En apnée …

 

 il y a des moments où l’expiration est une nécessité pour retrouver l’inspiration. Souffler fort pour retrouver une bonne respiration, dans l’histoire, dans les mots. La page blanche, ce moment où je vais créer un nouveau fichier sur mon traitement de textes. L’écran, la page blanche, le curseur qui clignote attendant que je tape un mot. Rien ne sort, la panne. Comme un sportif en compétition qui au bout de lui-même va chercher le second souffle. Je suis dans cet état d’esprit, je cherche mon second souffle. Ma petite histoire a besoin de ce petit alizé qui regonflera les voiles de mon bateau livre. Pour l’instant, je regarde désespérément ma voile morte, ma feuille blanche et ce foutu curseur qui me nargue. Ce petit signe qui me fait des clins d’œil comme une putain, m’engageant a le suivre pour une partie de mots en l’air. Mais voilà pour une belle partie, mon Viagra n’est pas dans ma poche.. Je l’ai oublié, perdu.

Il y a des moments d’abattement où tout ce que l’on écrit paraît bien illusoire. Notre égo en prend un sacré coup, écrit-on pour soi ou pour les autres? Et cet autre que lit-il ? Tout est remis en doute. On relit, on corrige, on tourne en rond.. Mais au fond, c’est le vide.. Aujourd’hui, je ne sais pas si j’écris pour moi ou pour vous. Vanité, égocentrisme.. Toutes les personnes qui créent aiment que l’on jette un œil sur ce qu’ils ont produit.. Nous pouvons par moment être fier de ce que l’on a créer. Apres tout, ce n’est pas donné à tous le monde de se mettre à nu comme cela.. Mettre beaucoup de nous-même ou un petit peu seulement est courageux.. J’admire les créatifs pour ce qu’ils osent montrer, leurs faiblesses, leurs émotions, leurs névroses.. Effectivement ce n’est pas donné à tous le monde… Peut être qu’à force de se dévêtir de la sorte, la panne d’inspiration et un petit rappel de pudeur.. Ou alors, nous n’arrivons pas à sortir ce qu’il y a en nous car cela nous dépassent.. Peut-être que cela me dépasse et que ma personnalité  se défend ainsi,  » Attends un peu, c’est trop frais pour toi mon grand. Gardes ça, laisse mijoter dans ton satané cogiteur.. Et quand ce sera prêt tu pourra le servir ! » 

Mon esprit, mon cogiteur a sûrement raison… Mais j’ai quand même un doute.. Feuille blanche…

Dans ces moments là, j’essaie de changer de support, je reprends le papier, le stylo ou le crayon gris. J’aime ce contact du papier que je caresse du bord de la main quand les mots se laissent coucher sur le papier. Le son du crayon qui égratigne la cellulose, son cri quand elle n’en peut plus. Cette douleur dans les doigts, la petite crampe de la main quand les mots torrentiels se déversent. Ce contact charnel avec l’écriture, le même plaisir que le livre.

Malgré ce changement, je me suis transformé en un animal marin capable d’arrêter ma respiration pendant de longs moments..  Rien n’y fait, papier, écran, stylos, claviers..

Le livre, mon refuge, mon abris. Mes voyages immobiles… Quel bonheur de pouvoir s’immerger dans la création d’un écrivain.. Il est des arts mineurs comme la chanson et des arts majeurs comme l’écriture ou la musique qui finalement ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. On écrit de la musique autant qu’un roman. Les outils sont les mêmes, les matériaux différent. Le papier et la plume, les mots et les notes. Parfois les mots et les notes se confondent aussi, dans ces rares moments où les arts se rejoignent pour n’en former plus qu’un.. Moments rares et intenses.. Comment nommer cette symbiose de deux arts? Le mot ce soir m’échappe…

Aidez moi a retrouver ce mot… Ce moment unique ou deux esthétiques se confondent, n’en faisant plus qu’un.

En apnée créative…. Pour combien de temps…