Le conte philosophique revisité

Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message, éditions du Seuil.

Sur l’auteur

Vincent Message est né en 1983. Diplômé de l’Ecole Normale Supérieur, il a passé plusieurs années à Berlin et New-York. En 2008, il enseigne la littérature comparée à L’université de Paris VIII et crée un des premiers master de création littéraire en France. 

  
Son roman Les Veilleurs, paru au Seuil en 2009, a connu un large succès critique et public et a reçu le prix Goncourt du premier roman.
Défaite des maîtres et possesseurs est son second roman. 

La Der

Iris n’a pas de papiers. Hospitalisée après un accident de voiture, elle attend pour être opérée que Malo Claeys, avec qui elle habite trouvé un moyen de régulariser sa situation. Mais comment la tirer de ce piège alors que la vie qu’ils mènent est interdite , et qu’ils n’ont été protégés jusque-là que par sa clandestinité ?

  
Entre les lignes

Après un premier roman unanimement  salué par la critique, Les veilleurs paru aux éditions du Seuil en 2009 et prix Goncourt du premier roman, qui explorait le thème du sommeil paradoxal. Vincent Message nous livre ici une réjouissante aventure de lecture avec son second roman Défaite des maîtres et possesseurs. Son premier ecrit était un roman policier dans lequel un inspecteur de police et un psychiatre enquêtait sur un homme trouvé endormi sur des cadavres, ils vont pour résoudre cette affaire plongé dans les rêves de cet étrange individu. Ce second ouvrage est une dystopie politique, un conte noir, un conte philosophique revisité, une plongé sans concession dans notre mode de vie, posant des questions sur notre rapport au monde.

L’histoire commence par une sans papier, Iris, qui s’est enfuie. Malo Claeys, le narrateur, part à sa recherche et la retrouve laissée pour morte comme un animal sur le bord de la route, percutée par un chauffard. Pour se faire soigner, dans ce monde il faut des papiers, être en règle. Malo plonge dans un monde de clandestinité pour essayer de lui procurer les papiers necessaires. Nous découvrons l’envers d’un décors que les politiques cachent à la population
Petit à petit, nous découvrons notre monde régit par des extraterrestres ou comme l’auteur les nomme des « êtres stellaires ». Tout d’abord, ils sont restés longtemps cacher des hommes, dans les océans découvrant notre incroyable talent à détruire, épuiser nos ressources. Ils ont compris notre manière de hiérarchiser le vivant. Ils ont compris que notre comportement de prédateur consommateur nous conduit lentement à notre perte. Eux, avait erré longtemps dans l’univers, obligés de se rationner, de contrôler la population. 
Deux points de vue s’affrontent, confrontation, guerre et les Extraterrestres règnent en maîtres et possesseurs. Il y eu des morts, des exhodes massifs. Au fil des pages, l’auteur nous parle de la manière dont on traite les migrants par le prisme du regard critique d’un extraterrestre. 
Le monde va t-il être mieux gérer, les ressources également reparti ? Je vous laisse le soin de le découvrir ! 
Ils voulaient tellement être meilleurs que Nous, les humains, qu’ils nous ont copié. Nos comportements destructeurs, notre économie dépensière, notre cruauté, mimétisme nécessaire selon certains pour se fondre dans notre monde. 
Ils ont recréé notre société, avec les partis politiques, l’économies et les questions environnementales. Vincent Message nous décrit un monde où l’homme est un esclave. De l’esclavage hiérarchisé comme naguère nous hiérarchisions le vivant, le vivant de compagnie, le vivant comestible et le vivant laborieux. Et bien évidement les questions déontologiques qui en découlent.
Eux qui n’avaient pas de langage, n’avaient pas cette curieuse habitude de nommer le monde qui les entoure, adopte le langage humains. Passage très intéressant que cette digression sur le langage et le besoin que l’homme a pour se rassurer, de mettre un nom sur les choses, un trait d’humanité ? Interessante réflexion sur la langue. 
Les thèmes sociétaux comme la misère, le chômage sont traités :
 « L’épidémie mystérieuse du chômage, et le regard réprobateur et angoissé qu’on porte sur ses victimes, et l’impression d’être pestiférées qui sous ce regard les ronge bientôt.» 
La question de l’art comme forme de résistance y est aussi traitée. Les hommes qui sont en « résistance » contre l’envahisseur stellaire n’ont d’autres moyens d’expression que les graffitis appelant à résister.
Étonnant ouvrage, où nous avons du mal à savoir quel genre de roman nous lisons.
Roman d’aventure, manifeste écologique, essai sur la société de consommation, roman d’anticipation. Mais Vincent Message est coutumier du fait, son premier roman était tout aussi inclassable et ce qui fait le charme de cet auteur atypique, aux phrases d’orfèvre ciselées finement où chaque mot est pesé pour assommer et mettre KO le lecteur !
J’avais adoré son premier bouquin, Les Veilleurs pour son originalité et pour son univers, roman que je vous recommande vivement. J’attendais avec impatience son second et je ne suis pas déçu par cet auteur. Un vrai conteur au sens noble du terme, qualité si rare chez nos écrivains français à l’imagination si pauvre.
Lisez et laissez vous bousculer par ce roman et racontez-moi votre ressenti.. Partageons notre vision du monde…
Très bonne lecture !