Une prouesse narrative : « Les Luminaires » de Eleanor Catton

Sur l’auteur

Eleanor Catton est née en 1985 au Canada et a grandi en Nouvelle-Zélande. Après des études d’anglais elle rédige La Répétition, son premier roman, qui lui assure un succès critique international. La consécration viendra avec Les Luminaires, lauréat, entre autre prix, du prestigieux Man Booker Prize for fiction. Eleanor Catton vit en Nouvelle-Zelande, où elle enseigne.



La Der

Nouvelle-Zelande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit débarquer sur ses côtes tout ce que la vieille Europe compte d’ambitieux et de désespérées. Parmi eux, Walter Moody, jeune Britannique bien décidé à trouver fortune, accoste au port de Hokitika, sur la côte Ouest, après un éprouvant voyage. Mais une étrange assemblée l’attend dans le petit hôtel où il a trouvé refuge. Là, dans une atmosphère des plus tendues, douze hommes du cru tiennent une réunion secrète pour tenter d’élucider des faits étranges qui agitent la petite communauté depuis plusieurs semaines. Un riche notable a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours, et on a découvert une immense fortune dans la maison d’un pauvre ivrogne retrouvé mort. Moody succombe bientôt à l’irrésistible attrait du mystère et se retrouve plongé dans un entrelacs d’intrigues et de destins vertigineux.


Entre les lignes
J’ai découvert Eleanor Catton par hasard, une librairie un œil cherchant de quoi alimenter ma dévorante passion et l’inexplicable attirance sur un livre au couleur du soleil, son titre « les luminaires », Man Booker Prize for Fiction 2013 et qui est aujourd’hui traduit dans une quinzaine de langues, dont le français.
L’intrigue se situe en Nouvelle-Zelande, je m’attend à être dépaysé et je ne suis pas déçu, les descriptions de ce pays sont époustouflantes. Au fil des lignes, les montagnes, l’océan, la nature sauvage s’impose à notre imaginaire. Nous y sommes , les pieds dans la rivière à gratter la terre pour trouver de l’or.
L’auteure à réaliser une prouesse narrative époustouflante. Par la forme du roman, elle écrit ici un grand roman anglo-saxon avec le style victorien du 19ieme siècles. La ponctuation, les formes stylistiques sont fidèles aux roman de ce temps-là. Dans le fond, le roman est construit en strate, une intrigue très complexe où chaque personnage détient une part de vérité.
A partir d’une frasque a la Dickens, un feuilleton échevelé de « cocuage, de chantage, de meurtre et de vengeance», Eleanor Catton nous emmène dans une ruée vers l’or. L’or qui n’est en fait dans se roman la métaphore de la vérité. La vérité qu’il faut gratter, déterrer comme le font les Diggers quand ils cherchent l’or.
Le roman commence ainsi  » les douze hommes assemblés au fumoir de l’hôtel de la couronne donnaient l’impression d’un groupe réuni par le hasard … » . Walter Moody débarque le 27 janvier 1866 à Hokitika, comme tous les hommes de cette époque il veut trouver et faire fortune. Se créer une nouvelle vie. Arrivant dans ce fumoir, Walter Moody sous forme d’une conversation découvre l’intrigue, le vieux Crosbie Wells ermite et ivrogne est mort chez qui l’on retrouve un trésor, une prostituée attente à sa vie, le riche et jeune Emery Staines propriétaire d’une mine d’or disparaît, le politicien Lauderback très en vue et en campagne électorale découvre le cadavre de Crosbie Wells. Tous les membres du conciliabule secret sont dépositaire d’une partie de la vérité. Bien évidement les uns vont accuser les autres, et Walter Moody se fait détective pour déterrer la vérité. Lui qui voulait chercher de l’or le voilà en quête d’une autre pépite, la vérité.
Cette intrigue me rappelle la série « Twin Peaks » ou  » Usual suspect », au fur et mesure du déroulement de l’intrigue, les personnages sont tous dépositaire d’une partie de la vérité, ont tous joué un rôle dans l’intrigue, mais ne le revele pas toujours ou ne le sais peut être pas. Théorie du complot. De plus la place de l’astrologie est prépondérante, les personnages agissent en fonction de leur thème Astral.
Roman fleuve par sa documentation sur la vie des Diggers, la prostitution, les valeur des mines, l’économie dans ces villes champignons. Très documentée sur l’astrologie aussi. Ce roman est à lire absolument, roman d’aventure, social et un thriller éblouissant. Les Luminaires est le livre de cette rentrée literraire de ce début d’année.
D’une lecture complexe, il vous faudra toute votre concentration pour en apprécier toute sa valeur. En effet, Eleanor Catton mélange vérité et mensonge, passé et présent. Ce qui était vrai hier n’est plus que mensonge aujourd’hui. L’auteure repousse l’art de la fiction pour nous livrer un roman qui remet en cause notre conception du roman. C’est une véritable ode à la forme romanesque.
Merci À cette jeune écrivain, je vous rappelle qu’elle n’a pas 30 ans et est déjà considéré outre-atlantique comme une auteure majeur de sa génération, elle a obtenu le Man Booker Prices le pendant de notre prix Goncourt, et elle est traduit dans 15 langues. Je vous conseille vivement ce bouquin si les 980 pages ne vous font pas peurs. Mais n’ayez crainte à la fin vous en redemanderez.. Bonne lecture.
Vivement son prochain livre.


Ps: en plus d’écrire magnifiquement bien, elle a un charme fou.. Enfin ça n’a rien à voir avec son livre, mais il fallait que je le dise..