Se taire plutôt que de briser le rêve américain

Une épopée familiale faite de vengeance, de descente aux enfers et de rédemption, Nous étions les Mulvaney de Joyce Carol Oates.. C’est agaçant mais c’est encore une réussite que cette bouleversante histoire. Nous devrions y être habitué mais de sa plume jaillit des histoires qui marquent le coeur et l’âme des lecteurs !

 

Sur l’auteur

Joyce Carol Oates est une femme de lettres américaines, auteure d’une centaine d’écrits, roman, essais, pièces de théâtre, polar ( sous deux pseudonymes différents. Rosamond Smith ou Lauren Kelly). Né en 1938, elle publie son premier roman en 1963.

Plusieurs fois récompensé par de nombreux prix littéraires en Europe et aux États-Unis, deux fois sur la liste finale du Prix Nobel de littérature, Oates est une grande figure de la littérature.

Professeur de littérature à l’université de Princeton dont elle est retraité depuis 2014, membre de l’Academie des Arts et des Lettres.

 

La Der

À Mont-Ephraïm, une petite ville des États-Unis située dans l’état de New York, vit une famille pas comme les autres : les Mulvaney.

Au milieu des animaux et du désordre ambiant, ils cohabitent dans une ferme qui respire le bonheur, où les corvées elles-mêmes sont vécues de manière cocasse, offrant ainsi aux autres l’image d’une famille parfaite, comme chacun rêverait d’en avoir une.

Jusqu’à cette nuit de 1976 où le rêve vire au cauchemar… une soirée de Saint-Valentin arrosée. Un cavalier douteux. Des souvenirs flous et contradictoires. Le regard des autres qui change. La honte et le rejet. Un drame personnel qui devient un drame familial.

Entre les lignes

 

« L’orgueil précède la chute. Mais ce n’était pas une question d’orgueil.C’était une simple question d’intégrité. De dignité. Quand on est un homme de cinquante ans, le père d’une fille et de fils, et un citoyen américain…. sans dignité, on n’est rien. Et il avait été amené à croire que ces hommes avaient ses amis. Il avait été amené à croire qu’ils le considéraient, lui, Michael Mulvaney, comme un des leurs. Ils l’avaient invité à devenir membre du Country Club de Mont-Ephraïm. Et il avait accepté, un des plus beaux jours de sa vie. Il avait été admis au Club, avait payé ses droits d’entrée et ses cotisations régulièrement, le 1er septembre de chaque année. Michael Mulvaney était un membre sur lequel ils pouvaient compter, et ils le savaient. Et lui le savait. Et il savait qu’il ne se trompait pas là-dessus, n’était pas le genre d’homme à commettre des erreurs, on ne monte pas une affaire quasiment à partir de rien sans savoir juger les gens. C’était un fait.»

 

Cette Amérique fait de rêve de réussite, sacrifier tout pour la réussite quand on vient d’un milieu modeste. Réussir et se faire accepter par ceux qui ont tout, ceux qui possèdent la richesse, sont décisionnaire. Faire partie de l’élite Michael Mulvaney en à rêver et en cette année 1976 a réussi à se faire accepter. Enfin il le croit et vivant dans cette illusion il pensait pouvoir compter sur ces « nouveaux amis » en cas de coups durs… Illusion.. Le coup insidieux arriva, sous la forme d’une fille outragée dans son intimité.

Avant  » ça « , les Mulvaney ne prononceront jamais le nom de l’accident, le ça qui va tout changer, précipiter leur destin. Donc avant ça, les Mulvaney etait une famille de quatre enfants, le petit dernier est le narrateur de cette triste descente en enfer. Trois garçons et une fille, l’amour de son père, la perle. Le père Michael, entrepreneur en pleine réussite marié à Corinne une femme un peu excentrique élevée durement dans la foi presbytérienne dans une ferme tenue par des parents austère.

L’amour entre Corinne et Michael est le ciment de cette maison, il unit et rassemble les enfants. Les Mulvaney respirent le bonheur et vivent dans une ferme dans une petite ville de l’État de New-York. Michael est très apprécié dans cette ville, courageux, travailleur, père respectable de quatre enfants et mari exemplaire.

La famille américaine parfaite comme celle que l’on pouvait voir dans les séries télé. La famille formidable!


Mais car il y a toujours et malheureusement un Mais. Une Saint-Valentin qui vire à ce que l’on devine entre les mots et les larmes de honte un acte violent fait à une jeune fille en fleur.

A partir de ce Mais, toute la vie des Mulvaney est bouleversée.

Il y a de la colère puis un rejet par amour, un exil de douze années. Éloigner l’objet de la douleur en espérant que cela suffise. La blessure est profonde, la plaie est béante et la trahison est le sel qui fera hurler de douleur le père. Oubliant sa famille, négligeant son entreprise noyant ses désillusions dans la colère, la violence et l’alcool. Nous assistons à l’éclatement de cette famille formidable.

De cet immense big bang naîtra après bien des convulsions une vie nouvelle et apaisée..

 

Ce roman est un roman sur la quête de justice, un impitoyable pamphlet contre cette Amérique puritaine et sottement dévote. Une remarquable baffe à tous ceux qui par la foi nous tendrons l’autre .. Cette mentalité de village qui n’ose pas croire et surtout nommer les choses de peur de salir la réputation d’un de ces potentats locaux. Cher lecteur, vous habitez peut-être une petite ville française, un de ces villages où la rumeur a pris le pas sur la Vérité pour se cacher qu’un homme ou une famille appréciée peut commettre un crime…

 

Douze ans de souffrance , douze années d’exil loin de sa famille pour exorciser la douleur. Se perdre, se chercher quand tout n’est que reproche et honte, un être sans confiance, un fantôme.

 

Des années de souffrance, de colère, de desir de vengeance et une fois venger, laver l’honneur des Mulvaney changer de vie, comme si c’était une renaissance..

 

Le temps de se réunir autour d’une vie qui s’achève, une vie gâchée par la honte et le desir de justice, les Mulvaney vont s’autoriser à revivre leur vie, d’être heureux et de retrouver ce sentiment de famille, cet amour filial originel qui les liait comme un ciment..

 

Petit à petit Joyce Carol Oates dresse des portraits forts, justes et ainsi augmente la profondeur du récit. Son style reconnaissable, sa plume acide trempée dans l’humour et l’ironie pour nous écrire un roman sur la destinée bouleversée d’êtres plongés en un clin d’œil dans la tourmente.

 

Une épopée familiale qui vous bouleversera !

 

Vous recommander ce livre ne serai pas lui rendre justice, il devrait être une priorité dans vos listes de lecture.. Un grand roman écris par une grande dame des lettres américaines.

 

Très très bonne lecture !

 

 

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