Migrant d’espoir, migrant d’avenir

Moi, F. Je suis une interne en médecine. J’ai bossé, j’ai fait des concessions. Mais me faire sortir de salle d’op. a cause de mon accent. C’est intolérable ! Qui il est ce chirurgien pour me juger sur mon accent et pas sur mon travail. J’ai un accent ! Il est guinéen ! Je suis africaine et fière de l’être. Mon cœur, mon âme est attaché à mon pays! Mais j’ai beaucoup de gratitude pour le pays qui m’a accueilli et sorti de la misère et de ma famille.

Ainsi F. Sortie de salle d’opération en pleurant et déboule dans la salle de repos. Colère, tristesse, sentiments d’injustice étaient dans ses larmes. Son accent accentué par la colère. Oui, cet accent africain qui fait chanter notre langue française en accentuant certains mots et en faisant danser les «R». Et ils dansaient ce jours là, cette consonne exécutait une danse de guerrière. Elle s’assoit à côté de nous, l’équipe d’infirmier de bloc opératoire. Nous parlions des fêtes, des cadeaux reçus, des réveillons, des repas en famille et puis on buvait du café. Nous n’osions pas lui demander ce qui se passait, habitué aux sautes d’humeur des internes. Étudiants ou larbins, cela dépend des humeurs du patron! ou larbins, cela dépend des humeurs du patron!

Au bout de dix minutes de pause, les salles prêtes pour accueillir les nouveaux patients nous retrouvions nos petites préoccupations : Check list d’anesthésie, Check list du matériel, le train-train habituel. Sauf qu’il y a parfois des gens qui descendent au bloc opératoire en mode vacances :

  • Vous êtes bien à jeun ?
  • Oui
  • Ni bu, ni manger, ni fumer?
  • Oui oui, enfin en attendant l’opération je suis descendu fumer un joint ..

On le remonte en chambre sur ordre express de l’anesthésiste qui le récuse. Donc je me retrouve sans patient avec ma salle d’opération opérationnelle. Je fais un tour en salle de pause en attendant le patient suivant et je me «fais un autre cafe».

F. Était toujours en pause, la tête plongé dans un dossier. Les larmes avaient disparu mais la tension était encore palpable. Étant seul tout les deux, nous papotons de son boulot, de son projet de spécialité. Et puis je lui pose une question, bête. De quel pays d’Afrique est-elle originaire?

Je n’attendais qu’un simple nom de pays, juste une région. Mais elle m’a livré une véritable histoire de vie, forte, violente et belle.

Au début de son histoire, les yeux étaient plongés dans les miens. Et au fil de la discussion le regard devint lointain, perdu au loin dans ses souvenirs.

L’histoire d’une jeune fille qui a un moment de sa vie a dû choisir entre avenir et un enterrement.

Jeune fille pubère dans un village de Guinée, elle était première de sa classe et rêvait d’études de médecine pour aider les gens de son pays. Mais on ne choisi pas son avenir quand on vit dans un village éloigné de Conakry et que l’on est une jeune fille de treize ans pubère. Non! On se doit d’être prête à se marier avec l’homme que la famille a choisi pour toi! On serre fort les poings quand les règles arrivent, quand cette tâche de sang apparaît sur ta culotte, on a peur, les femmes du village commencent à te parler des hommes et de leurs envies à satisfaire.. treize ans et fini de rêver, place au cauchemars du viol légalisé par le mariage.

Son père, un homme né dans ce village mais qui a été faire des études à la capitale. Cultivé, éduqué et surtout sensibilisé à la liberté des femmes à choisir leurs amours. Il en a beaucoup profité pendant ces années de facs. Après son mariage, il a décidé pour le bien-être de son enfant à naître de retourner dans son village et ainsi de se rapprocher de sa famille. Sans être né, ce bébé avait déjà un destin. Sans en avoir conscience, les parents de cette petite fille l’avait condamné.

Naissance d’une petite fille qui portera le prénom de sa grand-mère, bébé choyé, aimé de ses parents et de sa famille. Petite fille modèle, élève de primaire modèle, et puis la malédiction d’Eve la rattrape. Le père s’éleva contre la famille, mais un oncle avait trouvé un homme qui avait suivi de près l’évolution physique de F. Et avait proposé une dote conséquente pour avoir le privilège d’être le mari et aussi avoir l’honneur de déflorer la jeune fille. Le père toujours aussi vent debout contre le mariage de sa petite fille, il s’est mis a dos la famille puis le village. Il résiste un an aux avances du futur marié, aux pressions de la famille et des amis du village. Un an de gagner, mais un an pour mettre de l’argent de côté pour prendre un billet d’avion pour sa fille. Un billet aller sans retour pour éviter un viol, un «mariage forcé», un billet promesse de liberté et d’avenir.

Conakry, Paris. Trente degrés et dix degrés a l’arrivée. Un visa de touriste, un nouvel univers, que des blancs partout qui vous regardent et vous dévisage avec votre teeshirt et le jean des années 80. Les accents sont différents aussi, la langue est froide. Les odeurs ou plutôt leur absence, ces gens en pulls et blouson. Et puis la découverte de la personne qui est en charge de vous élever. Une tante, la sœur de ta maman que tu n’as jamais vu, jamais entendu parler. Elle est parfumée, ces cheveux sont lisses et son accent est différent moins chantant. Elle est aussi moins chaleureuse que les gens de Guinée.. Mais, il faut lui laisser le temps de te connaître, de savoir qui tu es. De choc en choc, le climat, les villes, les tours, les oiseaux qui ne chantent plus, le soleil quia disparu et les marchés qui n’ont pas d’odeurs.

L’école enfin le collège est pour ce qu’elle en connaît un lieu dangereux pour les filles comme elle, qui ne comprend pas les codes des adolescents de son âge, leur langage, leurs habitudes. Même les noirs de France sont différents de ceux de Guinée. Un peu paumée, elle essayent de faire sa place et de trouver du temps dans ses journées très chargées.

La France cette terre d’accueil qui se transforme pour F. En terre d’un nouvel esclavage. En effet, la tante si accueillante la descolarise très rapidement et l’utilise comme «bonne a tout faire», isolé, sans papier, F. est prisonnière. Bien sûr le collège appelle souvent et envoi des courriers, mais la tante produit toujours une excuse sous forme de certificat médical. Sous contrainte, elle est quand même obligé de mettre l’adolescente en cours. C’est sa cour de promenade, comme en prison, un temps de promenade pour prendre l’air. Mais c’est aussi un lieu où F. s’ouvre et raconte son quotidien à un professeur ami qui se démenait pour qu’elle vienne en cours plus souvent devinant en elle une étudiante brillante. F. lui raconte sa vie quotidienne, les privations, les punitions et son extrême isolement affectif.

Oui, petit aparté pour que les choses soient claires! Sa tante était fâchée avec la famille. Son père avait dû quitter son village natal chassé par ses frères pour son acte de «trahison». F. n’avait personne à qui parler.

Reprenons un peu le fil du récit, le professeur après différents entretiens avec cette jeune fille, signale au service de la protection de l’enfance. Les services sociaux débarquent chez la tante, constatent les abus et les mauvais traitements de la tante et de son entourage, placent la petite adolescente dans une famille d’accueil. L’issue de secours, de son secours.

F. A le droit de revenir à l’école, sa demande de papiers est accepté car elle vivait dans la peur d’être extradée ou dans notre langage bien propre, raccompagné à la frontière. Dans un avion, avec les menottes entre deux flics.. un raccompagnement humain, digne d’un pays des droits de l’homme et censée donner l’exemple au monde..

Elle travaille beaucoup, elle étudie et apprend rapidement. Privée d’enseignement, aujourd’hui elle le dévore. Persuadée que c’est la clé de sa liberté. Le bac scientifique avec mention, mais personne hormis sa famille d’accueil pour la féliciter. La réussite est amère, le goût de la liberté est douçâtre comme un vin gâté. Son père, sa mère lui manque. Elle réussi médecine, elle la petite guinéenne sans papiers condamné à laver des toilettes par sa tante ou à vivre dans son pays mariée avec un homme qu’elle n’a pas choisi et d’élever une multitude d’enfants plus ou moins désirés.

Souvent dans son studio, elle regarde les quelques photographies de sa famille, cela lui redonne de la force, de l’espoir. Elle est si forte qu’elle est capable de vivre et de supporter les remarques racistes continues. Nos médecins si imbus de leur personne sont très racistes, misogynes et aiment le pouvoir. Alors une femme noire, une étudiante brillante, qui fait médecine et réussi. C’est tout simplement dur à avaler.

Mais si elle arrive à supporter tout ce parcours de vie, pourquoi aujourd’hui ses larmes ?

Les fêtes de Noël et de fin d’année lui ont rappelé le manque de sa famille, de son pays.

Les larmes étaient une accumulation de toutes ces rancœurs, tristesses et petits abus de pouvoir.

La claque, la colère au fur et à mesure de son récit.

Une interne en chirurgie m’avait tout simplement livré sa vie sans fard, brut.

Oui, elle était une sans papiers, obligée de quitter son pays pour avoir un avenir. Elle n’a pas trouvé de mari. Elle vit modestement car elle envoi quand même de l’argent au pays pour le bien être de ses proches.

Oui elle est une migrante, elle a fuit son pays, est arrivée en France sans papier. Un simple visa de touriste.

Oui, on pourrai la traiter comme on traite nos migrants qui s’échouent ou meurent sur nos côtes. La vrai humanité est d’écouter avant de juger. On met l’étiquette de migrant sur ces gens pour éviter de voir en eux un être humain en détresse.

Je la remercie de m’avoir confier cette tranche de vie,

Voilà cette simple histoire, d’une jeune fille qui a fuit son pays pour vivre normalement .. une migrante..

Alors SVP, si vous entendez parler de migrants ou d’immigrés !

Ne jugez pas ! Écoutez les, essayez de ne pas les exclure.

Photo publiée avec son accord et l’histoire de sa vie aussi..

Merci à elle ..

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