La petite tricheuse …..Partie 16


Partie 16

 

 
Madame Charles lui caressait encore
tendrement la joue quand les soignants mirent Huguette Slaughter sur un brancard.
Elle continua à la caresser tendrement jusqu’à la porte de l’ambulance.
Nullement gênée ou perturbée par les gestes de premiers secours que le SAMU
prodiguait, Madame Charles ne pensait qu’à une seule chose, une chose qui
l’angoissait  personnellement, mourir
seule. Elle ne voulait pas mourir seule, c’était si horrible la solitude pour
une vieille dame. Quand on vieillit, on doit faire le deuil de bien des choses,
de son physique changeant, de ses facultés physiques et psychologiques qui
s’étiolent petit à petit, ce sentiment que l’on ne sert a personne et surtout
que l’on ne manque à personne. Affronter la vieillesse quand on est veuve,
c’était une réelle épreuve. Il y avait des gens de sa connaissance qui avait
cessé de lutter contre la peur qui les envahissaient et s’étaient réfugiés dans
leur passé, on avait coutumes de dire qu’ils avaient perdu la tête, qu’ils radotaient, qu’ils étaient séniles. Madame Charles savait que la sénilité était le refuge de ces
personnes âgées trop angoissées de vivre dans un monde qui n’était plus fait
pour eux. Remisaient comme des vieux vêtements, ces vieux rejoignaient une époque
où ils étaient utiles, un abri en quelques sortes. Elle s’était construit son
refuge, la petite cité HLM de Pontoise, son petit monde où elle était utile, où
elle comptait pour quelqu’un. La personne allongée les yeux clos, les cheveux
ensanglantés, inconsciente était son amie, une personne qui comptait pour elle.
Alors la main, la caresse était une façon de la remercier, lui dire grâce à toi
je suis encore une personne qui est digne d’intérêt. Toujours perdue dans ses
pensées, elle n’entendait pas le médecin, l’infirmière du SAMU lui demandait de
sortir du camion, elle ne sentit pas les efforts désespérés des policiers pour
la faire sortir du camion. Elle ne comprit pas comment elle s’est retrouvée sur
le trottoir le bas de sa robe inondait de sang, et pourquoi un homme en
tee-shirt blanc et veste en jean lui montrait une carte avec une photo de lui
en lui criant  » Madame, Madame !  » Elle regardait le camion emmenait
son amie, entre la vie et la mort, priant secrètement pour qu’elle vive,
personne n’osa empêcher cette vielle dame de courir maladroitement après le
camion qui partait dans un éclat de lumière et de son. Le temps s’était arrêté
au moment où elle avait découvert Huguette. Elle ne se rappelait de rien
d’autre que de la tête de son amie et la nécessité de rester auprès d’elle,
rien n’avait d’importance pour elle. Pendant sa course perdue d’avance contre
une ambulance du SAMU, elle trébucha et chuta lourdement sur le bitume. La
douleur à la cuisse droite la ramena à la réalité. Les voisins se précipitèrent
pour l’aider à se relever, mais la douleur l’avait terrassé,  elle allait être hospitalisée elle aussi en
urgence, pour une fracture du col du fémur. Le temps du transport aux urgences
de l’hôpital , elle demanda des nouvelles de son amie, on lui pardonnait tout à
cette charmante vielle dame, si gentille même si elle demandait des nouvelles
de son amie en boucle, l’agression de sa voisine, la chute, cela faisait
beaucoup pour une dame âgée. La morphine commençait à faire de l’effet, elle
commença à s’endormir, dans cette torpeur un visage lui apparu, celui de Myriam
souriante et de la couleur de ses mains.

Une course contre la montre était engagée
pour Huguette. 

Une précision au lecteur qui aurai pris un
quelconques intérêt au récit que je fait, il est vrai que je ne me rappelais
plus du prénom de Madame Slaughter, mais Myriam dans son accès de folie me l’a
opportunément rappelé. Et si je prend la liberté de l’appeler par son prénom,
n’y voyait aucune familiarité de ma part ou de preuve d’une quelconque
intimité. ce n’est que pour lui redonner un petit peu d’humanité. C’est
important. Désolé d’avoir une nouvelle fois interféré dans le récit que je
reprends.

Donc une course contre la montre était
engagé pour la vie d’ Huguette Slaughter, ayant perdu énormément de sang et les
médecins ne sachant pas les dégâts que l’arme avait faite dans son organisme,
elle fut immédiatement conduite au bloc opératoire. Elle y resta longtemps
d’après le rapport médical d’intervention que j’ai pu parcourir rapidement. Le
rapport mentionnait atteinte de l’artère rénale et tout une suite de termes
obscures typiquement médical. Plus tard ce que le médecin expliquera a Madame
Charles quand elle viendra la voir, c’était que « Huguette a eu beaucoup
de chance d’être envie et de vous avoir comme amie, vous lui avez sauvé la
vie ! »

Des que Louise Charles, put se déplacer un
peu, elle demanda aux infirmières du service d’orthopédie si on pouvait lui
prêter un fauteuil roulant. Au début, elle essuya un refus sans appel du
personnel soignant. 

Devant l’insistance de la patiente,
l’infirmière qui s’occupait des soins de 
Madame Charles demanda l’aide la cadre du service qui vint dans la
chambre, « Madame, ce n’est pas sérieux, cela fait deux jours que vous
êtes opéré. Vous vous souvenez de votre chute ? De l’opération ? Vous êtes a
l’hôpital, vous vous en souvenez ? »

« Je ne suis pas gâteuse, Madame ! Je
sais où je suis ! Et je ne demande juste a aller voir mon amie ! Elle est
gravement malade ! On l’a agressé avec un couteau ! » Devant le regard
étonné de la surveillante, elle rajouta « Je crois que c’est sa fille qui
a fait ça. »

« Madame Charles, Vous savez avec la
chute, l’anesthésie. Vous perdez peut être un peu vos repères ! » la
surveillante cherchait des signes d’agitations, le ton de voix de cette
patiente devenait autoritaire.

« Je vous dis que je ne suis pas
folle ! Demandez aux urgences ! Ils m’ont accueilli. Ils connaissent mon
histoire. » Son regard se faisait suppliant.

« Calmez vous ! Je vais voir ce que
je peux faire ! » Menti la surveillante croyant apaiser la volonté de
sortir du service de cette charmante petite vieille dame. « Toujours le
même problème avec les vieux, une anesthésie et hop ils perdent les pédales.
Comme cette patiente qui veut absolument voir une amie mortellement blessée par
sa fille. Celle-ci elle est pas mal ! » Dit-elle en rentrant dans la salle
de repos du bloc opératoire cherchant désespérément le chirurgien qui l’avait
opéré. Elle n’avait pas encore pris le temps d’aller se renseigner aux
urgences, elle avait contacté l’anesthésiste au sujet d’une patiente qui
commençait a être perturbé, celui-ci avait demandé a voir le dossier avant
toute prescription. La surveillante se dit que c’était une bonne occasion de
rappeler au chirurgien de faire le nécessaire rapidement pour la sortie de patient
âgé, ce qui arrangerait son personnel infirmier. Elle descendit elle-même le
dossier au bloc. le médecin anesthésiste consulta le dossier et prescrit un
demi Lexomil si agitation

« Dis moi, Eric, elle raconte que son
amie s’est faite poignardée par sa fille ? Juste du Lexomil c’est peu ! »
Les bras croisés, elle supplia du regard le médecin, « Tu sais bien que
cette nuit, elle va nous mettre le service sans dessus dessous ! Prévois autre
chose pour les filles, si jamais elle devient ingérable! » Le médecin
était celui qui avait endormi Madame Louise Charles et qui connaissait les
circonstances de sa chute, il était de garde le soir où elle était arrivée aux
urgences. Il se rappelait très bien de l’histoire et du rapport du médecin des
pompiers.

« Tu sais, Madame la
surveillante » le ton se voulait sympathique, convivial

« Commence pas, je n’aime pas que tu
m’appelle comme ça » répliqua t-elle, visiblement énervée de cette
taquinerie entre eux. Taquinerie qui datait de leur liaison d’un mois, a laquelle,
elle avait mit fin quand elle avait surprit Eric entrain de faire du rentre
dedans à une jeune interne d’anesthésie.

il répéta avec un sourire « Tu sais
Madame La surveillante, que cette petite dame n’est pas folle du tout et que
son histoire est vraie. Tu ne lis donc pas les journaux? il y’a trois jours de
ça, elle a fait les gros titres. »

« Je n’ai pas le temps de lire les
journaux. Et puis au lieu de me montrer toute ta science, ce serait bien si
c’était écrit dans vos dossiers, et surtout que vous les remplissiez
bien! » Elle tourna les talons, vexée « Pour qui il se prend ! Je ne
vais pas lire les journaux pour chaque patient. J’ai bien assez de
travail » En remontant dans son service elle téléphona a la cadre des
urgences en lui expliquant les soucis qu’elle rencontrait avec Madame Louise
Charles « Attends, je regardes le dossier. » S’entendit-elle répondre
par sa collègue, « Oui effectivement, elle a bien une amie qui s’est faite
poignardée à son domicile, elles sont voisines, amies je ne sais pas, mais
voisines c’est certain. D’ailleurs, je suis étonné que la police ne soit pas
encore venue la voir. » Cette vieille dame ne perdait pas la tête alors,
la surveillante un peu honteuse assista aux transmissions de l’après-midi afin
d’informer tout le monde sur les antécédents de Madame Charles.

Louise était très triste que personne ne
la croie, on la prenait pour une folle, alors qu’elle avait tenu son amie dans
ses bras. Elle pleurait seule dans sa chambre numéro 203 sur le sort de son
amie. Comment allait-elle? Comment s’en sortait-elle ? Etait elle morte ? Elle
questionnait toutes les personnes qui rentrait dans sa chambre, les
infirmières, les aides soignantes, les femmes de services, les
kinésithérapeutes. Et toujours se sourire poli sur leurs visages et aucunes
réponses. Elle pensait que son amie était morte et qu’on lui cachait la vérité
pour ne pas la bouleverser.

Vers quinze heures, on frappa à sa porte,
elle autorisa l’entrée d’un « oui », et vit arriver la surveillante
qui s’excusait.

« Je suis désolé Madame, je ne
connaissais pas l’histoire. Ma collègue des urgences m’a expliqué ce qui
s’était passé. »

« Ah vous voyez que je ne suis pas
folle ! Comment va t-elle ? Où est-elle? », Une rafale de question balaya
les mots d’excuses de la surveillante, Louise ne voulait qu’une chose avoir des
nouvelles. Souvent elle contemplait la main qui avait caressé si longtemps la
joue de son amie et elle pleurait en silence.

« Elle est en réanimation, pour
l’instant. »

« Je veux juste la voir, m’assurer
que vous ne me raconte pas ça pour me rassurer ! », son regard voulait de
l’assurance, recherchait l’appui de la surveillante.

« On va essayer d’organiser ça! Mais
cela ne va pas être simple, vous n’êtes pas de la famille. Enfin pardonnez ces
mots. Mais seule la famille proche n’est autorisée a son chevet. »

« Alors il n’y aura personne ! Sa
fille est partie en Week-end et son autre fille est, je crois, en Italie.
Pourriez-vous demander à quelqu’un de m’emmener voir mon amie! Elle doit être
bien seule ! C’est triste d’être seule vous savez ! Surtout dans ces moments
là. » Dit-elle les yeux pleins de larmes.

la surveillante lui tenant les mains , «Je
ne vous promets rien, mais je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour
vous aider ! » et avec un sourire rempli de compassion elle sorti et monta
directement dans le service de réanimation, pour rencontrer sa collègue afin
d’arranger une rencontre. Elle posa les questions de routines, l’état de la
patiente, les thérapeutiques mises en place, les appareillages. elle rencontra
le chef de service de réanimation pour lui soumettre sa requête.
« J’examinerai le dossier » promit le médecin.

Ainsi Louise Charles devint la coqueluche
du service, et sa chambre une véritable attraction. Le personnel venait la voir
plus ou moins discrètement lui demandant de raconter son histoire. Un aide
soignant avait réussi à retrouver l’article de journal qui lui était consacré
et lui avait offert. Louise était fière et heureuse de toute cette gentillesse
mais une seule chose était importante, Huguette. Depuis qu’elle avait vu la
surveillante, elle n’avait toujours pas de nouvelles. Cela faisait deux jours
maintenant qu’elle attendait, qu’elle interrogeait  sans relâche le personnel. Mais à part les
sourires polis, les regards gênés, elle n’obtenait rien. Il y avait pourtant
une jeune aide soignante qui venait la voir, «Une si mignonne petite, elle
pourrait être ma petite fille. ». Quand Louise avait une idée en tête, elle
mettait tout en œuvre pour l’obtenir.  La
petite soignante lui avait déjà avouée que « vous ressemblez tellement à ma
grand mère, si vous avez besoin de quelque chose n’hésitez pas.». Elle lui
ramenait des gâteaux achetés dans une pâtisserie, lui amenait un thé
l’après-midi et pleins d’autres petites attentions.

« Dis moi, ma petite Charlotte, c’est ton
prénom hein ? Je ne me rappelle jamais des prénoms ! Tu peux me rendre un petit
service? »

« Que puis-je faire, si je peux vous
aider. Je vais faire ce que je peux»

« Oh ce n’est pas compliqué. Tu vas voir !
Je voudrais juste prendre un peu l’air. Il y aurait un moyen d’avoir un
fauteuil roulant ? »

« Oh s’il n’y a que ça, je vais vous le
chercher tout de suite. » la jeune fille allait se lever quand d’une pression
de la main, Louise la fit rassir sur le bord du lit.

« Je voudrais que tu m’emmènes. J’aime ta
compagnie. On pourra papoter, et je te raconterai encore des histoires ! » la
jeune fille semblait quelque peu gênée.

« Mais si ça te gêne, on va oublier ce que
j’ai dit » lui dit-elle tout en lui tapotant doucement  la main.

« Non, ça ne me gêne pas si vous ne me
demandez pas d’aller a l’extérieur de l’hôpital. Ça je n’ai pas le droit !
C’est interdit ! »

« Tu crois que je suis inconsciente pour
vouloir aller dehors» ricana t-elle, « Je veux juste aller me balader, je
voudrais visiter aussi l’hôpital. Et puis tu y travailles. Tu sera mon guide.
Tu veux bien ? »

La jeune fille ne voyait pas le problème
et fut rassuré, madame Charles ne lui avait pas demandé d’enfreindre le
règlement. Et puis quoi de plus normale qu’une personne âgée qui voulait
prendre juste un peu l’air, histoire de se changer les idées. Elle partait
chercher le fauteuil roulant, heureuse de pouvoir faire le bonheur d’une si
charmante vieille dame.

Une fois installée dans le fauteuil
roulant, elles firent le tour de l’hôpital en commençant par le jardin, en
passant par le grand hall d’entrée avec son  » point relais » qui
vendait des sandwichs. Louise ne perdant pas de vue son objectif, la
réanimation. Pendant sa petite excursion, elle découvrit le monde hospitalier,
une vraie petite ville avec ses routes, ses magasins, ses différentes
habitations et même sa chapelle. « C’est très grand.» répétait elle a tout bout
de champs.  Elle invita sa petite guide à
boire un café, en profita pour lui demander « Et si tu me montrais la
réanimation. Je suis curieuse de savoir à quoi ressemble cet endroit. Ça
m’impressionne ! Tu pourrais m’y emmener ! » Demanda t-elle innocemment.

« Ça, ce n’est pas possible. Il n’y a que
les gens qui y travaillent qui peuvent y rentrer. C’est un service très fermé.
Vous voyez comme les blocs opératoires. Même nous qui travaillons à l’hôpital,
on ne peut pas y aller. »

« Ah bon.. Je ne pourrais pas aller
voir alors. » Masquant sa profonde déception, « Tant pis, alors. Je
ne pourrai pas satisfaire ma curiosité. » Elle finirent leur café et
Louise rentra dans sa chambre et remerciant chaleureusement sa petite aide-soignante.
Assise sur son lit, elle ne trouva pas d’autres solutions que d’attendre. Il
lui fallait de la patience, car l’hôpital avait un fonctionnement très
protocolisé, une demande devait suivre une voie hiérarchique et sa réponse
suivait la même voie en sens inverse. En bref, cela prenait du temps. Mais les
demandes étaient faites, la machine était lancée. Les retrouvailles allaient
avoir lieu.

La nuit fut longue pour Louise Charles,
inquiète pour son amie, elle ne pût fermer l’œil.

Le matin, elle eut la visite de son
chirurgien accompagnée de l’anesthésiste, de la surveillante et d’une
infirmière. Tout ce monde pour elle, que se passe-t-il ? Devant sa mine
effrayée, le chirurgien prend la parole d’une voix douce il lui expliqua « Bonjour
Madame Charles, comment allez-vous ? Votre jambe ne vous fait pas trop
souffrir ? »

« Bonjour docteur, oui tout va bien.
Mais que se passe-t-il ? Vous êtes bien nombreux autour de mon lit !
Mon expérience me dit que vous êtes porteur de mauvaises nouvelles ! »

« Non rassurez vous, il fallait juste
que l’on vous parle de quelque chose, enfin de quelqu’un. Les personnes qui
sont là m’assistent et sont là pour vous aider à leur niveau. Nous venons de
recevoir une réponse. Et c’est pour vous préparer à cette visite que l’on est
là. » Le ton du chirurgien rappelait a Louise un professeur entrain de
donner un cours magistral a des élèves un peu lents « Vous comprenez de quoi
nous voulons parler ? »

« Non, il va falloir m’aider. Je suis
toute perdue. »

La surveillante prit le relai, « nous
avons déposé une demande de visite pour votre amie, madame Slaughter, et la
réponse est positive ! Vous allez pouvoir revoir votre amie ! »

Le sourire de la vieille dame fit plaisir
à voir, un sourire et des larmes de bonheur, on lui donnait la permission de
voir son amie. L’anesthésiste prit la parole à son tour, « mais il faut
vous préparer à la voir. Elle est très fatiguée, ne vous attendez pas à pouvoir
lui parler, elle ne sera pas en état de parler. Depuis son intervention elle
est endormie et respire avec l’aide d’un appareil. » Mais Louise ne l’écoutait
plus, la seule question qu’elle voulait poser, « Quand est ce que je peux
la voir ! » La question jaillit coupant les explications de l’anesthésiste.
L’infirmière répondit sans réfléchir devant l’impatience de la vieille dame. « Maintenant
si vous voulez ! Si c’est possible ? », interrogeant du regard
sa surveillante et les médecins présents. « Je n’y vois pas d’inconvénients,
si Madame la surveillante est d’accord pour détacher quelqu’un pour vous
accompagner. » Répondit l’anesthésiste. « aucun inconvénient, je vais
demander a quelqu’un de vous accompagner. » Assura la surveillante.

Assise de nouveau dans un fauteuil
roulant, accompagné par la petite aide-soignante, Charlotte. « On dirait
que finalement vous allez pouvoir voir le service de réanimation. Hier vous m’en
parliez. Ce que je ne savais pas c’est que vous aviez une amie qui était dans
ce service. J’espère que ce n’est pas trop grave. »

Arrivée devant le sas d’entrée, Charlotte
sonna et se présenta, on l’a fait passer par un long couloir qui débouchait sur
un couloir avec des portes tout le long, une infirmière et un médecin accueillirent
Louise dans un bureau. L’infirmière renvoya l’aide-soignante dans son service. Le
personnel de réanimation et l’anesthésiste de garde expliquèrent les règles de
visites et lui expliquèrent brièvement l’état de son amie. Elle tremblait de peur.
Tous ces bruits, ces bips, ces téléphones qui sonnaient continuellement l’angoissaient.
Elle ne comprenait pas ce que le médecin lui racontait, il l’emmena au chevet
de son amie. Au début elle ne la reconnaissait pas, elle se tourna vers le
médecin avec dans son regard une interrogation. « oui Madame, c’est bien votre
amie, mais les machines et le fait d’être allongé pouvait changer la perception
que l’on avait d’une personne. » Lui répondit le médecin, essayant de la
rassurer. Elle ne put que répéter « Huguette, Huguette. » Tout en se
rapprochant de son amie et se focalisant sur son visage et sur ses mains qu’elle
prit dans les siennes. Les soignants quittèrent la chambre laissant cette dame
renouer avec une amie dont elle avait sauvé la vie. Répétant toujours son
prénom, Louise lui caressa la joue délicatement, et lui racontait les aventures
qu’elles avaient endurées, elle rigolait, pleurait sous l’œil attentif des
caméras de surveillance.

La police débarqua dans le service d’orthopédie
pour voir madame Louise Charles.

Et dans une chambre d’hôpital italienne un
policier italien entra et s’assit au bord d’un lit pour commencer une enquête.

À Nice, Gregory se retrouvait dans une
sacrée panade, comme on dit dans cette belle région, coincée entre l’inflexible
négation d’un père, et l’obligation de trouver une solution d’hébergement pour
une fille qui débarquait encore une fois dans sa vie.

Et moi qui devais être sur plusieurs
fronts, suivant les méandres de destin et qui fut convoqué séance tenante
devant mes supérieurs. J’allais encore devoir m’expliquer, je savais que j’avais
commis une faute, une interférence.