Migrant d’un soir

Ce soir nous sommes tous des migrants !

Nous allons nous dépouiller de notre année, jeter à la poubelle les mauvais choix, les bonnes résolutions non respectées et faire amende honorable.

Ce soir nous allons dire au revoir à cette année.

Devons-nous oublier pour autant ce qui l’a marqué?

2017, une année marquée par la guerre en Syrie, en Irak et au Yémen :

* Le Yémen, une guerre civile qui fait rage et pourtant oubliée..

* La Syrie où rien n’a changé, les bombes pleuvent toujours sur des femmes et des enfants

* L’Irak où les bombes humaines déchiquettent, mutilent des corps sans distinction de religion, de couleur ou d’orientation sexuelle.. A croire que les semeurs de mort sont plus tolérants quand il s’agit d’expédier des âmes au néant.

Cette année on a beaucoup revendiqué, dénoncé et très peu dans la rue, l’indignation se fait tranquillement installer dans son salon devant un écran d’ordinateur, de tablette ou de smartphone.

On dénonce, on crée des hashtags et on compte les likes, les retweets, nos nouveaux marqueurs de suivis et de sympathisants à la cause! Fini les marches dans la rue, les étudiants, les associations battants le pavé en scandant des slogans sous des banderoles faites de brics et de brocs.

Nouvelles méthodes de revendications peut-être marqueurs d’un manque réel d’engagement.

Un clic est moins fatiguant que de marcher pour une cause pendant des heures .. plus faciles aussi à organiser. Et puis soutenir une cause par le biais d’un hashtag est une garantie d’anonymat, défendre les LGBT, les femmes ou d’autres causes et pour certains lourd de conséquences socialement. Assumer certains positionnements politiques dans un contexte social, géographique ou culturel peut être très compliqué.

Le courage n’est pas donné à tout le monde!

Tout le monde ne peut supporter la pression.

Mouvement de dénonciation de harcèlement sexuel initié sur les réseaux sociaux le fameux #MeToo ou #balancetonporc (à l’initiative d’une journaliste française) sur fond d’affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé par une centaine de femmes de conduites sexuelles inappropriées.

Mouvements de réaction sur certains sites ou des hommes se félicitent de leur acte sexiste en argumentant sur une prétendue dérive féministe extrémiste, le fameux mot valise « feminazie ».

Notre culture, notre mode de pensée est chamboulée et toutes ces revendications nous questionnent.

Mais il est important de ne pas mettre les comportements de certains comme une matrice régissant le comportement de tous.

Nos comportements, nos blagues, l’humour sont passés au bain révélateur de bien des comportements, mais il faut être prudent comme nous le rappelle Sandra Muller, journaliste dans une tribune publiée dans le journal Le Monde daté du 30 décembre 2017:

« Pourtant, il est impératif que les hommes ne soient pas à leur tour victime d’une guerre des sexes ou jetés en pâture à la vindicte populaire et lapidaire sans éléments probants. D’autant que les comportements inappropriés concernent tout le monde : hommes, femmes, gays, lesbiennes, transgenres. Nous devons grandir et nous élever les uns avec les autres. Pas nous diviser. Le magazine américain Time vient d’attribuer le titre de « Personne de l’année » aux « briseurs de silence », nous toutes et tous dans notre diversité, de toutes religions et couleurs, militante féministe comme Tarana Burke, femmes de ménage, actrices hollywoodiennes et même des hommes. Cette formidable reconnaissance marque le début d’une nouvelle ère : celle de la parole libérée et de l’écoute. Il s’agit d’en faire bon usage et de ne pas balancer pour balancer  »

Il n’y a que le racisme qui en France est toujours un sujet tabou, un homme se grime en homme noir et prend la couleur de sa peau. Un footballeur qui pour rire prend la couleur d’un autre homme et par méconnaissance et manque d’éducation oublie ce que signifie ce déguisement pour tout les noirs. Mais ce n’est pas que le footballeur qui n’est pas conscient de cet acte profondément raciste, les réactions sur les réseaux sociaux, dans les rues ou à la télévision ne sont pas tous aussi tranchant. On tourne autour du pot, on choisit les mots. On noie le poisson mais on laisse le poison du racisme bien en place.

Encore un problème d’éducation comme pour le harcèlement sexuel, le racisme est mal compris? Nous sommes tolérants ou laxistes sur des sujets qui ne devraient souffrir aucune complaisance.!

Comment expliquer que la France a un si gros problème avec la diversité de sa population?

Le français a un problème avec le racisme, ne le reconnaît pas, ferme les yeux mais ce n’est plus une cause fédératrice. Cela me choque qu’a l’aube d’une nouvelle année, le problème ne soit toujours pas réglé !

Je suis de la génération des manifestations de « touche pas à mon potes », des combats contre les idées moisies du FN. Cette jeunesse qui était bouleversé par la mort horrible d’un marocain balancé dans la Seine par des militants FN, l’assassinat d’un homme jeté par la porte d’un train lancé à pleine vitesse parce qu’il était maghrébin!

Nous marchions, nous scandions notre haine de ces crimes odieux. Oui, un dimanche, un samedi peu importait à l’époque du jour de l’heure, l’essentiel était d’être là, ensemble, uni.

Nous sommes encore quelques-uns à combattre mais nos rangs ont été décimé par la vie, par les expériences et nos échecs. Combien d’amis avec lesquels j’ai manifesté m’avouaient que maintenant il ne comprenait pas pourquoi on devait accueillir des migrants, pourquoi « les arabes » avaient plus de droits que les français ( enfin les blancs), ils ont le sentiment de n’être plus chez eux! Pensée, idéaux abandonnés !

Que sommes-nous devenus ?

Nous avons oublié que nous étions égaux, que les hommes ont le même sang qui coule dans leurs veines.

Finalement tout ces combats, ces revendications légitimes seraient réglées juste par l’éducation. L’école qui expliquerait qu’un homme n’est pas supérieur a une femme, que les petits garçons et les petites filles ont le droit de jouer avec les mêmes jeux! Qu’il n’y a pas de jeu de filles ni de jeu spécifiquement masculins. Un garçon peut jouer à la poupée, les filles avec des camions de pompiers. L’essentiel dans le jeu est de permettre à l’enfant de s’amuser et n’est pas une caractéristique sexuelle!

Le racisme commence par une réflexion, un stéréotype idiot :

1. Les noirs courent plus vite que les blancs ou ils sautent plus haut, les blancs sont plus raffinés : as t-on vu un noirs chanteurs d’opéra ou présentateurs vedettes d’une émission de grandes écoutes ! Non!

2. Les italiens sont tous des mafieux ( certes ils sont européens, mais au début du XXe siècle, ils étaient la cible de la haine des français. Tout comme les portugais, qui comme nous le savons tous, ne sont bons que pour monter des murs et être des concierges à la pilosité débordantes.)

3. Les romes sont des voleurs et des coupeurs de gorge

4. Les noirs ont un sexe plus gros que la normale

5. Les arabes sont tous misogynes

6. Les arabes sont tous d’accord avec la charia

7. Les chinois sont travailleurs

8. Les asiatiques sont difficiles à distinguer les uns des autres

Et je pourrais continuer longtemps, tant les stéréotypes sont nombreux.

Je parle de racisme mais je n’en oublie pas pour autant le racisme de classe!

Oui, celui qui consiste à démontrer que les plus précaires, les plus pauvres de nos concitoyens sont des tricheurs, responsables de la dette et donc de l’effondrement de notre système de santé et et de protection sociale. Oui le pauvre, celui qui pu et qui nous empêche de pouvoir tranquillement déambuler sur les trottoirs de nos villes bien propres. Ce pauvre qui se vautre par terre et qui importune les gens en leur demandant des cents pour boire ! Forcément ! Le pauvre, on le cache, on l’empêche de stagner trop longtemps à des endroits trop passant. On enlève les bancs, on barre les bouches de métro. On ne sait jamais que le pauvre se repose ou se réchauffe. Et puis le pauvre n’est pas productif, notre société a besoin de gens productifs, éduqués et bien habillés.

Parfois le pauvre rêve de vivre décemment, il a envie de s’amuser, d’avoir une belle paire de chaussures ou une belle robe pour sa fille aimée qui se fait chahuter à l’école parce qu’elle est mal habillée. Forcément, avec un mois qui commence le 5 du mois pour se finir le 15, les habits de la fillette viennent de la boutique solidaire, Emmaeus ou une friperie. Assis au volant de sa Clio de 2000, on peut rêver parfois de lamborghini. On peut rêver que sa fille ait une meilleure vie, un avenir.. Mais cette petite fille aura beaucoup de mal à avoir cet avenir radieux quand on mange pas à sa faim, que l’on s’occupe de ses petits frères pendant que les parents triment pour un smic à 2 heures de trajet en transport en commun.

En y pensant, je suis encore plus amère devant tous ces gens qui ferment les yeux et se métamorphosent en super héros sur Twitter ou Facebook ! Prenez 2 heures de votre temps dans la semaine et allez aider, donner un coup de mains dans une association, ou bien même peut-être qu’à l’école de vos enfants il y a une famille en détresse sociale.

Aidez-les. Un sourire, un café avec la maman et peut-être que la robe que votre petite dernière ne met pas aidera et redonnera de la fierté à cette maman.

Les pauvres ont besoins d’être reconnu, de savoir qu’ils ont une place dans la société.

Oui vous allez être choqué entre deux huîtres, un toast de parler de pauvreté. Le mot vous choque? Pauvre? Vous préférez précaires?

Un chat est un chat ! Et la première décence est de reconnaître que la France a de nombreux pauvres, et cette pauvreté touche des enfants, des jeunes, des vieux. Peut-être, un jour, toi lecteur qui me donne un peu de ton temps.

Oui, comme je l’ai dit le racisme, le rejet de l’autre, sa stigmatisation prouve que notre société est malade.

J’ai commencé par mettre en titre nous sommes des migrants, tous des migrants. Peut-être un jour nous le deviendrons, réfugiés climatiques, politiques ou fuyant la pauvreté. Il me semble que les migrants français existent! Les frontaliers qui travaillent à l’étranger, Belgique, Allemagne, Suisse. Nos frontaliers travaillent à l’étranger pour gagner un peu plus d’argent ou tout simplement travailler.. cette migration n’est pas reconnue comme telle car le frontalier rentre dans son pays d’origine tout les soirs.. il n’en reste pas moins que ces gens pour des raisons économiques travaillent à l’étranger.. les habitants de pays pauvres, en guerre ne font qu’essayer de vivre!

Le problème des migrants finalement est le plus révélateur de la maladie de nos sociétés occidentales : la peur !

Oui dans nos pays forteresses nous avons peur d’être assiégé par des gens venu de loin au péril de leur vie. Ils concentrent tout les problèmes de notre pays, la pauvreté, la tendance au racisme, aux amalgames, notre propensions à nier les crises et à réagir lentement.

* Les migrants détournent l’argent des défavorisés de chez nous..

* Les migrants sont mieux logés que certains étudiants (propos entendus dans un self hospitalier)..

* Les migrants sont des terroristes potentiels..( propos entendu pendant une réunion)

* Les migrants saccagent les maisons et sont responsables des mauvais chiffres de la délinquance.

Encore des stéréotypes.. encore des informations et des peurs infondées…

Alors que ce soir nous sommes tous des migrants temporels, nous n’aurons jamais à risquer nos vies pour franchir la frontiere de la nouvelle année..

Mais par contre nous avons tous intérêt à mieux comprendre les maux de notre société pour que cette année nous apporte la paix et la prospérité..

Pendant que nous nous préparons à faire la fête, notre Méditerranée est un cimetiere, nos côtes calaisienne sont devenues des bidonvilles où règnent la loi du plus fort. Des femmes et des enfants croyants trouver la paix, la sécurité et la prospérité se retrouvent à dormir dehors..

Pour cette nouvelle année, je souhaite vraiment que les citoyens de ce pays se réveillent et entrent en lutte, une guerre de tous les jours contre le racisme insidieux quelle que soit la forme qu’il prend, blagues, humour ou propos de notre entourage. C’est un long combat peut-être perdu d’avance, mais si on ne fait rien c’est tout les jours un peu de notre humanité que l’on perd.

C’est un souhait..

Mais je vous souhaite d’être heureux en cette année qui s’annonce. Du bonheur, de l’amour et de la joie.

Je vous souhaite la réussite sur un plan personnel et professionnel.

Meilleurs vœux pour cette année 2018..

Une réflexion sur “Migrant d’un soir

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