Une éblouissante ode à New York

City on fire de Garth Risk Hallberg, éditions Plon, 976 page

 

Sur l'auteur

Garth Risk Hallberg est né en 1978, en Louisiane. Il grandit en Caroline du Nord. Après un cursus universitaire débuté à Saint-Louis et terminé à New-York. Il publie des nouvelles dans le New York Times magazine, et quelques critiques littéraires. En 2003, il commence l'écriture de City on fire. Publié à l'automne 2015, il devrait être traduit dans près de quinze langues.

Garth Risk Hallberg vit à Brooklyn avec sa femme.

 

 

La Der

 

31 décembre 1976. New York se prépare pour le réveillon. Chez les Hamilton-Sweeney, Felicia accueille financiers et mondains tandis qu'à l'autre bout de la ville, dans le Lower East Side, Charlie attend Samantha pour assister à un concert punk. À quelques encablures de là, dans Hell's Kitchen, Mercer Goodman tourne et retourne un délicat carton d'invitation. Et s'il se rendait à la réception des Hamilton-Sweeney pour retrouver Regan, cette sœur que William son amant, lui a toujours cachée ? Pourquoi ne pas saisir l'occasion d'en apprendre un peu plus sur lui, l'ancien leader du groupe punk Ex Post Facto? Bientôt, des coups de feu retentissent dans Central Park. Une ombre s'écroule dans la neige.

 


Entre les lignes


Un roman, une fresque, une ode à New-York. Garth Risk Halleberg a écrit un premier roman d'une ambition à la démesure de cette ville de New-York. Emmener le lecteur, le tenir en haleine sur plus de 900 pages est un véritable pari qui est réussi.

 

«Une fille, cheveux courts. Le visage tourné vers le ciel, vers la cascade de lumière qui ricochait au-dessus du mur, la tête impossiblement tordue en arrière. Elle était inconsciente, peut-être morte. Du sang avait coulé de son épaule et s'était répandu en colorant la neige… »

 

L'histoire d'une jeune fille agressée par balle dans un parc de la ville dans le froid d'une nuit de la Saint Sylvestre. Qui a agressé Sam, la laissant pour morte? L'enquête se déroule jusqu'au célèbre Black-out d'Aout 1976, une gigantesque panne d'électricité qui plongea New-York dans le noir et dans le chaos. Samantha Ciciarino fille d'un artificier en est le point central, le lien entre plusieurs destins. C'est là que réside la puissance et l'originalité de ce roman, le lecteur se retrouve sans cesse en présence de plusieurs romans. Nous sommes dans un polar et un indice nous livre un nouveau roman, il se transforme en roman d'apprentissage, ou en fresque familiale ou même en roman d'amour.. Un roman protèiforme.

Mais qui a tué Sam ?

Charlie, l'adolescent banlieusard paumé ami de Sam ?

William, le peintre et artiste plasticien leader d'un groupe de Punk Rock éphémère. Mercer Goodman, l'amant de William qui a quitté sa Géorgie natale pour s'établir à New-York. Peut-être Regan la sœur de William ou Keith son mari volage ?

C'est un roman sur l'adolescence, que l'auteur a si bien saisi, la révolte, les doutes, les premiers émois, le sexe, les relations familiales. Charlie et Sam, l'un amoureux de l'autre, l'autre attiré par un homme plus âgé. Il y a aussi les comportement à risque, l'expérimentation des drogues, de l'alcool. Hallberg a su capter ce moment si délicat du passage de l'adolescence au monde adulte, cette résistance que ces enfants ont à ressembler, à avoir la vie de leurs aînés. Ces adultes vus souvent comme des ennemis. Il y a du Donna Tartt dans cette description.

City on Fire c'est aussi et j'ai envie de dire l'omniprésence de New-York. Il y a plusieurs New-York, le New-York de la politique, du fric, de la corruption et de la spéculation, des fêtes somptueuses, le New-York de l'art brut, et la ville des voyous, des drogués, des laisser pour compte. New-York violente, noire et intransigeante. La ville des gangs, des punks, mais aussi de la débrouille, des squats.

La ville ainsi représentée me fait penser à Metropolis de Fritz Lang, vous savez ce film qui représente en 2026 une mégapole divisé en deux, la ville haute où la vie n'est que luxe et volupté, la ville basse où les hommes sont asservis et travaillent dans d'énorme usine pour le compte des habitants de la ville haute. Le New-York de Garth Risk Hallberg c'est Metropolis !

La forme du roman, découpé en neuf livres et entre les livres des interludes. Interludes qui viennent éclairer le lecteur sur l'affaire Samantha, on y trouve des extraits de fanzine. Vous savez les fanzines, ces petits journaux d'adolescent que l'on se passait un peu sous le manteau, témoignage d'une époque. Il y a aussi le manuscrit d'un article d'un journaliste qui a interviewé le père de Sam sur son métier, les lettres du fils devenu adulte de Regan et Keith.

Un peu déroutant ces pauses entre deux chapitres, et que dire des allers-retours permanent entre le passé et le present..

Vous avez compris que ce n'est pas une lecture facile, et qu'il n'y a pas que les villes qui sont en feu mais aussi votre esprit.

Un roman commencé en 2003 et édité l'automne dernier aux États-Unis. Un travail colossal, une documentation folle, de l'Art des 70'S, la musique de l'époque ( Une sacrée playlist ), et l'histoire de la ville de New-York des années 70. L'ambiance de la ville est presque palpable, envoûtante au fil des pages, une vraie machine a remonter le temps que ce bouquin !

Sceptique à l'achat, le plan média était trop bien orchestré, les chiffres aussi donner le tournis. L'éditeur New-yorkais avait acheté les droits de publication deux millions de dollars ! Les éditions Plon ont versé 150.000 Euros pour l'édition française. Les critiques étaient unanimes, ce livre était éblouissant, la presse américaine que je lis était tout aussi élogieuse. Et tout ça pour un premier roman !

Oui chers lecteurs et lectrices, le scepticisme s'était emparé de moi. Malgré tout, cette lecture a été inoubliable. Les personnages, l'ambiance 70´s, l'atmosphère général du roman, tout m'a plu.

Deux semaines de lecture et un seul regret : avoir tourner la dernière page.


Je vous recommande ce roman, si vous avez une vingtaine d'euros à dépenser et que vous ne savez que lire , sautez sur ce bouquin !