Essayons de répondre à « La Question finkler » d’ Howard Jacbson

Sur l’auteur

Howard Jacobson, né en 1942 à Manchestereest un écrivain, universitaire et journaliste. Il est surtout connu pour ses romans de tonalité amusante qui brossent le portrait de personnages juifs britanniques. Il a obtenu le prix Booker en octobre 2010 pour son roman La Question Finkler.



La der

Sam Finkler et Julian Treslove se connaissent depuis l’enfance. Presque quinquagénaires, l’un est juif, l’autre « goy ». Libor Sevcik, juif lui aussi et veuf inconsolable, a été leur professeur d’histoire. Un soir, après avoir passé quelques heures ensemble à se rappeler le passé, Treslove, qui rentre chez lui le coeur lourd est agressé. Dépouillé par une femme qui, il en est sûr, l’a traité de « youpin ». Peu à peu, une pensée s’impose à lui : puisque on l’a pris pour un juif, ne l’est-il pas réellement ?







Entre les lignes

« Il aurait dû s’y attendre.

Étant donné que sa vie n’avait été qu’une succession de catastrophes, il aurait dû se préparer à celle-là. »

Julian Treslove est attaqué dans la rue par une femme qui le traite croit-il de « Youpin » . De cette attaque va lui rester en mémoire ce mot qui va lui ouvrir les portes d’un monde, d’une culture qu’il ne connaît pas. Il a bien deux connaissances juives, mais il ne s’intéressait pas à eux en tant que « Juif ».

Il va arpenter ce nouveau monde et essayer de comprendre les coutumes, le langage de ces hommes et femmes qui sont et restera pour lui un mystère. Treslove est un de ces illustres « looser» qui ne savent pas trop où ils en sont dans leur vie, ne savent pas ce qu’ils veulent réellement. Un être sans but qui erre dans sa propre vie comme une âme en peine à presque cinquante ans.

En résumé, « Treslove n’était pas disposé à admettre qu’il avait croisé une déséquilibrée ou qu’il s’était simplement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Il avait connu suffisamment d’accidents. Sa vie était un long accident. Sa naissance était accidentelle – ses parents le lui avaient avoué : « Tu n’étais pas prévu, Julian, mais tu as été une belle surprise.» Ses propres fils? Pareil. Sauf qu’ils ne leur avait pas affirmé qu’ils étaient une belle surprise. Il avait choisi ses disciplines universitaires par accident: à une autre époque, il aurait choisi les lettres classiques ou la théologie. La BBC, c’était un accident. Un sale accident. Les femmes qu’il avait aimées étaient toutes des accidents.»

Treslove n’a jamais réussi à maîtriser son destin.

Mais au-delà du personnage et de l’histoire, Howard Jacobson nous invite à nous poser la question de savoir ce qu’est être juif dans un pays comme l’Angleterre et que l’on peut étendre à notre pays, la France. Pour essayer de répondre à cette question qui traverse la diaspora juive, il invente deux personnages antagonistes mais finalement très proches. Le premier est Libor Sevcik, ancien professeur d’histoire échappé de l’Europe nazie, chroniqueur mondain pour un célèbre magazine américain qui côtoyé Maryline Monroe, Greta Garbo, veuf inconsolable. Il est celui qui incarne le personnage du juif traditionnel avec son humour, son accent et qui semble porter l’histoire de tout un peuple sur les épaules. Il a connu les Progroms, la Shoah et il garde la peur de ce désir de destruction que les « goys» conserve envers son peuple. Il est nécessaire pour Libor que son peuple est en tête son devoir d’exemplarité, d’être à la hauteur de peuple élu pour que peut-être son peuple puisse vivre en paix, en parlant de l’affaire Madoff, « Quand des juifs de cette espèce jouissent d’une telle éminence, comment pouvons-nous imaginer pouvoir vivre en paix?»

Et il y a Sam Finkler, philosophe, anti-sioniste qui par humour ou revanche va baptiser un mouvement pro-palestinien la SHOAH, la Société des juifs Honteux anglais et Humaniste. Sam, ami d’enfance de Treslove symbolise un courant de pensée qui peut être juifs sans soutenir les actions de l’état d’Israel. Courant d’opinion minoritaire mais qui existe et qui a le mérite de se faire entendre par le biais d’auteur comme Jacobson, Judith Butler par exemple.

Ce roman où des questions graves sont traitées mais toujours avec ce célèbre humour juif fait d’autodérision. Au fil des chapitres Treslove va découvrir, les persécutions dont sont victimes les juifs, l’antisémitisme latent dans notre vieille Europe et sur le nouveau continent. Il va découvrir aussi, le mode de vie, les fêtes, l’importance de la famille, les mots à ne pas dire, les sujets à éviter. Il va apprendre à un être le seul peuple au monde sans pays, sans terre et qui a ce titre est souvent au cours de l’histoire persécuté et obligé de fuir.

Ouvrir ce roman, c’est découvrir par des mots simples la difficultés d’avoir une identité quand un pays qui est la terre de naissance de ce peuple commet des atrocités qui condamnent les non sionistes a baisser la tête, « On ne peut pas honorer les morts de Buchenwald que si les vivants se tiennent à carreau.».

C’est comprendre aussi le problème des mariages mixtes, Julian Treslove est amoureux de Hephzibah, une nièce de Libor Sevcik, elle sera son guide dans sa nouvelle identité, mais au fur et mesure de l’histoire, Sam lui montrera qu’il ne fait pas partie de la famille, sous entendu, il n’est pas juif. Julian devant cette mise a l’écart va nourrir a l’égard de son ami une jalousie qui va petit a petit consumer l’amour d’Hephzibah. Malgré tout les efforts de Treslove pour devenir juif, il échouera incapable de comprendre la patience. On peut étudier Maimonide, fréquenter des rabbins, des laïcs, lire l’histoire juive, apprendre le Yiddish, finalement acquérir plus de connaissance que le juif lambda et être mis de côté. Pour se faire accepter par un autre peuple il faut du temps, il faut que la confiance s’installe. Et pour Treslove, le temps est une notion qu’il ne comprend pas. Tout et tout de suite. Il se heurte à un tabou de la société juive, les mariages mixtes.

Sam qui est anti-sioniste garde malgré tout à ce que les juifs ne soient pas souillés par les « goys », position particulière pour un homme qui se croit ouvert et qui finalement voit dans la mixité la possible destruction de son peuple.

Finalement comme écrit plus haut, Libor et Sam sont des personnages antagonistes, mais la peur de la disparition de leur peuple les rapprochent.

L’auteur se sert de ces deux personnages pour montrer deux vues de la société juives mais lorsqu’il veut émettre son opinion quand a l’idée de l’identité juive en Angleterre, il le fait par le truchement de l’épouse défunte de Sam Finkler, Tyler, catholique convertie au judaïsme par amour. C’est un véritable coup de gueule que Jacobson pousse p 447, les juifs ont tellement été persécuté qu’un jour « les juifs se sont retrouvés tout seuls. Ils ont dû se débrouiller », Israël est né, « cela n’invite ni a une sympathie exceptionnelle ni à une critique exceptionnelle. À présent ce ne sont que des salauds ordinaires, qui ont à moitié raison, à moitié tort, comme le reste d’entre nous.»

La prise de position est faite, laissons cette question être débattue par les juifs.

Ce roman n’est pas seulement un roman sur l’identité juive, c’est aussi un roman sur des hommes desesperés notamment des hommes veufs, seuls avec leurs chagrins. Des hommes qui ont des remords de ne pas être « parti » avant leur compagne comme Libor, des hommes que le chagrin aveugle et les perdent dans une collection de maîtresse comme Sam. Des hommes perdus qui se rattache à leur identité.

En conclusion c’est un roman écrit sur l’humanité qui est en chacun de nous.

Un roman auquel la traduction française ne rend pas tout à fait justice tant les jeux de mots en anglais sont bien plus savoureux. D’une lecture très fluides, laissez vous tentez par 500 pages de pur bonheur, d’un roman lauréat d’un prix prestigieux. Découvrez un auteur dont seulement quatre roman sont actuellement traduit en France et qui est une très grande plume caustique à l’humour So British, ou Yiddish.

C’est un très bon roman qui vous fera rire et pleurer. Qui vous arrachera un cri de douleur à la fin. Un livre qui reste en mémoire et qui je l’espère ouvrira un petit la porte sur tout une culture si riche de millénaires d’histoire.

C’est embêtant mais je n’ai pas de réponse à « La question finkler ».

Et vous ?

Bonne lecture.