ne serai votre larbin. Jamais, j’aime mon travail. Et depuis le
temps qu’Il me témoigne sa confiance, Il n’a rien à me reprocher ! Des années à
accompagner des gens. Vous croyez qu’ils viennent avec moi avec entrain.  Ce n’est pas un boulot simple ! Vous
mériteriez une bonne correction. Si vous n’aviez pas un grade supérieur au
mien, de mon poing vous goutteriez ! Je vois que vous souriez, espèce de crétin
! Non ils n’aiment pas le contact de ma main, ma présence les gênes, les
effraies ! Ce n’est pas normal ? »

L’homme vêtu avec un costume de très bonne qualité souriait
toujours « je ne suis pas votre juge mais votre avocat. Et puis vous savez
qu’ils ont le pouvoir de vous amenez ici quand bon leur semble ! Calmez vous.
Gardez surtout votre calme ! Les charges sont lourdes, vous le savez. Et, je
sais que vous n’ignorez pas pourquoi vous êtes là, de nouveau convoqué.
Asseyons nous. Venez ! » Il m’invita d’un signe de tête a entrer dans une
pièce.

« On est où là ? Ce n’est pas le lieu habituel pour les
convocations de cette sorte. » Mon regard se portait sur toute la pièce.
En entrant je fut stupéfait de la beauté de cette pièce, à ma gauche se
trouvait un grand bureau en verre et aux pieds de métal avec deux gros
fauteuils de cuir noire. Suivant mon regard, l’homme me dit en souriant « 
ma table de travail. » et puis il me fit faire le tour du propriétaire
«  vous avez le coin pour parler, pour converser. », qui était
constitué de deux beaux fauteuils club en cuir marron installés en vis à vis
séparés par une petite table basse ronde en bois. De chaque coté des fauteuils
se trouvait des sortes de guéridons pour poser sûrement des verres ou des
documents. Mais ce qui attira le plus mon regard, c’était le mur de gauche, la
pièce dans laquelle je me trouvais devait se situer dans un vieux bâtiment, car
la hauteur sous plafond était vertigineuse. Le mur était séparé en deux par une
sorte de mezzanine, formant ainsi un étage. Pour accéder à ce nouvel étage par
une échelle et vous montiez à l’étage des livres, un mur entier de livres sur
plusieurs étages de rayonnage. « Impressionnant, ils sont tous à vous ? ».

« Oui, tous a moi. J’aime les livres. Je les
collectionne ! » Il me montra d’un signe de la main l’un des sièges
en cuir de son bureau, et m’invita a m’assoir.

« Très confortable vos sièges, et je vois que vous avez
deux belles baies vitrées. Vous avez vue sur quoi ? Parce qu’ici
normalement on n’a pas une vue paradisiaque. C’est plutôt clos comme
endroit »

« Vous avez entièrement raison, elles ne sont là que
pour la décoration, et la lumière qui en émane n’est pas naturel. On pourrait
croire que c’est de la lumière naturel, mais ce n’est que de la lumière
artificielle. » Toujours aimable, l’homme ouvrit son ordinateur portable,
tapa sur son clavier, tout en regardant attentivement son écran « vous
désirez quelque chose a boire ? Vin blanc ? »

« Je dois vous rappeler que je travail et que pendant
mon travail je ne suis pas censé boire. C’est contraire aux règlements. Vous ne
le saviez pas. De quel école de droit vous sortez vous ? »

« Vous n’êtes pas au travail, Martin. Je peux vous
appeler Martin, c’est plus simple avec le temps les dossiers perdent votre nom
de famille. étrange ça. », Son regard se planta dans le mien, cherchant sûrement
mon assentiment.

« Et vous, Monsieur dont je ne connais rien, si ce
n’est votre magnifique bureau et votre charge d’avocat. »

« Ma charge d’avocat, j’adore votre vocabulaire suranné
mon cher Martin, appelez moi François. Cela vous convient ? », Dit-il
toujours souriant.

Je m’avance vers lui comme pour lui faire une confidence,
« Je vais m’en contenter. Pourquoi suis-je ici François ? Vous allez
peut-être me répondre a la fin ! »

Tout en s’avançant lui aussi de moi, « Parce que vos
supérieurs ont décidé de vous mettre a des taches moins pénibles. Lisez
ceci. » En clignant des yeux je me retrouve assis, dans un des fauteuils clubs
marron un verre de vin posé a ma droite sur un guéridon et François en face de
moi toujours souriant. Un épais dossier était posé sur la table ronde entre
nous. « Lisez ce dossier, il vous concerne ! » me dit-il. Je
prend l’épais volume qui porte le nom Slaughter. Et je commence a le consulter,
rapport, audition, mort, vie des différents membres de la famille. Rien de bien
extraordinaire.

« Que dois je voir ou comprendre ? Ce n’est qu’une
suite de rapport que j’ai écrit et que d’autres intervenants ont écrit. Rien
d’extraordinaire ? » Je ne comprenais vraiment rien a tout cela.
Faire autant de mystère pour un rapport, peut-être que j’avais oublié d’en
remettre un tout simplement.

« Il y a une section que vous devez lire ! Elle
porte le doux nom d’interférence. C’est un doux euphémisme que ce nom là quand
on sait ce que ce terme recouvre. » Toujours souriant il me montra la
section en question en se levant rapidement. Une fois sûr que j’avais fait le
rapprochement avec mes actes, il se rassit en croisant ses longues jambes.

« À ce point là ! J’ai modifié les choses à ce
point là ! Mon Dieu. Mais comment vais-je m’en sortir cette fois ci ?
Ma carrière est finie ! », Abattu devant ce que je lisais, je n’ai
pas vu François se lever a nouveau et s’approcher de moi pour me tapoter
l’épaule.

« Nous allons pouvoir essayer de travailler pour vous
sortir de ce mauvais pas. » toujours souriant, il reprit « Donc, malgré
deux avertissements donnés par la haute cour, vous interférez de nouveau. Vous
avez consulté les problèmes que cela engendre ! Des vies bouleversées, des
destins changés. Le dossier est compliqué. Si on s’en sort, cela va tenir du
miracle. »

« Vous savez certaines fois je ne peux pas faire autrement,
suggérer une action. C’est tout ce que j’ai fait ! »

« Et ne pas la suggérer ! Y avez-vous pensé ?
Votre travail vous autorise pour leur bien et seulement pour leur bien à leur
suggérer de faire certaines choses, comme poser une photo par exemple. Vous
voyez de qui je veux parler ? Il faut me dire toute la vérité ! Je suis
ici pour vous aider ! » me dit il toujours d’un ton monocorde, il
débitait son discours comme un robot. J’étais sur la défensive, effectivement j’avais
de plus en plus de mal accomplir ma tâche. Fallait-il lui en parler ?
Trahir ce que je pensais faire ? Je lui répondis le plus sincèrement
possible.

« Oui je vois Madame Slaughter mère. En fait je n’y ai
pas pensé. Je n’ai pas pensé que ne pas user de ma prérogative »

« Martin je vous en prie ! Je vous ai dit que j’étais
là pour vous aider ! Et vous me raconter des demi- vérité !« me coupa t-il
avec dans la voix un certain dédain pour mon petit mensonge. Il voulait me
démontrer qu’il était parfaitement inutile d’essayer de m’en sortir avec une
pirouette, qu’il connaissait la chanson, le métier. « Vous voulez me faire
croire qu’avec l’expérience que vous avez, vous oubliez une prérogative que
vous avez utilisé plusieurs fois par le passé ! C’est une blague de très
mauvais goût ! Changez de défense ! Vous risquez de perdre votre
mission et de finir là où vous savez ! Le châtiment pour interférence dans
le destin est le pire de tous. Banni à vie, condamné à errer sans but ! C’est
ce que vous voulez Martin ? » Sa voix était forte, le ton déterminé,
debout il répéta comme une sentence « Le bannissement ! Martin ! ».

« Ok ! On arrête de jouer ! Ce que je vais vous
confesser restera entre nous ? Secret professionnel ? »

Il se rassit, croisa ses jambes et posa une main sur sa joue
et me fixant du regard « bien sûr ! Cela va de soi Martin, je suis juriste
pour votre défense ! Que cachez vous ?»

« François, il faut que je vous dise que rester a les
regarder se détruire depuis si longtemps, je n’y arrive plus ! J’aimerai
pour une fois intervenir dans le court des choses afin de les changer. Faire
mentir cette incroyable roue du destin que les gens devinent sans la voir. Moi !
Je la vois cette foutue roue. Ce qui me permet d’être là au bon moment ! »

« Burn out ! Pour quelqu’un comme vous ! J’en
suis épaté ! Vous êtes et de loin leur meilleur élément ! Vous avez
fait votre travail avec toujours la même rigueur, la même non implication. Ce
que vous désirez faire est purement du suicide. Comprenez vous ! Du
suicide ! » Toujours debout, François se baissa pour ramasser son
verre de vin blanc qu’il finit d’un trait. Je le regardais incrédule, suicide,
il avait prononcé ce mot. Je n’y avais jamais pensé.

« Je ne veux pas me suicider, juste aider. Il me
faudrait votre aide. D’après ce que je vois de votre bureau, de votre
équipement, vos cahiers de note en cuir et tout le reste. Vous n’êtes pas
n’importe quel avocat et je me demande comment je pourrai vous payer ? Au fait,
j’ai vu accroché aux murs vos diplômes de droit certes anciens, mais des plus
prestigieuses universités. Et quelqu’un comme vous allez prendre la défense
d’un simple accompagnateur ? »

Sourire amusé, « Quelqu’un comme moi. C’est amusant ce
terme. Oui Martin, je prendrai votre défense et gratuitement encore. »

« Et pourquoi ? Ce n’est pas très clair. Vous
savez que c’est une cause perdue. que probablement je vais récidiver. Que je
n’ai pas les moyens de régler vos honoraires. Et vous souriez en me disant que
vous prendrez quand même ma défense. Vous me permettez d’émettre des doutes
quand à la sincérité de vos intentions. Que voulez vous en échange ? »

« Mes honoraires sont payés par un très bon ami a vous !
Il m’a demandé la plus extrême discrétion ! Voilà vous êtes rassuré ?
Je ne vous demanderez rien en échange de mon travail, ni argent, ni service.
Vous ne serez redevable en rien ! Maintenant peut-on s’il vous plait,
Martin, commencer a travailler ? Je suis en retard sur mes
rendez-vous » il me fixa du regard, ce qui me mit mal à l’aise, mais
j’avais beaucoup de mal a croire que cet homme bardé de diplôme s’occupe de mon
cas. La dernière fois, je n’avais trouvé personne pour me défendre, mon dossier
faisait fuir tous les avocats que je connaissais. Et si par bonheur ils
acceptaient mon dossier, c’était en échange d’honoraires faramineux. La chance
tournerai t-elle enfin.

« Une question avant de commencer à étudier mon
dossier. Et je voudrais une réponse claire ! Puis je continuer a exercer
mon travail et continuer cette mission ? Répondez moi et sans mystère ou
longue tirade d’avocat. »

Il fouilla dans son dossier et en sortit une feuille
« l’acte de mise en accusation ne stipule pas que vous êtes relevé de vos
fonctions pour l’instant. Il mentionne juste la présence a vos coté d’un
collaborateur. »

« Un collaborateur ? Un mouchard ? Je suis
sous surveillance. Je peux travailler, mais sous surveillance, on ne sait
jamais que je déborde de ma fonction. », J’étais hors de moi, la confiance
n’existait plus, j’étais devenu une source d’ennui qu’il fallait surveiller. Un
volcan sur le point d’exploser.

« Vous recommencez à vous énerver. Martin, c’est mieux que
vous soyez surveillé. Si vous vous tenez bien, cela jouera en votre faveur.
Réfléchissez, un inconnu va surveiller votre travail, s’il n’y a rien à vous
reprocher. On gagnera des points facilement. La fierté est mauvaise
conseillère. Rangez-la dans une de vos poches avec un mouchoir par dessus le
temps de la tempête, cela vaudra mieux pour vous, et cela facilitera grandement
mon travail. » Il ouvrit de nouveau le dossier, « on peut commencer
maintenant ? » Me demanda t-il avec un grand sourire, sur son visage
sans expression et aux traits si lisse qu’il me faisait penser a un mannequin
de caoutchouc.

D’ailleurs, tout au long de notre entrevue, je n’avais cessé
de l’observer. L’absence d’expression de son visage, le manque de vie de son
regard m’avait frappé. Même lorsqu’il était en colère, son visage n’exprimait
rien, seule sa voix pouvait indiquer son humeur. C’est un garçon que l’on
pouvait qualifier de beau, grand, mince, bien habillé et ces cheveux blonds
impeccablement coiffé avec une raie sur le côté. Pas une mèche de ses cheveux
ne bougeait. Tout son être semblait sous contrôle. L’idée qu’il perde le
contrôle de lui-même était sûrement inconcevable pour une personne tel que lui.

Les gens qui contrôlaient autant leur humeur me faisait
peur, car que se passerait-il si jamais il perdait ce contrôle. Que se
cachait-il derrière ce personnage si lisse en apparence ?

Je fus sorti de mes pensées, « Martin ? Vous
m’écoutez ? »

« Oui, excusez moi. Une absence, la fatigue sans doute !
A mon âge vous savez ce n’est plus ce que c’était », je lui désignait mon
cerveau de mon index.

« Nous avons bien avancé. Je vous propose de nous
revoir dans une semaine terrestre. » En regardant son agenda, il nota
notre prochain rendez-vous, sans attendre ma réponse. Il se mit debout en me
tendant la main.

« Notre entretien est terminé ? Voilà c’est tout ?
Mon avenir se joue en une petite heure de parole. Des années de travail
réduites a un entretien sur de la musique classique en fond sonore. »

« Ce n’était qu’un préambule, Martin. Ne vous inquiétez
pas, il fallait que l’on fasse connaissance un peu. C’était un premier contact.
Nous aurons l’occasion de parler beaucoup de vous. » Je me mit debout
quelque peu déboussolé et je me laissais guider vers la sortie de son cabinet.
Je mettais un dernier coup d’œil sur un tableau qui m’avait plu, une scène de
l’enfer de Dante. c’est eut être ça l’enfer après tout, ne pas savoir ce que
l’on va faire de vous. Nous nous serrons la main, et il referma la porte de son
cabinet.

Je fut aussitôt convoqué devant mon supérieur hiérarchique
qui m’informa que pour m’aider on allait me donner un adjoint. « Martin,
ce n’est pas négociable, j’ai des ordres. », dans son grand bureau nimbé
de lumière blanche, assis devant sa table où s’entassaient d’innombrables
dossiers, il me donna le dossier de mon adjoint. Une présentation succincte de
l’homme qui allait m’espionner, je découvrais son prénom, Nicolas. D’après la
photo du dossier, il était jeune, brun, bref quelconque.

« Dis moi Jacques, depuis le temps que l’on travaille
ensemble, tu aurai pu me convoquer et en parler tranquillement ! Au lieu
de me donner un dossier et hop du vent ! » Jacques était mon
superviseur, celui qui m’avait formé, au fil des années nous étions devenu des
amis, enfin je le croyais.

« Martin, je viens de le recevoir. Avec ordre de te le
donner tout de suite. Tu crois que je vais m’amuser a discuter un ordre, a
attendre que tu veuille bien pointer ton nez au bureau. Voyons, c’est sérieux
là ! Ce n’est pas une simple réprimande et je sais que ton avocat te l’a
expliqué. »

« Comment es-tu au courant que je vais voir un avocat
toi ? » dis-je intrigué.

« Bon écoutes, j’ai pas mal de travail comme tu peux le
voir ! Prends son dossier étudie le et retourne d’où tu viens. Et n’oublis
pas de faire tes rapports, il y’a un mois de rapport en retard ! »

« Je vais l’avoir quand dans les pattes votre mouchard ? »

« Collaborateurs, ton collaborateur Martin. La semaine
prochaine. Et je compte sur toi pour ne pas l’agresser. »

« Tu me prends pour un sauvage maintenant. Moi le prof.
C’est toujours mon surnom ici, non ? Pas le sauvage ? Enfin à moins
que cela a changé aussi. »

« Bon tu arrêtes où je t’affecte au bureau !
Paperasses, classement et cætera.. Et je ferai même faire le café. »
Pointant un doigt énervé vers la porte de son bureau, « Et maintenant
salut ! Et tu n’oublies pas de saluer les Slaughter pour moi ! »

Jacques connaissait aussi bien que moi la famille Slaughter,
c’était lui l’accompagnateur de la famille avant que j’arrive. Il connaissait
très bien la mère et la grand-mère de Myriam, il connaissait donc la complexité
du dossier. Ce même dossier qu’il m’avait confié lorsqu’il a été promu
superviseur. Au début de ma carrière, je lui avais demandé des conseils pour
gérer au mieux cette affaire. Mais aujourd’hui, il semblerait que mon ancien
professeur soit contre moi. J’étais seul face à l’étendu du désastre que
j’avais provoqué. Si ce qui était écrit dans le dossier était exact, alors les
conséquences vont dépasser tout ce que j’avais prévu. Il fallait que je trouve
le moyen de remettre de l’ordre. Une semaine, seul. Une semaine pour remettre
de l’ordre.

Je me dirigeais vers la sortie, Naples. Depuis longtemps une
jeune fille m’attendait.

Myriam était arrivé à Nice depuis deux jours et déjà Gregory
le pauvre était complètement perdu. Il ne savait pas démêler le vrai du faux.

Depuis deux jours, la femme qu’il aimait essayer par tous
les moyens de lui faire prendre le chemin de l’Italie sans explication.

La petite tricheuse …..Partie 16


Partie 16

 

 
Madame Charles lui caressait encore
tendrement la joue quand les soignants mirent Huguette Slaughter sur un brancard.
Elle continua à la caresser tendrement jusqu’à la porte de l’ambulance.
Nullement gênée ou perturbée par les gestes de premiers secours que le SAMU
prodiguait, Madame Charles ne pensait qu’à une seule chose, une chose qui
l’angoissait  personnellement, mourir
seule. Elle ne voulait pas mourir seule, c’était si horrible la solitude pour
une vieille dame. Quand on vieillit, on doit faire le deuil de bien des choses,
de son physique changeant, de ses facultés physiques et psychologiques qui
s’étiolent petit à petit, ce sentiment que l’on ne sert a personne et surtout
que l’on ne manque à personne. Affronter la vieillesse quand on est veuve,
c’était une réelle épreuve. Il y avait des gens de sa connaissance qui avait
cessé de lutter contre la peur qui les envahissaient et s’étaient réfugiés dans
leur passé, on avait coutumes de dire qu’ils avaient perdu la tête, qu’ils radotaient, qu’ils étaient séniles. Madame Charles savait que la sénilité était le refuge de ces
personnes âgées trop angoissées de vivre dans un monde qui n’était plus fait
pour eux. Remisaient comme des vieux vêtements, ces vieux rejoignaient une époque
où ils étaient utiles, un abri en quelques sortes. Elle s’était construit son
refuge, la petite cité HLM de Pontoise, son petit monde où elle était utile, où
elle comptait pour quelqu’un. La personne allongée les yeux clos, les cheveux
ensanglantés, inconsciente était son amie, une personne qui comptait pour elle.
Alors la main, la caresse était une façon de la remercier, lui dire grâce à toi
je suis encore une personne qui est digne d’intérêt. Toujours perdue dans ses
pensées, elle n’entendait pas le médecin, l’infirmière du SAMU lui demandait de
sortir du camion, elle ne sentit pas les efforts désespérés des policiers pour
la faire sortir du camion. Elle ne comprit pas comment elle s’est retrouvée sur
le trottoir le bas de sa robe inondait de sang, et pourquoi un homme en
tee-shirt blanc et veste en jean lui montrait une carte avec une photo de lui
en lui criant  » Madame, Madame !  » Elle regardait le camion emmenait
son amie, entre la vie et la mort, priant secrètement pour qu’elle vive,
personne n’osa empêcher cette vielle dame de courir maladroitement après le
camion qui partait dans un éclat de lumière et de son. Le temps s’était arrêté
au moment où elle avait découvert Huguette. Elle ne se rappelait de rien
d’autre que de la tête de son amie et la nécessité de rester auprès d’elle,
rien n’avait d’importance pour elle. Pendant sa course perdue d’avance contre
une ambulance du SAMU, elle trébucha et chuta lourdement sur le bitume. La
douleur à la cuisse droite la ramena à la réalité. Les voisins se précipitèrent
pour l’aider à se relever, mais la douleur l’avait terrassé,  elle allait être hospitalisée elle aussi en
urgence, pour une fracture du col du fémur. Le temps du transport aux urgences
de l’hôpital , elle demanda des nouvelles de son amie, on lui pardonnait tout à
cette charmante vielle dame, si gentille même si elle demandait des nouvelles
de son amie en boucle, l’agression de sa voisine, la chute, cela faisait
beaucoup pour une dame âgée. La morphine commençait à faire de l’effet, elle
commença à s’endormir, dans cette torpeur un visage lui apparu, celui de Myriam
souriante et de la couleur de ses mains.

Une course contre la montre était engagée
pour Huguette. 

Une précision au lecteur qui aurai pris un
quelconques intérêt au récit que je fait, il est vrai que je ne me rappelais
plus du prénom de Madame Slaughter, mais Myriam dans son accès de folie me l’a
opportunément rappelé. Et si je prend la liberté de l’appeler par son prénom,
n’y voyait aucune familiarité de ma part ou de preuve d’une quelconque
intimité. ce n’est que pour lui redonner un petit peu d’humanité. C’est
important. Désolé d’avoir une nouvelle fois interféré dans le récit que je
reprends.

Donc une course contre la montre était
engagé pour la vie d’ Huguette Slaughter, ayant perdu énormément de sang et les
médecins ne sachant pas les dégâts que l’arme avait faite dans son organisme,
elle fut immédiatement conduite au bloc opératoire. Elle y resta longtemps
d’après le rapport médical d’intervention que j’ai pu parcourir rapidement. Le
rapport mentionnait atteinte de l’artère rénale et tout une suite de termes
obscures typiquement médical. Plus tard ce que le médecin expliquera a Madame
Charles quand elle viendra la voir, c’était que « Huguette a eu beaucoup
de chance d’être envie et de vous avoir comme amie, vous lui avez sauvé la
vie ! »

Des que Louise Charles, put se déplacer un
peu, elle demanda aux infirmières du service d’orthopédie si on pouvait lui
prêter un fauteuil roulant. Au début, elle essuya un refus sans appel du
personnel soignant. 

Devant l’insistance de la patiente,
l’infirmière qui s’occupait des soins de 
Madame Charles demanda l’aide la cadre du service qui vint dans la
chambre, « Madame, ce n’est pas sérieux, cela fait deux jours que vous
êtes opéré. Vous vous souvenez de votre chute ? De l’opération ? Vous êtes a
l’hôpital, vous vous en souvenez ? »

« Je ne suis pas gâteuse, Madame ! Je
sais où je suis ! Et je ne demande juste a aller voir mon amie ! Elle est
gravement malade ! On l’a agressé avec un couteau ! » Devant le regard
étonné de la surveillante, elle rajouta « Je crois que c’est sa fille qui
a fait ça. »

« Madame Charles, Vous savez avec la
chute, l’anesthésie. Vous perdez peut être un peu vos repères ! » la
surveillante cherchait des signes d’agitations, le ton de voix de cette
patiente devenait autoritaire.

« Je vous dis que je ne suis pas
folle ! Demandez aux urgences ! Ils m’ont accueilli. Ils connaissent mon
histoire. » Son regard se faisait suppliant.

« Calmez vous ! Je vais voir ce que
je peux faire ! » Menti la surveillante croyant apaiser la volonté de
sortir du service de cette charmante petite vieille dame. « Toujours le
même problème avec les vieux, une anesthésie et hop ils perdent les pédales.
Comme cette patiente qui veut absolument voir une amie mortellement blessée par
sa fille. Celle-ci elle est pas mal ! » Dit-elle en rentrant dans la salle
de repos du bloc opératoire cherchant désespérément le chirurgien qui l’avait
opéré. Elle n’avait pas encore pris le temps d’aller se renseigner aux
urgences, elle avait contacté l’anesthésiste au sujet d’une patiente qui
commençait a être perturbé, celui-ci avait demandé a voir le dossier avant
toute prescription. La surveillante se dit que c’était une bonne occasion de
rappeler au chirurgien de faire le nécessaire rapidement pour la sortie de patient
âgé, ce qui arrangerait son personnel infirmier. Elle descendit elle-même le
dossier au bloc. le médecin anesthésiste consulta le dossier et prescrit un
demi Lexomil si agitation

« Dis moi, Eric, elle raconte que son
amie s’est faite poignardée par sa fille ? Juste du Lexomil c’est peu ! »
Les bras croisés, elle supplia du regard le médecin, « Tu sais bien que
cette nuit, elle va nous mettre le service sans dessus dessous ! Prévois autre
chose pour les filles, si jamais elle devient ingérable! » Le médecin
était celui qui avait endormi Madame Louise Charles et qui connaissait les
circonstances de sa chute, il était de garde le soir où elle était arrivée aux
urgences. Il se rappelait très bien de l’histoire et du rapport du médecin des
pompiers.

« Tu sais, Madame la
surveillante » le ton se voulait sympathique, convivial

« Commence pas, je n’aime pas que tu
m’appelle comme ça » répliqua t-elle, visiblement énervée de cette
taquinerie entre eux. Taquinerie qui datait de leur liaison d’un mois, a laquelle,
elle avait mit fin quand elle avait surprit Eric entrain de faire du rentre
dedans à une jeune interne d’anesthésie.

il répéta avec un sourire « Tu sais
Madame La surveillante, que cette petite dame n’est pas folle du tout et que
son histoire est vraie. Tu ne lis donc pas les journaux? il y’a trois jours de
ça, elle a fait les gros titres. »

« Je n’ai pas le temps de lire les
journaux. Et puis au lieu de me montrer toute ta science, ce serait bien si
c’était écrit dans vos dossiers, et surtout que vous les remplissiez
bien! » Elle tourna les talons, vexée « Pour qui il se prend ! Je ne
vais pas lire les journaux pour chaque patient. J’ai bien assez de
travail » En remontant dans son service elle téléphona a la cadre des
urgences en lui expliquant les soucis qu’elle rencontrait avec Madame Louise
Charles « Attends, je regardes le dossier. » S’entendit-elle répondre
par sa collègue, « Oui effectivement, elle a bien une amie qui s’est faite
poignardée à son domicile, elles sont voisines, amies je ne sais pas, mais
voisines c’est certain. D’ailleurs, je suis étonné que la police ne soit pas
encore venue la voir. » Cette vieille dame ne perdait pas la tête alors,
la surveillante un peu honteuse assista aux transmissions de l’après-midi afin
d’informer tout le monde sur les antécédents de Madame Charles.

Louise était très triste que personne ne
la croie, on la prenait pour une folle, alors qu’elle avait tenu son amie dans
ses bras. Elle pleurait seule dans sa chambre numéro 203 sur le sort de son
amie. Comment allait-elle? Comment s’en sortait-elle ? Etait elle morte ? Elle
questionnait toutes les personnes qui rentrait dans sa chambre, les
infirmières, les aides soignantes, les femmes de services, les
kinésithérapeutes. Et toujours se sourire poli sur leurs visages et aucunes
réponses. Elle pensait que son amie était morte et qu’on lui cachait la vérité
pour ne pas la bouleverser.

Vers quinze heures, on frappa à sa porte,
elle autorisa l’entrée d’un « oui », et vit arriver la surveillante
qui s’excusait.

« Je suis désolé Madame, je ne
connaissais pas l’histoire. Ma collègue des urgences m’a expliqué ce qui
s’était passé. »

« Ah vous voyez que je ne suis pas
folle ! Comment va t-elle ? Où est-elle? », Une rafale de question balaya
les mots d’excuses de la surveillante, Louise ne voulait qu’une chose avoir des
nouvelles. Souvent elle contemplait la main qui avait caressé si longtemps la
joue de son amie et elle pleurait en silence.

« Elle est en réanimation, pour
l’instant. »

« Je veux juste la voir, m’assurer
que vous ne me raconte pas ça pour me rassurer ! », son regard voulait de
l’assurance, recherchait l’appui de la surveillante.

« On va essayer d’organiser ça! Mais
cela ne va pas être simple, vous n’êtes pas de la famille. Enfin pardonnez ces
mots. Mais seule la famille proche n’est autorisée a son chevet. »

« Alors il n’y aura personne ! Sa
fille est partie en Week-end et son autre fille est, je crois, en Italie.
Pourriez-vous demander à quelqu’un de m’emmener voir mon amie! Elle doit être
bien seule ! C’est triste d’être seule vous savez ! Surtout dans ces moments
là. » Dit-elle les yeux pleins de larmes.

la surveillante lui tenant les mains , «Je
ne vous promets rien, mais je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour
vous aider ! » et avec un sourire rempli de compassion elle sorti et monta
directement dans le service de réanimation, pour rencontrer sa collègue afin
d’arranger une rencontre. Elle posa les questions de routines, l’état de la
patiente, les thérapeutiques mises en place, les appareillages. elle rencontra
le chef de service de réanimation pour lui soumettre sa requête.
« J’examinerai le dossier » promit le médecin.

Ainsi Louise Charles devint la coqueluche
du service, et sa chambre une véritable attraction. Le personnel venait la voir
plus ou moins discrètement lui demandant de raconter son histoire. Un aide
soignant avait réussi à retrouver l’article de journal qui lui était consacré
et lui avait offert. Louise était fière et heureuse de toute cette gentillesse
mais une seule chose était importante, Huguette. Depuis qu’elle avait vu la
surveillante, elle n’avait toujours pas de nouvelles. Cela faisait deux jours
maintenant qu’elle attendait, qu’elle interrogeait  sans relâche le personnel. Mais à part les
sourires polis, les regards gênés, elle n’obtenait rien. Il y avait pourtant
une jeune aide soignante qui venait la voir, «Une si mignonne petite, elle
pourrait être ma petite fille. ». Quand Louise avait une idée en tête, elle
mettait tout en œuvre pour l’obtenir.  La
petite soignante lui avait déjà avouée que « vous ressemblez tellement à ma
grand mère, si vous avez besoin de quelque chose n’hésitez pas.». Elle lui
ramenait des gâteaux achetés dans une pâtisserie, lui amenait un thé
l’après-midi et pleins d’autres petites attentions.

« Dis moi, ma petite Charlotte, c’est ton
prénom hein ? Je ne me rappelle jamais des prénoms ! Tu peux me rendre un petit
service? »

« Que puis-je faire, si je peux vous
aider. Je vais faire ce que je peux»

« Oh ce n’est pas compliqué. Tu vas voir !
Je voudrais juste prendre un peu l’air. Il y aurait un moyen d’avoir un
fauteuil roulant ? »

« Oh s’il n’y a que ça, je vais vous le
chercher tout de suite. » la jeune fille allait se lever quand d’une pression
de la main, Louise la fit rassir sur le bord du lit.

« Je voudrais que tu m’emmènes. J’aime ta
compagnie. On pourra papoter, et je te raconterai encore des histoires ! » la
jeune fille semblait quelque peu gênée.

« Mais si ça te gêne, on va oublier ce que
j’ai dit » lui dit-elle tout en lui tapotant doucement  la main.

« Non, ça ne me gêne pas si vous ne me
demandez pas d’aller a l’extérieur de l’hôpital. Ça je n’ai pas le droit !
C’est interdit ! »

« Tu crois que je suis inconsciente pour
vouloir aller dehors» ricana t-elle, « Je veux juste aller me balader, je
voudrais visiter aussi l’hôpital. Et puis tu y travailles. Tu sera mon guide.
Tu veux bien ? »

La jeune fille ne voyait pas le problème
et fut rassuré, madame Charles ne lui avait pas demandé d’enfreindre le
règlement. Et puis quoi de plus normale qu’une personne âgée qui voulait
prendre juste un peu l’air, histoire de se changer les idées. Elle partait
chercher le fauteuil roulant, heureuse de pouvoir faire le bonheur d’une si
charmante vieille dame.

Une fois installée dans le fauteuil
roulant, elles firent le tour de l’hôpital en commençant par le jardin, en
passant par le grand hall d’entrée avec son  » point relais » qui
vendait des sandwichs. Louise ne perdant pas de vue son objectif, la
réanimation. Pendant sa petite excursion, elle découvrit le monde hospitalier,
une vraie petite ville avec ses routes, ses magasins, ses différentes
habitations et même sa chapelle. « C’est très grand.» répétait elle a tout bout
de champs.  Elle invita sa petite guide à
boire un café, en profita pour lui demander « Et si tu me montrais la
réanimation. Je suis curieuse de savoir à quoi ressemble cet endroit. Ça
m’impressionne ! Tu pourrais m’y emmener ! » Demanda t-elle innocemment.

« Ça, ce n’est pas possible. Il n’y a que
les gens qui y travaillent qui peuvent y rentrer. C’est un service très fermé.
Vous voyez comme les blocs opératoires. Même nous qui travaillons à l’hôpital,
on ne peut pas y aller. »

« Ah bon.. Je ne pourrais pas aller
voir alors. » Masquant sa profonde déception, « Tant pis, alors. Je
ne pourrai pas satisfaire ma curiosité. » Elle finirent leur café et
Louise rentra dans sa chambre et remerciant chaleureusement sa petite aide-soignante.
Assise sur son lit, elle ne trouva pas d’autres solutions que d’attendre. Il
lui fallait de la patience, car l’hôpital avait un fonctionnement très
protocolisé, une demande devait suivre une voie hiérarchique et sa réponse
suivait la même voie en sens inverse. En bref, cela prenait du temps. Mais les
demandes étaient faites, la machine était lancée. Les retrouvailles allaient
avoir lieu.

La nuit fut longue pour Louise Charles,
inquiète pour son amie, elle ne pût fermer l’œil.

Le matin, elle eut la visite de son
chirurgien accompagnée de l’anesthésiste, de la surveillante et d’une
infirmière. Tout ce monde pour elle, que se passe-t-il ? Devant sa mine
effrayée, le chirurgien prend la parole d’une voix douce il lui expliqua « Bonjour
Madame Charles, comment allez-vous ? Votre jambe ne vous fait pas trop
souffrir ? »

« Bonjour docteur, oui tout va bien.
Mais que se passe-t-il ? Vous êtes bien nombreux autour de mon lit !
Mon expérience me dit que vous êtes porteur de mauvaises nouvelles ! »

« Non rassurez vous, il fallait juste
que l’on vous parle de quelque chose, enfin de quelqu’un. Les personnes qui
sont là m’assistent et sont là pour vous aider à leur niveau. Nous venons de
recevoir une réponse. Et c’est pour vous préparer à cette visite que l’on est
là. » Le ton du chirurgien rappelait a Louise un professeur entrain de
donner un cours magistral a des élèves un peu lents « Vous comprenez de quoi
nous voulons parler ? »

« Non, il va falloir m’aider. Je suis
toute perdue. »

La surveillante prit le relai, « nous
avons déposé une demande de visite pour votre amie, madame Slaughter, et la
réponse est positive ! Vous allez pouvoir revoir votre amie ! »

Le sourire de la vieille dame fit plaisir
à voir, un sourire et des larmes de bonheur, on lui donnait la permission de
voir son amie. L’anesthésiste prit la parole à son tour, « mais il faut
vous préparer à la voir. Elle est très fatiguée, ne vous attendez pas à pouvoir
lui parler, elle ne sera pas en état de parler. Depuis son intervention elle
est endormie et respire avec l’aide d’un appareil. » Mais Louise ne l’écoutait
plus, la seule question qu’elle voulait poser, « Quand est ce que je peux
la voir ! » La question jaillit coupant les explications de l’anesthésiste.
L’infirmière répondit sans réfléchir devant l’impatience de la vieille dame. « Maintenant
si vous voulez ! Si c’est possible ? », interrogeant du regard
sa surveillante et les médecins présents. « Je n’y vois pas d’inconvénients,
si Madame la surveillante est d’accord pour détacher quelqu’un pour vous
accompagner. » Répondit l’anesthésiste. « aucun inconvénient, je vais
demander a quelqu’un de vous accompagner. » Assura la surveillante.

Assise de nouveau dans un fauteuil
roulant, accompagné par la petite aide-soignante, Charlotte. « On dirait
que finalement vous allez pouvoir voir le service de réanimation. Hier vous m’en
parliez. Ce que je ne savais pas c’est que vous aviez une amie qui était dans
ce service. J’espère que ce n’est pas trop grave. »

Arrivée devant le sas d’entrée, Charlotte
sonna et se présenta, on l’a fait passer par un long couloir qui débouchait sur
un couloir avec des portes tout le long, une infirmière et un médecin accueillirent
Louise dans un bureau. L’infirmière renvoya l’aide-soignante dans son service. Le
personnel de réanimation et l’anesthésiste de garde expliquèrent les règles de
visites et lui expliquèrent brièvement l’état de son amie. Elle tremblait de peur.
Tous ces bruits, ces bips, ces téléphones qui sonnaient continuellement l’angoissaient.
Elle ne comprenait pas ce que le médecin lui racontait, il l’emmena au chevet
de son amie. Au début elle ne la reconnaissait pas, elle se tourna vers le
médecin avec dans son regard une interrogation. « oui Madame, c’est bien votre
amie, mais les machines et le fait d’être allongé pouvait changer la perception
que l’on avait d’une personne. » Lui répondit le médecin, essayant de la
rassurer. Elle ne put que répéter « Huguette, Huguette. » Tout en se
rapprochant de son amie et se focalisant sur son visage et sur ses mains qu’elle
prit dans les siennes. Les soignants quittèrent la chambre laissant cette dame
renouer avec une amie dont elle avait sauvé la vie. Répétant toujours son
prénom, Louise lui caressa la joue délicatement, et lui racontait les aventures
qu’elles avaient endurées, elle rigolait, pleurait sous l’œil attentif des
caméras de surveillance.

La police débarqua dans le service d’orthopédie
pour voir madame Louise Charles.

Et dans une chambre d’hôpital italienne un
policier italien entra et s’assit au bord d’un lit pour commencer une enquête.

À Nice, Gregory se retrouvait dans une
sacrée panade, comme on dit dans cette belle région, coincée entre l’inflexible
négation d’un père, et l’obligation de trouver une solution d’hébergement pour
une fille qui débarquait encore une fois dans sa vie.

Et moi qui devais être sur plusieurs
fronts, suivant les méandres de destin et qui fut convoqué séance tenante
devant mes supérieurs. J’allais encore devoir m’expliquer, je savais que j’avais
commis une faute, une interférence. 

La petite tricheuse .. Partie 15

Partie 15

 « Mais qu’est-ce-qu’il fout, bordel!
J’ai mal partout et lui, il met trois heures à me trouver mon médicament. Alors
que j’ai téléphoné il y a trois putains d’heure. On ne peut pas lui faire confiance,
c’est vraiment un italien. Toujours à parler tout le temps. Et a être en
retard, foutu rival de merde ! », Elle parlait à voix haute, seule dans ce
grand appartement de la Viale Antonio Gramsci dans le quartier chic de la
Chiaia à Naples, cela faisait maintenant trois mois qu’elle avait emménagé avec
Giacomo. Elle habitait le quartier chic de Naples, à deux pas du bord de mer.
Elle, la fille de Limoges et de son ciel gris, sa ville si triste, même les
habitants transpiraient la morosité. La mélancolie de ces villes autrefois
prospères et maintenant sur le déclin. La capitale des arts du feu, comme on
l’appel, était et sera toujours pour elle la capitale symbole de l’ennui, du
temps gris et de la tristesse. Au moins, une chose qui était certaine dans sa
vie plus que bancale, elle ne remettrait pour rien au monde les pieds dans
cette ville horrible. Pourquoi, sa mère avait décidé de vivre à Limoges ? Elle
ne se rappelait plus bien, sa mémoire en ce moment était de plus en plus
embrouillée. Elle avait des problèmes de concentration et avait du mal a se
rappeler ce qu’elle avait fait dans la matinée. Au début, elle en avait été
perturbée. A son âge, elle avait le cerveau qui fonctionnait au ralenti, comme
un vieillard. Mais au fil des jours, cela finalement lui convenait bien. Pas de
souvenirs, pas de remords, ni de regrets. La vie était plus simple, mieux
valait oublier, vu ce qu’elle faisait dans sa vie pour vivre, c’était une
bénédiction que ces défaillances de la mémoire.

Ici le ciel était tout le temps bleu, il
faisait doux même en hiver, jamais de neige, de gelée matinal, le seul froid
qu’elle connaissait c’était celui de la « Fantasia gelati », une
petite chaine de glacier napolitain, dont les glaces la faisait chavirer de
bonheur. Une vraie drogue que ces glaces, les meilleures de tout Naples, selon
les amis de Giacomo, elles étaient plus chères que nulle part ailleurs, mais
cela valait les euros dépensées.

Trois mois qu’il la faisait attendre. Et
pourtant il savait qu’elle avait un tournage très important cet après midi,
c’était lui qui lui avait trouvé ce job. Elle décida de se lever du lit, ne
prenant pas la peine de mettre un vêtement qui cacherait sa nudité, et alla
dans la cuisine. ce qu’il était grand cet appartement, ce couloir qui n’en
finissait pas. Elle avait mal partout, ses jambes la portait a peine, elle
était un peu nerveuse. Elle connaissait ces signes, un café, un whisky léger et
le médicament feront le travail. Elle serait prête pour cet après midi, fraiche
et dispo.

Enfin la cuisine, elle prit une capsule de
café au hasard, mit la machine en route, « What-else ? » Pensa
t-elle, ce qui la fit sourire. L’odeur du café lui monta aux narines, ce qui
augmenta la sensation de nausée. Il fallait qu’elle mange quelque chose, elle ouvrit
la lourde porte du frigo américain, c’était un caprice, elle avait toujours
rêvé d’un grand frigo comme dans les séries américaines qu’elle regardait chez
elle à Limoges. Mais ce matin, elle regrettait d’avoir choisi un tel
réfrigérateur. La porte était trop difficile à ouvrir ce matin, plus que
d’habitude, elle s’y reprit à deux fois en mettant tout le poids de son corps
maigre. Si sa mère l’avait vu, elle ne l’aurai pas reconnu tellement elle avait
changé, et tant mieux que personne pouvait mettre un nom sur elle, c’était ce
qu’elle recherchait. L’anonymat. « Victoire ! » Cria t-elle lorsque
la lourde porte s’ouvrit, en levant les bras en imitant un boxeur victorieux
ses petits poings en l’air. Elle regardait à l’intérieur et trouva un yaourt à
la vanille, « cela suffira pour la journée. Vu ce que je fais et le
déploiement d’énergie que je dois réaliser. Ce sera assez ! », Elle
n’avait pas faim. Elle voulait juste oublier tout ça, ce cauchemar qui se
répétait sans cesse. Elle voulait juste retourner dans cet endroit calme et
chaud, sécurisant, retrouver la mélodie douce des notes de ce piano qui
l’accompagnait quand elle vagabondait dans cette prairie. Elle mangea le yaourt
vanillé sans même se donner la peine de prendre une cuillère, avec les doigts
ce qui la fit sourire comme une petite fille. Avala le café d’un trait, sans
même y mettre du sucre ou attendre qu’il refroidisse et se dirigea tant bien
que mal vers la salle a manger. « Il faut vraiment que l’on prenne un
appartement moins grand, je m’épuise a aller d’une pièce à l’autre pour rien !
Et puis il faut que l’on fasse le ménage ici. Ça pue le vieux tabac. ! ».
Elle voulu commencer le ménage, ce qui pourrait l’aider à passer le temps et
surtout éviter de penser a Giacomo et a son retard. « A cause de lui, j’ai
de plus en plus mal. », elle avait pensé à prendre un anti-douleur, de
l’Oxycodone, mais elle n’en avait plus, le dernier cachet avait du être pris
hier soir par qui, elle ne savait pas. Tellement de monde passait dans son
appartement le soir, des amis, des connaissances. elle essaya de vider les
cendriers, les cadavres de bouteilles d’alcool, mais en se baissant, elle fut
prise d’un léger malaise, « Putain mais qu’est-ce qu’il fout ! », de
plus en plus énervée, elle se vautra dans le grand canapé en cuir blanc, et
tenta de fermer les yeux pour éviter de voir la pièce tournoyer. Le soleil la
gênait, ses rayons illuminaient le visage de Virginie. Elle se déplaça tant
bien que mal vers la table de la salle a manger, elle posa les coudes sur le
plateau de verre et regardait les traces de poudres blanches, vestiges de la
soirées d’hier. Combien de personnes hier, étaient venues avec de la coke,
beaucoup en tout cas, vu l’état de ses narines ce matin, remplies de croute de
sang. Sur la table quelqu’un avait laissé son matériel, une petite paille, un
miroir, le tout dans une boite ouverte. Elle regarda plus attentivement le
plateau de la table à la recherche de la poudre, si elle réussissait à
rassembler les restes de poudres, peut-être arriverait-elle a en avoir
suffisamment pour un petit rail. Elle prit une feuille d’un magazine qu’elle
déchira et commença a gratter la table méthodiquement. Elle eu l’équivalent
d’une narine, « c’est déjà ça! », tout en disant cela, elle pris la
paille qui trainait sur la table et respira par la narine droite le tas de
poudre qu’elle avait mit en forme de « rail ». Il y en avait trop peu
pour l’effet escompté. Cela retardera un peu la douleur qui lui tiraillait le
ventre de plus en plus fort. Ses intestins étaient tordus, des spasmes, elle du
se lever précipitamment pour aller au toilette, ses entrailles se vidèrent,
elle hurla de douleurs, il faut absolument qu’il arrive, elle ne tiendrait pas
longtemps a ce rythme. Elle perdit connaissance sous l’effet de la douleur et
de sa  fatigue, et se réveilla sur le sol
des toilettes, la tête coinçait entre la cuvette et le mur. Elle était souillée
d’excréments et de vomissures, elle se dégoûtait. «  Et dire qu’il y a des
mecs qui se branlent en me regardant ! Je dois faire rêver en ce moment ! Je
suis une merde, une foutue merde ! », Elle se releva, titubant jusqu’a la
douche pour se laver. La douche l’avait épuisée, toujours le ventre vrillait
par le manque, il lui tardait vraiment que Giacomo arrive, et qu’elle puisse
partir, lion de son être qu’elle détestait. Montre sur un cheval et partir au
galop dans cette si merveilleuse prairie, au son du piano. Mais pour vivre
cela, il lui faudrait attendre le retour de son petit ami. Allongée sur le
canapé, propre mais toujours nue, elle entendit du bruit dans le couloir de
l’immeuble.

La porte d’entrée claqua, avec un
« Ciao bella !»  Retentissant, Giacomo était là, enfin. Il
déposa son casque, et vida ses poches dans le vestibule de l’appartement, et
alla la retrouver sur le canapé. Elle gisait pale comme un cadavre, il
regardait son corps, ses cotes saillantes, ses seins refaits par le meilleur
chirurgien plasticiens de la ville, ses deux tatouages, l’un sur la clavicules
gauche, et l’autre son préféré dans l’aine a droite. La premier tatouage était
nombre tatoué avec une jolie graphie, 16, et l’autre était des lèvres, plutôt
comme les traces d’un baiser au rouge à lèvres qu’une femme laisse sur la peau.
Celui-ci était sa marque de fabrique, reconnaissable même quand elle changeait
de couleur de cheveux ou d’yeux. Il s’aperçut qu’elle avait perdu une lentille
de couleur, son regard était ridicule avec un œil marron et l’autre bleu acier.
Il ne se rappelait même plus la couleur de ses yeux, depuis le temps qu’il
évitait de la regarder dans les yeux. Délibérément, il évitait de croiser son
regard, toujours accusateur. C’était lui, qui était responsable de tout ça.
Lui, qui l’avait entrainé, l’avait fait grandir dans ce milieu. Elle était
douée, elle avait tout pour réussir, mais en ce moment, voyant son corps
ravagé, ses joues creuses, il se demandait combien de temps cette fille
tiendrait. Cela faisait deux ans qu’elle tournait, c’était dans le milieu un
record, habituellement les filles ne tenaient pas plus de six mois. Mais, elle,
c’était diffèrent, elle avait le don de pouvoir s’extraire de son corps
« Bella, j’ai ton médicament ! » Tout en regardant avec dégoût ce
qu’était devenu la fille qu’il aimait, il sorti de son sac une valisette jaune
fermée par un petit crochet en plastique. « Tu en as mis du temps, j’ai
été très malade tu sais. Tu as ce qu’il faut? Dépêches toi !», elle
parlait d’une voix pâteuse mais le ton se voulait impératif.

« Il a fallu que je passe voir ma
copine à l’hôpital pour qu’elle me donne le nécessaire. » Giacomo, pour
réaliser les injections en toute quiétude et sur les conseils d’une amie
infirmière, il allait chercher, les aiguilles, les seringues, dans la
permanences de l’hôpital réservée aux toxicomanes.

 Et
il rajouta pour qu’elle soit calme et rassurée, « Il avait du retard, je
l’ai attendu. Mais tu sais dans le quartier où je vais chercher ce qu’il te
faut. Il ne faut pas trop trainer. Je n’aime pas attendre là-bas. Alors quand
il est en retard, j’ai toujours peur d’être attaqué », il ouvrit la valisette
de l’hôpital et se dirigea vers la table de la salle à manger. Il vit la
feuille de magazine arrachée, utilisée comme grattoir. il eut un frisson
imaginant Virginie entrain de gratter la table désespérément à la recherche de
la moindre trace de cocaïne, il ne put réprimer un frisson, à la pensée qu’il
en était le principal fautif, il avait détruit cette fille. Giacomo, balaya ses
remords en pensant au paquet d’argent qu’elle rapportait depuis deux ans. Il
sortit le petit sachet de poudre blanche, soigneusement emballée, la petite
cupule, la seringue et l’aiguille et l’eau stérile. Il s’apprêtait a
administrer la dose d’héroïne à Virginie, sa belle poupée devenue junkie à
cause de lui. Virginie sans force, se mit en tête de se rapprocher de son petit
ami. Elle aimait regarder les gestes précis de Giacomo quand il préparait son
médicament.

Elle regardait Giacomo lui préparer son
fix, la seringue, l’aiguille, le liquide transparent. Elle aimait cette
attente, quand il lui mettait le garrot, ou qu’il regardait son corps à  la recherche d’une zone pas trop exposée, ou
facilement dissimulable avec un peu de maquillage. Cela devenait difficile tant
elle consommait, il la piquait quatre fois par jour, et pratiquement le salaire
d’un tournage partait dans ses veines.

Il la prit dans ses bras, l’allongea sur
le canapé. Alla dans la chambre chercher, un drap pour la couvrir, pendant
qu’elle serai sur le cheval de la drogue galopant, libre de toutes douleurs.

De son regard expert il trouva une zone,
presque vierge, à l’intérieur de ses cuisses. Il piqua, elle émit un petit cri,
c’était une zone délicate et sensible, surtout en intra musculaire. il la
regarda se détendre, l’embrassa sur la bouche, un baiser comme les amoureux sur
les quais de gare, un baiser d’au revoir. Il surveilla son pouls en posant son
index et son majeur sur sa carotide, vérifia sa respiration en regardant sa
poitrine se lever. Elle partit en voyage, elle tait sur un cheval au galop,
dans une prairie d’un vert si profond, au chaud, sans douleur, a l’abris.

Giacomo, restait à coté d’elle comme
toujours veillant sur elle. En la regardant, parler dans les vapeurs de la
drogue, il se demandait « Qui était-elle vraiment? » Il ne savait
pratiquement rien d’elle, débarquée de France à Naples à la recherche de fantômes.
Depuis qu’ils se fréquentaient, elle ne lui avait jamais parlé de ses parents,
de ses amis. Cette fille n’avait pas de passé et probablement pas d’avenir.
Depuis qu’il faisait ce boulot, il n’avait jamais connu de fille aussi
mystérieuse, il arrivait toujours a savoir qui elles étaient vraiment, sous
l’effet des drogues ou de l’alcool, elles parlaient toujours. Mais elle rien,
droguée ou ivre, elle ne levait jamais le voile de mystère qui entourait son
passé. Il restait à coté d’elle, dans l’espoir d’en apprendre d’avantage, sous
l’effet de la drogue peut-être laisserait elle échapper un mot, une phrase qui
pourrait le mettre sur la piste. Une fois elle avait crié un prénom, Myriam,
mais ce fût la seule fois. La tête penchée sur le coté gauche, un sourire sur les
lèvres, Virginie était loin de Giacomo.

Le téléphone portable sonnait,
distraitement, il jeta un œil sur qui essayait de le joindre à cette heure-ci.
C’était le studio, cela pouvait attendre, il ne répondit pas. Elle n’était pas
encore prête, il pouvait bien attendre, il n’avait qu’à jouer une autre scène.
Le problème avec cette fille, c’était qu’il en était amoureux. Dans son métier,
il ne fallait pas confondre business et amour. Le jour où, on lui demanderai de
s’en débarrasser, « Cela va être très difficile, peut-être
impossible. » se dit-il. Il n’aurai pas dû la présenter a ce tordu de
copain d’enfance, Gian-Franco. Giacomo et lui avait grandi dans le même
quartier pouilleux et misérable de la ville, Giacomo avait réussi a se trouver
un boulot honnête, imprésario pour des acteurs et actrices de film X. La seule
branche du cinéma qui ne connaissait jamais la crise. Tandis que Gian-Franco,
lui, vivait du trafic de drogue, de prostitutions, dans leur enfance, ils
avaient été tous les deux dealers pour arrondir les fins de mois de la famille.
Quartier pauvre, débrouillardise, la population de la Scampia n’avait pas le
choix. Là, où la misère gangrenait la vie des gens, le seul remède était la
Camorra. C’était elle, qui donnait de l’espoir a quantité de jeune, de pouvoir
sortir de ce quartier, de gagner de l’argent et de pouvoir subvenir au besoin
de la famille. ce que l’état italien ne pouvait assurer, la camorra le faisait.
C’était comme ça depuis longtemps à Naples. Giacomo avait vu beaucoup de ses
copains mourir, il avait laissé tomber le jour où il avait décroché son Bac.
Gian-Franco avait arrêté l’école très tôt et continua a grimper les échelons
dans le crime. Leur vie avait pris un des chemins différents, ils ne se
fréquentèrent plus pendant dix ans, jusqu’au jour où, Gian-Franco se lança dans
la production de films pornos. Leurs chemins se croisèrent à nouveau, il avait
beaucoup d’argent et produisait énormément de film et faisait travailler
énormément de personnes. Giacomo avait réussi a monter son agence d’acteurs X,
avec le soutien financier de son ami d’enfance. Il ne travaillait que pour lui.
Le jour, où Virginie débarqua dans sa vie, sans un sou en poche, il lui
présenta Gian-Franco, plus il pensait à cette rencontre et plus il regrettait
de l’avoir provoquée. Pauvre petite Virginie, prit dans un engrenage que même
lui ne parvenait pas a maitriser. Elle en sortirait broyée et peut-être vivante
si elle avait de la chance.

Oui, si elle avait de la chance.