Pour moi, l’affaire est close !

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker, édition De Fallois Poche.

Joël Dicker est né à Genève en 1985. Fils d’une libraire genevoise et d’un professeur de français. Après le lycée, il part étudier au cours Florent puis revient à Genève où il étudie le droit et devient assistant parlementaire.
En 2010, il publie son premier roman Les derniers jours de nos pères pour lequel il reçoit le Prix des écrivains genevois.
En septembre 2012 sort son deuxième roman La vérité sur l’affaire Harry Quebert qui sera récompensé par Le Grand Prix du roman de L’Academie française et Le Prix Goncourt des lycéens.


Entre les lignes

Si je devais résumer la philosophie de l’auteur, je citerai cette phrase :

 » Lorsque vous arrivez en fin de livre, Marcus, offrez à votre lecteur un rebondissement de dernière minute.
– Pourquoi ?
– Pourquoi ? Mais parce qu’il faut garder le lecteur en haleine jusqu’au bout. C’est comme quand vous jouez aux cartes : vous devez garder quelques atouts pour la fin. »

 

C’est précisément ce que l’auteur a voulu faire avec ce livre : un livre calibré pour joindre le nombre d’exemplaire vendu au nombre de prix remporté. Equation plutôt réussie pour ce jeune auteur de 27 ans qui a été lauréat du Prix Goncourt des lycéens et du Grand Prix du Roman de l’Academie Française en 2012, et Trois millions d’exemplaires écoulés à ce jour.
Un roman écrit par un scénariste de séries B que M6 ou TF1 ne renieraient pas !
Et pourtant le thème du roman était ambitieux, l’amitié qui lie deux écrivains, l’amour entre un homme adulte et une adolescente. La lutte d’un ami pour rétablir la vérité, l’honneur d’un homme. La critique du monde de l’édition teinté de cynisme. Décrire la vie d’une petite ville des USA sur trente ans.. J’attendais vraiment tout cela de ce livre.. On pouvait peut-être sentir un peu de Philip Roth dans le Maine, j’attendais un peu de Richard Ford dans la chronique de cette petite ville d’Aurora.
Le projet ambitieux n’était peut-être pas à la hauteur de l’écrivain trop présomptueux de sa puissance narrative..
Il y a parfois des moments ou l’on se demande si la mémoire ne nous fait pas défaut. Alzheimer es-tu là ? 
Mais voilà, j’avais oublié que toutes les années je lisais Mon Navet de l’année
C’est une constante chez moi, toutes les années je lis un bon vieux nanar. L’année dernière j’avais lu un lauréat du prix Pulitzer de la fiction de l’année 2015, récompense prestigieuse pour un livre décevant.
Le titre aurai dû me mettre la puce à l’oreille, Toute la lumière que nous ne pouvons voir. Cela sentait bon la fiction TV des après-midi de semaine, une histoire gentille, des personnages creux animés de bons sentiments et un écrivain quasiment inconnu qui remporte un prix devant des auteurs tels que Richard Ford, Joyce Carol Oates..
Joël Diker, Anthony Doerr, la similitude de plume et d’itinéraire est troublante. Et que dire de l’obtention des Prix qui ont récompensé leur ouvrage à très gros tirage.. 
Les prix littéraires récompensent de temps en temps la valeur marchande d’un roman au détriment de sa valeur écrite. J’en rage !
Mon propos n’est pas de détruire ce roman, soyons clair. Ce n’est qu’un petit avis, ce billet n’a pas la résonance suffisante pour dénoncer cette véritable imposture littéraire. 
Ce bouquin de 600 pages se lit vite et bien, phrase et style d’écriture fluide, vocable simple. Pas ou peu de réflexion sur le métier d’écrivain, sur le processus d’écriture. Bref un livre accessible à tous. Pas de pré-requis culturelle nécessaire, peut-être un petit peu de connaissance de la situation géographique du lieu de l’intrigue et encore..
L’intrigue est à rebondissement multiple, mais est-ce pour cacher la trame trop mince ? 
La possibilité qu’un écrivain même célèbre collabore avec la police criminelle pour essayer de résoudre une affaire de meurtre est proche de zéro. C’est impossible. Nous commençons diablement mal quand à mon niveau d’exigence.. Un petit peu de vraisemblance est nécessaire à l’invraisemblance. 
Les personnages sont des clichés, le jeune auteur à succès qui est en panne d’inspiration, le professeur qui distille ses précieux conseils à son disciple, la serveuse forcément amoureuse et cherchant à s’échapper de sa petite vie, l’adolescente un peu nunuche de quinze ans, le flic noir bien sûr baraqué comme il se doit et ne lisant jamais, puisqu’il est bien connu que tous les flics de la planète sont des incultes, préférant les verres de bière aux vers de Verlaine. Et puis pour couronner le tout on délocalise l’histoire aux USA, dans le Maine, retraite des richards de la cote Est, escale de beaucoup d’écrivains américains. 
De l’exotisme en somme bon marché ! C’est beau comme du Musso ! 
Et l’amour dans tout cela, tout le récit en dégueule de cet amour édulcoré, ce noble sentiment détruit en quelque ligne par ce super conseil du maître à son élève :

 » Marcus, savez-vous quel est le moyen de mesurer combien vous aimez quelqu’un?
– Non.
– C’est de le perdre. « 

Je ne m’attarde pas plus sur la portée de cette pensée ! Et merci pour le conseil au passage ! Marcus va dormir moins idiot ! 
Fabuleusement creux et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Mon esprit est enfin éclairé sur ce sentiment, et dire qu’il a fait écrire de si belles pages..  
Promis j’arrête de me moquer..
Le personnage qui m’a le plus incroyablement déçu, c’est celui de Nola, l’adolescente de quinze ans amoureuse folle d’Harry Quebert. Pourtant, elle était pleine de promesses, entretenant une liaison avec un homme plus âgé, prête à tout pour qu’il reste, jusqu’à pratiquer une fellation à un vieux chef de la police locale. Personnage à l’état psychologique pathologique, psychotique et vraisemblablement schizophrène… Tout pour en faire un personnage inoubliable et bien même celui-ci manque d’épaisseur, une esquisse, un trait de crayon à moitie effacée sur un tableau en construction. Nola, on le ressent très vite n’existe pas, et dans mon esprit de lecteur, je n’arrive même pas à la matérialiser.. Comme le reste des protagonistes, ils sont là, décrit mais sans reliefs, sans les tourments d’une âme humaine.
Dommage..
Les relations entre le vieil écrivain et son jeune élève aurai pu être intéressante mais elles sont tartes ! Elles sont à l’image des autres interactions entre les différents personnages, dialogue sans intérêt, platitudes échangées…
La vérité sur l’Affaire Harry Quebert est un livre qui est sauvé par les nombreux rebondissements de l’intrigue qui m’ont permis de venir à bout de l’ensemble. Je n’ai pas dit qu’elles m’ont fait oublier le reste, mais j’ai avalé la pilule amère.
Mais je suis resté sur ma faim et je déteste ça ! 
L’affaire est classé, mais si le coeur vous en dit vous pouvez la réouvrir. 

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