La petite tricheuse .. Partie 15

Partie 15

 « Mais qu’est-ce-qu’il fout, bordel!
J’ai mal partout et lui, il met trois heures à me trouver mon médicament. Alors
que j’ai téléphoné il y a trois putains d’heure. On ne peut pas lui faire confiance,
c’est vraiment un italien. Toujours à parler tout le temps. Et a être en
retard, foutu rival de merde ! », Elle parlait à voix haute, seule dans ce
grand appartement de la Viale Antonio Gramsci dans le quartier chic de la
Chiaia à Naples, cela faisait maintenant trois mois qu’elle avait emménagé avec
Giacomo. Elle habitait le quartier chic de Naples, à deux pas du bord de mer.
Elle, la fille de Limoges et de son ciel gris, sa ville si triste, même les
habitants transpiraient la morosité. La mélancolie de ces villes autrefois
prospères et maintenant sur le déclin. La capitale des arts du feu, comme on
l’appel, était et sera toujours pour elle la capitale symbole de l’ennui, du
temps gris et de la tristesse. Au moins, une chose qui était certaine dans sa
vie plus que bancale, elle ne remettrait pour rien au monde les pieds dans
cette ville horrible. Pourquoi, sa mère avait décidé de vivre à Limoges ? Elle
ne se rappelait plus bien, sa mémoire en ce moment était de plus en plus
embrouillée. Elle avait des problèmes de concentration et avait du mal a se
rappeler ce qu’elle avait fait dans la matinée. Au début, elle en avait été
perturbée. A son âge, elle avait le cerveau qui fonctionnait au ralenti, comme
un vieillard. Mais au fil des jours, cela finalement lui convenait bien. Pas de
souvenirs, pas de remords, ni de regrets. La vie était plus simple, mieux
valait oublier, vu ce qu’elle faisait dans sa vie pour vivre, c’était une
bénédiction que ces défaillances de la mémoire.

Ici le ciel était tout le temps bleu, il
faisait doux même en hiver, jamais de neige, de gelée matinal, le seul froid
qu’elle connaissait c’était celui de la « Fantasia gelati », une
petite chaine de glacier napolitain, dont les glaces la faisait chavirer de
bonheur. Une vraie drogue que ces glaces, les meilleures de tout Naples, selon
les amis de Giacomo, elles étaient plus chères que nulle part ailleurs, mais
cela valait les euros dépensées.

Trois mois qu’il la faisait attendre. Et
pourtant il savait qu’elle avait un tournage très important cet après midi,
c’était lui qui lui avait trouvé ce job. Elle décida de se lever du lit, ne
prenant pas la peine de mettre un vêtement qui cacherait sa nudité, et alla
dans la cuisine. ce qu’il était grand cet appartement, ce couloir qui n’en
finissait pas. Elle avait mal partout, ses jambes la portait a peine, elle
était un peu nerveuse. Elle connaissait ces signes, un café, un whisky léger et
le médicament feront le travail. Elle serait prête pour cet après midi, fraiche
et dispo.

Enfin la cuisine, elle prit une capsule de
café au hasard, mit la machine en route, « What-else ? » Pensa
t-elle, ce qui la fit sourire. L’odeur du café lui monta aux narines, ce qui
augmenta la sensation de nausée. Il fallait qu’elle mange quelque chose, elle ouvrit
la lourde porte du frigo américain, c’était un caprice, elle avait toujours
rêvé d’un grand frigo comme dans les séries américaines qu’elle regardait chez
elle à Limoges. Mais ce matin, elle regrettait d’avoir choisi un tel
réfrigérateur. La porte était trop difficile à ouvrir ce matin, plus que
d’habitude, elle s’y reprit à deux fois en mettant tout le poids de son corps
maigre. Si sa mère l’avait vu, elle ne l’aurai pas reconnu tellement elle avait
changé, et tant mieux que personne pouvait mettre un nom sur elle, c’était ce
qu’elle recherchait. L’anonymat. « Victoire ! » Cria t-elle lorsque
la lourde porte s’ouvrit, en levant les bras en imitant un boxeur victorieux
ses petits poings en l’air. Elle regardait à l’intérieur et trouva un yaourt à
la vanille, « cela suffira pour la journée. Vu ce que je fais et le
déploiement d’énergie que je dois réaliser. Ce sera assez ! », Elle
n’avait pas faim. Elle voulait juste oublier tout ça, ce cauchemar qui se
répétait sans cesse. Elle voulait juste retourner dans cet endroit calme et
chaud, sécurisant, retrouver la mélodie douce des notes de ce piano qui
l’accompagnait quand elle vagabondait dans cette prairie. Elle mangea le yaourt
vanillé sans même se donner la peine de prendre une cuillère, avec les doigts
ce qui la fit sourire comme une petite fille. Avala le café d’un trait, sans
même y mettre du sucre ou attendre qu’il refroidisse et se dirigea tant bien
que mal vers la salle a manger. « Il faut vraiment que l’on prenne un
appartement moins grand, je m’épuise a aller d’une pièce à l’autre pour rien !
Et puis il faut que l’on fasse le ménage ici. Ça pue le vieux tabac. ! ».
Elle voulu commencer le ménage, ce qui pourrait l’aider à passer le temps et
surtout éviter de penser a Giacomo et a son retard. « A cause de lui, j’ai
de plus en plus mal. », elle avait pensé à prendre un anti-douleur, de
l’Oxycodone, mais elle n’en avait plus, le dernier cachet avait du être pris
hier soir par qui, elle ne savait pas. Tellement de monde passait dans son
appartement le soir, des amis, des connaissances. elle essaya de vider les
cendriers, les cadavres de bouteilles d’alcool, mais en se baissant, elle fut
prise d’un léger malaise, « Putain mais qu’est-ce qu’il fout ! », de
plus en plus énervée, elle se vautra dans le grand canapé en cuir blanc, et
tenta de fermer les yeux pour éviter de voir la pièce tournoyer. Le soleil la
gênait, ses rayons illuminaient le visage de Virginie. Elle se déplaça tant
bien que mal vers la table de la salle a manger, elle posa les coudes sur le
plateau de verre et regardait les traces de poudres blanches, vestiges de la
soirées d’hier. Combien de personnes hier, étaient venues avec de la coke,
beaucoup en tout cas, vu l’état de ses narines ce matin, remplies de croute de
sang. Sur la table quelqu’un avait laissé son matériel, une petite paille, un
miroir, le tout dans une boite ouverte. Elle regarda plus attentivement le
plateau de la table à la recherche de la poudre, si elle réussissait à
rassembler les restes de poudres, peut-être arriverait-elle a en avoir
suffisamment pour un petit rail. Elle prit une feuille d’un magazine qu’elle
déchira et commença a gratter la table méthodiquement. Elle eu l’équivalent
d’une narine, « c’est déjà ça! », tout en disant cela, elle pris la
paille qui trainait sur la table et respira par la narine droite le tas de
poudre qu’elle avait mit en forme de « rail ». Il y en avait trop peu
pour l’effet escompté. Cela retardera un peu la douleur qui lui tiraillait le
ventre de plus en plus fort. Ses intestins étaient tordus, des spasmes, elle du
se lever précipitamment pour aller au toilette, ses entrailles se vidèrent,
elle hurla de douleurs, il faut absolument qu’il arrive, elle ne tiendrait pas
longtemps a ce rythme. Elle perdit connaissance sous l’effet de la douleur et
de sa  fatigue, et se réveilla sur le sol
des toilettes, la tête coinçait entre la cuvette et le mur. Elle était souillée
d’excréments et de vomissures, elle se dégoûtait. «  Et dire qu’il y a des
mecs qui se branlent en me regardant ! Je dois faire rêver en ce moment ! Je
suis une merde, une foutue merde ! », Elle se releva, titubant jusqu’a la
douche pour se laver. La douche l’avait épuisée, toujours le ventre vrillait
par le manque, il lui tardait vraiment que Giacomo arrive, et qu’elle puisse
partir, lion de son être qu’elle détestait. Montre sur un cheval et partir au
galop dans cette si merveilleuse prairie, au son du piano. Mais pour vivre
cela, il lui faudrait attendre le retour de son petit ami. Allongée sur le
canapé, propre mais toujours nue, elle entendit du bruit dans le couloir de
l’immeuble.

La porte d’entrée claqua, avec un
« Ciao bella !»  Retentissant, Giacomo était là, enfin. Il
déposa son casque, et vida ses poches dans le vestibule de l’appartement, et
alla la retrouver sur le canapé. Elle gisait pale comme un cadavre, il
regardait son corps, ses cotes saillantes, ses seins refaits par le meilleur
chirurgien plasticiens de la ville, ses deux tatouages, l’un sur la clavicules
gauche, et l’autre son préféré dans l’aine a droite. La premier tatouage était
nombre tatoué avec une jolie graphie, 16, et l’autre était des lèvres, plutôt
comme les traces d’un baiser au rouge à lèvres qu’une femme laisse sur la peau.
Celui-ci était sa marque de fabrique, reconnaissable même quand elle changeait
de couleur de cheveux ou d’yeux. Il s’aperçut qu’elle avait perdu une lentille
de couleur, son regard était ridicule avec un œil marron et l’autre bleu acier.
Il ne se rappelait même plus la couleur de ses yeux, depuis le temps qu’il
évitait de la regarder dans les yeux. Délibérément, il évitait de croiser son
regard, toujours accusateur. C’était lui, qui était responsable de tout ça.
Lui, qui l’avait entrainé, l’avait fait grandir dans ce milieu. Elle était
douée, elle avait tout pour réussir, mais en ce moment, voyant son corps
ravagé, ses joues creuses, il se demandait combien de temps cette fille
tiendrait. Cela faisait deux ans qu’elle tournait, c’était dans le milieu un
record, habituellement les filles ne tenaient pas plus de six mois. Mais, elle,
c’était diffèrent, elle avait le don de pouvoir s’extraire de son corps
« Bella, j’ai ton médicament ! » Tout en regardant avec dégoût ce
qu’était devenu la fille qu’il aimait, il sorti de son sac une valisette jaune
fermée par un petit crochet en plastique. « Tu en as mis du temps, j’ai
été très malade tu sais. Tu as ce qu’il faut? Dépêches toi !», elle
parlait d’une voix pâteuse mais le ton se voulait impératif.

« Il a fallu que je passe voir ma
copine à l’hôpital pour qu’elle me donne le nécessaire. » Giacomo, pour
réaliser les injections en toute quiétude et sur les conseils d’une amie
infirmière, il allait chercher, les aiguilles, les seringues, dans la
permanences de l’hôpital réservée aux toxicomanes.

 Et
il rajouta pour qu’elle soit calme et rassurée, « Il avait du retard, je
l’ai attendu. Mais tu sais dans le quartier où je vais chercher ce qu’il te
faut. Il ne faut pas trop trainer. Je n’aime pas attendre là-bas. Alors quand
il est en retard, j’ai toujours peur d’être attaqué », il ouvrit la valisette
de l’hôpital et se dirigea vers la table de la salle à manger. Il vit la
feuille de magazine arrachée, utilisée comme grattoir. il eut un frisson
imaginant Virginie entrain de gratter la table désespérément à la recherche de
la moindre trace de cocaïne, il ne put réprimer un frisson, à la pensée qu’il
en était le principal fautif, il avait détruit cette fille. Giacomo, balaya ses
remords en pensant au paquet d’argent qu’elle rapportait depuis deux ans. Il
sortit le petit sachet de poudre blanche, soigneusement emballée, la petite
cupule, la seringue et l’aiguille et l’eau stérile. Il s’apprêtait a
administrer la dose d’héroïne à Virginie, sa belle poupée devenue junkie à
cause de lui. Virginie sans force, se mit en tête de se rapprocher de son petit
ami. Elle aimait regarder les gestes précis de Giacomo quand il préparait son
médicament.

Elle regardait Giacomo lui préparer son
fix, la seringue, l’aiguille, le liquide transparent. Elle aimait cette
attente, quand il lui mettait le garrot, ou qu’il regardait son corps à  la recherche d’une zone pas trop exposée, ou
facilement dissimulable avec un peu de maquillage. Cela devenait difficile tant
elle consommait, il la piquait quatre fois par jour, et pratiquement le salaire
d’un tournage partait dans ses veines.

Il la prit dans ses bras, l’allongea sur
le canapé. Alla dans la chambre chercher, un drap pour la couvrir, pendant
qu’elle serai sur le cheval de la drogue galopant, libre de toutes douleurs.

De son regard expert il trouva une zone,
presque vierge, à l’intérieur de ses cuisses. Il piqua, elle émit un petit cri,
c’était une zone délicate et sensible, surtout en intra musculaire. il la
regarda se détendre, l’embrassa sur la bouche, un baiser comme les amoureux sur
les quais de gare, un baiser d’au revoir. Il surveilla son pouls en posant son
index et son majeur sur sa carotide, vérifia sa respiration en regardant sa
poitrine se lever. Elle partit en voyage, elle tait sur un cheval au galop,
dans une prairie d’un vert si profond, au chaud, sans douleur, a l’abris.

Giacomo, restait à coté d’elle comme
toujours veillant sur elle. En la regardant, parler dans les vapeurs de la
drogue, il se demandait « Qui était-elle vraiment? » Il ne savait
pratiquement rien d’elle, débarquée de France à Naples à la recherche de fantômes.
Depuis qu’ils se fréquentaient, elle ne lui avait jamais parlé de ses parents,
de ses amis. Cette fille n’avait pas de passé et probablement pas d’avenir.
Depuis qu’il faisait ce boulot, il n’avait jamais connu de fille aussi
mystérieuse, il arrivait toujours a savoir qui elles étaient vraiment, sous
l’effet des drogues ou de l’alcool, elles parlaient toujours. Mais elle rien,
droguée ou ivre, elle ne levait jamais le voile de mystère qui entourait son
passé. Il restait à coté d’elle, dans l’espoir d’en apprendre d’avantage, sous
l’effet de la drogue peut-être laisserait elle échapper un mot, une phrase qui
pourrait le mettre sur la piste. Une fois elle avait crié un prénom, Myriam,
mais ce fût la seule fois. La tête penchée sur le coté gauche, un sourire sur les
lèvres, Virginie était loin de Giacomo.

Le téléphone portable sonnait,
distraitement, il jeta un œil sur qui essayait de le joindre à cette heure-ci.
C’était le studio, cela pouvait attendre, il ne répondit pas. Elle n’était pas
encore prête, il pouvait bien attendre, il n’avait qu’à jouer une autre scène.
Le problème avec cette fille, c’était qu’il en était amoureux. Dans son métier,
il ne fallait pas confondre business et amour. Le jour où, on lui demanderai de
s’en débarrasser, « Cela va être très difficile, peut-être
impossible. » se dit-il. Il n’aurai pas dû la présenter a ce tordu de
copain d’enfance, Gian-Franco. Giacomo et lui avait grandi dans le même
quartier pouilleux et misérable de la ville, Giacomo avait réussi a se trouver
un boulot honnête, imprésario pour des acteurs et actrices de film X. La seule
branche du cinéma qui ne connaissait jamais la crise. Tandis que Gian-Franco,
lui, vivait du trafic de drogue, de prostitutions, dans leur enfance, ils
avaient été tous les deux dealers pour arrondir les fins de mois de la famille.
Quartier pauvre, débrouillardise, la population de la Scampia n’avait pas le
choix. Là, où la misère gangrenait la vie des gens, le seul remède était la
Camorra. C’était elle, qui donnait de l’espoir a quantité de jeune, de pouvoir
sortir de ce quartier, de gagner de l’argent et de pouvoir subvenir au besoin
de la famille. ce que l’état italien ne pouvait assurer, la camorra le faisait.
C’était comme ça depuis longtemps à Naples. Giacomo avait vu beaucoup de ses
copains mourir, il avait laissé tomber le jour où il avait décroché son Bac.
Gian-Franco avait arrêté l’école très tôt et continua a grimper les échelons
dans le crime. Leur vie avait pris un des chemins différents, ils ne se
fréquentèrent plus pendant dix ans, jusqu’au jour où, Gian-Franco se lança dans
la production de films pornos. Leurs chemins se croisèrent à nouveau, il avait
beaucoup d’argent et produisait énormément de film et faisait travailler
énormément de personnes. Giacomo avait réussi a monter son agence d’acteurs X,
avec le soutien financier de son ami d’enfance. Il ne travaillait que pour lui.
Le jour, où Virginie débarqua dans sa vie, sans un sou en poche, il lui
présenta Gian-Franco, plus il pensait à cette rencontre et plus il regrettait
de l’avoir provoquée. Pauvre petite Virginie, prit dans un engrenage que même
lui ne parvenait pas a maitriser. Elle en sortirait broyée et peut-être vivante
si elle avait de la chance.

Oui, si elle avait de la chance.