Mettons un pied en enfer et « Un pied au paradis » de Ron Rash

Sur l'auteur

Né en 1953, Ron Nash à écrit des recueils de poèmes, des recueils de nouvelles ainsi que des romans, dont un pour enfant. Toutes ses publications ont été récompensées par plusieurs prix littéraires.

Actuellement professeur émérite au département d'Études culturelles appalachiennes de la Western California University, il se revendique comme écrivain du sud.

 

 

La der

Oconee, comté rural des Appalaches du sud, début des années 1950. Une ancienne terre Cherokee, en passe d'être à jamais enlevées à ses habitants : la compagnie d'électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée afin de construire une retenue d'eau, immense lac qui va recouvrir fermes et champs.

Holland Winchester est mort, sa mère en est sûre, qui ne l'a pas vu revenir à midi, mais a entendu le coup de feu chez le voisin. Ce drame de la jalousie et de la vengeance, noir et intense prend la forme d'un récit à cinq voix : le shérif Alexander, le voisin, sa femme, leur fils et l'adjoint.

Devant un texte aussi puissant que singulier, on pense à Larry Brown et Cormac Mc Carthy, voire Giono.

Pas moins.

 

Entre les lignes

Cette plume rugueuse comme la terre des champs rendue aride par la sécheresse. Ce mélange de violence et d'humanité qui traverse tous les romans de Ron Rash. Cette nature belle et à la fois hostile des Appalaches. Ce style prend toute sa force dans ce roman Un pied au paradis. Situé entre le polar très noir et le roman d'amour, ce premier roman aux accents faulknerien dans lequel les personnages racontent leurs parcours qui conduisent tous à la mort d'un homme, un ancien GI amoureux.

Ron Rash nous raconte l'histoire de sa région, dans les années 50 où comme dans tout les états américains les agriculteurs sont poussés vers la sortie, expropriés par le progrès, dans ce roman le progrès prend la forme d'un barrage hydroélectrique. Le progrès va laisser sur son chemin des vies, des hommes désœuvrés.

Les paysans du coin suent sang et eau à essayer de maintenir leurs habitudes de vie, la terre durement arrachées aux indiens. Ces quelques arpents qui ont coûtés bien des vies humaines. Ces hommes et ces femmes héritiers d'une tradition de vie, de croyances du sud. Rien ne se dit, l'étranger, le monde extérieur, la ville sont perçus comme un danger, les fermiers de cette région règlent leurs problèmes en « Famille », entre eux. Dans tout les romans de cet auteur, il y a un enfant qui pose un problème, il est d'ailleurs le sujet du roman et une femme, Amy, qui a un désir d'enfant si fort que rien ne l'arrête, pas même la mort. Il y a autours de ces deux personnages, la loi comme dans tout les bons westerns incarnée par le shérif qui mènera son enquête jusqu'à son funeste terme.

Pour que l'intrigue soit parfaite, il faut y rajouter un soupçon de Superstitions incarné par le personnage de la veuve qui vit isolée et qui connaît les remèdes de bonnes femmes, une sorte de sorcière, craint par tous les fermiers de la région. Un personnage essentiel qui par ses conseils va précipiter le destin de tout les personnages du roman, Amy en fera la triste expérience :

« Tu as un homme qui peut pas te donner de bébé, alors il faut que tu ailles avec un homme qui peut, et l'homme qui peut te le donner, ce bébé, il est pas plus loin que la ferme d'à côté.»

Le sort en est jetté, la veuve Glendower a prononcé la sentence !

On rajoute un décors où la nature est belle, magnifique et dangereuse, où l'homme est à sa merci.

Vous obtenez un pied au paradis et l'autre sûrement en enfer.

C'est cela un pied au paradis comme l'explique les vers d'Edwin Muir mis en exergue dans le roman :

 

«Un pied encore au Paradis, je me tiens

Et mon regard traverse l'autre terre.

Le Grand Jour du monde arrive en retard

Pourtant qu'ils semblent étranges

Ces champs que nous avons ensemencés

D'amour et de haine »

L'auteur rend attachant des gens souvent très simple, parfois illettrés, croyants. Rash a cette particularité de chercher de l'humanité dans les drames de l'existence.

Encore un magnifique roman d'un auteur dont les américains ont le secret, un mélange de professeur et d'homme du peuple.

Je vous recommande vivement ce roman.. Lisez le et appréciez en le style unique d'une plume effilée comme un croc de serpent à sonnette. Lecture qui vous mord l'esprit et distille son venin pour mieux vous hanter.

Bonne lecture !