La littérature du « Pays du matin calme » à l’honneur au pays des droits de l’Homme.

  

Le 17 Mars s’ouvre le salon du livre de la ville de Paris avec comme invité les écrivains Sud-coréens .

Ce jeudi, les belles lettres coréennes sont l’invitées  d’honneur de ce salon rebaptisé Le Livre Paris.

C’est l’occasion de faire le tour du monde littéraire en quatre jours, après le Brésil en 2015, c’est la Corée dans le cadre de l’année France Corée. 

Pays qui est le cinquième pays pour la cession des droits de traduction de livre français.

C’est aujourd’hui un acteur majeur de l’édition mondiale, 

Une belle occasion nous est offerte de découvrir de nouveaux auteurs, une nouvelle culture. 

La littérature coréenne est fort mal connue en France et dans le monde, très peu traduite, elle reste réservée à un public très restreint.

Pourquoi ?

C’est un paradoxe, un pays qui est en croissance économique constante depuis des décennies, qui exportent à l’international des produits technologiques – cinquième exportateur mondial en 2015 – qui est aussi connu pour sa culture pop et mangas. Mais qui peut me citer de mémoire un titre, un roman, un auteur majeur de ce pays ? 

Très peu de gens, moi-même je te le confesse ami lecteur je ne pourrai que te citer un roman lu par hasard. 

Deux principales causes à cette méconnaissance.

La première, et non la moindre, est la jeunesse de ce pays. En effet, longtemps colonisé par les japonais ( 1905 – 1945 ) , la langue coréenne a été totalement interdite par l’occupant. Le japonais a remplacé dans les écoles le hangul , l’alphabet Coréen – oui c’est un langue alphabétique – créée en 1443. 

Comment avoir une littérature nationale sans langue propre ? 

Comment un auteur peut écrire sans l’appui de sa langue, cette langue qui fait partie de son identité, de sa culture. Une langue n’est pas seulement un moyen de communiquer au sein d’une communauté, c’est aussi pouvoir exprimer différemment des sentiments, des sensations. Le citoyen Coréen était un homme sans langue, un homme muet ! 

La langue coréenne sera réhabilitée à la fin de la seconde guerre mondiale. 

Un pays de création récente avec une langue nouvellement enseignée, l’équation donnera forcément pendant une période un mouvement littéraire plutôt patriotique. Difficile d’exporter un roman glorifiant un pays, pétri de nationalisme. 

C’est un pays qui a connu une histoire violente, un condensé d’histoire mondiale. La colonisation, la guerre de Corée, la partition du pays en deux, un passage par une bonne dictature militaire et enfin la démocratie. 

Les soubresauts historiques vont donner une littérature marquée par les grands mouvements du pays.

Une première vague d’écrivain qui ont vécu ou participé à la guerre de Corée, un de ces écrivains sera présent au salon  Hwang Sok-Yong , écrivain très connu et souvent lauréat de prix prestigieux dans son pays. La génération suivante est née pendant la dictature militaire des années 60, les thèmes littéraires sont plutôt politiques, intimes. La dernière vague , celle qui veut s’imposer, être reconnu mondialement est née dans une Corée démocratique . 

La littérature coréenne s’est alors mondialisée jusque dans ses thèmes romanesque. La littérature contemporaine brosse une Corée triomphante, jeune loin de celle de ses aînés empreinte de l’histoire douloureuse du pays.

La deuxième cause de cette discrétion littéraire se trouve dans le système politique.

Oui, vous avez bien lu, le système mise en place par les autorités coréennes pour promouvoir les auteurs du pays. 

Comment ?  Grâce à un organisme public le Korea Litérature Translation Institute  ( KLTI ).

Un frein à la diffusion et à la diffusion d’œuvre en France. Le gouvernement coréen subventionne et sélectionne les œuvres littéraires à traduire, il va même jusqu’à payer les traducteurs, la fabrication ainsi que les frais liés à la diffusion. 

Mais ce que sélectionne le KLTI ne correspond pas forcément aux attentes des lecteurs français ou mondiaux du moment comme l’on expérimenté des maisons d’éditions françaises.

Le KLTI est dénoncé par certains spécialistes qui le considère comme un organisme de censure, n’oublions pas que la présidente coréenne est la fille d’un ancien dictateur de la junte militaire ! D’autres personnalités du monde littéraire, notamment Jean-Claude de Crescenzo éditeur, traducteur, directeur d’études coréennes à l’université Aix-Marseille et conseiller cette année pour le salon du livre de Paris, c’est formidable chance de découverte d’auteurs, de faire connaître des textes et des œuvres majeures.

De son côté le KLTI se défend par la voix de son chargé des traductions vers l’Europe :

« Le but de nos activités n’est pas de défavoriser certains auteurs pour promouvoir les actions littéraires des autres. Mais au contraire d’aider la publication d’ouvrages les plus divers… Sauf ceux qui sont trop commerciaux ou religieux.»

Cette nouvelle génération d’écrivain veut conquérir le monde !

Bon nombre d’écrivains de la nouvelle vague littéraire ne veulent plus se limiter à un petit marché ( 49 millions d’habitants ), dans ce contexte de ce pays, la Corée entrée dans la mondialisation, ils veulent une reconnaissance de leur plume par ceux qui font la littérature. Ils veulent être exportés ! 

Comment leur en vouloir ? 

La jeune Amérique littéraire lorgnait vers l’Europe. Beaucoup de grands écrivains d’outre-Atlantique sont venus se faire connaître en Europe pour avoir le privilège d’être lu dans les cours européennes ! 

Ce jeune pays, ces jeunes écrivains ont besoin dans un monde globalisé d’être reconnu par les pays pairs de la littérature, l’Europe, le continent américain, le Japon, la Chine. 

Exporter le cinéma, la culture pop pour un pays n’est pas assez. Seule la littérature possède le prestige! 

A t-on un prix Nobel pour un autre art que celui des lettres ? Et quelle exposition médiatique et culturelle pour un pays que ce prestigieux prix suédois ?

En Asie, seule la Chine a été lauréate de ce prix. Le Japon est un sérieux concurrent..

Le dragon littéraire Coréen s’éveille .. Va t-il conquérir nos rayonnages de librairie, nos bibliothèques ?

Pour ma part, infatigable lecteur et en quête de nouvelles sensations littéraires, la venue de la Corée au salon du livre de Paris est une excellente nouvelle. Malheureusement, je ne pourrai m’y rendre mais je vais regarder de près ces nouveaux auteurs invités ..

Je leur souhaite la bienvenue …

La liste des invités se trouve sur le Site du salon