Ballade poétique du jeudi soir avec Federico Garcia Lorca

Une ballade amoureuse que je vous propose ce soir.;

Poème très difficile€ île mais une fois percé le mystère de la prose, l’effort en vaut la peine. Belle lecture

Mon cœur aurait la forme d’un soulier

Si chaque village avait une sirène .

Mais la nuit est interminable quand elle s’appuie sur les malades

Et il y’a des bateaux qui cherchent à être vus pour

Pouvoir se saborder tranquillement.

Si le vent souffle doucement

Mon cœur à la forme d’une fillette

Si le vent se refuse à sortir des cannaies

Mon cœur à la forme d’une millénaire bouse de taureau.

Voguer! Voguer! Voguer! Voguer!

Vers le bataillon de pointes inégales,

Vers un paysage d’affûts pulvérisés,

Nuit pareille nuit pareille à la neige, aux systèmes suspendus .

Et la lune.

Et la lune !

Mais non pas la lune.

Le renard des tavernes.

Le coq japonais qui s’est mangé les yeux.

Les herbes mastiquées.

Ne nous sauvent ni les vers solitaires sur les vitres

Ni les herboristeries où le métaphysicien

Découvre les autres versant du ciel

Mensonge que les forme. N’existe que

Le cercle de bouches de l’oxygène.

Et la lune.

Mais non, pas la lune

Les insectes,

Les morts minuscules sur les rives.

De l’iode à un endroit.

Les foules sur l’épingle.

La nudité qui malaxe le sang de tous

Et mon amour qui n’est ni un cheval ni une brûlure.

Créature au sein dévoré.

Mon amour!

Voici qu’ils chantent, crient, gémissent : Visage ! Ton visage ! Visage

Il y a quelques pommes,

Les dahlia sont identiques ,

La lumière a un goût de métal poli

Et le ch amp de tout un lustre tiendra sur la face de la pièce de monnaie.

Mais ton visage couvre le ciel du banquet.

Voici qu’ils chantent ! Crient ! Gémissent !

Couvrent! Grimpe! Effraient !

Il faut marcher, vite ! , vers les vagues , vers les branches,

Vers les rues désertes du Moyen Âge qui descendent au fleuve,

Vers les boutiques de peaux où tinte une corne de vache blessée,

Vers les échelles, sans craintes !, vers les échelles.

Il y a un homme tout pâle qui se baigne dans la mer ;

Il est si tendre que les réflecteurs en jouant lui ont mangé le cœur

Et au Pérou vivent mille femmes, oh ! Insectes !, qui nuit et jour

Font nocturnes et défilés en entrecroisant leurs propres veines.

Un minuscule gant corrosif m’arrête. Assez !

Dans mon mouchoir j’ai entendu le petit claque

De la première veine qui se rompt.

Prends soin de tes pieds, mon amour, de tes mains !

Puisque moi, il faut que je livre mon visage.

Mon visage! Mon visage! Ah mon visage mangé !

Ce feu chaste pour mon désir,

Cette confusion par besoin d’équilibre,

Cette innocente douleur de poudre dans mes yeux ,

Soulageront l’angoisse d’un autre cœur

Dévoré par les nébuleuses.

Ne nous sauvent ni les gens des boutiques de chaussures

Ni les paysages qui deviennent musique lorsqu’ils

Trouvent les clés rouillées.

Mensonge que les vents. N’existe

Qu’un petit berceau au grenier,

qui se souvient de tout

Et la lune .

Mais non, pas la lune.

Les insectes.

Les insectes seuls,

Crépitants. Mordants, frémissants, rassemblés, et la lune

Avec un gant de fumée, assise à la porte des ses ruines.

La lune

Lune et panorama aux insectes.

Frederico García Lorca

Au cœur de la distance

La distance entre les personnes s’est largement contracté, le temps d’un clic on parle à une personne habitant un pays qui nécessiterait un voyage éprouvant en avion. Oui, rien n’est plus simple pour se contacter que de lancer une applications de messageries instantanées et nous voilà en conversation avec un ami qui fait un voyage au Japon.

La technologie aide les gens à garder le contact.

Personnellement, je me sers beaucoup d’application de messagerie, WhatsApp, Facebook Messenger, Skype et les SMS bien sûr !

Mais pendant que nous papotons à l’aide de ces interfaces numériques, le papier perd du terrain pour disparaître complètement.

J’aime recevoir une lettre manuscrite, écrit d’une main tenant un stylo. Tout un monde qui disparaît petit à petit. C’est un geste particulier de lire et d’écrire une lettre. Il y a d’abord l’ouverture de la boîte à lettre, et puis au milieu des factures, pubs et autres mailings, on trouve une enveloppe écrite à la main au nom et adresse. Un coupe papier ou même une paire de ciseaux faisant l’affaire et nous pouvons lire attentivement l’écriture.

C’est un moment magique que de savoir qu’une personne au lieu de prendre un traitement de texte, son clavier et choisir la bonne police.

Qui écrit un mot?

Ne serait-ce qu’un mot doux le matin à son amoureuse ou amoureux?

Et pourtant ce petit geste du matin ou du soir réconforte et une preuve d’attention. Et ce à n’importe quel moment de sa vie. Par exemple je m’occupait dans un cadre professionnel un couple marié depuis 50 ans, en soit c’était magnifique mais quand ils ont raconté que chaque matin jusqu’à récemment, à cause de son Parkinson, il lui écrivait un petit mot d’amour.

Ma génération on se faisait passer des petits bouts de papiers griffonnés pour déclarer notre flamme adolescente à la superbe jeune fille que l’on imaginé nue ! Aujourd’hui nos enfants n’aiment plus écrire ou lire est fastidieux et pourtant quel plaisir de lire un mot..

Une lettre a une connotation temporelle, c’est à dire que la personne a prit du temps pour écrire et aller la poster. On se pose tranquillement et on s’applique à l’écriture et à son orthographe et à sa grammaire.. un mail est plus rapide et le risque de faire des fautes est minimiser par les correcteurs orthographiques inclus.

Oui, mais c’est impersonnel dans le sens où l’écriture requiert un nombre important de réponses à des stimulus que l’écran et les touchent d’un clavier inhibe.

La relation lointaine, l’amour à des kilomètres, parfois a des frontières est -il une pure folie ou une grandes aventures?

Envisager une relation, entamer une relation amicale ou amoureuse est toujours délicat. Les premiers rendez-vous, notre langage corporel et nous savons si nos goûts communs peuvent créer l’alchimie de l’amour, cette pierre philosophale !

Mais une relation a des centaines de kilomètres m’épates. Cette confiance que ces deux êtres ont placé en chacun d’eux, l’amour qui les connecte et les preuves d’amour qu’ils doivent multiplier pour ne pas rompre ce délicat lien.. ils me font penser à ce funambule des années 70 qui a marché sur un fil reliant deux buildings à 100 mètres de hauteurs.

Donc pour continuer mon article, je vois que l’amour est très difficile à entretenir un sentiment, un attachement.

Première règle, promettre et faire. On se promet de s’appeler à une heure précise et on s’y tiens

Deuxième règles, on reste en contact avec son Autre, un petit mot SMS ou une photo avec un smartphone tout est quasiment possible. Organiser un rendez-vous Skype, FaceTime ou WhatsApp et on se doit d’y être!

Respecter la parole donnée

Surtout ne pas commettre l’erreur de dire je viens pour le week-end puis tout abandonner à cause du boulot.. il faut savoir donner la priorité à l’être aimé. Celle où celui qui sera là pour vous !

Ne pas oublier les petites attentions, les week-ends en amoureux, se rappeler les moments de bonheur et surtout se dire qu’il y en aura d’avantage.

Faire des projets communs et puis ne pas construire des châteaux en Espagne mais de vrais projets auxquels le couple pourra s’engager.

Il y a plusieurs façon d’être éloigné: parfois ce n’est pas forcément la distance qui nous éloigne mais la vie quotidienne, le travail, les enfants et on oublie le couple. Ce ferment qui a vu pousser dans le ventre de Madame ce fruit délicieux béni des dieux, un enfant devient un perturbateur de l’équilibre au sein d’un couple.

L’engagement, que vous soyez éloignée par la distance ou proche dans une maison commune est la même problématique. L’engagement et pouvoir savoir que l’on peut compter l’un sur l’autre. Magnifique sentiment que de savoir qu’une personne bienveillante nous protège.

Essayer de profiter l’un de l’autre à la puissance dix ! Et fixer un autre week-end.

L’amour n’existe pas, c’est du vent tant que vous ne passer pas à l’acte. Un véritable lien de confiance s’établi avec le temps, sans précipitation. Elle se construit comme une maison, la confiance en est la base; les fondations et puis les murs des sentiments montent au fil des mois et un jour après avoir monté et meublé votre coquet petit cocon peut être y ajouterez-vous un toit… un toi pour toit..

Amour épistolaire ne rime pas toujours galère

Distance ne rime pas toujours avec absence;..

Intempo’Elle

  
Un soir, c’était imprévu, comme une intrusion dans mon intimité.
Tout mon être en a été bouleversé. J’ai commencé à ne plus voir le temps passé. En y réfléchissant bien cela a commencé comment ? 

C’était bien un soir d’ailleurs, du lieu où je vous parle le temps s’est arrêté. Ce fichu temps qui m’était compté s’est soudainement arrêté. 

Pourtant. Il m’a poursuivi ce temps, imposant son rythme à ma vie. C’était avant qu’il décide de s’arrêter et de me laisser enfin tranquille ici. 

Je me souviens d’un sourire, magnifique, un poème écrit sur des lèvres, une cascade de cheveux bruns tombant sur un cou blanc. Ces yeux, je me souviens de ce regard qui vous transperce l’âme et vous lit dans le cœur les pages de votre être. 

Souvenir d’un adieu en forme de caresses.

Souvenir d’un baiser en forme de promesses. 

Pourtant , cela avait commencé sans que je m’en aperçoive. 

Une présence juste pour combler un vide, des effluves de compagnie qui ce sont transformée en fragrances enivrantes. Avec le temps, mon ennemi, ce parfum est devenu nécessaire, l’opium de mon âme. 

Mon cœur te cherchait partout, comme un vulgaire drogué, je cherchais ma dose de bonheur, qui pouvait apaiser mon angoisse de solitude. Je te voyais dans le miroir quand tu fardais ton visage le matin avant cet instant d’abandon, persistance rétinienne.

je t’entendais dans les silences, je caressais ton corps en regardant les plis des draps, fantômes de ta présence dans mon lit. Tu étais partout en moi, mon corps avait gardé en mémoire les courbes de ton désir. 

Ton absence devenait une torture, mon manque une délicieuse torture. 

Je t’attendais. Tu coulais dans mes veines, douce sensation de bien-être.

Un jour, c’était un jeudi ces divers symptômes d’addiction j’ai osé les nommer. 

Amour.

Mot que je refusais, mot banni, mot haï, redouté.

Ce jeudi, je savais que tu avais rempli une place, un endroit que j’avais fermé. Une pièce que j’avais décorée de toute la beauté que j’étais capable de produire. Un lieu privé, secret qui à force de rester fermé, inhabité, était devenu glacial. L’accès en était fermé, verrouillé. 

Sanctuaire d’amour idéal, devenu cimetière de mes sensations amoureuses. 

Tu as juste glissé un mot, murmuré à mon oreille et une réaction en chaîne s’est déclenchée. Cœur en fusion… Explosion… Et le temps s’est arrêté.

Depuis, je suis dans ce lieu où le temps n’a plus court. 

Les jours, les nuits, les heures tout se confond.

Ce lieu merveilleux où je suis bien…

Ce sanctuaire redevenu un vivant lieu de culte, où je célèbre sur l’autel de ton corps, notre amour.

Amour épistolaire 

Il avait reçu une lettre, un jour, la date n’a pas d’importance.
L’important était cette lettre, calligraphiée à l’encre noire.

Les lettres cursives étaient très bien dessinées, on sentait une main habituée a écrire. Il la retourna plusieurs fois dans ses mains, essayant de voir si il n’y avait pas d’erreur sur l’adresse, que cet étrange objet issu d’une lointaine habitude de communication n’était pas destiné à quelqu’un d’autre. Pour lui, il y avait erreur. Le facteur avait confondu, s’était trompé de boite. Mais non, c’était bien son nom, son adresse, écrite à la main, de cette écriture précise et noble que maintenant par habitude, il reconnaissait au premier coup d’œil.

Étrange objet qu’une lettre. 

Il nourrissait des soupçons, de la publicité sûrement. Mais ce qui changea les choses, ce qui transforma cette enveloppe en précieux objet et non en vulgaire bout de papiers déchirés et jetés à la poubelle c’était le papier.

Une lettre, c’est d’abord un papier choisi avec plus ou moins de goût, le grammage, la couleur, la texture tout cela concourt à faire d’une missive un objet particulier.

Il y a dans une lettre, le choix des mots, des phrases même la ponctuation est importante. C’est un peu comme dans un roman.

D’ailleurs ne parle t-on pas de roman épistolaire ?

Dans un écrit, nous mettons de la réflexion et du temps. Écrire à quelqu’un, c’est tout d’abord penser à elle, prendre le temps de lui consacrer un peu de notre temps afin de lui donner des nouvelles ou de lui annoncer une chose importante. La lettre est le caméléon de notre âme, elle peut-être triste, heureuse et cela se perçoit dans les mots choisis, bien sûr. Mais la forme peut aussi trahir notre état d’esprit.

Une lettre c’est l’âme mise en mot, écrite à la plume d’un coeur encrier.

Et puis envoyer une lettre nécessite un investissement, le timbre, un déplacement à la poste ou à une boite aux lettres. Décidément, cette page remplie de signe dessinés à la main n’est pas un objet comme un autre. C’est réellement un investissement au service d’une communication personnalisée en faisant abstraction du temps que l’on y passe. Ce qui en fait un objet rare de nos jours, mais si précieux.

De nos jours, cet article a t-il encore un sens ?

La lettre est-elle encore un outil de communication face à ces concurrents de poids que sont les mails, le téléphone, les SMS et les différents systèmes de messageries.

Cet homme qui reçoit cette lettre est habitué à recevoir des mails, personnels ou professionnels, des coups de téléphone, souvent bombardé de SMS.

Un objet qu’il avait presque oublié. Remisé dans sa mémoire aux côtés des CD, des vinyles et autres objets vintages. Un objet qui n’appartient pas au monde de l’immédiateté. Ce bout de papier est une ouverture vers un monde de réflexion ou le temps n’a pas la même valeur, la lettre est une béance de temps dans notre planning si chargé. Ce temps accordé à l’autre est important.

C’est une forme de don de soi.

Mais ce cadeau reçu demande une réponse, soit par politesse, soit que la lettre pose une question à laquelle une réponse est souhaitée.

Mais alors l’homme de son temps, l’homme qui a l’habitude de la réponse formatée dans un langage fait de signe plus que de mots se voit démuni par ce que demande ce Médium ancien. Il remonte à la nuit des temps. Une machine à remonter le temps, à nous replonger en ce Nous ancestral. L’homme composant à la plume et à l’encre des chefs d’œuvre.

Réapprentissage

Communiquer, sans clavier, sans écran, sans cette interface qui nous protège de l’erreur, qui corrige la grammaire, la syntaxe et surtout l’orthographe. Le bruit rassurant de la frappe cadencée des touches du clavier.

C’est peut-être pour cela que la lettre est resté sans réponse pendant un petit moment, il devait réapprendre à écrire. À essayer de concentrer sur la bonne formule linguistique à utiliser. Apprendre à faire le vide, à enlever toutes les distractions que la société moderne propose à notre cerveau. Ce centre de la pensée qui n’arrive plus à effectuer ce pourquoi il a été conçu tellement solliciter qu’il en est saturé, fatigué, épuisé, sans ressource.

Notre homme se souvient de méthode ancienne, faire le vide, éteindre la musique, la télévision et son portable. Il se rappelle de la feuille et du stylo, comment s’en saisir et le sentiment de peur qui accompagne l’âme solitaire devant cette page blanche qu’il doit remplir, que son coeur essaye de remplir.. Un papier buvard de l’âme qu’est cette. feuille. Nous n’en avons plus l’habitude, de laisser parler notre coeur , d’écrire ce que l’on pense réellement, avec application et implication. Tout cela demande du courage que les moyens modernes de communication nous ont enlevé. Abreuver d’image, de discours, de théorie de pseudo spécialiste de tout bord. Jamais nous n’avons à aller faire une recherche, on nous explique quasiment tout. Gaver tout au long de la journée d’information.

Là, devant sa feuille blanche, il doit répondre à une lettre, exercice qu’il n’a plus effectué depuis très longtemps. Son visage entre les mains, le stylo posé, le front plissé, les doigts parfois massent légèrement les tempes.

Pourtant, il avait toujours pensé avec nostalgie aux échanges de courriers que les amoureux faisaient, il aurait aimé le faire avec son ex-femme, mais il est vrai que le texte est si pratique.. On pense à une chose et immédiatement on organise une soirée en amoureux dans un beau restaurant. Vous croyez que ces textos vont être archivées dans une vieilles boîtes à chaussures et que vous allez pouvoir fièrement les montrer à vos enfants pour prouver l’attachement profond à votre amour…

Les écrits restent…

Les mots en binaires retournent en langage codé dans l’air radiophonique… Ils sont perdus, détruits. Il n’en reste rien.

L’homme le sait bien que les lettres sont la mémoire, les témoins de choses passées. Sa réponse restera à jamais, cette permanence lui fait peur, lui qui ne vit que dans l’impermanence, il,vit comme un animal dans le monde des phénomènes, il devenu agissant ayant perdu sa réflexion ce qui le différencié de l’animal.

La lettre lui permettra, à condition qu’il arrive à l’écrire, de se reconnecter à son humanité.

On le voit lutter, torturé par les premiers mots qui ne sortent pas, il est maintenant couché sur la feuille qui est restée blanche, enfin presque un mot est écrit maladroitement – Madame -, c’est un début.

Il s’emporte devant la difficulté de l’exercice, froisse le pauvre écrit et le jette dans…. rien .. Il n’a plus de corbeille à papier depuis longtemps. Objet inutile, on ne jette plus de papiers de nos jours, on consulte les mails et on les met dans une corbeille virtuelle..

Décidément, il n’est pas équipé pour écrire.. Et puis le silence de cette feuille, le bruit feutré du stylo caressant la page, horripilante sensation d’inconnu.

Et si pour commencer, il relisait les quelques lignes de cette lettre.

Bonjour,

Nous ne nous connaissons pas et pourtant je vous croise si souvent. Cela fait très longtemps que j’ai envie de vous écrire, de pouvoir vous dire par des mots la merveilleuse sensation que nos fréquentes et furtives rencontres suscitent. J’aime vous regarder, n’ayez crainte je ne vous espionne pas, je vous observe dés que l’opportunité se présente. Je ne la provoque pas, je saisis les rares moments de ces croisements. Souvent, en vous regardant, j’ai imaginé être dans vos bras, j’ai – je dois l’avouer – une petite propension à l’imagination. Je ne suis réduite qu’à vous imaginer. Je suis d’une nature plutôt timide et une âme vouée à l’introspection. Alors l’écrit reste ma solution pour vous parler. Lâche, vous avez le droit de me juger. Je le suis sûrement quand il s’agit d’affaires aussi sérieuses que sont les affaires de coeur.

Dieu sait à quel point, j’aurai aimé avoir le courage de vous aborder, sous n’importe quels prétextes. Mais j’aime à croire que si je vous intéressais, ce pas vous l’auriez peut-être franchi. L’Homme est lâche quand la personne en face de lui n’envoie pas le signal « je suis là et disponible». Je n’appartient pas à cette époque, j’aime à croire que vous non plus.

Ma lettre ne sera pas signer, car j’ai peur que ce que vous à livrer mon coeur vous incite à franchir le pas et à vous faire une fausse idée de moi. Je serai votre mystère, votre interrogation. Peut-être que vous essaierez de savoir qui se cache derrière ce masque. C’est comme dans un carnaval, à Venise, les nobles pouvaient batifoler sans se faire remarquer. Je vous propose, un batifolage, mais sérieux. Un badinage qui au début vous paraîtra léger, mais qui avec le temps deviendra une véritable relation. Épistolaire pour un temps, jusqu’à ce que je perçoive dans vos lettres un attachement profond, une attente, un vrai desir de savoir qui je suis. Mon esprit, mes mots vous auront séduits. Je préfère que mon esprit vous séduise plutôt que mon physique, l’aspect est si réducteur, si impermanent. Belle un jour, vieille un autre. L’esprit lui ne vieillit jamais, l’intellect s’enrichit sans cesse, un bel esprit ne meurt jamais.

Pouvez-vous croire en l’amour d’un bel esprit ? Où êtes-vous prisonnier des diktacts des temps présents qui veulent à l’esprit substituer des unités de mesure pour une unités parfaite du corps ?

Je préfère l’unité du corps et de l’esprit. Vous vous imaginez peut-être que mon physique ne me permet que d’aborder les hommes par le biais de petits mots, contrainte de me cacher a votre vue à cause d’une beauté jugée ingrate ? Vous valez, je l’espère mieux que ça. Cessons mes digressions, parlons de vous.

Attendant de vos nouvelles, je vous laisse une adresse, une boite postale, d’un anonymat exquis pour une correspondance qui je l’espère le sera tout autant.

Bien à vous.

Signé : un bel esprit aimant les belles lettres

Pas de date, une signature sibylline, mais il y avait dans cette lettre un défi. Serait-il capable de répondre à cette femme. Manifestement, fragile et timide. Il commençait à entrevoir les mots qu’il pourrait employer… Le stylo dans les mains, il commence à écrire. Une heure pour écrire une dizaine de lignes… Miraculeux… Sans bruit perturbateur, l’esprit tout à elle.

Effectivement une lettre est vraiment un objet spécial.. Rien n’est insignifiant, tout à son importance. Il l’a lu et relu, faire attention a l’orthographe.

Une question, ne serait-il pas la victime d’une mauvaise farce ?

Postée,le lendemain il attendait la réponse avec une certaine angoisse mêlée d’excitation… Surveillant tout les jours sa boite à lettre.. Quinze jours pour obtenir le graal, une enveloppe a l’écriture reconnaissable entre toutes. Il n’oublierait jamais la joie ressentie à l’ouverture du pli. Il avait entre temps acheté, un bloc de papier à lettre qu’il avait choisi avec soin, un stylo et une corbeille à papiers.. Il avait aussi fait des conjonctures sur la teneur de la lettre, et la réponse qu’il lui ferait. Imaginant des réponses, les écrivants et les jetant… L’épistolier qui dort en nous tous s’était éveillé en lui. Il débordait maintenant de mots.

Bien sûr, la réponse à le seconde correspondance ne fut pas simple, il devait se dévoiler d’avantage tout en essayant de savoir qui elle était.. La corbeille au cours de la rédaction fut vite remplie et la nuit fût courte… Mais il était fier, heureux d’avoir produit des lignes qui formaient un tout cohérent. Poster, attendre, ne surtout pas compter l’espace de temps entre la réponse et la réception.. Une nouvelle façon d’appréhender la relation humaine..

De lettre en lettre, les mots lui venaient plus simplement, jusqu’à ce que cela devienne une habitude. Il s’attachait à ces mots écrits rien que pour lui et se demander si cette inconnue commencée à ressentir ce besoin. Une lettre est un lien, fort et puissant car il est aisément consultable. Chaque mots ou lettres qu’elle écrivait été archivée par date… Quand les réponses était trop longue à venir, il se replongeait dans cette correspondance. Relisant, riant et même parfois ému.

Une feuille de papier avait tant de pouvoir, il l’avait oublié !

Cela fait maintenant une année de correspondance régulière, il lui écrivait le matin, le soir, le midi. Ces réponses étaient toujours polies, respectueuses et il ressentait à travers les mots l’attachement. Il ressentait à présent le besoin de savoir qui était le sujet de cet attachement. Une rencontre. Il voulait la voir… La sentir.. Il avait senti son parfum, les lettres étaient parfumées maintenant. Il connaissait ses états d’âmes, ses joies, ses tristesses. Il savait ce qu’il la mettait en joie, ce qui lui faisait de la peine. Il l’a connaissait bien mieux que ses ex-petites-amies. Son esprit était le sien, une symbiose était né.

Mais il veut plus ! Il la veut..

Il l’attendait, sa vie était vide sans ses mots… Vide d’un être non pas de chaire et de sang amis de phrases et de mots.. Un être littéraire.

Amour épistolaire….

Dimanche soir poesie….

  

 

Pablo Neruda, le 18 janvier 1952, à Capri en Italie. Keystone/Getty Images

 
Ce soir Pablo Neruda enchante ma soirée… Pourquoi ce poète ? Pourquoi ce soir ? La poesie nous parle directement à l’âme, elle est la meilleure expression de nos états d’âme.. Heureux, triste, le cœur un petit peu en perdition, il y a toujours un vers, un alexandrin qui saura produire du bonheur. Réparer les maux par des vers.. 

La poesie c’est un chant, un rythme que Pablo Neruda compose dans une langue tout en musicalité et en caresse.

Pablo Neruda, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un poète de langue espagnol né au Chili en 1904 et décédé en 1973. Considéré comme l’un des plus grand poète de langue hispanique du XX ieme siècle. Les puristes de cette merveilleuse plume, vous diront qu’on ne peut apprécier Neruda qu’en version originale comme bien des auteurs étrangers la traduction rime souvent avec trahison. Si mon espagnol était à la hauteur, je savourerai sûrement davantage son œuvre. Malheureusement, je dois me contenter d’une version traduite de son merveilleux Un chant désespéré le vingtième pour être précis.

Ce soir mon Dimanche poesie est un chant d’amour, peut-être désespéré ..

Pour que l’on n’oublie jamais que le plus beau sentiment que l’Homme ressent est l’amour avec un A majuscule synonyme d’écoute de l’autre, de respect et de don de soi. Cet amour est désespéré car je n’en trouve guère de trace…

En bonus le poème mis en musique et déclamé en espagnol un pur moment de bonheur  En cliquant ici.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Écrire, par exemple : “La nuit est étoilée

et les astres d’azur tremblent dans le lointain.”

Le vent de la nuit tourne dans le ciel et chante.

Je puis écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Je l’aimais, et parfois elle aussi elle m’aima.

Les nuits comme cette nuit, je l’avais entre mes bras.

Je l’embrassai tant de fois sous le ciel infini.

Elle m’aima, et parfois moi aussi je l’ai aimée.

Comment ne pas aimer ses grands yeux fixes.

Je peux écrire les vers les plus tristes cette nuit.

Penser que je ne l’ai pas. Se désoler de l’avoir perdue.

Entendre la nuit immense, et plus immense sans elle.

Et le vers tombe dans l’âme comme la rosée dans l’herbe.

Qu’importe que mon amour n’ait pas pu la retenir.

La nuit est pleine d’étoiles, elle n’est pas avec moi.

Voilà tout. Au loin quelqu’un chante. C’est au loin.

Et mon âme est mécontente de l’avoir perdue.

Comme pour me rapprocher d’elle mon regard la cherche.

Mon cœur la cherche et elle, elle n’est pas avec moi.

Une nuit identique blanchit les mêmes arbres.

Nous autres, ceux d’alors, nous ne sommes déjà plus les mêmes.

Je ne l’aime plus, c’est clair, mais combien je l’aimais.

Ma voix cherchait le vent pour aller à son oreille.

À un autre. Elle sera à un autre. Comme avant mes baisers.

Sa voix, son corps clair. Ses yeux infinis.

Je ne l’aime plus, c’est clair, mais, peut-être je l’aime.

C’est si court l’amour et si long l’oubli.

Parce que dans des nuits pareilles, je l’avais entre mes bras

et mon âme est malheureuse de l’avoir perdue.

Même si cette douleur est la dernière par elle

et que ceci soient les derniers vers que j’écrive pour elle.
Un chant désespéré chant XX