Dans la peau d’un inquisiteur

La nuit du bûcher de Sándor Márai

 

Sur l’auteur

Né en Hongrie en 1900, Sándor Márai connaît dès ses premiers romans un immense succès. Antifasciste déclaré dans une Hongrie alliée à l’Allemagne nazie, il est pourtant mis au ban par le gouvernement communiste de l’après-guerre.

En 1948, il s’exile et finit par s’installer définitivement en 1980 aux Etats-Unis où il mettra fin à ses jours en 1989. Depuis une dizaine d’années, il est devenu un auteur culte de la jeunesse hongroise et jouit dans le monde entier d’une réputation égale à celle d’un Zweig, d’un Roth ou d’un Schnitzler.


La der


Rome, 1598. L’Inquisition sévit contre les hérétiques. Enfermés dans des cellules, affamés, torturés, ces derniers reçoivent à la veille de leur exécution sur le Campo dei Fiori la visite d’inquisiteurs pour les inciter à se repentir et à reconnaître publiquement leurs fautes.

Venu prendre des «leçons d’Inquisition», un carme d’Avila demande à suivre la dernière nuit d’un condamné. Malgré sept ans de prison et de tortures, celui-ci ne s’est jamais repenti. Son nom : Giordano Bruno. l’espagnol assiste aux dernières exhortations, vaines, des inquisiteurs, et accompagne au petit matin le prisonnier au bûcher. Saisi par la violence de cette expérience, il voit toutes ses certitudes vaciller..

Entre les lignes


Reçu dés sa sortie le 5 novembre, je l’ai littéralement dévoré. Texte puissant sur la Liberté humaine face au totalitarisme. Le thème de ce roman est bien le totalitarisme et la résistance ! Tout l’ideal de l’Auteur, une vie passée en exil à lutter contre toute forme d’arbitraire !

L’histoire de ce roman est simple, un jeune moine en 1598 arrive à Rome afin de se perfectionner dans l’art « de l’Inquisition». Pour se faire, il se fait accepter dans la confrérie de San Giovanni Decollato. Pendant deux années, ils va apprendre les techniques pour débusquer et convertir les hérétiques jusqu’à leurs « Confirmation ». Ce jeune carme espagnol pour marquer la fin de sa formation demande à assister aux dernières exhortations des inquisiteurs pour « sauver l’âme du condamné », renier sa foi. Ce prisonnier particulier n’est autre que Giordano Bruno, un moine dominicain défroqué qui a renier sa foi au profit de la raison. Sept ans de tortures, d’emprisonnement n’ont eu raison de sa détermination .

C’est par l’histoire de cet homme et le récit des autres inquisiteurs que nait le doute dans l’esprit du jeune carme. Les pensées hérétiques gagnent de plus plus d’esprit, au sein même de l’église catholique romaine, la cause selon les prêtres : l’invention de l’imprimerie et la possibilité d’imprimer et de divulguer les idées au plus grands nombres.

«L’imprimerie est une grande invention mais comme toute découverte de l’esprit orgueilleux de l’homme, elle peut se retourner contre lui et se révéler aussi malfaisante qu’utile. Le péché de la connaissance (…)»

Si les écrivains sont tenus en  » laisse  » dans les royaumes de la chrétienté, rien ne les empêche d’écrire, de mettre en impression leurs idées via des pays ennemis de la cause comme la Suisse. Le livre, la pensée écrite et par extension la littérature éveillent les conscience et libérent les hommes de l’Ignorance arme de prédilection des régimes autoritaires.

Dans ce roman, il y a le roman historique très bien documenté et l’œuvre militante. Le récit est construit autours d’une figure emblématique Giordano Bruno qui sert le combat de Màrai contre les régimes totalitataires. Comment me direz-vous ? Il y a une certaine analogie entre l’écrivain génial Sándor Márai et ce moine qui vécu au 16 ieme siècle. Je vous ai raconté dans un précédent article un résumé de la vie de Márai, ses succès, son engagement et son exil. Maintenant je vais faire de même avec Le fameux Giordano Bruno afin d’éclairer le texte et sa portée !

C’est un ancien moine dominicain qui pendant son noviciat avait déjà fait parler de lui en arrachant toutes les représentations de Marie passionné par les travaux de Copernic, il développe la théorie de l’heliocentrisme et montre, de manière philosophique, la pertinence d’un univers infini, qui n’a pas de centre, peuplé d’une quantité innombrable d’astres et de mondes identiques au nôtre. Il est en rupture avec la croyance en un Dieu unique, il doit fuir après qu’une instruction en hérésie soit ordonnée. Il s’exile dans le comté de Savoy, à Chambéry puis dans la Genève calviniste. Il se converti et au cours d’une dispute avec un de ses professeur, il se voit excommunier et doit quitter Genève. Il rejoint Lyon puis Toulouse, villes sujettes au dogme catholique, pendant deux ans il enseigne les mathématiques et la physique en tant que contractuel et publié un ouvrage sur la mnémotechnique. Impressionné par l’ouvrage, le roi de France Henry III le fait venir à la cour et devient son protecteur. pendant cinq années, Bruno et tranquille et devient même le philosophe attitré de la cour. Il écrit beaucoup, son style ironique, vivant et imagé plait beaucoup. Pendant cette période il voyage en Angleterre où il se dispute pendant deux années avec l’église anglicane ou ses talents de philosophe, théologien et scientifique novateur sont très peu apprécié. Il retourne à Paris où sous la pression religieuse Henry III ne peux plus défendre se révolutionnaire de la pensée. Il doit encore s’exiler, en Allemagne où il adhère aux thèses de l’église luthérienne, il enseigne dans différentes universités allemandes mais après des heurts avec sa hiérarchie, il est excommunié de l’église luthérienne. Il retourne en Italie, à Venise dans le but d’enseigner à la demande d’un notable ses théorie. Un différents financiers entre les deux hommes, et le notable vénitien le dénoncé à l’inquisition.

Huit années de procès et la condamnation à être brûlé vif sur le Campo de’ Fiori un mors aux dents pour qu’il ne prononce aucune parole.

Pendant des années d’errances, Bruno n’a cessé d’écrire, d’entretenir l’esprit critique, d’éveiller les consciences. Durant ses années d’emprisonnement, il n’a jamais renié, ni plié devant l’arbitraire religieux..

L’analogie entre Giordano Bruno et le destin de Márai est flagrante. Ce texte écrit en Italie, auteur en exil, n’existant plus dans son pays d’origine a dû trouver dans le personnage de ce moine un double, un frère d’exil.

C’est un des textes qui révèle un aspect inédit de l’œuvre de Márai, texte qui trouve ses racines dans la guerre, le nazisme, le communisme et son refus de compromis même quand sa vie a été menacé.

Un livre à dévorer, à lire absolument qui petit à petit nous permet de comprendre ce que peut ressentir un homme rebelle, critique de la pensée unique. Livre actuel, d’une actualité brûlante.

Très très bonne lecture.