Poesie du Mercredi…. Un poète amputé… Blaise Cendrars

En ce jour particulier où nous fêtons l’armistice de la guerre de 1914-1918, j’ai choisi un poète, écrivain, journaliste et un grand voyageur d’origine suisse, Blaise Cendrars né en 1887 et mort à Paris en 1961. 

  
Dés le début de la « Grande Guerre» , il s’engage comme volontaire étranger dans l’armée française  et  est très vite et versé dans la légion étrangère. En 1915, il est gravement blessé et est amputé du bras droit, cet accident donne lieu à la première ébauche de La main coupée en 1916. Il écrit deux récits de guerre bref mais puissant, le premier intitulé J’ai tué (1918) raconte le soldat Cendrars dans la violence de la première guerre mondiale avec pour thèse que toute l’énergie humaine déployée conduit au meurtre legal, et dans J’ai saigné (1938) le soldat mutilé tente de survivre en évoquait ceux que l’Histoire à oublié.  

En 1924, il voyage au  Brésil. Dans les années 30, il devient grand reporter et pendant la seconde guerre mondiale il est correspondant de guerre pour l’armée anglaise, mais devant la déferlante allemande il quitte Paris et se réfugie à Aix-en-Provence et 1948 s’installe à villefranche sur mer.c’est à partir de ses années de guerre et d’exile en zone libre que Cendrars va écrire ses mémoires, LHomme Foudoyé (1945), La Main coupée (1946), Bourlinguer (1948) et Le lotissement du ciel (1949). 

Dans les années 50, il collabore à la radio française.

Journaliste, romancier, poète, voyageur, Cendrars est un homme libre et toute son œuvre est placé sous le signe de la découverte, de l’aventure mêlant le réel à l’imaginaire.

Je vous laisse découvrir ce qui est pour moi l’un de ses plus beau poeme de langue française, peut-être le meilleur du XXème siècle. Il dit tout du monde, de la vie, des rapports sociaux, de la beauté du monde et de la vie, du mouvement nécessaire, de l’amour force motrice du monde et de la vie. Tout ça dit avec l’inimitable sobriété de Cendrars, l’éternel voyageur qui fuyait aussi bien l’amour que le monde ou lui-même, dans une course éperdue de steamers dont il laisse le parfum en héritage. Mais ni lui ni personne n’aura jamais synthétisé le tout en quelques vers, aussi modestement, sans donner l’air d’y toucher. Déclaration d’amour bien sûr, d’amour de l’autre, de la vie, et du monde.

                                                           Tu es belle comme le ciel et la mer
Quand tu aimes il faut partir

Quitte ta femme quitte ton enfant

Quitte ton ami quitte ton amie

Quitte ton amante quitte ton amant

Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses

Des femmes des hommes des hommes des femmes

Regarde les beaux magasins

Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre

Et toutes les belles marchandises
II y a l’air il y a le vent

Les montagnes l’eau le ciel la terre

Les enfants les animaux

Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre

Donne
Quand tu aimes il faut savoir

Chanter courir manger boire

Siffler

Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir

Ne larmoie pas en souriant

Ne te niche pas entre deux seins

Respire marche pars va-t’en

Je prends mon bain et je regarde

Je vois la bouche que je connais

La main la jambe l’œil

Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là

La vie pleine de choses surprenantes

Je sors de la pharmacie

Je descends juste de la bascule

Je pèse mes 80 kilos

Je t’aime

Blaise Cendrars, Feuilles de route, 1924