Le bien vieillir en France

Nous rêvons tous d’une retraite heureuse. Vieillir auprès de nos amis et de nos proches, voir grandir nos enfants et depuis que la science a fait des progrès prendre dans nos bras nos arrières petits-enfants.

On ne peut que se réjouir des progrès médicaux qui nous permettent de vivre plus vieux.

Ce n’est pas de la fiction, le grand âge, c’est à dire vivre au delà des 90 ans n’est pas un rêve. C’est notre réalité avec les conséquences physiques, psychologiques et sociales qui vont avec.

Notre société, nos enfants, petits-enfants ne sont pas armés pour affronter les affres de la vieillesse de nos parents.

Les Gériatres, les médecins spécialisés dans le grand âge et des pathologies liées ont inventé une maxim :

« Rajouter de la vie aux années et non des années à la vie. »

Quelle belle phrase, pleine de sagesse et pause avec justesse le problème.

Vivre de plus en plus vieux, reculer le moment de notre mort. D’accord ! Mais à quel prix et surtout dans quelles conditions!

C’est à notre génération de répondre à cette question et de fonder les bases du bien vieillir.

Beaucoup d’entre nous gardons à domicile nos parents le plus possible, informés par le corps médical des bienfaits du maintient à domicile. Cela impose des changements, des aménagements dans nos emplois du temps pour s’occuper d’eux.

Le temps passe mais les années dégradent de plus en plus l’état de nos parents. Parfois cela commence par des difficultés à ce mouvoir, des chutes à répétions, on remarque aussi que la mémoire immédiate ne fonctionne plus très bien. Il y a de plus en plus de petits oublis, un robinet d’eau pas fermé, un des clefs, de l’argent et malheureusement des papiers importants sont égarés. Petits signes de grand chamboulements. Mais nous choisissons de tenir coûte que coûte, après tout ce sont nos pères, nos mères qui se sont sacrifiés, qui nous ont élevés et éduqués. Alors nous devons les aider et c’est si notre rôle d’enfant de les aider, de prendre soin d’eux.

Nous n’avons qu’une mère et qu’un père.

Nous avons un sentiment de culpabilité, nous développons un déni sur les signes degerneratifs des fonctions cognitives. Parfois, dans les familles cela en devient tabou, on relativise avec des phrases comme « à son âge on a le droit d’oublier de fermer l’eau, de confondre les lieux ou les années. », « mamie yoyote un peu mais bon vu son âge. ».

On a peur, on relativise.

Les images des vieux dans des fauteuils roulant, ne parlant plus ou complètement démente, se faisant dessus, sentant l’urine ne sont pas celle que l’on a envie d’imaginer comme avenir pour nos parents aimés.

Eux qui ont été toujours si actifs, si pleins de vie.

Non, cet avenir triste n’est pas pour eux.

fermons les yeux.. c’est un mécanisme de défense humain.

Et qui voudrait d’un père ou d’une mère dans un état pareil.

Vient le jour où le maintient à domicile n’est plus possible, peut-être de la violence, une mise en danger, une fugue ou une trop grande sollicitation qui rendent impossible la vie des aidants comme on aime à les appeler. Le mot le plus juste serait peut-être les souffrants. Oui la famille est la première victime du vieillissement, ils souffrent et doivent faire le deuil de leurs parents, de ce qu’était leur parent et accepter ce qu’ils sont devenus en vieillissant.

Les solutions sont envisagées, les médecins de famille sont solliciter en temps que conseillers. Et puis les avis des spécialistes convergent tous vers un placement en institution. En maison de retraite, en EHPAD qui reste dans l’imaginaire des gens l’hospice, un mouroir.

Les familles recherchent le meilleur, mais se trouvent confronter à un dilemme, le coût financier, l’éloignement et puis suivant les régions le manque cruel de place.

Heureusement, la nature est bien faite mais dans les EHPAD les épidémies de grippes, de gastro-entérite et autres virus se chargent de faire de la place.

Mon dieu quel cynisme, quel manque de respect et d’empathie envers ces personnes âgées !

Et pourtant dans le monde de l’Ephad c’est une réalité. Une maison de retraite est gérée comme une entreprise où le résident ( la personne âgée ) est le bénéficiaire d’un service que l’établissement vend. Service qui comprend, les soins, l’hébergement et les prestations de lingerie. Le résident n’est plus ni moins qu’un client. C’est un client particulier puisque à moins d’un très fort mécontentement de la famille, il y restera jusqu’à la fin de sa vie.

Jusqu’à la fin de ses jours, on comprendra aisément les précautions, la mise en concurrence, les visites nombreuses des familles soucieuses et un peu honteuse de devoir abandonner son parent, de l’arracher à son milieu de vie. Alors on devient tatillons, on se renseigne, on regarde le ratio résident/ soignant. On s’aperçoit que finalement tout les structures ou presque se ressemblent.

Le choix est arrêté presque sûr que c’est le bon. Que notre cher parent sera le mieux pour finir ses jours en paix et bien pris en charge.

Dans les premiers temps, on fait beaucoup de visites, on se renseigne auprès de l’infirmière des aides-soignantes. On se rassure! Mais au fond, on essaye de noyer ce sentiment d’abandon, de culpabilité dans un fatras de demandes, réclamations plus ou moins fondées. Avec le temps les visites s’estompent, les appels téléphoniques à l’équipes soignantes se font rares. Au final, la famille fait confiance à l’équipe, une confiance relative…

Le vieux lui est perdu. Quand j’utilise ce mot que certains vont juger insultants ou méprisant, ce n’est pas dans le but d’être méprisant. Mais c’est une marque d’affection, dans le Nord de la France Le Vieux est une marque de respect et d’affection.

Donc, ce petit vieux est perdu. Dans une pièce qui est selon ces proches son nouveau domicile. Une pièce impersonnelle, sans odeurs hormis celle du désinfectant et de cet horrible parfum d’ambiance diffusé dans les couloirs. C’est une pièce où l’on a autorisé quelques meubles personnels mais une pièce que l’on a pas choisi.

Il y a aussi ces drôles de voisins, ceux qui déambulent et qui rentre chez vous sans yêtre inviter, ceux qui sont attachés dans un fauteuil roulant, d’autres qui sont tellement repliés sur eux-mêmes qu’il vous font penser à des enfants.

Il y a aussi ces odeurs d’urine que certains résidents tremballent comme un parfum très fort.

Au début, ces petits vieux s’enferment dans leur chambre, un refuge évitant de côtoyer les Autres et puis sur ordres des médecins et dans le but de sociabiliser le résident on l’oblige à manger avec ces Autres qui lui rappelle avec crainte la manière dont il va vieillir. A force de persévérance, l’équipe soignante amène le petit vieux à la salle à manger commune. Puis de gré ou de force il participe aux Animations censée conserver, entretenir et ralentir le vieillissement des neurones. L’enthousiasme des résidents est proportionnelle au nombre de neurones encore en fonction.

Avant quand il avait son chez lui le petit vieux faisait comme bon lui semblait. Il se réveillait, mangeait, se lavait quand bon lui semblait. Il prenait son temps, vivait à son rythme. Il avait ses petites habitudes, son journal préféré peut-être la visite d’une voisine ou d’un voisin, le facteur ou bien l’infirmière libérale qui venait lui tenir compagnie. Si le petit vieux vivait avec sa famille, les liens sociaux étaient présent. Dans tout les cas le temps et la solitude existaient un peu mais c’était supportable.

Dans cette nouvelle vie, le temps et la solitude sont devenues inévitables. L’adage veut que l’on choisit ses amis mais pas sa famille, en Ephad on ne choisit rien! On a l’impression que notre famille nous a abondonné ici dans cet endroit, on a aussi le sentiment que les gens qui vivent ici ont subit le même traumatisme. Pourquoi se faire des amis alors que l’on nous a placé ici pour y finir nos jours.

Une idée vient à certains, la fugue. Partir de cet endroit, s’enfuir pour rentrer chez-soi pour retrouver sa vie qui vous échappe.

Cette vie rythmée par un lever a 7 heure du matin, réveillé par un BONJOUR tonitruant et des lumières allumées sans que le résident l’ai choisit. Ce n’est juste qu’une ombre fugace qui ouvre la porte, allume, ouvre des volets et s’en va faire les mêmes gestes soixante fois de suites. La toilette, la personne âgée aime parfois traîner au lit et puis faire ses soins d’hygiène tranquillement. Ici, pas question! On accompagne vite fait dans une salle de bain froide, on nous lave le dos, on nous aide a nous habiller en moins de dix minutes. Les relations humaines sont minutées ici, et puis nous n’avons pas voix au chapitre. Il est 9 heure assis sur un fauteuil et notre ennemi le temps est là et pèse de tout son poids. Seule, parfumée et habillée assise devant la télé allumée sur une chaîne diffusant de la musique qui vise à abimer encore plus les pauvres tympans vieillissants.

Le vieux s’ennuie en attendant qu’un être humain veuille bien lui parler.

L’épreuve du repas, la salle à manger, les menus et la cuisine collective. La proximité des voisins de table, certains bavant, d’autres s’empiffrant affublés de ridicules bavoirs comme les enfants. La personne pinaille, grignote sans appétit et rapidement remonte dans sa chambre attendant le goûter puis le repas du soir. Et tout les jours de l’année, ce cercle se répétant perpétuellement.

Est-ce vraiment la fin de vie rêvée pour nos anciens.

Est-ce vraiment ça le Bien Vieillir ?

Ont-ils mérité une vie faite de règles arbitraires

Ont-ils le droit à une vie digne et libre?

Pourtant, les familles font attention à tout, visite de nombreux établissements, font un choix qui leur paraissent le meilleur. Au début il s’investissent dans la prise en charge de leur parent, amène du linge, veille à ce que les produits de toilettes soient en quantité suffisante, prennent à part les soignants pour savoir si le parent mange, s’il participe aux activités, vérifient la propreté des lieux.

De plus ils sont présents le plus possible.

Mais avec le temps les visites s’estompent, les appels téléphoniques aussi. Le linge s’abîme, Les stocks de produits de toilettes s’épuisent et puis viennent à manquer…

Pour cette personne âgée comme pour beaucoup, le temps s’est arrêté. Le cerveau a l’image des stocks qui s’épuisent fonctionne à minima.

Prisonnière du temps, des lieux, elle se réfugie dans un passé agréable et un beau jour y reste pour toujours.

La personne âgée s’éloigne peu à peu de la raison, s’enfonce dans la dépression et la seule fugue possible est la mort.

Nos anciens ont le droit d’être bien traité avec déférence, dignité et en respectant ses habitudes de vie.

Nos EHPAD sont-ils à ce point dépassé par les besoins fondamentaux humains. Ils ne sont pas à la hauteur de la mission qui leur est confiée.

Bien sûr les mots bienveillance, bien traitance, des conseils paritaires réunissant les soignants et les familles pour voir comment faire progresser les structures.

Mais il n’en reste pas moins qu’une unité de 60 personnes n’est pas à taille humaine, c’est plutôt une usine à vieux ou les soignants travaillent à la chaîne.

L’avenir d’une structure pour personnes âgées commencerait par en réduire la taille. Remettre les établissements à taille humaine.

Le futur de nos établissements passent par cette révolution, prendre soins des personnes âgées est un devoir, et un humain n’est pas une valeur économique.

Tout ces anciens ont travaillé, élevé des enfants et ont contribué à la croissance de ce pays.

La France serai grandie en mettant le bien Vieillir au centre de notre société .

Mon prochain article portera sur le vécu des soignants en EHPAD. Leur désir de voir leur métier enfin reconnu et apprécié à leur juste valeur.

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