A l’encre noire, une littérature importante


Ce jeudi 17 Mars s’ouvre le salon du livre de Paris rebaptisé cette année Le Livre de Paris on ne sait pas pourquoi, Mais j’espère que cela ne va pas changer grand chose a cet événement majeur de l’édition.
Moments privilégiés de rencontre entre écrivains et leurs publics, débats, lecture et bien sûr rencontre entre professionnels de l’édition.
C’est aujourd’hui aussi que l’écrivain Alain Mabanckou  prix Renaudot 2006 pour son roman « Mémoires de Porc-Epic  » (Seuil). Il est le premier écrivain titulaire de la chaire de « création artistique », il doit donner ce jeudi sa première leçon de cours consacrée à la littérature africaine francophone.

C’est l’occasion de connaitre l’histoire de cette littérature.

L’homme blanc a toujours considéré le noir comme un être inférieur, n’ayant aucune culture puisque ne sachant pas écrire correctement ni lire, en quelque sorte un Sauvage que les blancs dans leurs grandes bontés sont venus éduquer. cette idée est restée bien ancrée jusque dans les années folles, les premiers mouvements nationalistes sont là, une partie des noirs accident à l’éducation.
Les pionniers de la littérature africaine francophone était avant-tout des gens formé a l’école normale supérieure de Dakar, leur romans étaient  calqué sur le style des romans français du XIXieme siècle qu’ils avaient étudié à l’école.  

La culture noire sort de l’ombre

Les milieux artistiques et intellectuels français des années folles découvrent ce que l’on appelle l’art nêgre grâce à l’ethnographie, les artistes possèdent des statues, des masques africains dans leurs ateliers ou appartements. La musique par le biais du jazz amené par des musiciens noirs américains qui font dansaient Josephine Baker. On va danser avec des noirs antillais sur du Charleston. 
Une littérature plus engagé, avec les décolonisations arrive et une nouvelle génération d,écrivain nait du sentiment anticoloniale, de la découverte de leur africanité.
C’est dans les années 30 que s’exprime la fierté noire dans le concept de Négritude, mouvement lancé par Leopold Sedar Senghor sénégalais, le guyanais Léon-Gontran Damas et Aimé Césaire. ces jeunes gens se rencontrent dans le salon de Paulette Nardal.
Paulette Nardal, femme de lettre et première femme de lettre martiniquaise a entrer a la Sorbonne, elle créée a Clamart dans l’appartement qu’elle partage avec ses soeurs un salon littéraire pour mettre en relation la diaspora noire de Paris.
c’est dans ce salon que Césaire, Senior et Damas prendront conscience de leur africanité !
Tous ces hommes de lettre étaient étudiants anticolonialistes affirmés et créeront à l’initiative d’Aimé Césaire le journal l’Etudiant noir.
Leon-Gontran Damas le définira ainsi :

« l’Étudiant noir, journal corporatif et de combat, avait pour objectif la fin de la tribalisation, du système clanique en vigueur au quartier Latin ! On cessait d’être étudiant martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain et malgache, pour n’être qu’un seul et même étudiant noir. »
Dans ce journal dont deux numéros sont encore disponibles, damas signera des poèmes pigmentaires et Senghor y publia ses premiers articles.
Nous sommes dans les années 30/40 ! 
La guerre, le second conflit mondial change profondément la société, la décolonisation est en marche.
Mais le concept de Negritude continue son chemin et prend une vigueur nouvelle avec l’initiative de Alioune Diop. Ce professeur de lettre classique diplômé de la Sorbonne crée, en 1947, avec l’appui de l’intellengsia française de l’époque dont, Camus, Sartre,Gide,Césaire et bien d’autres, la revue semestrielle panafricaine  Présence africaine qui se veut une tribune d’un mouvement culturelle : La Négritude
Alioune Diop a pour ambition « d’accueillir tout ce qui a trait à la cause des noirs et toutes voix qui mérite d’être entendue.  » . et dans le premier numéro avec une préface d’André Gide, Diop écrit,

« la revue ne se place sous l’obédience d’aucune idéologie ou politique. Elle veut s’ouvrir à la collaboration de tous les hommes de bonne volonté (Blancs, Jaunes ou Noirs), susceptibles de nous aider à définir l’originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne ».
Revue très importante intellectuellement, elle crée en 1956 le premier Congres des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne ! La Négritude reconnue comme mouvement culturel, courant de pensée et revendication anticoloniale. Cette maison d’édition est toujours ouverte dans le quartier latin de Paris et continu a éditer, je vous laisse consulter son riche catalogue d’auteurs africains de langue française : 

http://www.presenceafricaine.com/36-catalogue

Bien que critiqué par certains auteurs pour son coté réductrice, La négritude a largement imprégné la littérature africaine francophone jusqu’aux années 60.

Désenchantement

Le désanchetement lié à l’immense espoir qu’avait suscité la marche vers la liberté des peuples, dans bien des pays, les colonisateurs sont remplacés par des tyrans ou dictateurs mis et maintenus au pouvoir par les anciens pays colonisateurs. Les thèmes de liberté, de revendication de sa négritude laisse la place au triste bilan de la décolonisation. « L’approche des écrivains africains demeure essentiellement socio-politique, explique Florence Paravy, professeur de littérature africaine à l’université Paris-Nanterre. Ils croient profondément aux vertus transformatrices de la littérature. C’est ce qui explique qu’il n’y a pas de grand roman d’amour en littérature africaine, comme on peut en avoir des myriades en Occident. La préoccupation majeure jusqu’à présent, ce sont des questions de société au sens large. »

Dans les années 90, les écrivains africains voyagent, découvrent d’autres pays rencontrent des écrivains africains expatriés. Les thèmes de la littérature change pour s’intéresser a la notion d’immigré, de déplacé, ils font l’expérience du racisme qui les ramènent encore vers leur passé. Un passé colonial dont ils sont les enfants.

Décomplexé

La manière d’ecrire change aussi, le français littéraire appris a l’école des colons est abandonnée, les écrivains prennent de plus en plus leur distance avec le français académique, celui que l’on trouve chez Senghor par exemple. Le français métissé, le français réel parlait en afrique avec l’ajout des mots de la langue maternelle, malenké ou autre. La langue française en réalité augmentée africaine

La littérature africaine d’aujourd’hui, dont Alain Mabanckou est le produit, est forte, poétique et romanesque. Traversée par le thème de l’identité noir en france. A l’aulne de certaines déclarations de responsable politique, la négritude refait surface :
« l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » «un pays judéo-chrétien et de race blanche »

Ainsi que la notion de binationalité et le débat politique sur ce thème va encore hanter ces écrivains.

Aujourd’hui la littérature africaine est le fruit de l’héritage post colonial et son concept de négritude. Beaucoup d’écrivain préfère remplacer le thème de Senghor par celui d’« ecritude ». 

Une littérature riche et pleine de vivacité d’un peuple longtemps privé de liberté et ayant le besoin de briser les chaines, les phrases les codes..

il est urgent de découvrir ces auteurs, quelques auteurs seront présent au salon du livre de Paris, parisiens profitez-en !
Dédicace : J’espère que Les Mots d’Ombre ne va pas m’en vouloir!