Jeudi poesie… Aragon pour aujourd’hui…

Louis Aragon, poète et journaliste mort en décembre 1982, est mis à l’honneur cette année par une fabuleuse biographie  signée Philippe Forest aux éditions Gallimard.

  
 Cette biographie s’adresse moins aux spécialistes de l’ecrivain, poète ou journaliste qu’à l’homme connu du grand public pour ses nombreuses voltes faces, un homme qui dans les années d’ après-guerre (1950) se déclare staliniste le plus dur et à la fin de sa vie se veut le Victor Hugo du XXieme siècle. 

Homme double, personnage à multiples facettes mais au talent indéniable. 

C’est pour rendre hommage à cette très agréable biographie au titre simple Aragon que je reproduit ici un de ses plus beau poeme.


Elsa

Tandis que je parlais le langage des vers

Elle s’est doucement tendrement endormie

Comme une maison d’ombre au creux de notre vie

Une lampe baissée au coeur des myrrhes verts

Sa joue a retrouvé le printemps du repos

Ô corps sans poids posé dans un songe de toile

Ciel formé de ses yeux à l’heure des étoiles

Un jeune sang l’habite au couvert de sa peau

La voila qui reprend le versant de ses fables

Dieu sait obéissant à quels lointains signaux

Et c’est toujours le bal la neige les traîneaux

Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables

Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis

Qu’elle reste pareille aux marches du silence

Qui m’échappe pourtant de toute son enfance

Dans ce pays secret à mes pas interdit

Je te supplie amour au nom de nous ensemble

De ma suppliciante et folle jalousie

Ne t’en va pas trop loin sur la pente choisie

Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble

J’ai peur éperdument du sommeil de tes yeux

Je me ronge le coeur de ce coeur que j’écoute

Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route

Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux

Louis Aragon