Un Prix Pulitzer au rabais ? « Toute la lumière que nous ne pouvons voir.» de Anthony Doerr

Sur l’auteur

Anthony Doerr est un écrivain américain né en 1973, il a ecrit Le nom des coquillages recueil de nouvelles paru en 2003, son premier roman À propos de Grace paraît en 2006, Le mur de mémoire un autre recueil de nouvelles paraît en 2013.

Toute la lumière que nous pouvons voir est son dernier roman, prix Pulitzer 2015.

 

 

 

La der

Véritable phénomène d’édition aux États-Unis, salué par l’ensemble de la presse comme le meilleur roman de l’année, le livre d’Anthony Doerr possède la puissance et le souffle des Chefs-d’œuvre. Magnifiquement ecrit, captivant de bout en bout, il nous entraine, du Paris de l’occupation à l’effervescence de la Libération, dans le sillage de deux héros dont la guerre va bouleverser l’existence : Marie-Laure, une jeune aveugle, réfugiée à Saint-Malo, et Werner, un orphelin véritable génie des transmissions électromagnétiques dont les talents sont exploités par la Wehrmacht pour briser la résistance.

 

 

 

 

 

 

Entre les lignes

Prix Pulitzer du roman de fiction 2015, traduit dans une quarantaine de langues, vendu à plus de deux millions d’exemplaires, véritable phénomène éditorial, les droits du roman ont été acheté par l’industrie du cinéma. Élu meilleur livre de l’année par le prestigieux New York Time. Bref, j’étais très impatient de découvrir, le roman et l’auteur. Généralement très bon signe qu’un livre primé par le Pulitzer, l’année dernière je fût littéralement enchanté par Le Chardonneret de Donna Tartt Prix Pulitzer de 2014.

Cette auteure fera l’objet d’un article un peu plus tard.

Mais revenons à Toutes les lumières que nous ne pouvons voir. Ce roman écoulé à plus de 2 millions d’exemplaires à été élu à la surprise générale par le membres du jury de ce prestigieux prix, les jurées n’ont fait aucun commentaire sur leur choix, quand on sait que cette année les auteurs en compétition pour le prix étaient de très bonnes qualités, Richard Ford, Joyce Carole Oats entre autres… Et cet auteur inconnu, supplante ces grosses pointures de la littérature américaine, cela a vraiment surpris le monde littéraire. Le très sérieux Wall Street Journal a émis l’hypothèse que les très bonnes ventes de ce livre ont joué un rôle, ainsi que le fait que l’auteur soit courtisé par Hollywood.

Ce roman serait-il un Prix Pulitzer au rabais, sacrifié sur l’autel des meilleurs ventes?

L’histoire est belles sans être vraiment exceptionnelle, pour la résumer en quelques lignes, la France pendant la guerre jusqu’a la libération, les allemands envahissent Paris, la fuite de ses habitants et Saint-Malot voilà pour le décor. Deux personnages principaux, une jeune française aveugle de seize ans, fille d’un serruriers du prestigieux Muséum national d’histoire naturelle de Paris, prénommée Marie-Laure Leblanc et un jeune allemand, orphelin, Werner Pfennig habitant le Zollverein complexe minier près d’Essen dans le bassin de la Ruhr.

Marie-Laure est une jeune fille orpheline de mère, curieuse, passionnée par la mer et qui adore collectionner les coquillages.

Werner et sa sœur Jutta sont élevés dans un orphelinat par une Sœur originaire de Strasbourg qui va leur apprendre le français. Werner est un passionné de Radio et est vite repéré par les jeunesses hitleriennes pour ses très grandes aptitudes intellectuelles. Il va élaborer un système de triangulation pour repérer les émetteurs de la résistance. Envoyé sur le front de l’Est, il va aider à débusquer les partisans. Son unité est appelé en renfort à Saint-Malot peu avant le débarquement alliés.

Marie-Laure fuit Paris avec son père pour aller chez son grand-oncle Étienne à Saint-Malo, ville qui fait partie du Mur de l’Atlantique.

C’est dans cette ville que ces deux destins se rencontrent, la rencontre est un coup de maître de l’auteur car même si l’histoire est un peu mièvre voir niaise par certains côtés, les destins croisés des deux enfants est à la fois surprenante et rejouissante. C’est la bonne surprise du roman.

Le roman vaut aussi le détours pour les personnages de second plans, le grand-oncle, ancien combattant de la Grande-Guerre traumatisé et sa bonne Me Manec qui décide de rentrer dans un réseau de résistance « cool », comme seul un auteur américain ne peut en créer, jusqu’à son dernier souffle, un expert allemand en joaillerie souffrant d’un cancer en phase terminal en quête d’un fabuleux diamant de cent trente-trois carats nommé l’Ocean de Flammes qui selon la légende aurai le pouvoir de rendre immortel son heureux possesseur. Il y a bien sûr les collaborateurs, les résistants et l’ombre de la Shoah qui plane comme un fantôme sur le roman.

C’est un livre aux chapitres courts qui coupent selon moi la lecture, empêchant un peu de creuser en profondeur l’âme des personnages qui selon moi sont trop lisses. La cécité de Marie-Laure causée par une maladie, une cataract inopérable, est acceptée par la petite fille sans réellement une révolte, une douleur pour ce monde d’images qu’elle doit quitter. Sa peur, sa détresse ne sont pas assez presente. Werner lui supporte plutôt bien la guerre qu’il mène, les jeunesses hitleriennes ne sont qu’une école. C’est un spectateur de la barbarie, la profondeur n’y est pas non plus. Pourtant ce roman de 620 pages pourrait-être très bien, mais ce manque de profondeur, d’aspérités des personnages me gênent. A la lecture, fort simple, le vocabulaire est très abordable, ce roman m’a fait penser a un scénario. On pourrait presque voir les scènes, phrases courtes, descriptions allant à l’essentiel. Le pur style hollywoodien, roman calibré pour le cinéma mais qui n’a pas l’étoffe d’une œuvre littéraire. Roman un peu niais sur la guerre, la guerre vue par des yeux enfantins. Malheureusement pour l’auteur, je suis un lecteur adulte.

C’est un bon roman, l’intrigue fonctionne bien, les personnages pour le peu que l’on s’attache à de pauvres orphelins pris dans le tourbillon de la guerre dans une ville qui selon les faits réels a été quasiment rayée de la carte tant les combats ont été durs. Si vous aimez tout cela, et bien ce livre est pour vous. Par contre, ne cherchez pas de personnages tourmentés, en proie à des Demons intérieurs, hantés par la guerre, anéantis par l’horreur et la barbarie. Ne cherchez pas non, plus chers lecteurs, à ressentir la guerre a chaque page, à sentir la poussière, l’odeur des cadavres, la peur qui rend les combattants fous. Point de soldat au bord de la rupture, obligés d’avoir recours à des paradis artificiels pour oublier un enfer orchestré par un artificier fou.

Non ici, la guerre de Anthony Doerr, c’est un conflit hygiénique, propre. La guerre propre concept inventé par les État-Unis, tout comme les fameuses « Frappes chirurgicales.»

Finalement la guerre cela peut être esthétique aussi..

Le titre du roman est très énigmatique, il fait référence à la radio d’après ce que l’auteur nous explique dans une interview donné à l’Express. Il est vrai que la déclaration de Joseph Goebbels mise en exergue dès la première page nous le fait croire,

« Sans la radio, nous n’aurions jamais pu prendre le pouvoir ni l’exercer comme nous l’avons fait.»

c’est aussi toujours d’après lui, la beauté caché par l’horreur, « La preuve que même les heures les plus sombres ne pourront jamais détruire la beauté du monde.»

Finalement, c’est un bon livre avec un plan marketing bien ficelé, dommage qu’un tel roman prive des plumes telles que Richard Ford d’être primé.

A vous de vous faire une opinion, bonne lecture.