Home sweet Home !!!

Home de Toni Morisson, éditions 10/18, 145 pages


Sur l'auteur

Toni Morrison (de son vrai nom Chloe Anthony Wofford) est une romancière américaine.

Née dans une famille ouvrière, Toni Morrison s'intéresse très tôt à la littérature et se passionne en particulier pour les œuvres de Jane Austen et Léon Tolstoï.

Elle s'inscrit à l'Université Howard en 1945 pour étudier la littérature et soutient une thèse sur le thème du suicide chez William Faulkner et Virginia Woolf en 1953 à l'Université Cornell. Après son diplôme, elle entame une carrière de professeur à l'Université de Texas Southern, avant de retourner à Howard (université alors « réservée » aux Noirs).

En 1958, elle épouse Howard Morrison, avec qui elle aura deux enfants. Après son divorce en 1964, elle s'installe à Syracuse puis à New York et travaille comme éditrice chez Ramdon House. Chargée du secteur de la littérature noire, elle contribue à sa promotion, en éditant notamment les autobiographies de Mohamed Ali et d'Angela Davis et une anthologie d'écrivains noirs, « The Black Book », en 1973. Parallèlement, elle enseigne l'anglais à l'Université d'État de New York, avant d'obtenir un poste de professeur de littérature à l'Université de Princeton où elle restera en activité jusqu'en 2006.

Elle écrit son premier roman, « L'œil le plus bleu », à l'âge de 39 ans, et trois ans après, son roman « Sula » qui est suivit de « La Chanson de Salomon » (1977) qui lui assurent la notoriété.

Elle obtient le prix Pulitzer pour « Beloved » en 1988 et reçoit le prix Nobel de littérature en 1993 pour l'ensemble de son œuvre. L'Académie suédoise voulait ainsi récompenser celle « qui, dans ses romans caractérisés par une force visionnaire et une grande puissance poétique, ressuscite un aspect essentiel de la réalité américaine ». En 2005, elle est nommée docteur honoris causa en Arts et Littérature par l'Université d'Oxford.

En 2006, le jury du supplément littéraire du New York Times consacre « Beloved » « meilleur roman de ces 25 dernières années » adapté au cinéma en 1998 par Jonathan Demme avec Oprah Winfrey, Danny Glover et Thandie Newton dans les rôles principaux et en novembre de la même année, le Musée du Louvre fait de Morrison son invitée d'honneur proposant un programme de lectures, rencontres et conférences avec l'auteur et ses amis artistes, écrivains ou professeurs.

Depuis 2002, elle s'investit également dans la littérature pour enfants avec son fils Slade Morrison. Elle a récemment obtenu un poste à la direction du magazine The Nation.

Home est son dixième roman sortie en 2012.


La der

Franck Money est Noir, brisé par la guerre de Corée, en proie à une rage folle. Il doit retrouver sa jeune sœur Cee, gravement malade, afin de la ramener dans la ville de leur enfance en Géorgie – « le pire endroit du monde». S'engage pour lui un périple dans l'Amerique ségrégationniste des années 1950 où dansent toutes sortes de démons. Avant de trouver, peut-être, l'apaisement. Parabole épurée, violemment poétique, Home conte avec une grâce authentique la mémoire marquée au fer d'un peuple et l'épiphanie d'un homme.

Entre les lignes

Home comme la maison, Home comme un retour aux racines, Home comme Homme à une lettre près.

Home comme un cri !

Une claque que ce petit roman, 145 pages de mots, de phrases coup de poing. Il est des textes puissants, condensés pour mieux infuser les mots. Home fait parti de ces textes, simple racontant une histoire simple mais de cette apparente simplicité Toni Morrison en fait un véritable acte d'accusation, depuis longtemps, elle se fait l'avocate de la cause des noirs aux États Unis.

Portrait des États Unis

Home est un Road Roman, à travers les États Unis des années 1950. Voyage dans un pays ségrégationniste, maccarthyste, raciste, où l'on pratique l'eugénisme… L'Amérique de l'après-guerre opulente pour les blancs, oppressantes pour les noirs. Instantané, Polaroïds d'une société américaine où la violence à l'égard des noirs est un fait comme d'autre. Photographie dominée par le « White Only » juste avant le combat, le bouleversement d'une dame montant dans un bus. Nous sommes à la veille de ce moment… Portrait d'un certains Sud, terre d'esclavage où les mentalités n'ont pratiquement pas évolué. La pauvreté, la misère psychologique, le manque d'avenir. Et ces habitants accrochés à des valeurs hérités d'avant la guerre de sécession.

Radiographie terrible de son pays.

Portrait de femmes

Toni Morrison nous brosse de Magnifique tableau de femmes fières, éprisent de Liberté à l'image de Lilly. La petite amie de Franck qui va l'aider à combattre ses démons ( honte, culpabilité ) mais devant son échec, elle décide de vivre sa vie. Mais il y en d'autres plus fragiles, naïves tombant dans les pièges que la vie leurs tends, la sœur cadette de Frank, Cydra (Cee) partie se marier avec un beau parleur qui la laisse tomber aussitôt. Seule sans travail, elle tombe entre les mains d'un Medecin devenu fou et passionné de reproduction. Expérience qui la laissera pour morte.

Il y a aussi dans home des portraits d'homme.

Les hommes dans Home

Des hommes désemparés, sans avenir qui pour s'en sortir partent en Orient, comme Franck et ses amis. Des hommes de couleurs que l'on traite moins bien que des animaux. Des hommes déconsidérés, utilisés comme des bêtes de somme, travaillant pour des salaires de misères. Travaillant durement, peu payés, précaires.

Résignés à leur sort et remerciant Dieu sans cesse d'être en bonne santé par rapport à d'autres.

Des vétérans qui n'ont aucune place dans la société, la plupart souffrant comme Franck de stress post-traumatique qui pour survivre à ce qu'ils ont vu ou fait à la guerre, boivent beaucoup, se battent et qui sont incapable de travailler.

Des humains formant une communauté solidaire ou le partage est une véritable valeur. Des humains où parfois Toni Morrison nous laisse entrevoir de la colère de la rage, Frank en ai remplie.

Des hommes noirs qui n'ont aucun droit dans une Amérique blanche…

Toni Morrison nous avait habitué depuis quelques années à dès roman beaucoup plus long avec Home, elle change de forme littéraire. L'ascétisme formel est le credo de ce roman ! Non que Toni Morrison manque de souffle, que le prix Nobel 1993 manque d'inspiration. Bien au contraire, elle opère sur la narration une expérience chimique, la distillation. elle distille son style, ses thèmes littéraires pour obtenir un distillât. La quintessence de son art, elle est tout en suggestion plutôt que dans la démonstration. De ce processus chimique elle tire un roman de 145 pages d'eau de vie puissante, au goût amère et qui vous tire les larmes aux yeux à sa simple dégustation, les premières pages vous mettent la conscience en feu.

Un roman de la taille d'une Nouvelle, 17 chapitres alternant les points de vue des différents personnages. chapitres courts qui vont à l'essentiel sans jamais perdre son style puissant, onirique et poétique et surtout sans perdre en profondeur.

Home est une prouesse littéraire, une liqueur amère distillée par une chimiste des mots.

À consommer sans modération !

Très bonne lecture à vous !