Richard Ford n’est plus une rutilante Mustang mais c’est un un merveilleux romancier, En toute franchise !

Sur l’auteur


Richard Ford est un écrivain américain né en 1944. Il est lauréat du prix Pulitzer et du PEN/Faulkner Award en 1996 pour son roman Indépendance qui s’inscrit dans le cycle littéraire dit de « Frank Bascombe » pour lequel le romancier est principalement connu, ainsi que le prix Femina étranger 2013 pour Canada.

Richard Ford publie son premier roman, Une mort secrète en 1976, l’histoire de trois marginaux qui se retrouvent sur une île située sur la rivière Mississippi. Suit un autre roman, Le Bout du rouleau, en 1981. Malgré de bonnes critiques, les ventes de ces deux livres sont faibles. Il arrête alors l’écriture d’œuvres de fiction pour devenir journaliste au magazine new-yorkais Inside sports. En 1982, le magazine fait faillite et Ford revient à l’écriture romanesque. Reconnu par la critique littéraire, il est comparé à Raymond Carver entre autres. Plusieurs fois primé aux États Unis et France où il obtient le prix Femina étranger en 2013 pour Canada.

Il publie cette année En toute franchise son dernier roman qui était encore, l’année dernière sur la liste des cinq nominés pour le prestigieux prix Pulitzer.


La der

« Il est matériellement quasi impossible d’avoir plus de cinq vrais amis. C’est bien pourquoi j’ai limité mon temps-pour-autrui à du temps avec Sally, mes deux enfants (qui habitent des villes lointaines, Dieu merci) et mon ex-femme Ann, qui a élu domicile pour mon confort personnel. Reste donc un créneau et un seul. Charité bien ordonnée… J’ai décidé de me le réserver; je serai ainsi mon meilleur et mon dernier ami.»


Entre les lignes

Ouvrir un livre de Richard Ford, c’est rentrer dans l’univers banal d’une vie banale d’un citoyen américain, démocrate. Mais dans la banalité, ce conteur né à enfouit des trésors de complexité.

Franck Bascombe le double littéraire de Richard Ford nous raconte sa vie depuis une trentaine d’année. C’est en 1996 pour sa première apparition dans Indépendance qui a obtenu le prix Pulitzer, que nous le découvrons, journaliste sportif et écrivain raté dévasté par la mort de son fils dans une Amérique en pleine période Clinton. Il faut attendre 1999 pour le retrouver en père divorcé et agent immobilier dans Un Week-end dans le Michigan toujours désespérément amoureux de sa femme Ann et essayant de jouer le père modèle en emmenant son fils en week-end qui se révélera désastreux. En 2008 dans L’état des lieux, Franck est confronté à la maladie, un cancer de la prostate.

Aujourd’hui, nous le retrouvons à 68 ans avec une nouvelle femme dans sa vie Sally Caldwell qui se donne à plein temps pour aider les victimes de l’ouragan Sandy. Franck vieilli et retrouve un ami Arnie Urquhart qui pour plaire à sa nouvelle conquête plus jeune s’est fait lifté le visage, son ex-femme Anne atteinte de la maladie de Parkinson, une connaissance du « défunt club des divorcés » d’un Week-end dans le Michigan rongé par un cancer dans sa dernière phase.

En toute franchise est un roman sur le don de soi, le temps donné à l’autre, à l’écoute de l’autre. Même si ce temps serai peut-être mieux employer à passer sa retraite tranquillement installé à Haddam avec sa nouvelle femme. Sally donne, elle aussi, du temps aux victimes de l’ouragan bien que ni elle ni Frank n’ont été touché par la tempête.

Franck qui malgré sa volonté d’être en retrait du monde veille quand même sur son ex-femme, Ann Dykstra qui vit dans une maison de retraite grand luxe où elle suit un traitement expérimental contre la maladie de Parkinson. « Rien ne me pousse à la toucher, l’embrasser, la prendre dans mes bras. Mais je le fais. C’est notre dernier charme.» c’est la plus belle définition qu’il soit du don de soi, de l’humanité.

Mais comme l’écrit Ford à l’écoute du récit terrible de Me Pines, une ancienne habitante de la maison de Frank, «Les mots sont parfois de piètres émissaires des sentiments.» devant ce constat Frank choisi de se taire et de limiter son vocabulaire, ses dialogues. Préférant la réflexion intérieure. le style de Ford devient plus incisif, les phrases sont courtes et ciseler comme un bijou précieux. Phrases à la précision chirurgicale. Et à l’humour acide.

Le thème du vieillissement et bien sûr de son continuum la mort est traité, Frank vieilli tout comme son entourage qu’il observe toujours avec son œil caustique, et en toute franchise, la mort rôde sur ces personnages, elle n’est que rarement nommée, comme si le dire où l’écrire allait précipiter le sort. Finalement la dévastation dûe à l’ouragan Sandy n’est que la métaphore de la dégradation de l’âge, la fin d’une époque « une nouvelle norme» comme le nom d’un chapitre du roman. Il ne faut pas compter sur Richard Ford pour vivre dans un pays de conte de fées. Il va regarder les ravages, de la nature, de l’âge, de la maladie droit dans les yeux sans jamais détourner le regard. Le réel pour Frank Bascombe alias Richard Ford n’est pas un concept mais une dure réalité qu’il faut affronter. Il affronte le réel toujours avec le même regard doux mais surtout caustique.

En toute franchise est un Roman construit comme un receuil de nouvelles, avec quatre partie qui sont en fait quatre récits bien distincts avec une unité de lieux, le New-Jersey et de temps, quinze jours avant Noël.

Ce roman n’est certainement pas le meilleur roman de la série des Bascombe, on sent qu’à 71 ans, Richard Ford a du mal à nous faire revivre son double literraire, à lui impulser un nouvel élan. Mais comment résister à cette méditation sur le lien, la fraternité, le don qui sont au cœur de ce roman. Ce sentiment confondant d’essoufflement est certainement dû à la maîtrise du narrateur à rendre normale voir banaliser des sentiments qui font de nous des êtres humains. Richard Ford signe ici, un très bon roman qui sous l’apparente facilité de la trame narrative cache une très grande sophistication de style qui creuse au plus profond de ses personnages des abîmes d’humanité.

Un roman simplement humain, un auteur qui aime l’humain et qui saura par la simplicité de son style vous faire ressentir votre appartenance à cette grande famille qu’est l’humanité.

Je vous recommande chaudement la lecture de ce roman doux amère.

 

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