Eco ou L’Echo du Moyen-Âge.. Hommage à Umberto l’ogre de culture !

A l’occasion de la sortie de son receuil d’essai Écrits sur la pensée au Moyen Âge ( Scritti sul pensiero medievale) , aux éditions Grasset, 1184 pages. J’ai choisi de rendre hommage à ce romancier flamboyant et essayiste austère. 


C’est une lecture hommage à un intellectuel d’un autre temps. Un temps où la connaissance, la curiosité intellectuelle étaient un trait de caractère reconnu et respecté. 
Il était pour moi, l’image de l’érudit, une espèce d’homme encyclopédie, d’homme bibliothèque, un homme concentrant toute la Connaissance. C’était avant tout un intellectuel engagé contre toutes les formes d’obscurantisme, politiques, sociales, culturelles ou religieuses. Un militant de l’intelligence, tout à la fois philosophe, historien et sémiologue 
La mort d’un homme de cette envergure intellectuelle est une perte immense pour notre culture.
Le 19 février 2016, le monde a perdu un de ces esprits les plus brillants, les plus truculent ! 
Tout le monde a en mémoire Le Nom de la rose, roman édité en 1980 et adapté au cinéma avec Sean Connery dans le rôle du moine qui enquête sur une série de meurtre mystérieux dans une abbaye au moyen-âge en 1327.
Ce roman l’a rendu célèbre dans le monde entier ! Il y avait dans ce premier roman tout ce qui allait faire le style Eco. Thriller, histoire médiévale, critique de notre accès à l’information, combat contre toutes les formes de l’obscurantisme. Devant le succès rencontré par ce polar médiéval, Eco écrira huit ans plus tard Le pendule de Foucault, qui a ma préférence, Baudolino son roman le plus inventif, paraîtra en 2002.

Pourquoi avoir mis tant de temps à écrire un billet sur la disparition d’une grande  figure du monde littéraire ?
Tout simplement, c’était le temps qu’il m’a fallu pour le relire. Un écrivain ne reste vivant que par son ecrit. Un hommage n’est pas seulement un article, un reportage sur l’auteur mais c’est d’abord pour les passionnés de littérature ses livres, son œuvre, en résumé sa vie.
Umberto Eco est immense, immense de curiosité, un géant de la connaissance. Chez lui tout n’était que démesure, un bibliophile averti conservant plus de 33.000 livres allant d’Homer à Houellebecq, bibliothèque qui s’étalait le long d’un couloir de 17 mètres.
L’objet Livre si important pour lui : 

« Il est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous l’avez inventé, vous ne pouvez pas faire mieux.»

Un chercheur universitaire prolixe, plusieurs essais ont été publié, un romancier tardif. Son premier roman n’est publié qu’à 48 ans.
J’ai lu Le Nom de la rose à l’adolescence ( relu depuis trois fois.) et vu le film avec Sean Connery, c’est un roman qui mélange habilement la connaissance très pointue du moyen-âge avec le genre littéraire du polar ou Thriller. Très bon roman, une allégorie de l’homme face à l’obscurantisme, mais quand huit ans plus tard paraît Le pendule de Foucault.
Je suis devenu un inconditionnel de cet ogre de culture.
Le pendule de Foucault, son meilleur roman. Le plus abouti, le plus recherché, le plus documenté. On y trouve toute l’histoire médiévale. Les templiers, les croisades, la kabbale, l’ésotérisme, les sciences occultes. Eco met en application sa théorie développée dans son essai Lector in fabula ou La Coopération interprétative dans les textes narratifs ( 1985 pour la traduction française ) . Il laisse le lecteur imaginer le dérouler de l’histoire, le lecteur est partie prenante du récit. Ce qui peut parfois dérouter ou laisser pantois. 
Lire Eco n’est pas simple tant, ce roman est touffu, dense. Nous sommes loin de la lecture de plage, il faut s’y plonger, parfois lire et relire deux fois une partie, un paragraphe pour en saisir pleinement le sens. C’est aussi s’autoriser à lâcher prise, se laisser guider dans les méandres d’une intrigue qui mélange habilement l’histoire, le thriller et l’amour. Dans les romans d’ Eco l’amour tient une grande place comme dans sa vie. 
La lecture à plusieurs niveaux chère à l’auteur nous permet de voir ce roman comme l’un des plus médiévaliste. Quand on pense à Umberto Ecco, on se réfère toujours Au nom de la rose comme roman médiéval par excellence.
Certes, l’intrigue se passe au moyen âge, mais la philosophie, la pensée de cette époque y est absente. Dans Le pendule de Foucault, Eco égard son lecteur dans un labyrinthe de complot et de falsification qui ne sont que le miroir de la symbolique médiévale. 

« Le Moyen Âge n’a pas été ma profession, mais est resté mon hobby et ma tentation constante en sorte que je le Vois partout, en transparence, dans tout ce qui m’occupe.»

 

Finalement Eco est un esprit d’un autre temps, qui manquera à notre temps.

Cet article est un hommage en Eco à l’actualité triste de sa disparition..
Signé.. Un fan…
Il est à noté et j’en profite pour le signaler ici, la sortie en poche de son dernier roman Numéro Zéro.

Une réflexion sur “Eco ou L’Echo du Moyen-Âge.. Hommage à Umberto l’ogre de culture !

Les commentaires sont fermés.