La petite tricheuse… Partie 14

Partie 14

Monsieur William Martin attendait patiemment son avion dans le salon d’embarquement. Il se rendait à un congrès de chirurgie orthopédique sur la cote d’azur, à Nice. Il était très fatigué, il avait été de garde toute la nuit à l’hôpital, remplaçant un collègue qui s’était fracturé la cheville pendant son jogging matinal. « On n’avait pas idée de faire un courir avant de venir travailler », il se répétait cela, depuis la veille de l’accident de son confrère. C’était lui qui l’avait opéré et lui avait promis de prendre sa garde, tandis qu’il s’apprêtait à lui mettre des broches sur la table d’opération avant que l’anesthésiste ne l’endorme. Sa femme lui en voulait beaucoup, car c’était la quatrième nuit qu’il découchait. Il est vrai que les trois autres ce n’était pas pour des raisons professionnelles. Ce médecin respecté avait une maitresse, une jeune femme, internes en chirurgie dans son service. Belle, brillante et surtout jeune et fraiche. La crise de la cinquantaine chez les hommes, celle qui vous pousse à acheter une voiture de sport, à vous prouver que vous êtes capable de « bander comme un taureau et de faire jouir quatre fois une femme dans la même nuit. » Expression que son collègue à la cheville cassée aimait employer quand il se racontait leurs exploits sexuels. Il avait commencé à tromper sa femme, quand le reflet du miroir en pied que sa femme avait placé dans la chambre lui a suggéré qu’il prenait de l’âge. C’était insidieux, de petits bourrelets apparus sur les côtés, une ride supplémentaire au coin des yeux. Il vieillissait et observait jour après jour les traces de ce que le temps laissait sur son corps. Il fallait accepter la vieillesse et la déchéance physique qui allait avec. Il perdait confiance en lui, en l’homme qui l’était. Dépressif, il errait dans les couloirs de l’hôpital, quand le hasard lui avait mis sur son chemin, Isabelle.  Un rayon de soleil, son antidépresseur, sa fontaine de jouvence. Elle le trouvait beau, elle aimait les hommes dans la force de l’âge. Un terme qu’il aimait « la force de l’âge. Avec elle, il mesurait sa force, sa puissance d’homme retrouvée. Il reprenait confiance et retrouvait sa joie de vivre. Cet après-midi après avoir échangé des grivoiseries au téléphone, il était d’excellente humeur malgré sa fatigue. Il regardait autour de lui, le journal Le Monde à la main. Il aimait observer les gens, un passe-temps et s’amusait a deviner la vie des autres. Il se divertissait ainsi, à cet instant il essayer d’imaginer la vie de la jeune femme qui était rentrée dans la salle d’attente. Nerveuse, regardant de droite à gauche. Sa libido retrouvée, il admirait avec envie cette femme jolie. Elle venait de s’assoir dans le siège à côté de lui.
Myriam à l’aéroport Charles de Gaulle attendait son avion qui l’emmènerait vers son Gregory, son grand amour. 
Elle enregistra son bagage, et étant en avance attendait assise tranquillement dans la salle d’embarquement. Il lui fallait de la patience, car son vol n’était que dans deux heures, la compagnie qu’elle avait choisie, n’effectuait que trois vols par jour en direction de Nice depuis cet aéroport. Elle avait choisi le billet aller le moins cher, compte tenu de ses maigres moyens financiers, c’était une compagnie Low cost mais un billet Paris-Nice pour 95 euros, à la dernière minute, c’était une très bonne affaire. Il est vrai qu’il fallait qu’elle s’occupe pendant cinq heures dans un aéroport, coincé. Elle pensa à ses sœurs vengées de ses années noires de tyrannie exercées par une mère égocentrique, elle espérait que la souffrance de la blessure, que son agonie allait durer très longtemps, aussi longtemps que ce que ses filles avaient dû endurer. Elle imaginait son corps allongé dans une mare de sang, souriant et jubilant à cette pensée. « Comme elle doit souffrir. Sentir la vie partir, sans personne pour l’aider. Ce que j’aimerai être à ses côtés pour voir dans son regard la peur, l’angoisse de partir vers un lieu inconnu. « Elle doit avoir très froid. Si elle pouvait avoir aussi mal et peur que moi pendant toutes ces années. Mal ! Sans pouvoir ne rien dire, juste ressentir la douleur d’un pénis dans le vagin d’une petite fille de onze ans ! J’aurai aimé lui répéter ce que me disait cet homme dans les oreilles. » Sans s’en rendre compte, elle parlait à voix haute, « Tu vois comme c’est bon, ma petite. Il me disait ça ! Pendant que je serrai le drap et mordaient mes lèvres de douleurs, mon ventre à chaque pénétration me faisait mal. Et lui, il prenait ça pour du plaisir ! » La voix de plus en plus forte, les maux remplissaient le salon d’embarquement. Un homme lui serra le bras, « tout va bien, Mademoiselle. Tenez. », lui tendant un mouchoir en tissu blanc avec des initiales brodées dessus. Elle le prit, s’essuya le nez et les yeux, lui tendit le mouchoir, « euh, je ne crois pas que je vais le reprendre. Désolé, mais gardez-le. J’en ai plusieurs de rechange. » Tout d’abord, elle ne comprenait pas pourquoi cet homme ne voulait pas reprendre son bien, il lui avait gentiment prêté, et recouvrant ses esprits, « Oh oui, désolé je n’ai pas réfléchi. J’ai sali votre mouchoir. Je suis vraiment désolé, si désolé. » Les yeux mouillés, elle dévisagea cet homme. Élégamment vêtu, d’un costume gris et d’une chemise blanche avec une cravate sombre. Elle remarqua son visage aux traits marqués de légères rides, ses yeux bleus et son sourire avenant. Il devait avoir la cinquantaine, les cheveux poivre et sel, elle remarqua sa façon élégante d’être assis, de longues jambes croisées, la main droite posée sur la joue, la tête légèrement penchée sur la droite tandis que la main gauche tenait négligemment un journal. « Mademoiselle, vous avez un problème, je suis un peu indiscret pardonnez moi. Mais je vous observe, depuis un petit moment, et je vous vois pleurer et parler à voix haute. Ce sont des choses horribles que vous racontez là. »Les yeux gentiment interrogateurs, la voix douce, Myriam toujours larmoyante, écoutait cet homme, mais ne voulait en aucun cas revenait plus de choses. Elle en avait déjà assez dit. « Je suis honteuse, il ne faut pas faire attention, Monsieur, je suis un peu bouleversé, la perte de ma mère est un énorme choc. »

« Vous avez perdu votre mère récemment ? »

« Ce matin ! Et je ne sais plus où j’en suis. » La tête tournée, vers son interlocuteur, elle sanglotait tout en parlant. Elle tenait ses deux mains comme si elle faisait une prière, et se balançait d’avant en arrière comme si elle se berçait.

« Mon dieu, vous m’en voyez infiniment désolé. Toutes mes condoléances. » Il la regardait intrigué par la couleur de ses mains, pour le médecin qui l’était, la teinte rougeâtre ne faisait aucun doute sur la provenance. C’était du sang. Cette personne avait du sang sur les mains, mais il ne comprenait pas d’où ce sang séché provenait. Il n’y avait aucune trace de blessure, du moins apparente chez elle. Tout en lui parlant, manière intelligente de faire un interrogatoire médical sur une personne dont il se doutait qu’elle était en proie à un profond désordre psychologique. « Vous avez l’air profondément atteinte. Vous avez l’air de quelqu’un d’abattu, au bout du rouleau. Et puis vous ne devriez pas voyager dans un tel état. Je me mêle peut-être de ce qui ne me regarde pas, mais avez-vous vu un médecin ? »  Inquiète par la nature de ses questions, Myriam voulait trouver une issue de secours, trouver un motif pour qu’il soit rassuré. Elle n’avait pas réfléchi au lieu dans lequel, elle se trouvait, un lieu public et elle s’était mise a parlé tout haut et pleurant. C’était toujours plus fort qu’elle cette manie de se répandre, de craquer devant tout le monde, n’importe où, n’importe quand. Cela l’avait trahie plusieurs fois déjà. Reprenant le dessus, essayant de cacher ce qui avait était si souvent bâillonnait, elle répondit du ton le plus neutre, « Mon médecin était là quand maman nous a quittés, elle était très malade. Un cancer, elle a souffert si longtemps la pauvre. N’ayez pas d’inquiétude, c’est juste que.. Enfin assise là, toute seule, je crois que je viens de réaliser. La tension est entrain de retomber. Le stress vous comprenez ? »

« Je comprends. Je vois tous les jours des gens qui perdent leur proche et la détresse que cela engendre. »

« Vous êtes médecins ? Ou quelque chose comme ça ? », le ton était plus assuré. S’il était médecin, il fallait être sur ses gardes. Les médecins étaient comme des policiers, ils flairaient tout de suite le mensonge. Elle avait tellement vu de psychiatres qu’elle connaissait leurs manières insidieuses de tirer les vers du nez de leur patient. 

« Oui, quelque chose comme ça, chirurgien orthopédique. » Plaisanta-t-il, il lui demanda le ton de sa voix était toujours décontracté « Je vous serrerai bien la main, mais j’ai vu que vous aviez les mains un peu, comment dire, sales. Ne le prenez pas mal, nous les chirurgiens sommes un peu maniaque avec nos mimines. Défauts professionnels ! » 

Elle regarda immédiatement ses mains, et découvrit qu’elles étaient d’un rouge sale, colorées du sang de sa mère. Elle ne s’était pas lavé les mains après le coup de couteau. Elle ne souvenait plus de rien. Myriam dut faire un effort pour se rappeler la scène, le couteau, sa mère s’effondre et elle se revoyait juste s’essuyer les mains dans un torchon de la cuisine. Et puis, rien le trou noir, il fallait trouver une explication rapide, simple, claire. Un mensonge parfait. Cet homme n’était pas bébé, il se doutait de quelque chose. Une femme seule, pleurant, parlant fort et toute seule avec les mains rouges. Cela pouvait être suspect. Elle regarda autours d’elle, militaires, policiers partout. Plan viviparité, il fallait être prudente, il ne s’agissait pas de se faire prendre, elle voulait rejoindre Gregory et retrouver sa petite sœur Virginie.  Elle répondit en prenant son temps, avec une voix pleine d’assurance de celle qui doit convaincre. 

« Oups désolé, j’ai saigné du nez dans le taxi qui m’emmenait à l’aéroport. C’est la première fois que cela m’arrive. Le stress sans doute. » Elle s’en était bien sorti, le saignement de nez, mensonge simple.

« Vous avez dû beaucoup saigner, pour avoir des mains dans cet état. Et pas une tache sur votre robe ? » Le ton avait changé, il se demandait vraiment comment une simple épistaxis pouvait colorer les mains, et surtout ne pas tacher un vêtement. La logique voulait que les liquides quels qu’ils soient coule vers le sol, non remonte. Le nez étant au-dessus de la robe, pour son esprit logique et froid de chirurgien, la robe aurait dû être tachée.

« Oh si vous saviez, la banquette du pauvre taxi était toute tachée, et ma robe n’en parlons pas, j’ai du me rendre dans les toilettes de l’aéroport en arrivant pour me changer. J’ai même dû la jeter. Irrécupérable. Quelle histoire ! » Le moment de partir était venu, et vite. La conversation avait changé de nature, c’était pour Myriam un véritable interrogatoire.

« Mais, si vous vous êtes rendue dans les toilettes pour vous changer. Pourquoi ne pas vous avoir lavé les mains ? », la tête redressée, les sourcils froncés, un sourire courtois sur les lèvres, l’homme était toujours intrigué par cette histoire.

Myriam voyait le danger venir, mais comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, elle était hypnotisée par cet homme. Que voulait-il ? Gardant son sang-froid elle répondit « Oh, mais bien sûr que je les aie lavés, mais je n’arrive pas a les avoir plus propres. Je suis gêné affreusement. Mais au fait je ne me suis pas présenté, Marjorie, et vous êtes ? » De sa voix le plus douce, le regard charmeur, un léger sourire au coin des lèvres. Elle savait que pour se sortir de situation délicate, une femme ne pouvait que compter sur son physique, et le charme. Les hommes ne pouvaient pas résister à la flatterie, ils étaient faibles quand une femme faisait mine de les trouver magnifiquement attirants et charmants. La flatterie était une arme que sa mère lui avait enseigné à manier. Elle en usait et abusait, dans le bus pour avoir une place assise, pour passer devant quelqu’un à la caisse ou quand les fins de mois étaient difficiles se faire payer un verre. Cet homme ne pourrait pas résister à ce charme. En fine psychologue experte de la gent masculine, elle savait que cet homme de par sa profession était égocentrique, un peu machiste et habituer a donné des ordres, il aimait être maitre de la situation. De plus il était âgé, elle était plus jeune que lui, seule et attirante. 

« Oui, c’est vrai, je vous pose un tas de questions et je ne me présente même pas. Appelez-moi, William. Enfin mes amis m’appellent Will. » Lui adressant un sourire, il était toujours intrigué par cette femme qu’il trouvait charmante. C’était bien la raison pour laquelle, il lui avait tendu son mouchoir.

« Et bien Will, vous avez une étrange manière d’aider une femme. La questionnant comme ça. Vous êtes un petit curieux. » Elle cligna des yeux comme un chat, et minaudant « Vous êtes marié ? »

« Oui, marié depuis trente ans. Vous allez prendre votre revanche. Puis-je vous offrir un rafraichissement ? Nous pourrions poursuivre cette conversation autour d’un verre, il est tôt pour un verre d’alcool, mais pas trop tard pour un café ? Avez-vous déjeuné ? »

« Je vais d’abord essayer de faire partir cette vilaine couleur de mes mains. Je vais au lavabo. Pourriez-vous s’il vous plait surveiller ma valise ? »

« Bien sûr, je vous surveille vos bagages, le temps que vous vous laviez les mains. » Lui répondit-il, constatant qu’elle s’était déjà levée et dirigée d’un pas décidé vers les toilettes de l’aéroport. Il admira son dos et appuya son regard un peu plus bas, remarquant le beau déhanchement de sa démarche. Boire un café, en si charmante compagnie, compenserait la nuit de garde passée à réparer le squelette humain. Mais quand même, cette histoire, son comportement et ses explications étaient pour le moins fantaisiste. Il n’y avait aucune logique dans tout ça. Le mystère, les intrigues, cela le passionnaient. Si son père ne l’avait pas forcé à suivre la carrière médicale, il aurait peut-être fait des études en criminologie, ou bien médecine légale. Monsieur Martin avait l’âme d’un détective. Il adorait lire des polars, lire les comptes rendus d’audience des tribunaux. Quand le travail lui en laisser le temps, il aimait flâner dans les tribunaux, s’asseyant parfois dans les salles d’audience pour voir les procès. Il avait même au sein de l’hôpital où il exerçait un ami médecin légiste qui l’autorisait parfois à réaliser des autopsies, il prenait comme prétexte un geste chirurgical qu’il fallait répéter pour ne pas perdre la main. C’était dans les odeurs de formol et de désinfectant qu’il adorait être. Passe temps comme un autre, qui lui permettait de garder son cerveau comme il aimait le dire « en alerte », c’était une saine occupation que de raisonner. Avec Myriam, il avait de quoi satisfaire sa passion. Dans ses pensées, il n’entendit pas Myriam lui demandait son avis de chirurgien sur la qualité de propreté de ses mains. 

« Will, regardez comme neuve. Mais le savon est très agressif ici. Mes mains sont toutes sèches maintenant. Touchez. Sentez comme elles sont rêches. » Lui tendant une main, Myriam voulait établir un contact physique. Encore une leçon de sa mère, laisser toucher une zone bien définie pour mettre en appétit, mais pas plus. Laisser entrevoir la possibilité d’un monde voluptueux. Cela marcha très bien, monsieur Martin lui tenait la main, ravi avec un sourire. Finies les questions embarrassantes, elle allait même se faire un plaisir de déjeuner avec cet inconnu et lui laissait régler l’addition, en vrai gentleman qu’il était. 

« Je suis désolé pour le manque de bonne table, tout ce que je peux vous proposer c’est un sandwich. Cela vous convient. »

« Merci, cela me va parfaitement et un café peut-être. » Lui dit-elle en le tirant doucement par la main pour l’extraire de son siège. Il prenait la direction du stand qui vendait des sandwichs, ou elle commença le plus cher évidement, avec une bouteille d’eau gazeuse, comme attendu par Myriam quand elle fit mine de sortir son porte-monnaie, il s’empressa de tirer de sa poche intérieur son portefeuille et régla les consommations avec la belle carte visa gold. Elle se reflétait dans les yeux de Myriam, qui commençait à voir tout le potentiel que cet homme avait. 

« Vous allez a quel endroit ? », Myriam qui était encore perdue dans les reflets dorés de la carte bancaire, ne répondit pas tout de suite. Il répéta sa question en lui pressant la main délicatement. Elle réagit aussitôt en enlevant sa main. « Nice, je vais à Nice. Voir de la famille. Enfin éloignée, du côté de ma mère. » Elle oublia la carte et se concentra sur le porteur. « Nice quelle coïncidence, je m’y rends aussi. Mais pour raisons professionnelles. J’adore cette région, ma femme et moi y passons de nombreuses vacances. Vous êtes dans quel quartier de Nice ? » Et voilà l’interrogatoire qui recommençait, c’était vraiment une manie chez lui que de questionner toujours plus avant les gens. 

Elle prit son air le plus suppliant et sa voix de petite fille pour lui dire « Oh, Will. Nous passons.. Enfin je passe un agréable moment avec vous, qui me fait oublier la tristesse de ces moments. S’il vous plait, arrêtons les questions. »

Charmé par le ton de la voix, il s’excusa et lui expliqua son passe-temps. 

« Mais alors, Will, vous vous prenez pour un policier, ou un inspecteur ? C’est drôle et un peu flippant d’aller dans les morgues non ? Et votre femme est au courant de vos hobbies ? Et dans un moment vous allez m’expliquer que vous aimez séduire les femmes dans les aéroports pour ensuite les découper ? » 

Cette plaisanterie le mit mal l’aise, en effet il avait déjà découpé des femmes, mais dans un roman qu’il était entrain d’écrire. Il est allait jusqu’a se rendre dans une morgue pour aller disséquer un corps de femme notant ses impressions. Cette expérience le mit très mal à l’aise, il découvrit qu’il n’avait ressenti aucune honte ou culpabilité, bien au contraire. Il souriait contraint par l’instant, mais intérieurement il se rappela la morgue. 

Ils firent plus ample connaissance, Myriam continua son jeu de séduction et William son enquête. Toujours très nerveuse, le temps ne passait pas vite même en bonne compagnie quand on était en fuite, elle faisait souvent la navette entre les toilettes et son siège pour prendre en cachette des demi-Xanax qui l’empêchaient de faire encore un faux pas et surtout de rester maitresse d’elle-même. William pour sa part, trouvait ces aller-retour aux toilettes bizarre se qui continuaient à entretenir le charme. La conversation devenait trop personnelle, famille, amis, petits amis. Elle ne voulait pas se confier, elle préférait rester mystérieuse, ne répondant à une question que par une autre question. Lui se prêta volontiers au jeu, il lui raconta son métier de médecin, les années de fac, son mariage, les enfants et puis il garda pour lui l’épisode Isabelle. Elle nota tout mentalement, cela pourrait lui être utile plus tard. Myriam avait quand même un doute, Gregory ne l’avait pas rappelé, elle n’avait aucune nouvelle de lui. Et s’il n’était pas à l’aéroport de Nice ce soir pour l’attendre. Où irait-elle coucher ? Elle ne connaissait personne à Nice, c’était un vrai problème auquel elle n’avait pas songé. Il fallait avoir une porte de sortie, une issue de secours, un plan B. Et si William devenait le plan B, opportune idée. Quelle bonne idée, il fallait le garder sous le coude, la maxime familiale, « les hommes ne sont pas une fin, mais un moyen. » Voilà la réalité, William ou Gregory seraient son moyen d’arriver à son but, retrouver sa petite sœur Virginie.

Enfin, l’embarquement. Ils avaient regardaient où ils étaient placés l’un par rapport a l’autre. Et ils constataient avec un certain dépit que leurs sièges respectifs étaient très éloignés. Assise à bord de l’avion coté couloir, Myriam vit arriver William s’assoir a coté d’elle.

« Comment avez-vous fait pour changer de place ? » demanda-t-elle, cachant soigneusement la joie de voir que le poisson était ferré.

« Un mensonge. J’ai raconté au type qui devait s’assoir a cote de vous que nous étions mariés et qu’il serait vraiment gentil a lui de me laisser voyager en compagnie de ma femme. C’était la faute de la compagnie, vous comprenez ? »

« William, vous mentez pour vous assoir à côté de moi ? Dois-je prendre sa comme une forme de drague ? » Elle caressa innocemment de la main ses lèvres colorées de rouge en disant cela.

« Vous croyez que je vous drague ? Détrompez-vous ? Je voulais juste continuer notre petite discussion. Mais si cela vous gêne. Je peux me taire, mais je reste à côté de vous maintenant. J’aurai du mal à expliquer au gars que je me suis trompé et que ma femme ne veut plus voyager avec moi. » Il désigna du doigt un homme en pull-over noir et rigola.

« Et bien rester avec moi si cela vous convient, mais vous savez je ne suis pas très bavarde en avion j’ai un peu peur de ces engins.. Surtout au décollage, cela ne vous ennuie pas, Will, si je vous tiens la main durant le décollage. » Elle joignit le geste à la parole, et le regarda bien dans les yeux, et lui murmura « Merci, vous êtes un amour. Monsieur Martin. »

L’avion décolla, Myriam tenant toujours la main de William, tourna la tête pour cacher le sourire qui illuminait son regard bleu si froid. 

« La pêche est bonne. » Se dit-elle.