Bien vieillir, une question d’avenir!

Message Important

Dans son édition de ce soir Mediapart, le journal en ligne, édite une enquête de Mathilde Goanec sur une maison de retraite du groupe ORPEA qui est un poids lourd dans le secteur de l’EHPAD. La journaliste de Mediapart a enquêté dans un établissement du groupe à Neuilly où apparaissent de graves dysfonctionnements dénoncés par les familles et les soignants. Cette maison de retraite privé est très coûteuse. En effet une chambre peut être facturée de 10.000 € à 15.000 € tout compris, il y a le luxe, la maison présente très bien mais !

Dans un autre établissement du groupe une femme âgée serait morte sous les coups d’une autres résidentes!

Parfois, il est bon que les familles, les salariés dénoncent et écrivent aux différents médias surtout que joindre les médias est de plus en plus simple.

Je vous met le lien pour lire cet article édifiant sur un secteur victime des coupes budgétaires et des dérives d’un capitalisme sans aucune régulation.

Cliquez ici pour en savoir plus : Chez Orpea, la fin de vie se paye au prix fort.

Mise à jour : Le gouvernement va débloquer 50 millions d’euros supplémentaires pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) a annoncé la ministre des solidarités et de la santé, invitée de RTL jeudi 25 janvier.

En plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale, « nous ajoutons 50 millions d’euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les Epahd qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens » a t-elle déclaré. (Source Journal Le Monde)

Petites histoires

Les soignants accompagnent dans les gestes du quotidien la personne âgée. L’aide à la toilette, à l’habillage, a la prise des repas, à l’hydratation. Ils dispensent les soins prescrits par les médecins et délivrent les traitements aux résidents.

Ils sont aussi responsables de la stimulation intellectuelle par le biais d’activité.

Ils sont responsables de l’intégrité physique et psychologique des personnes âgées.

Les maisons de retraites ou EPHAD étaient une belle idée, adapté au vieillissement et à la bonne prise en charge des patients.

Les cadres de santé, les infirmières et aides soignantes étaient fières de participer à cette prise en charge. On allait enfin s’occuper des personnes très âgées et des complications liées à leur grand âge ! Les moyens financiers et matériels étaient une promesse du président Chirac avant de devenir une Grande cause nationale.

Dans cette optique, les Ephad ont poussé comme des champignons. Tout était magnifique, les maisons seraient aidés par l’état, l’ARS subventionnerait les recrutements en personnel. Tout était réuni pour qu’un vieux finissent ces jours dans des conditions dignes!

Mais, car dans toutes les histoires il y a toujours ce Mais qui transforme le conte de fée en cauchemar…

Les beaux discours ne font pas forcément les actions.

Les postes promis, les budgets envisagés, tout s’est envolé. Le gouvernement à peut-être mal évaluer les problèmes liés au grand âge, et puis l’espérance de vie rallonge toutes les années.

En terme réel, pour être bien dans le contexte, un vieux vit plus longtemps, vieillit dans les structures, devient dépendant, voir très dépendant pour tout les actes de la vie courante. Il n’est plus rare de croiser dans des maisons de retraites des petits vieux frôlant voir dépassant la centaine d’années, ne parlant plus, recroquevillés dans un fauteuil dit confort ou coquille.

Donc la crise couve, le personnel doit jouer leur rôle et faire leur travail dans les meilleures conditions possibles.

Je sais chers lecteurs que vous êtes entrain de vous dire que tout ce que j’écris ou décris vous le savez ou le soupçonniez déjà. Mais entre l’envisager et le vivre au quotidien, il y a un fossé. Être confronté à des personnes fragiles, parfois malades, parfois violentes, démentes. Ce n’est pas simple à vivre et à simplement décrire.

Alors je vais mettre toutes les choses ressenties, partagées par de nombreux soignants et soignantes au cours de mes escales ponctuelles en EHPAD.

Dans ce texte je voudrais rendre hommage à mes collègues et à toues celles et ceux que je n’ai jamais croisé. Je suis très admiratif pour ces personnes qui y travaillent au quotidien. Pouvant supporter toutes ces tensions et ce métier qu’ils ont choisi par conviction et pour les valeurs qui le sous-tend.

On rationalise, on minute, on planifie mais rarement on écoute. Voilà le quotidien des soignants en EHPAD.

* Rationaliser

Il faut d’abord gérer l’effectif, les arrêts maladies sont nombreux en EHPAD. Les dos sont bloqués, les épaules, les poignets sont abîmés. Alors en embauchant à 7 heure du matin on attend de voir qui manque à l’appel. On croise les doigts et la journée l’effectif sera complet ou alors il manquera une, deux ou voir plus de salariés. Toujours rationnaliser, nous décidons de nous répartir les soins et le nombre de patients des personnels absents. Ce qui veut dire deux ou trois toilettes en plus. Bien évidemment nous oublions les plannings de douches, de kinésithérapie ou autres soins.

La direction veut que les Résidents soient propres et surtout soient présents en salle à manger pour les familles. Il en va de l’image de l’établissement.

Le porte monnaies parle plus en faveur de la présentation, du paraître que des problèmes. D’ailleurs selon les directeurs de nombreux établissements le discours pour les familles est qu’il n’y a aucun problème : la peur que les familles placent leur parent ailleurs.

Pendant que la direction sauve les apparences, les aide-soignante, les infirmiers et les ASH travaillent comme des forcats.

* Minuter

On doit savoir que les soins ont une durée et soins planifiés. Une toilette au lit est de 15 minutes. Un quart d’heure pour laver, changer, habiller et mettre dans un fauteuil une personne.

Une aide à la toilette, laver le dos, les jambes c’est 5 minutes.

Faire manger une personne dépendante c’est 10 minutes, pas plus.

Un change pour les personnes incontinentes et une mise à la sieste après le repas, c’est 5 minutes

Un lever de sieste 2 minutes

Et puis il faut les préparer pour la nuit. Certains établissements privilégient le coucher dit « précoce ». En langage clair, le résident est mis au lit entre 16 et 17 heure.

Dans d’autres, on se retrouve à 2 ou 3 soignants pour soixante personnes à coucher.

Voulez-vous ma pire expérience ? Nous nous sommes retrouvés à deux pour faire les coucher ! Le cadre prévenu de situation tendue, nous a laissé carte blanche : en gros faites pour le mieux.

Imaginez juste un moment coucher 20 personnes dans un temps défini. Il faut pour comprendre connaître les horaires de repas du soir et l’heure de la débauche comme l’on dit dans le métier. Les chariots repas sont livrés à 18 h 30 et les soignant débauche le plus souvent vers 20 h 30 ( ce ne sont pas des horaires exactes mais fonder sur les nombreuses missions ou vacations que j’ai faite.) Donc on se retrouve à faire manger une soixantaine de personne à 18 h 30/ 19 h le plus rapidement possible tout en sachant qu’il faut tous les coucher avant 20 h 30.

C’est une course contre la montre qui s’engage pour les faire manger le plus rapidement possible. Repas rapide, coucher rapide.

* Planifier

En EHPAD comme dans d’autres structures de soins tout est planifié, le temps pour une toilette, l’heure des repas, des couchers, le temps pour faire un lit, changer des draps.

Planifier, les soins, faire le tri entre les soins urgents. Surveiller les gens susceptibles de finir leur jour. Coordonnées les visites de médecin.

Pour nous aider a bien planifier, l’informatique est là. Programme de planification de soins, transmission sur support informatique, liste de patient pour les toilettes. Planifier les demandes de personnels quand les titulaires sont en maladie..

Planifier le chaos c’est notre occupation principale.

Il faut aussi gérer les différentes plaintes plus ou moins justifiées des familles. Gérer aussi les gens qui déambulent, qui deviennnent violents. Accorder du temps aux familles des résidents en fin de vie. Et faire la visite avec les différents médecins traitants. Parfois il y a un médecin référant mais il se peut que chaque résident ait son médecin personnel. Je vous laisse imaginer les soucis de coordinations, la perte de temps et la mise à jour des traitements pour 60 a 80 patients en moyenne.

Planifier, minuter, rationaliser. Est-ce vraiment notre travail à nous soignant. Sommes nous des gestionnaires, des spécialistes de relations publics, des assistants sociaux et aussi des salariés des ressources humaines?

La réponse est simple : non !

Et puis sommes nous des gens qui devons travailler à la chaîne, faire des pansements, des toilettes avec un chronomètre en poche. Nos chers dirigeants ont oublié que l’on travaillait avec des êtres humains, qui parfois ont besoin de parler, de rire ou d’être rassuré. Les patients ou résidents ont besoin avant toutes choses d’interactions de bases humaines.

Malaise

Les soignants ne se reconnaissent plus dans ce système, ils sont en perte de valeurs. Ils ne savent plus pourquoi ils travaillent. Ils avaient choisi ce métier comme moi avec le désir chevillé au corps, l’envie de se rendre utile, de prendre soins de l’autre. C’est encore plus vrai pour les personnels ayant choisi l’ephad pour travailler. D’année en année les conditions de travail se dégradent, les conditions de vie des résidents aussi, tout est lié. Quand le système broie le soignant, il broie aussi le résident. Résident qui lui n’a rien demandé si ce n’est finir ses jours tranquillement.

En EPHAD les problèmes des soignants sont nombreux quand on prend le temps de les écouter, les revendications sont nombreuses : le manque de personnel est la première des choses qui revient dans tous les discours. Les salaires qui sont devenus indécents. Les rythmes de travail, les jours de repos qui sautent pour remplacer les absences, les congés annuels repoussés, parfois des horaires de nuit viennent s’intercaler dans un cycle de travail de jour.

Me viens une question, interrompons notre liste revendicative un instant, voulez-vous ?

Une question, chers lecteurs qui êtes peut-être salariés :

  • Accepteriez-vous des contraintes de travail si énorme?
  • Accepteriez-vous que vos horaires, vos jours de repos soient changés du jour au lendemain?
  • Enfin, accepteriez-vous d’être payé au smic pour subir toutes ces contraintes?

Je pense sincèrement que la réponse serait NON!

Et peut-être que cet article vous ouvrira les yeux sur une profession en grande difficulté. Si vous avez une personne placée en EPHAD ou qui y travaille, vous penserez différemment.

Puis vient le manque de respect des résidents, cette impression d’être maltraitant sans le vouloir mais on le devient par manque de temps à consacrer à l’humain. Ces hommes et ces femmes font ce métier parce qu’ils aiment les gens! Ils placent les relations humaines au dessus de tout, le système fait qu’ils ne peuvent plus être dans ce rôle, celui qui soigne par les mots, qui réconforte par une simple main tenue.

Bien évidemment certains soignants tentent de se faire entendre, par des lettres, des grèves très peu médiatisées mais l’état, les collectivités et même les citoyens français restent sourds.

Ils restent à ces femmes et hommes courageux que leurs consciences professionnelles pour continuer le travail, pour continuer les soins et ne pas trop pénaliser les résidents. Pour continuer à les aider à bien vieillir

Il faut que l’on ouvre les yeux sur les moyens, les problèmes sociaux de ses établissements.

Nous sommes des personnes âgées en devenir, un jour ou l’autre nous serons à la place de ces petits vieux.

Le gouvernement a mis en place des pansements, charte de la bienveillance, conseils réunissant les familles et les intervenants, questionnaires de satisfaction. Mais on se moque toujours un peu du monde. Non?

On ne veut pas remédier radicalement aux nombreux problèmes que posent le vieillissement de la population française.

Tout les ministères sont concernés, la santé bien sûr mais aussi le budget, l’économie et l’emploi. C’est une question qui dépasse les clivages politiques traditionnels, les querelles de clocher.

Ouvrons les portes des EHPAD à un maximum de publics, médiatisons le sujet, informons dés l’école ce que vieillesse veut dire et par pitié arrêtons avec les clichés des années de sagesses, du nombre d’année qui se transforment en nombre de printemps, et j’en passe. En matière de communication, la vieillesse est un sujet délicat. Doit-on expliquer l’incontinence, les troubles cognitifs, la perte d’autonomie au public pour qu’il comprenne que la prise en charge en maison de retraite devient vite une priorité.

Expliquer aussi que les couches que l’on appelle pudiquement des protections sont chères, qu’un fauteuil confort est aussi coûteux.

Qu’une maison de retraite médicalisé a besoin de soignants réellement formés et bien rémunérés pour une bonne prise en charge. Elle a besoin aussi de matériels adéquats et en nombre suffisant.

Il faut absolument que nous nous posions la question de savoir ce que l’on veut pour nos vieux jours.

Que voulons-nous pour Notre Bien Vieillir ?

Le système actuel doit évoluer car dépasser par le nombre de personne âgée à prendre en charge et les pathologies qui y sont associées.

Le chantier est énorme et nécessite des moyens, du temps et surtout une réelle volonté d’agir . Bref du courage politique.

Nous attendons beaucoup de l’état, ce qui est normale au vu de notre imposition, mais que pouvons nous faire en tant que citoyen?

Simplement soutenir les différents mouvements de grève, écrire à son maire, au député. Alerter les autorités quand on a un parent qui réside dans un établissement où l’on constate des choses qui paraissent bizarre. On peut aussi relayer auprès de la direction des établissements les dysfonctionnements constatés. A petite échelle nous pouvons agir aussi.

Une petite info au passage

Une intersyndicale (FO, CGT, CFDT, UNSA, CFTC, CFE-CGC et SUD) a lancé un appel à la grève dans les Ehpad, le mardi 30 janvier, pour protester contre la « suppression massive de postes » due selon les organisations syndicales à une « une réforme de la tarification introduite par la loi vieillissement ». Ils demandent « l’augmentation des effectifs, gage de l’amélioration de la prise en charge des résidents ». (Source Journal Le Monde daté du 25 janvier.)

Allez soutenir dans les EHPAD de votre ville ou village ces protestations qui nous concernent ou qui vont nous concerner à plus ou moins brève échéance.

2 réflexions sur “Bien vieillir, une question d’avenir!

  1. La solution pour moi : manger sainement, ne pas faire d’excès, nourrir mon esprit, etc… Afin de vieillir chez moi, tranquillement et ne rien demander à personne. Voilà !
    Sinon je vais être sèche, mais si le personnel d’EHPAD n’est plus satisfait des conditions de travail, il a toujours le choix de s’en aller ailleurs… Faire le même métier à domicile ou se reconvertir. Précisions : j’ai travaillé en EHPAD et à domicile !

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    • Et la conscience professionnelle ?
      Et le choix de travailler auprès des personnes âgées?
      Parfois ce n’est pas si simple, il y a des régions sinistrées même pour l’emploi des soignants. Alors conserver le travail est important… ce n’est pas. Aussi simple..

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