Un récit fantastique et une œuvre majeure ! Les enfants de minuit de Salman Rushdie

Sur l’auteur

 

Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d’origine indienne, né à Bombay le 19 juin 1947. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit (Midnight’s Children) pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années. Il écrit ensuite la honte sur l’agitation politique au Pakistan Objet d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de l’ouvrage Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme religieux.

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Saleem Sinaï, le héros de cet extraordinaire roman picaresque, est né à Bombay le 15 août 1947, à minuit sonnant, au moment où l’Inde accède à l’indépendance. Comme les mille et un enfants nés lors de ce minuit exceptionnel, il est doté de pouvoirs magiques et va se retrouver mystérieusement enchaîné à l’histoire de son pays. » J’ai été un avaleur de vies, dit-il, et pour me connaître, moi seul, il va vous falloir avaler également l’ensemble. » Alors se déroule sous nos yeux l’étonnante et incroyable histoire de la famille Sinaï : disputes, maladies terribles, guérisons miraculeuses – un tourbillon de désastres et de triomphes…

 

 

 

 

 

Entre les lignes

Voilà comment est décrite la genèse de cette œuvre immense, dans un texte écrit par Salman Rushdie en 2008 pour le journal Anglais The Guardian:

« Un jour de 1976 – lequel, je ne me rappelle plus exactement -, un jeune auteur qui se débattait avec une histoire aussi énorme que rétive décida de tout recommencer à zéro, en laissant son narrateur s’exprimer à la première personne. C’est ce jour que fut écrit l’essentiel de l’ouverture des Enfants de minuit*. «Il était une fois… je naquis à Bombay»; «Les bras de la pendule ont joint les mains pour m’accueillir avec respect»; «enchaîné à l’histoire»; «Morve-au-Nez, Bouille-Sale, Déplumé, Renifleux, Bouddha et même Quartier-de-Lune». Je me souviens encore du sentiment d’exaltation qui me submergea quand je découvris la voix de Saleem Sinai ainsi que la mienne par la même occasion. Rétrospectivement, j’ai toujours pensé que c’est ce jour que je devins enfin écrivain, après dix ans de tâtonnements. Telle fut donc «ma naissance, placée sous l’empire des pendules et entachée de crime». »

Nous y voilà donc en résumé, trente années de l’histoire de l’Inde, de son indépendance le 15 août 1947 à minuit à la régence d’Indira Gandhi dans les années 80. Œuvre magnifique et immense, difficile d’en faire un résumé et une analyse profonde tant les références aux différentes religions, dieux et jeux de mots anglo-saxons sont innombrables sur plus de 800 pages.

Résumer un livre qui est considéré par beaucoup de critiques literraires comme le roman qui a le plus influencé la littérature anglo-saxonne des trente dernières années est un exercice difficile.

En un très court résumé , Saleem Sinaï est né le jour de l’indépendance de l’Inde à minuit exactement et on suit son enfance, son adolescence jusqu’à l’âge adulte en parallèle de l’histoire de la nation indienne. Cet ouvrage est découpé en « trois partie », la première commence par les origines de Saleem, ses grands-parents.

Son grand-père médecin, sa grand-mère fille d’un riche propriétaire terrien de le region du Cachemire. Trois filles vont naître de ce mariage, dont la mère de Saleem. Amina, la mère du narrateur va accoucher le même jour qu’une de ses voisines, le jour de l’indépendance. A la maternité les bébés vont être échangés par une aide soignante qui deviendra la nourrice de Saleem. Son enfance il l’a passa à Bombay dans un quartier chic avec sa sœur cadette, tandis que le bébé échangé, Shiva, va vivre dans les taudis et les bidonvilles. Saleem comme l’avait prophétisé un sorcier avait des pouvoirs magiques dont la télépathie. Ce qui lui permettait de lire dans les pensées des gens et hommes politiques de son temps. Il rencontre par ce moyen tous les autres enfants nés à minuit. Il crée  » le parlement des enfants de minuit « , un lieu où les enfants ayant acquit les pouvoirs magiques de ce jour d’indépendance peuvent discuter de l’avenir de l’Inde. Il fait la connaissance de Shiva, son jumeau de temps, l’enfant dont il a pris la place, qui devient son ennemi. Pouvoir de télépathie qu’il perdra le jour où ses parents lui firent nettoyer les sinus.

La deuxième partie est l’adolescence de Saleem, la fuite des musulmans indiens vers le nouvel état créé pour eux le Pakistan. Il se découvrit un amour incestueux avec sa sœur, la plus belle voix du Pakistan. Repoussé, il participe à la guerre Inde Pakistan pendant que sous les bombes il perd sa famille, tous mort sous les bombardements indiens. Il perd la mémoire et ne sait plus qui il est. Il déserte et se perd pendant 8 mois dans la jungle. Pendant que Shiva son ennemi devient un héros de guerre et monte petit à petit les échelons de la société. Saleem l’enfant des quartiers riches de Bombay tombe dans la pauvreté tandis que Shiva accède à la reconnaissance,lui l’enfant des bidonvilles.

La troisième partie est l’âge adulte de Saleem, il rencontre une autre enfant de minuit  » Parvati la sorcière » qui vit dans les bidonvilles de Delhi et lui permet de recouvrer sa mémoire. Il se mari avec Parvati et à un fils. Il retrouve aussi son ennemi Shiva qui va pendant la campagne de nettoyages des bidonvilles lancée par Indira Gandhi, le faire prisonnier et le torturer. Parvati meurent sous les pelles des bulldozers et Saleem s’enfuit avec son fils retourne à Bombay où il retrouve son ancienne nourrice qui va l’accueillir dans son usine de conserve. Il va faire la connaissance de Padma sa future épouse et rédige son histoire pour son fils.

Allégorie de l’histoire de l’Inde, beaucoup de références aux religions et aux dieux hindous dans ce roman.

Saleem se voit a la naissance pourvu d’un nez énorme , son fils, d’oreilles gigantesques, deux héros qui ont les traits du dieu à tête d’éléphant Ganesh le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir; qui sont opposés à Shiva symbolisé par l’enfant échangé qui est comme le dieu A la fois créateur, préservateur, destructeur, dissimulateur et révélateur. Ce trio symbolise le combat du bien et du mal, comme si l’Inde, ce pays tout neuf devait éternellement combattre entre les politiciens, les militaires symboles pour l’auteur du mal et les gens du peuple, les vrais indiens. Tout au long du roman il les oppose.

Ainsi, l’auteur se déguise en Dieu pour pouvoir étudier son pays, ses mœurs et surtout sa politique. Critique politique très virulente surtout dans la troisième partie lors des campagnes d’embellissement que le pouvoir avait décrété. Campagne qui avait pour but de détruire des bidonvilles, de mettre en pratique la loi sur les contrôles des naissances par des stérilisations forcées sauvages d’hommes et de femmes. Salman Rushdie y consacre un très long passage, signe que cet campagne l’a profondément heurté. C’est vraiment la seule grosse critique politique de l’auteur ainsi que la corruption très présente en Inde.

Ce roman est classé par la critique dans le genre réaliste magique, et d’après les nombreuses voix dans le monde littéraire, il en est le meilleur représentant. Il a d’ailleurs été élu le prix du meilleur Booker Prize de l’histoire du prestigieux prix anglais en 2008.

Roman fleuve, 30 ans d’histoire indienne , roman compliqué si le lecteur n’est pas connaisseur de la culture et de l’histoire de cette grande nation. De plus la traduction française de ce texte en anglais n’arrive pas à retranscrire fidèlement tous les jeux de mots présents dans le livre, d’après l’aveu même du traducteur.

Lire ce roman, c’est accepter que le réel soit enchanté. Salman Rushdie a le pouvoir de prendre un fait réel et de le transformer en conte pour enfants, pour grands enfants.

Chaque page est une image de l’Inde à décoder, comme si ce pays était sans cesse à découvrir, même pour leur habitant ce pays restera un mystère.

Lisez ce livre à la fois baroque et burlesque, un roman d’un enfant de Bombay témoin de l’histoire de son pays.

Laissez vous emmener par ce roman dépaysant.. Drôle, déroutant et toujours captivant. Une lecture qui laisse des traces et vous rendrons ternes bien des lectures… C’est le danger ou la magie de certains grands romans…

Très très bonne lecture à tous !