Indigne d’être humain.

Mais comment peut-on faire une chose aussi terrible ?

Au nom de quoi, de quels idéaux, ces militants peuvent justifier le fait de filmer et de vendre une vidéo d’un homme d’une quarantaine d’année plongé dans un coma irréversible. Depuis quand les idées prennent le pas sur l’Humain ? N’est-ce pas une une marque de totalitarisme ? L’idéal plus important que l’homme, le dogme supplantant et annihilant la conscience humaine. 

Je suis révolté en tant que professionnel de santé, en tant qu’homme et que citoyen. 

De quoi parlons-nous ? Vincent Lambert. Une victime d’un accident qui l’a plongé dans un état neuro-végétatif. Un problème pour notre société, une victime de notre manque de considération pour la dignité humaine. Victime aussi de sa famille, démuni devant un diagnostic. Démuni devant cet être cher, ce frère, ce mari qui est là allongé dans un lit maintenu artificiellement en vie, respirant artificiellement, nourri par des cathéter. Cette mère désemparée qui ne veut pas comprendre, qui ne veut pas comprendre que son fils, son enfant, la chair de sa chair n’est plus. Comment concevoir que son enfant ne survive pas a ses parents, comment survivre à son enfant. Alors devant l’horreur on se raccroche à tout et a n’importe quoi? Un clignement d’yeux, un bâillement, un visage grimaçant, des larmes, parfois un mouvement. On se dit, il y a encore un espoir, il a bougé. Mais bouger en terme neuro ne veut rien dire, entre vouloir bouger, faire un mouvement conscient et ce que je vais appeler un réflexe, il y a un monde, il y a être humain. 

Le monde médical, le monde judiciaire lui dresse un refus, non votre fils ne vit plus.

Quand devant le mur de NON que les médecins spécialistes lui dresse, cette mère seule dans sa peine va se tourner vers une divinité, une croyance, un espoir. Le piège se referme, le dogme la récupère. Le coma à plonger son fils dans le néant, sa mère se voit plonger dans une sorte de coma que la religion lui tend. Oui, la religion comme le coma anesthésie notre conscience, petit à petit notre volonté cède, on se soumet à Dieu.

J’en ai croisé beaucoup de ses personnes égarées par la douleur d’un deuil qui se rapproche, qui se raccroche à se qu’ils peuvent, la famille quand c’est possible, la religion quand il n’y a rien d’autre.

Sans jugement, je peux comprendre la difficulté de ce deuil. Je peux comprendre sans être dans le pathos familial , ce que cette famille traverse.

Mais jamais je ne pourrai comprendre la volonté de monter un homme dans un lit d’hôpital, je ne peux comprendre que les médias relayent cette horreur. On nous rabâche, on apprend à nos enfants la dignité. Tout notre héritage politique, philosophique et culturel nous aide à comprendre ce concept. Il vient d’être balayé comme une vulgaire poussière, écrasé, sacrifié sur l’autel de l’ audience.

On ne pèse pas lourd quand on nous sommes privé de notre volonté, de notre liberté. Vincent Lambert est un prisonnier, une cellule familiale, médiatique et déontologique. 

J’aimerai que cet homme qui m’est étranger, meurt enfin. Il ne mourra jamais dignement, sa dignité vient de lui être enlevée. Mais que son corps trouve le repos, qu’il est un enterrement, des funérailles dignes. Pour une fois depuis des années, il retrouve dans cet ultime adieu son humanité.

Je suis un humain et j’aimerai que ce frère humain puisse partir, et que pour dire adieu a ce fret nous prenions le temps du recueillement. 1 minute de silence pour sa dignité et que sur tout les médias on affiche une photo de cet homme en pleine santé et souriant à la vie. Je pense que c’est comme ça que nous aimerions laisser un souvenir.

Je suis en colère et triste….

Avant d’être un concept, une idéologie, tu étais un mec, Vincent, un mec avec ses qualités et ses défauts et finalement c’est tout ce qui compte..

Alors je te souhaite bon vent et pardonnes nous pour toutes ces conneries…

«Quelque chose est dû à l’être humain du fait qu’il est humain»
Paul Ricœur, philosophe.