Dimanche soir poesie et Baudelaire atypique pour la soirée…

 

portrait de Felix Nadar

 Charles Baudelaire, poète sublime.. Je vous laisse goûter ce poeme dénommé La Charogne, qui fait partie des fameuses Fleurs du mal, receuil de poèmes le plus célèbre.
C’est un véritable tour de force que de rendre sublime la mort, la putréfaction. Esthétiser la mort, quelle beau coup de poing dans l’estomac des critiques de l’épique. Imaginez dans cette France du 19ieme siècle , le romantisme était la norme littéraire et là comme un coup de tonnerre, de la plume de Baudelaire né ce poeme.. 

c’est aussi un poème où Baudelaire développe son sens inné de l’ironie

La Charogne c’est d’abord la fusion du laid et du beau, avec ce génial oxymores « La carcasse superbe », c’est aussi l’association de l’érotisme et de la mort. 

Ce poeme est aussi une démonstration que la poesie peut construire de la beauté à partir du laid, c’est là tout l’univers baudelairien.

Je vous laisse savourer ce poeme atypique et magnifique où chaque vers va vous surprendre et je l’espère vous enchanter. 

                                                                                   Une charogne
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,

Ce beau matin d’été si doux :

Au détour d’un sentier une charogne infâme

Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,

Brûlante et suant les poisons,

Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique

Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

Comme afin de la cuire à point,

Et de rendre au centuple à la grande Nature

Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe

Comme une fleur s’épanouir.

La puanteur était si forte, que sur l’herbe

Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,

D’où sortaient de noirs bataillons

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague,

Ou s’élançait en pétillant ;

On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,

Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,

Comme l’eau courante et le vent,

Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique

Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève

Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète

Nous regardait d’un oeil fâché,

Epiant le moment de reprendre au squelette

Le morceau qu’elle avait lâché.
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

A cette horrible infection,

Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,

Après les derniers sacrements,

Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,

Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine

Qui vous mangera de baisers,

Que j’ai gardé la forme et l’essence divine

De mes amours décomposés !