Sept secondes le temps d’un regard.

Nouvelle série de Netflix? Encore une !

Vous pouvez me poser les questions suivantes :

pourquoi choisir de faire un article sur une série ?

Pourquoi ne pas donner un avis sur un livre ou même un film?

Et pourquoi s’intéresser à une série télévisée alors que tu as une quarantaine de livres à faire aimer à tes lecteurs?

Oui vous avez bien lu, plus de quarante livres à vous donner envie de lire, mon appartement commence à ressembler à une vraie librairie. Mais parfois, j’abandonne les pages pour regarder ma télévision et parfois je tombe sur de très belles choses.Tout d’abord, je pourrais trouver des références littéraires pour justifier mon choix. Mais c’est avant tout un énorme coup de cœur télévisuel.

Le genre de séries bien faites qui tient le spectateur captif de l’histoire. Rien ne nous ait épargné , les larmes, la colère face à l’injustice, les images fortes qui nous blessent et les sourires parfois les rires.

Aucuns sentiments ne sont oubliés et c’est là le coup de maître de Veena Sud savoir doser à chaque épisode le mélange subtil de tous ces sentiments. Il y’a des scénaristes, des réalisateurs qui ont ce petit supplément de talent qui transforme l’ordinaire sordide en réflexion globale sur la société.

Les thèmes sont connus, le racisme, la violence policière, les ghettos et les gangs, la drogue, la pauvreté. Rappelez-vous que des thèmes qui ont été maintes fois traités deviennent soit des chefs-d’œuvre ou soit de lamentables navets bourrés de pathos, pataugeant dans les bonnes valeurs de la famille, du travail. Navets dans lesquels nous retrouvons le célèbre combat du bien contre le mal, tout est blanc ou noir, aucune nuance, le public déteste aimer les méchants et surtout il faut que les personnages de salaud soient des salauds jusqu’au bout. Un peu pervers, brutaux, avec un problème forcément d’ordre psychologique et un QI très haut frôlant le génie ( Les serials killers en sont pourvu) ou celui d’une huître c’est au bon choix du scénariste et du style de tueur.Mais cette binarité dans la réalité comme dans cette série n’a pas cours. Les méchants, les gentils ne sont pas là où on le croit.

Jersey City, une ville coupée en deux.

Jersey City où se déroule l’intrigue vit dans l’ombre de Manhattan, c’est l’interstate 78 qui sert de frontière à l’Est Les quartiers riches, les centres d’affaire, même Goldman Sachs y a construit une succursale. Et à l’Ouest, les quartiers laissés à l’abandon, commerces dévastés, terrains vagues, habitations insalubres. Pauvreté et violence sont le lot quotidien des habitants de ce côté de la ville.Seven Seconds, nous plonge dans le réel. Crue et violente réalité des quartiers Ouest.

Des gens simples, issus de quartiers pauvres où règnent la drogue, la violence et le racisme. Nous ne sommes pas devant des ersatz de quartier de pauvreté à la mode hollywoodienne, où la pauvreté est aseptisée, les drogués sont propres et hygiéniquement corrects. Non, les quartiers Ouest de Jersey City.

D’un côté les dealers membres de gang avec leurs codes, leurs valeurs qui vendent leur produit à des malades toxicos qui sont prêt à tout pour une dose. Et puis au milieu de cette jungle, les policiers qui sont les responsables du maintient de l’ordre au services et à la protection de la population. The Wire avait déjà plongé dans les quartiers pauvres de Baltimore, dans cet univers et avait décrit avec rigueur et d’un réalisme si fort les ravages de la drogue, les causes et les effets sur la société américaine. Cette série est devenue une véritable référence en la matière. Il est probable que vous trouviez certaines scènes très violentes et que vous allez peut-être retrouver l’atmosphère de cette série culte des années 2000. Bien sûr que Seven Seconds a emprunté l’atmosphère social à The Wire, mais elle a réussi à rajouter l’actualité violente des États Unis de Trump ou du 45eme comme le nomme ses nombreux détracteurs. Veena Sud saupoudre de politique avec délicatesse les dialogues de ses personnages, des petits rien qui en disent long.

Le thème principale de la série

La montée du racisme et bien sûr les violences policières et les adolescents noirs issus de quartiers pauvres tués par des policiers blancs est le sujet principal de la série.

Les dénonciations de ces crimes « racistes » sont nombreuses aux États Unis, comptabiliser les morts est difficile à faire. Les noirs manifestent dans tout le pays avec un slogan « Black Lives Matter » ou « La vie des noirs comptent » repris en couverture par le prestigieux Times magazine.

Mais ce n’est pas le seul thème abordé, j’ai même eu l’impression que c’était un moyen d’attirer les gens, une sorte de vitrine. Tant de thèmes dans cette série abordés simplement et de manière concrète. Le sort des vétérans d’Afghanistan ou d’Irak, les problèmes surtout des noirs qui pour échapper à la logique des quartiers et des gangs s’engagent, combattent et reviennent avec un pseudo programme de retour à la vie civile qui ne mène à rien. Ces quartiers et le déterminisme social qui fait penser qu’un adolescent noir traversant un parc à vélo est forcément membre d’un gang, dealer et de toute façon pas quelqu’un d’important. Juste un gamin tout juste bon à mourir renversé par une voiture ou tué au coin d’une rue pendant un deal qui tourne mal.

Le racisme prend une autre forme, un racisme social, un énorme melange de sous-entendu présentant les pauvres vivant dans des cités comme des délinquants dealant et tuant.

Je crois que ce sont des thèmes que l’on pourrait retrouver dans nos sociétés européennes, même en France .. ce qui fait de Seven Seconds une série plus universelle, les thèmes abordés transcendent les frontières.

L’étrange jeu que les policiers et les voyous jouent ensembles, le fossé qu’il y a entre les deux est parfois mince et un acte peut faire d’un flic un peu naïf un voyou. Bref, je ne vais pas vous raconter l’histoire, n’y comptait pas.

Continuons cette plongée obscure, explorons l’âme torturée des protagonistes, ils sont abîmés par la vie, par leur enfance, par leur travail. Ils ont tous des fêlures plus ou moins voyantes rendant les affreux pas si moches et les gentils pas si gentils. Bref, des gens normaux avec des ambivalences.. mais je vous laisse découvrir la palette de toutes ces ambivalences humaines et bouleversantes.

Les acteurs sont vraiment très bons, crédibles et sans que les scènes les plus dures ne soient sur-jouées, une mère en deuil de son enfant mort dans des circonstances affreuses, un père un peu trop sévère qui croyait faire le bien, un frère qui cherche sa voix en dehors du gang dont il a réussi à sortir, un flic qui cherche une figure paternelle et que dire des deux enquêteurs. Couple improbable unis par un désir de justice. Les coéquipiers, ce thème est peut-être celui le moins bien exploité, certes les deux personnages sont attachants mais manquent un peu de profondeur. Peut-être que les non-dits ou les aveux en demi teinte entre eux n’en deviennent insipides, comme si à force d’esquisser le peintre avait perdu son sujet.

Une mention spéciale pour Regina King qui joue le rôle de la mère. Elle est fantastique dans le rôle de cette mère éplorée passant par tout les stades du deuil. Colère, désespoir, douleur, désir de justice, incompréhension et résignation toutes ces phases de deuil.

Dix épisodes qui nous entraînent petit à petit vers l’enfer et l’incompréhension d’un système qui protège certains au détriment d’autre.

Le dernier gros frisson devant une série que j’ai ressenti était dans une salle de cinéma, assis devant le sublime film de Kathryn Bigelow « Détroit » le sujet étant les émeutes de détroit en 1967 et surtout les événements dramatiques survenus dans l’Algiers motel. C’est un film fort, sans filtre émotionnel , brut et on en ressort choqué, nauséeux et surtout révolté. Seven Seconds a réussi cet exploit de me laisser accrocher à mon écran pour savoir et surtout vouloir la justice. Comment une série télévisée vous prend par les tripes et ne vous les lâchent pas. J’en suis sorti révolté, écœuré et me disant que cette spirale infernale ne finira pas, tant des deux côtés l’incompréhension et les croyances sont tenaces!

Et puis en réfléchissant, j’ai pensé que dans notre pays, la France, l’atmosphère était la même.

Incompréhension entre la police et les jeunes, mauvaises images des deux camps, ghettoïsation excessive, délinquance et ce manque de perspective que l’on donne à nos enfants. Finalement, l’analogie est flagrante et puis le racisme ambiant, prégnant la société française. Nous aurons nous aussi nos gamins tués par une police aveugle et dépassée.

Adama Traoré, les petits Zyed et Bouna et tous ceux que notre police ont esquinté.

Oui ! nos jeunes de banlieue ne sont peut-être pas tous noirs mais ils sont victimes des mêmes violences et parfois décèdent sous les coups de la police et laissent des mères et des pères dans le desarroi et poussent à des manifestations violentes. Les forces de l’ordre ripostent et nous rentrons dans un cercle vicieux qu’il nous faut briser.

Cette série est une sacrée réussite. Elle va sûrement marquer l’année 2018. Et si les deux derniers épisodes ne vous donnent pas envie de vomir, le réquisitoire de la substitut du procureur en charge de l’affaire devrait vous réveiller..

Et je vous laisse découvrir pour quoi ce titre énigmatique et ce magnifique visuel ou affiche de la série qui résume très bien l’atmosphère de Jersey City.

Et pour mémoire je vous donne les noms qui ont fait écho dans les médias de ces enfants tombés sous les balles de policiers blancs :

  • Walter Scott de North Charleston en Caroline du sud
  • Michael Brown, Ferguson dans le Missouri
  • Tamir Rice, Cleveland

Et tant d’autres dont les noms m’échappent ..

Cliquer ici pour la bande annonce de Détroit si vous ne l’avez pas encore vu. Une claque monstrueuse !

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