Un Infatigable amuseur, un homme orchestre un chef d’oeuvre !

Sur l’auteur

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Mordecai Richeler est né en 1931 rue Saint-Urbain, au cœur du « ghetto » juif de Montréal au Québec, de l’union d’une fille d’un rabbin hassidique et d’un marchand de ferraille émigré de Pologne. à l’âge de dix neuf ans, il s’exile pour l’Europe, d’abord l’Angleterre et puis très vite la France et Paris devant de devenir le nouvel Hemingway. Vivotant, trainant au Café de Flore, côtoyant la bohème littéraire parisienne, ne parlant pas un mot de français et ne manifestant aucun gout pour l’apprendre, il quitte Paris pour l’ile espagnole d’Ibiza. La chaleur, la vie nonchalante de cette ile lui convient. Il visite aussi les nombreux lupanars de  il commence a écrire son premier roman qu’il finira par publier en 1954 en Angleterre  The Acrobats sera salué par la critique comme le premier roman d’un  écrivain prometteur. suivront 9 autres romans dont  L’Apprentissage de Duddy Kravitz en 1959 qui lui vaudra une reconnaissance à Londres, New York ou Toronto, mais il n’aura pas la même reconnaissance auprès de son « Peuple ». Le sujet du roman, un juif arriviste et peu regardant au niveau de la morale choque, voir exaspéré les juifs canadiens, Mordecai Richler sera toujours en délicatesse avec son peuple car les personnages de ses romans, des juifs peu scrupuleux, accumule les travers d’une société juive de Montreal à la limite de la caricature.
Solomon Gursky édité en Anglais en 1989 n’échappe pas à cet oeil critique, considéré comme son chef d’oeuvre, il était sur la dernière liste pour le prestigieux Manbooker Price qu’il ne remporte pas. Le désamour entre le Canada est son plus talentueux écrivain ne s’arrêtera pas, ses déclarations incendiaires et sa critique de la société québécoise ont contribué à faire de lui un écrivain mal-aimé chez les francophones.

En 1991, Richler écrit dans le magazine New Yorker un texte méprisant dans lequel il ridiculise le Québec et sa «police de la langue», une allusion à la police nazie. Mordecai qui est juif, accuse même les Québécois d’antisémitisme. Et il dit à propos de la revanche des berceaux:

«Cette fécondité exténuante, qui revenait à prendre les femmes pour des truies»
Jamais de concession avec lui, paroles, whisky et cigarillos font de lui un écrivain libre et un personnage canadien atypique.
il meurt en 200 au canada où il se réinstalle avec sa femme et ses cinq enfants en 1972.
Sa nomination posthume au titre de Citoyen d’honneur de la Ville de Montréal est l’occasion idéale de se plonger dans son oeuvre et la réédition de Solomon Gursky par les jeunes éditions du sous-sol permettront à la France de redécouvrir un auteur majeur.

La Der

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Moses Berger est encore enfant quand il entend pour la première fois le nom de Solomon Gursky. Ce personnage énigmatique deviendra bientôt pour lui une obsession qui l’incitera à mener une vaste enquête aux quatre coins du monde. Toute sa vie sera consacrée à démêler le vrai du faux dans l’histoire d’une famille aux origines drapées de mystère.

Entre les lignes

Preparez-vous à prendre de plein fouet un pavé qui tient à la fois de l’epopée et de la symphonie.

 

Mais qui est Solomon Gursky, personnage mystérieux deuxième fils d’une fratrie qui en compte trois. Petit-fils préféré de son grand-père paternel.
Solomon, ce nom va hanter la vie d’un homme qui voudra écrire sa biographie. Pourquoi, cette obsession? c’est peut-être le père que Moses berger voulait avoir, son propre père le déçoit. Poète et écrivain raté travaillant pour Bernard Gursky, frère ainé de la famille de Solomon. Invité à la fête d’anniversaire d’un des enfants de Bernard, Moses se lie d’amitié avec Henry et Lucy les enfants de Solomon. Il découvre l’univers de mystère qui entoure le père défunt.
Il va mener son enquête qui l’emmènera a se pencher sur  l’histoire du Canada,  a rencontrer des inuits hébraïques et enfin a peut-être retrouver Solomon et a résoudre le mystère de sa disparition.
L’enquêteur Moses Berger est un alcoolique, passionné de pêche à la mouche et vivant en solitaire, un poil brusque et rustre, plus interressée
« C’est de la folie, songea Moses. D’une stupidité impardonnable. Un homme de cinquante-deux ans met sa cabane sens dessus dessous dans l’espoir de trouver une mouche à saumon. Une satanée Silver Doctor qu’il pourrait remplacer pour trois dollars. Oui, mais la mouche manquante lui avait porté chance: un jour, sur la rivière Restigouche, il avait remonté une femelle de dix-huit livres aux écailles vert océan, une autre fois, sur la Miramichi, un poisson encore plus frétillant. Passant la main sous son lit, Moses trouva son autre pantoufle. Un piège à souris se referma sur ses doigts. Il exhuma une boite à pizza moisie, une bouteille vide de Macallan Single Highland Malt, un verre brisé, une culotte de Beatrice ( une vraie souillonne, celle-là ), une lettre de Henry, son gant de baseball et le numéro d’Encounter dans lequel figurait son article sur l’étymologie yiddish.» ( page 264)
Ce roman est une véritable fresque s’étalant des bas-fonds londoniens, aux expéditions en Arctique de 1845, en passant par le Far West et l’Amérique de la Prohibition. C’est une fresque qui entrecroise le destin de  pas moins de six générations de personnages, sur deux cents ans d’histoire. c’est dire l’ampleur de ce roman, Richler a écrit un livre total, aventure, amour, et bien sûr avec un humour dévastateur. Le sens de l’absurde à la Monty Pyton, les situations cocasses sont légions dans ce roman de 640 pages.Les inuits convertis a la religion juive est un exemple parmi tant d’autres, et que dire de l’aïeul Ephraim, l’homme « corbeau », celui qui a survécu a l’expédition Franklin, qui a vécu au milieu des inuits et leur a enseigné le yiddish.. Il est mon personnage préféré ce glorieux voleur, escroc sans scrupule au passé trouble. Un personnage à la John Irving, entre réalité et légende !
Bien évidement le personnage central, Moses berger n’est pas sans rappeler certains traits de caractère de l’auteur, sa passion pour les cigares, son penchant pour l’alcool et en particulier le Whisky. Ni même le coté bourru et cynique de l’individu. Richler s’en défend, Solomon Gursky n’est pas autobiographique, son roman est une pure fiction, mais les points de convergences entre son héros et Richler son très nombreux.
c’est un roman très bien documenté, notamment sur la colonisation du canada et de ces territoires du Nord mais il a une faille qui rebutera certains lecteurs, les allées et venus dans le temps. Richler est un maitre du temps, il passe allègrement du XXieme siècle pour nous emmener dans le Londres du début XIXieme. Cela peut surprendre, d’autant plus que l’histoire fait appel a de nombreux personnages ! Bien sur qu’une telle fresque à quelques longueurs mais qui sont vite oubliées une fois la dernière page tournée.
Et qu’il est difficile de se dire que c’est la dernière page que l’on a le bonheur de lire. Histoire prenante, haletante, intriguante mais jamais ennuyeuse et c’est là toute la force narrative de Richler. Faire côtoyé les situations rocambolesque pour mieux disséquer les moeurs de ses concitoyens.
Vous vous en doutez
J’ai beaucoup aimé ce roman, où j’ai retrouvé la verve critique d’un Philipp Roth et le goût du rocambolesque de John Irving. Mais le rapprochement s’arrête là, on pourrait trouver d’autres similitudes d’écriture avec des écrivains nord-américains comme Saul Bellow pour ses personnages juifs partis de rien et ayant grimpé l’échelle sociale de manière plus ou moins honnêtement… Mais Richler a son univers propre, ses thèmes d’écriture qui’n’appartient qu’a lui, le réduire a des rapprochement et c’es reduire l’inépuisable écrivain, essayiste et scénariste canadien a un petit écrivain copieur. La plume de Richler est unique ! Et a découvrir de toute urgence, il n’est jamais trop tard !

« Richler avait une voix et un regard uniques. C’est avant tout un grand écrivain qui raconte de bonnes histoires. »

Dominique Fortier écrivaine canadienne.
Bonne lecture !