Envie de poésie..

J’ai envie de vous faire partager la poésie de Andrew Marvel .. Poète peu connu en France mais dont les mots font chanter le cœur.

Qui est Andrew Marvell ?  Poète anglais du 17 iéme siècle, il fût entre autre le premier assistant du poète célèbre John Milton. C’est aussi un homme politique. Curieusement, il ne fut jamais publié de son vivant.

Ces principaux poèmes sont,  À Sa Prude Maîtresse, Le jardin, D’une Goutte de rosée. 

Lisons en prenant un thé ces quelques vers…



                                                           A Sa Prude Maîtresse ( To His Coy Mistress ) 



Si le monde & le temps ne couraient à l’abîme,

Chère, être prude alors n’y serait point un crime.

Nous irions nous assoir à rêver tout le jour

Aux chemins infinis où conduit notre amour.
En Inde où tu serais, le Gange, sur sa rive,
T’offrirait des rubis ; et moi longeant l’eau vive
De mon havre natal, je me lamenterais.
Je t’aimerais dix ans ; le Déluge viendrait ;
Tu te refuserais fidèle à ton caprice,
En attendant ( qui sait ) que juifs se convertissent.
Mon amour paresseux s’élèverait plus grand,
Plus vaste qu’un empire, et toujours mollement.
Il me faudrait cent ans pour que je complimente 
Tes yeux et que ton front, par mon regard, je vante.
Il m’en faudrait deux cents pour adorer un sein.
Trente mille ans le reste ? Et alors ? Ce n’est rien.
Chaque partie aurait une ère tout entière.
Pour qu’apparaisse enfin ton cœur, à la dernière.
Vous méritez, Madame, infiniment de soins,
Et je ne voudrais point accepter d’aimer moins.

Mais dans mon dos, j’entends sans cesse
Le char ailé du Temps qui presse ;
Devant nous gît inexploré 
L’ample désert d’Êternité
Où ta beauté sera perdue
Et ma chanson inétendue ;
En ton marbre, les vers fraieront
L’indomptable hymen ; ils rendront
Ton triste honneur simple poussière,
Cendres mon désir éphémère.
La tombe est un fort bel enclos ;
Nul onc n’y baille un baiser chaud.
Ce jour d’hui, la tendre rosée
Dessus ton visage est posée,
Dont chaque pore dans l’instant
Au feu de ton âme consent.
Il est encore temps qu’on s’amuse ;
Viens, musarde, et comme les buses
En rut, avalons notre temps
Glouton, qui ronge indifférent !
Roulons en boucle nos présences
Dans la douceur de la puissance !

Car le combat des corps aux déchirants plaisirs
Enfoncera pour nous les grilles de la vie,
Et puisque le soleil n’aura jamais envie
De rester immobile, on le fera courir

A. Marvell ( 1621 – 1678 )