Charlie Hebdo ou l’âge de raison.

Un père pleure en ce 2 septembre 2015, il verse des larmes de soulagement et de tristesse. Cet homme à tout perdu ce jour-là. Il pleure toutes les larmes, son cœur est meurtri a jamais. La perte est immense, toute sa famille disparue, anéantie.

 

Le monde s’est ému devant ce petit corps d’un enfant de trois ans échoué sur une plage de Turquie a créé une onde de choc mondiale, mettant en lumière la tragédie des réfugiés syriens fuyant la guerre. La photo de ce petit corps a choqué et devenue un symbole. Aylan Kurdi est le symbole de la tragédie des migrants. Il n’a pas choisi, la vie ne l’a pas épargné ni lui ni son frère et sa mère mort eux aussi pendant cette tragique traversée… 

Des tirs de Kalachnikov, tuant des journalistes, des policiers, des citoyens. La peur s’empare de Paris, l’état islamique a frappé la France et un symbole de la Liberté d’expression. Un slogan est lancé comme une réaction, un cri du cœur, des mots qui rassemblent les gens autours des valeurs de la république. En ce 6 janvier 2015, le journal satyrique Charlie hebdo est devenu un symbole. Les défilés, les rassemblements sont nombreux partout en France pour dire non, pour exorciser la douleur, la peur. #JeSuisChrlie fleurissait partout, il y avait même une application mobile qui recensait les rassemblements, les manifestations. La nation était en deuil, les dessinateurs morts au nom de leur Liberté de dessiner était les nouveaux héros modernes.. La machine s’est emballée… Un journal satyrique comme emblème de la Liberté d’expression, le journal est dépassé par le nouvel engouement. 

Luz dessinateur à Charlie hebdo le savait,

« Les médias ont fait une montagne de nos dessins alors qu’au regard du monde on est un putain de fanzine, un petit fanzine de lycéen.» 

« Nous faisions un fanzine, un petit Mickey… Comment dessiner dans ce Charlie fantasmé qui nous submerge ? »

Le 7 janvier et le 2 septembre 2015, deux symboles sont nés. 

Ces derniers jours, je lisais un article sur le Huffington post édition française, une brève de l’AFP, le père d’Aylan à versé des larmes en voyant la caricature de son fils dans le journal Charlie Hebdo. La détresse expliquée de ce père confronté à l’utilisation de l’image de son fils pour dénoncer selon son auteur les attaques sexuels commis à Cologne sur des femmes en pleine rue par des migrants. 

Je suis un lecteur de vieille date de Charlie, depuis l’adolescence j’aimais lire Charlie qui se moquait de tout avec plus ou moins de bon goût. Il s’attaquait à tout les symboles, religieux, politiques, sociétaux. Humour potache, dessins lourds mais j’aimais ce style. Journal d’adolescent qui se moquait du système. 

Je suis tombé en feuilletant le Charlie hebdo du mois de septembre, le 15 septembre dernier si ma mémoire est bonne, sur un dessin de Riss. J’ai ri jaune, quelque part le sujet me gênais. Provocation, dénonciation d’un mode de vie.. J’ai cherché le sens de ce dessin et finalement n’en trouvant aucun, je l’ai jugé idiot. C’était le premier dessin qui me confortais dans l’idée que Charlie devait être à l’avenir plus judicieux dans les choix de la rédaction. Problème, Riss en est aujourd’hui le directeur..  

 

Les mois passent et je me désintéresse de Charlie suite à ce dessin, pensant que la rédaction n’était pas à la hauteur de l’émoi suscité par les attentats du 7 janvier… Le numéro  » anniversaire » sorti, il y a deux semaines ne m’a pas choqué, la Une était conforme à l’habitude. Beaucoup à la découverte de ce numéro ont poussé des cris d’orfraie, la Une a suscité beaucoup de critiques, fondées pour la plupart. Je ne l’ai pas acheté, je l’ai feuilleté en faisant les courses dans un supermarché. Un dessin, certes petit m’a encore dégoûté. Ignoble.. Riss avait encore utilisé comme au mois de septembre le petit Aylan, et avait imaginé son avenir.. On le voyait dessiné courant derrière une femme, la bave aux lèvres, avec cette légende : «  Que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi ?  »«  Tripoteur de fesses en Allemagne.» 

 

Je vous laisse juge du bon goût de ce commentaire… 

Riss a déclenché en moi deux interrogations.

En tant que père ayant perdu toute sa famille comment je prendrais ce dessin? Aurais-je le recul nécessaire pour comprendre la dénonciation d’actes ignobles que le dessinateur prétend en faire?

Et pendant que Riss, dans les journaux, défend son dessin et l’identité de Charlie Hebdo, un père pleure et des slogans fleurissent sur la toile. #JeNeSuisPasCharlie apparaît de plus en plus souvent. Le monde qui avait soutenu le symbole de la Liberté d’expression, se désolidarise. Même des dessinateurs de presse comme Patrick Chapatte se demande ce que fait Charlie à travers un dessin. Personne ne comprend…

 

La reine Rania de Jordanie, se fend d’un tweet pour exprimer sa profonde colère devant un dessin qu’elle juge raciste !  Et demande à des dessinateurs de presse d’imaginer un Aylan adulte, en contradiction avec Riss. Un dessin qui aurait eu sa place dans les pages de Charlie.. Cela aurait été plus intelligent..

 

Riss dépassé explique dans une interview, « Charlie doit être là où les autres n’osent pas aller  ». Cela suffit à sa defense, quelle suffisance ou plutôt insuffisance..

Riss n’a pas compris que son petit journal, « cette fanzine » était tirée qu’à 50.000 exemplaires, et qu’avant les attentats qui ont décimé la rédaction ce journal était au bord de la faillite.

Charlie hebdo a changé de stature.

Post-attentat, Charlie c’est 90 000 exemplaires par semaine, 180 000 abonnés. Ce journal est lu dans les lieux que les fondateurs de l’hebdomadaire critiqué avec virulence, les hommes politiques lisent et critiquent, les ambassades aussi. Parmi, les nouveaux abonnées, il y a sûrement des gens qui découvrent l’humour Charlie, le lectorat a changé, la stature du journal aussi. C’est une évidence sauf pour Riss, beaucoup de collaborateurs après le 7 janvier ont démissionné sentant que les choses, que Charlie avait et devait changé. Ils ont eu entièrement raison.

Charlie Hebdo est rentré dans l’âge de raison.

Oui, cette fanzine pour ado attardé a grandi, mais pas ses parents..

Riss, vous avez par votre bêtise et votre humour dépassé, blessé beaucoup de monde. Des musulmans, des parents et de simples citoyens. Que vous le vouliez ou non, Charlie ne sera jamais plu un journal comme un autre, c’est un symbole. Vous avez envers les gens qui sont susceptibles de vous lire, vos abonnés, une responsabilité et un devoir d’exemplarité.

Il est temps que vous compreniez cette dimension qu’à pris votre publication. Vous pouvez toujours vous cacher sous l’identité, l’ADN de votre journal qui est par essence irrévérencieux. Mais arrêtez de salir la mémoire d’un enfant ! 

Oui vos dessins qui mettent en scène un petit enfant mort sur une plage est insultant ! L’enfant est une cause sacrée.

Rappelez-vous les mots de Bergson, Le rire est toujours le rire d’un groupe.