Un titre surprenant et déroutant pour un très beau roman.

 » D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds  » de Jón Kalman Stefánson, édition Gallimard 442p

Sur l'auteur

Jón Kalman Stefánsson, né à Reykjavik en 1963, est un poète, romancier et traducteur. Son œuvre a reçu les plus hautes distinctions littéraires de son pays. Sa merveilleuse trilogie Entre ciel et terre (2010), La tristesse des anges (2011), et Le cœur de l'homme (2013), parue aux éditions Gallimard, l'a révélé au public français et a consacré l'auteur sur le plan international.

 



La Der


« Elle est plus belle que tout ce qu'il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d'un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s'il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c'est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poeme d'amour. Elle s'en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t'aime.»

 

 


Entre les lignes

Un titre énigmatique qui trouve son explication à la page 376, un pays inconnu au climat rude, une terre volcanique et l'océan. Je vous invite en Islande avec ce merveilleux roman.

Le roman étranger de l'année élu par le magazine Lire et à juste titre tant cette chronique familliale hypnotise et fascine.

L'histoire n'est pas très originale, Ari à quitté sa ville natale de Keflavik petit port de pêche pour le Danemark où il poursuit une belle carrière d'editeur de poesie et de spécialiste en développement personnel. Il rentre chez lui rejoindre son père mourant, dans l'avion qui le ramène en Islande, il se rappelle l'histoire familliale, de ses arrières-grands-parents pionniers et Primo habitant de son village et surtout il se souvient de son grand-père, Oddur, cette légende, ce personnage hors du commun. Respecté de tous les membres de la famille et des pêcheurs.

Dans ce voyage retour, trois époques se mêlent, la jeunesse d'Ari dans les années 80/90, le present d'Ari, un homme divorcé qui ne voit plus ses enfants et l'Islande du début du XXieme siècle au travers des destins des aïeux de Ari.

Oddur et Margret, une si belle rencontre, une histoire d'amour. Ces deux personnages sont à mon avis les plus intéressants du roman. Ari ne m'a pas trop intéressé, ses interrogations existentielles m'ont laissé de marbre, c'est un personnage un peu trop réel, qui casse la douceur poétique, la mélancolie de cette Islande passé. Ari est l'Islande contemporaine empêtrée dans la corruption de son élite politique, dans le souvenir de la faillite bancaire de la crise de 2008. Tandis que les l'histoire des grands parents d'Ari est si poétique, elle contraste avec la dure vie des islandais du début du XXieme siècle, en particulier des pêcheurs. Ces personnages aux traits et aux caractères abîmés, rongés par les embruns et le sel marin. Une vie faite de mort, de tempête et d'héroïque luttes contre les éléments pour les hommes. Les femmes attendaient le retour de leurs époux, s'occupant du foyer, scrutant la mer espérant que celle-ci leurs ramènera les pères et époux en vie.

Dans une langue poétique et lyrique avec laquelle l'auteur fait vivre les sentiments aussi fort que l'amour, l'amitié. Il pose aussi la question de la condition humaine.

Ce roman parle à chacun de nous, il traite avec délicatesse, de la vie, de la mort, du temps qui passe, de la solitude.

Finalement Stefánsson, nous parle pas seulement de l'Islande, son pays mais il nous touche par l'universalité de ses sujets de prédilections. La litterature islandaise fait vivre le feu des sentiments sous la glace.

Un roman que j'ai adoré et que je vous recommande chaudement. J'espère que vous vous laisserez envoûter par ce livre venu d'une île battue par les vents où coule dans les veines de leurs habitants le feu de leur île volcanique. Un roman qui ne vous laissera pas de glace…

Très bonne lecture à vous !