Pierre Lemaitre du roman

À l'occasion des cent ans de la bataille de Verdun, l'idée m'est venu de relire « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre


Sur l'auteur

Pierre Lemaitre est un écrivain et scénariste français, psychologue de formation il ecrit son premier roman Travail soigné en 2006, Cadres noirs 2009, Alex 2010, Dagger international 2012, Sacrifices 2012 et Rosy & John 2013. Souvent récompensé par des prix littéraires, son œuvre est plutôt marqué par le genre Thriller ou policier. Son roman Au revoir là-haut marque un tournant dans sa carrière, il se démarque de son genre privilégié pour s'essayer au roman d'apprentissage. Au revoir là-haut, a obtenu le prix Goncourt 2013 et élu meilleur livre de l'année 2013 par le magazine Lire.

Ces romans sont traduits en trente langues et plusieurs sont en cours d'adaptation.

 

 

 

 

La Der

 

Rescapés du premier conflit mondial, détruits par une guerre vaine et barbare, Albert et Édouard comprennent rapidement que le pays ne pourra rien faire pour eux. Car la France, qui glorifie ses morts, est impuissante à aider les survivants.

Abandonnés, condamnés à l'exclusion, les deux amis refusent pourtant de céder à l'amertume ou au découragement. Défiant la société, l'Etat et la morale patriotique, ils imaginent une arnaque d'envergure nationale, d'une audace inouïe et d'un cynisme absolu.

 

Entre les lignes

La fin du premier conflit mondial et la France d'après-guerre est le point de départ de cette œuvre.

Faut-il rappeler que cette horrible guerre qui a tué plus de dix-huit millions de personnes, militaires et civils confondus, a mis l'Europe et la France à genoux économiquement.

Quatre ans de conflit, quatre ans de morts, de peur, de conditions de vie déplorable pour les soldats. Les protagonistes de ce récit l'ont vécu, sur les champs de bataille comme Albert Maillard, Édouard Pèricourt et le lieutenant Henri d'Aulney-Pradelle. Et les civils, parents, amis des poilus, Madeleine Péricourt, la sœur d'Édouard, Cecile la petite amie d'Albert.

Le titre d'abord, énigmatique est extrait d'une lettre d'un poilus à son épouse mis en exergue, la mort va hanter ces pages… Lecteurs, vous êtes prévenus !

La cote 113, ultime et vaine bataille à dix jours de l'armistice.Henri d'Aulney-Pradelle, lieutenant tyrannique, brutale et aristocrate désargenté voit une belle occasion de redorer son blason. Ce deux Novembre 1918, la vie de d'Albert et d'Édouard va changer, leur destin vont être mêlé. Ils vont se sauver la vie mutuellement sur le champs de bataille. Rendus à la vie civil, démobilisés Albert soldat un peu lâche, inquiet de nature et doté d'une personnalité un peu effacée, va prendre soin de celui qui a perdu la moitié de la mâchoire supérieure en lui sauvant la vie. Édouard la gueule cassée, fils mal-aimé d'un banquier au caractère d'acier, artiste au caractère fantasque et homosexuel devenu morphinomane et héroïnomane. La vie civil s'avère délicate pour les 2 amis, Albert ne trouvant que des petits boulots se retrouve à devoir s'occuper d'Édouard invalide de guerre, survivant avec peu d'argent et devant approvisionner son ami en drogue, Albert l'ancien combattant n'a plus d'avenir, la France le laisse tombé. Édouard lui a une revanche à prendre, sur son pays qui l'a laissé seul, sur son père et sur l'existence en générale. Cette gueule cassée a perdu l'envie de vivre, le soldat à la gueule fracassée n'a pas la force de retrouver une place auprès des siens. Il imagine une escroquerie non pour l'argent mais pour montrer à la société que les survivants de la guerre ont besoin d'être reconnus et soutenus au même titre que les morts. Henri, lui toujours aussi avide de revanche au sortir de la guerre, se mari pour l'argent et le nom d'une riche héritière parisienne et crée une entreprise qui va le mener à sa perte.

« On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels.»

Pierre Lemaitre a fait sienne cette indignation d'Anatole France de juillet 1922 au moment du scandal des exhumations des soldats morts pour la France. Scandal qui a forcé le gouvernement de l'époque à prendre des mesures et à légiférer. Indigné par la manière dont les survivants, les héros de la patrie étaient traités alors que les autorités françaises ne cessaient de vouloir rendre hommage aux morts. Rien n'était trop beau pour glorifier, fêter ou rendre hommage aux hommes tombés pour la France. Alors que ceux qui avaient survécu à cette immonde boucherie étaient tombés dans l'oublie. Alors l'auteur, prend la plume, la trempée dans l'acide et ecrit l'amertume, la désillusion et la colère de ces survivants des tranchées qui doivent encore mener une bataille pour simplement vivre décemment. La plume nous décrit avec un langage précis acerbe, un style chirurgical, cette bataille pour la reconnaissance de toute une jeunesse qui a donné à la nation les meilleures années de leurs vie.

Au scandale réel et historique il y rajoute comme pour mettre en relief l'indignité de la situation, une escroquerie fictive, celle d'Édouard et ses souscriptions fictives pour des monuments aux morts.

 

Roman bien documenté, bien ecrit ou pointe encore le genre policier qu'il affectionne, Pierre Lemaitre situe son intrigue dans les années d'après-guerre, les années 1920, mais il pose une question qui est toujours d'actualité, célébrer les morts est nécessaire et normal! Mais mieux traiter les anciens combattants, les invalides de guerre, physique ou psychologique et aussi une question cruciale. Question qui résonne encore plus de nos jours où les conflits armés sont nombreux. Les vétérans sont toujours aussi mal accueillis, et l'armée ne fait aucun effort pour rendre la vie civile moins traumatisante pour tout ces soldats.

Ce roman se lit vite, le vocabulaire est simple et c'est peut-être ce qui m'a donné l'impression qu'il manquait de la profondeur. Les personnages mériteraient sans doute d'être un peu plus fouillé, notamment Albert trop superficiel et que dire du personnage de méchant pas assez ambigüe à mon sens. Les méchants sont méchants, les gentils sont plus nuancés. J'aurai aimé trouvé des méchants plus profonds, moins simplistes.

Ce roman est une réussite, 600.000 exemplaires vendus, succès d'abord public avant une reconnaissance de la critique avec le Prix Goncourt. Mais ne serait-il pas trop populaire ? A trop vouloir mélanger les genres, le roman ne perd t-il pas en profondeur ?

Ceci étant dit, cela reste un très bon moment de lecture, avec tout les ingrédients d'un bon roman.

A lire ou à relire. Je vous le recommande chaudement..