La petite tricheuse.. Partie 13

Partie 13

Huguette Slaughter même mortellement blessée avait une force de
vie incroyable. Elle était résistante, cette femme m’étonnait. Tendant toujours
la main, il m’ignorait. Une situation inédite pour moi qui défiait toutes les
lois qu’Il avait écrites. Mes supérieurs ne pourraient pas me faire de
reproches sur la qualité de ma prestation, je suis resté près d’elle, insistant
pour qu’elle me suive. Elle était toujours dans la même position, couchée sur
le côté droit, la tête posée par terre, les cheveux poisseux de sang qui avec
le temps commençaient à coaguler, son regard vitreux fixant intensément la
photo de ses filles qu’elle tenait fermement dans sa main droite. Elle ne
fixait pas la photo en générale, mais un visage en particulier, celui de
Myriam, c’était un regard froidement déterminé à survivre, sa haine a toujours
était le moteur de sa vie, la rancœur en était le carburant. Elle ne lâcherait rien.

Il me suffirait d’enlever cette photo pour qu’enfin elle
décide de me suivre, mais je n’avais pas le droit d’interférer dans son choix.

Myriam était partie, gaie comme un pinson, sifflotant une
mélodie en claquant la porte, ignorant que sa mère s’accrochait à un filet de
vie.

Myriam était passée de l’autre côté de la raison, un lieu
que beaucoup de médecins avaient réussi à l’en sortir. Mais aujourd’hui, elle
était seule et partait rejoindre Gregory.

Si Myriam était encore là, elle aurait vu dans le regard de
sa mère que la mort n’était pas dans ses plans, elle allait combattre, ne pas
se rendre si facilement. Le sang de cette femme avait l’odeur de la vengeance.

« Le hasard fait bien les choses », selon le vieil
adage, qui je vous l’ai déjà dit faisait sourire le mathématicien que j’étais,
et Madame Slaughter avait la bonne fortune d’avoir une voisine qui était très
soucieuse des affaires d’autrui. L’heureux hasard répondait au doux nom de
Madame Louise Charles voisine de palier et ancienne confidente d’Huguette.
Cette charmante dame de quatre-vingt-un ans était veuve de guerre, vivait seule
dans son petit deux-pièces. Elle n’avait pas d’enfant et pour unique compagnon,
un pékinois âgé de neuf ans, qui ravissait le voisinage de ses aboiements
intempestifs et sa manie de vous attraper les mollets dés que l’occasion s’en
présentait. Ce chien n’avait rien pour lui, un physique ingrat, son museau
écrasé lui donnait toujours l’air d’être de mauvaise humeur, il ronflait et
avait des flatulences, qui selon sa maitresse était une des particularités des
chiens de petite taille. Louise n’avait que lui dans sa vie, même s’il
embaumait l’appartement de son odeur de pet.

Elle n’avait pas beaucoup d’occupation et pas de visite, ce
qui lui laissait le temps de s’occuper pour le bien de la communauté que
formait cette petite résidence. C’était elle qui appelait les dépanneurs quand
l’ascenseur tombait en panne, les mamans qui avaient des petits à faire garder
lui en parlaient, elle s’occupait d’aller rendre visite aux plus anciennes de
l’immeuble qui malheureusement ne pouvaient plus se déplacer. Elle mettait
beaucoup de cœur dans cette mission qu’elle s’était donnée. Il faut dire que
cela faisait plus de trente ans qu’elle habitait la résidence, Louise, comme
tous les habitants l’appelaient, était la référence de la résidence. Elle
faisait office de concierge, rôle qu’elle remplissait à merveille. Son amitié
avec Huguette Slaughter avait démarré à l’emménagement de celle-ci, comme à
chaque nouveau locataire, Louise se présentait et offrit ses services. Le
statut de veuve les rapprochait naturellement, seule une veuve pouvait
comprendre les problèmes, les humeurs d’une autre veuve. Après que Madame
Slaughter eut emménagé, l’appartement correctement meublé et arrangé selon son
goût, Louise fut invitée à partager une tasse de thé. Elles parlèrent de leurs
défunts maris, de cette douloureuse épreuve que de se retrouver seule, de
l’amertume que parfois Louise ressentait envers son défunt mari, enfin Huguette
pouvait confier toute son amertume a cette dame de bonne compagnie qui la
comprenait. Tous les jours Huguette et Louise prenaient le thé ensemble, partageant
les potins de la résidence, jamais Louise ne se permettait de parler des
filles, elles avaient eu une discussion une fois sur ce délicat sujet, la
réaction d’Huguette fut polie, mais ferme, la priant de sortir de chez elle.
Pendant une semaine, elles ne se parlèrent plus, Huguette évitant de rencontrer
Louise. Madame Charles prenait des nouvelles de celle qu’elle prenait pour une
amie auprès de sa fille Myriam, qui toujours aimable lui remontait le moral en
lui disant que sa mère avait un fort mauvais caractère, mais qu’avec le temps
elle reviendrait lui parler. Entre temps, Louise apprit que Madame Slaughter
s’était fâchée avec toutes les dames qui comptaient dans la résidence, on lui
avait raconté toute l’histoire. Immédiatement, elle prit la défense d’Huguette,
Myriam s’habillait de façon peut-être légère, ce qui dans son vocabulaire sous-entendait
de manière courtoise qu’elle désapprouvait les vêtements, mais qu’en aucun cas
la manière de se vêtir ne reflétait la nature profondément bonne de Myriam. Elle
fit connaitre sa position sur l’affaire a tous les membres qui fréquentaient le
parc, respecté et écouté, Louise obtint des excuses écrites, c’était une lettre
qu’elle avait rédige et fait signer a tous les protagonistes qui avaient sali
la réputation de Myriam. La lettre était soigneusement conservée dans un tiroir
pour le jour où son amie reviendrait sonner à sa porte.

Huguette, qui n’avait plus de relation avec personne,
s’ennuyait. Elle ne pouvait pas confier ses craintes, ses difficultés à personne,
Louise lui manquait. Elle prit un jour le prétexte de manquer de sucre en
poudre pour une pâtisserie qu’elle devait confectionner pour sonner à la porte
de son amie. Louise ouvrit la porte après avoir vérifié par le judas de la
porte à qui elle avait à faire, surprise de voir Huguette, elle s’empressa de
déverrouiller les serrures et lui ouvrit, ravi de voir sa compagne de
bavardage. Huguette entra pour la première fois dans l’appartement de Louise,
deux petites pièces et une cuisine. La pièce principale qui faisait salle à
manger et salon, était décoré simplement de souvenir de feu son mari. Des
photos de mariage, des photos de vacances, Louise ne vivait finalement pas
seule, hormis son horrible chien qui empestait la maison, le souvenir de son
mari envahissait tout. Louise était profondément amoureuse de son mari tandis
qu’Huguette n’était pas amoureuse, elle ressentait de la tendresse pour eux de
leur vivant, mais jamais de l’amour. Les hommes étaient un moyen et non une
fin. Comment pouvait-on vivre dans le souvenir de quelqu’un qui vous a lâché ?
Un mystère pour Huguette. Les seules photos, qu’elle avait placées dans son
appartement, de ses époux défunts n’étaient présentes que pour ses filles, pour
qu’elles aient une image de leurs pères. Assises toutes les deux au salon,
elles s’excusèrent et dans un éclat de rire firent la paix. Louise tout
heureuse lui montra la lettre d’excuses qu’elle avait fait signer par tous,
touchée par le comportement et l’amitié sans faille de son amie, Huguette versa
une larme. Oui cette vieille femme pouvait pleurer être émue, cela ne lui
arrivait pas souvent. Pour une fois quelqu’un prenait sa défense.

La vie reprit son cours, les discussions autour d’une taxe
de thé reprirent et les discussions aussi. Louise savait que les relations mère
fille n’étaient pas simple dans cette maison, elle entendait souvent les
colères de Myriam, ses cris, ses menaces d’en attenter a sa vie. La vie de mère
pour Huguette n’était pas simple, mais Louise ne se permettait jamais
d’intervenir quand le soir les disputes éclataient, même si elle était inquiète
pour son amie. Elle avait pris pour habitude, quand elle entendait le ton monter
entre Myriam et Huguette, d’aller écouter discrètement une fois la dispute
finie, à la porte, juste pour s’assurer que tout allait bien. La porte d’entrée
s’ouvrait et se refermait violemment, laissant passer une Myriam furibonde.

Généralement, elle croisait Myriam furieuse, en larmes qui
la bousculait parlant encore à sa mère dans le couloir de l’étage, continuant
la discussion dans l’ascenseur. Myriam, dans ses moments de fureur, ne faisait
pas attention a Madame Charles, trop prise dans son tourment pour faire
attention a qui ou a quoi que se soit. En entendant la voix d’Huguette qui
tonnait contre sa fille, Louise rentrait discrètement chez elle. Elle était
malade de voir ses deux êtres se déchirer ainsi, elle ne connaissait pas les
motifs de ces disputes récurrentes, mais plaignait de tout son cœur son amie,
qui dans ses vieux jours devait endurer cela. Pour oublier ces cris et plus
généralement quand elle se sentait triste, Louise écoutait de la musique
classique sur un vieux tourne-disque, elle partageait le goût de la belle
musique avec Huguette, qui elle le savait n’été en rien mélomane, mais qui
feignait de s’y intéressait. C’était bien la seule personne qui faisait
semblant d’en écouter, depuis la mort de son voisin, un vieux professeur de
musique à la retraite, un homme charmant qui lui avait fait la cour pendant des
années, ils avaient pris l’habitude d’écouter de la musique et de boire un thé,
tout en échangeant des appréciations sur tel ou tel interprète. Depuis que ce
brave homme était mort, elle n’avait personne avec qui partageait son amour de
la musique, de la discussion autour d’un thé. Huguette était la seule personne
avec qui elle pouvait faire revivre ce rituel un peu suranné.

Ce matin, madame Charles était de retour de chez le
coiffeur, luxe qu’elle ne pouvait s’offrir une fois par mois. Au vu du montant
la pension de réversion qu’elle percevait, le coiffeur, tout comme la viande
était devenue un luxe pour une femme veuve de militaire de carrière,
heureusement qu’il était mort gradé. Les cheveux colorés avec un blanc
légèrement bleuté, un brushing et une mise en plis parfaite, elle sortait de l’ascenseur
et croisait Myriam. Elle portait une jolie robe d’été, sans manche dans les
tons de rose se qui mettait sa peau laiteuse en valeur, une paire de lunettes
de soleil sur le nez qui cachait très bien son regard. Ce qui frappa le plus
madame Louise Charles, c’était la grosse valise rigide à roulettes que Myriam
traînait derrière elle. Huguette n’avait pas fait mention d’un déplacement de
sa fille, elle n’en avait pas les moyens au dire de sa mère, Myriam ne
travaillait plus, car elle était en longue maladie pour une dépression. D’après
ce qu’elle avait cru comprendre, une peine de cœur avait entraîné la petite
dans le chagrin, elle avait même dû être hospitalisée, car elle était enceinte
de l’homme qui l’avait quittée pour une autre. En rentrant de l’hôpital,
Huguette lui avait expliqué que sa fille avait perdu le bébé, une petite fille,
elle lui avait même choisi un prénom, Francesca, pauvre Myriam. Pendant un long
moment, Myriam ne sortait plus, ne voyait personne. Louise n’avait plus le
droit de venir boire le thé, car « Myriam est traumatisée. Il lui faut du
repos. Tu comprends Louise, du repos. Dès qu’elle va mieux, je te tiens au
courant. Bien sûr que tu peux appeler, mais ne passes plus à la maison. »,
lui avait expliqué Huguette. Son chagrin avait duré un mois, pauvre petite.
Mais ce matin-là, Myriam semblait partir en vacance, intriguée Louise lui posa
quelques questions.

« Oh bonjour Myriam. Tu es bien jolie ce matin. Tu pars
en voyage. Une si grosse valise a porté toute seule, tu veux que je t’aide ? »

« Bonjour, Madame Charles. Vous allez bien ? »
dit Myriam avec son plus beau sourire, se tenant bien droite la valise posait à
côté d’elle.

« Oui je vais très bien. Mais toi tu es rayonnante ma
petite. Et tu ne m’as pas répondu, que fais-tu avec cette grosse valise ? »

« J’ai décidé de prendre de petites vacances, un week-end
en amoureux », toujours souriante, mais méfiante. Elle pensait « cette
espèce de vieille concierge, une vraie plaie, elle veut toujours tout savoir »,
il ne fallait rien laissait paraître. Tout devrait être normal. Surveillant son
ton de voix, elle ajouta « Ma mère va rester seule ce week-end, vous
pourriez passer la voir pendant mon absence, pour savoir comment elle va ?
Je ne m’absente que deux ou trois jours. Mais vous savez que je n’aime pas la
savoir seul, à son âge un accident et si vite arrivé. »

Louise trouva étrange que Myriam demande qu’elle passe voir
sa mère, Huguette lui avait dit que sa fille ne l’aimait pas. Et puis cette
valise énorme pour deux ou trois jours, c’était bizarre. « Mais tu sais
que je passe voir ta mère souvent, on se voit tout les jours pour le thé. D’ailleurs,
j’irai la voir cette après-midi. » Myriam commença à paniquer, elle avait
oublié ce détail, la seule amie de sa mère, cette vieille allait tout gâcher.
Il fallait trouver une parade. « Elle ne vous a rien dit ? C’est
étrange, je lui en parlais tout à l’heure. Elle m’a assuré vous avoir prévenu. »

« Mais de quoi ? Je ne comprends pas, Myriam, tu
fais bien des mystères. », elle fixa son regard sur les mains de Myriam,
elle tortillait ses doigts, nerveuse. Elle commençait à s’inquiéter, le
discours de Myriam était étrange.

« Bah, vous savez ma sœur que l’on cherche partout
depuis des mois. Et bien on a des nouvelles ! Oui madame Charles des
nouvelles, je pars justement la chercher et rejoindre maman. »

« Mais, hier pendant le thé, elle ne m’a rien dit. Elle
est déjà partie ? Où et comment ? », ne croyant pas trop à ce
que disait Myriam, elle voulait en savoir plus. « C’est une sacrée
nouvelle que tu m’annonces là. Vous l’avez retrouvée où, cette pauvre petite ?
Et ta mère elle est partie quand ? » Cela sentait l’interrogatoire en
règle.

Il fallait des réponses précises, sans aucune faille
exploitable. Elle allait jouer sur la corde sensible, la disparition de sa
sœur. Elle savait que madame Charles était bouleversée de la fugue de la petite
Virginie. Souvent elle demandait des nouvelles a sa mère ou à elle, se rend
seigneur si l’enquête avancée, si la police agit de nouvelles pistes. Cela
éviterait à Myriam d’avoir la désagréable impression de subir un
interrogatoire. « D’après ce qu’elle m’a dit, elle a reçu un coup de fil de la
police italienne. Et ce matin elle avait réservé un billet de traîneur
rejoindre Virginie en Italie. C’était inespéré, vous vous rendez compte, depuis
tout ce temps. Maman ne tenant pas en place, je lui ai commandé un taxi tôt ce
matin, pour qu’elle soit le plus vite en Italie. Excusez-moi, Madame Charles,
mais je dois vous laissez, je vais rater mon avion. Je suis si pressé, si
nerveuse à l’idée de retrouver ma sœur. Regardez dans qu’elle état je suis, j’ai
les mains qui tremble. »

« Où que je te comprends. À ta place je ferais des
bonds de joie. Mais je n’ai pas vu ta mère partir ? Pourtant le matin vers
sept heures, je sors mon chien. »

« Vous avez dû vous croiser ! C’est sur ! Et
puis elle est partie si vite ! », dit-elle en essayant de se frayer
un passage de la main jusqu’au bouton d’appel de l’ascenseur, elle bouscula un
peu l’amie de sa mère.

« Fais doucement ma petite, je n’ai plus vingt ans. Je
vais te laisser passer et prendre ton avion. », elle se décala pour que
Myriam puisse appeler l’ascenseur. Elle ajouta « Mais ton histoire de
week-end, et que ta mère devait être seule ? J’ai du mal à suivre. »,
elle guettait un signe de déstabilisation chez Myriam, une hésitation. Son
histoire était bizarre.

« Je suis si nerveuse Madame, que je dis n’importe
quoi. Je suis désolé, mais il faut que j’y aille. Le taxi va m’attendre. Je
vous embrasse, je peux me permettre, je suis si heureuse. C’est un poids que l’on
enlève du cœur de notre famille, vous savez ! »

« Mais qu’est-il arrivé à tes mains ? Elles ont
une drôle de couleur ? » Décidément, rien ne lui échappait, pensa
Myriam qui répondit du tac au tac, « J’ai fait une couleur à maman. »
Elle rentra dans l’ascenseur fit un signe de la main et ne pût s’empêcher de
lui sourire et de la regarder en baissant ses lunettes avec une lueur de défi.
Elle était si fière d’elle d’avoir vaincu sa mère et d’avoir leurré sa
meilleure amie. La sensation de triomphe était si euphorisante. Les portes de l’ascenseur
se refermèrent et Myriam disparut, laissant Madame Charles dans l’expectative.
Huguette serait partie, ce matin très tôt ? Étant amie, ayant des
conversations intimes, se confiant des secrets, elle ne lui aurait pas dit que
l’on avait trouvé sa fille disparue. Elle avait du mal à le croire. Et puis l’attitude
de Myriam, si heureuse, encore qu’être heureuse quand on reçoit une si Bonne
Nouvelle, cela peut se comprendre. Mais déclarer que l’on part en week-end au
lieu d’annoncer que l’on part rejoindre sa sœur fugueuse, il y avait un
mystère. Quelque chose n’allait pas, surtout quand Myriam lui avait demandé si
elle pouvait l’embrasser, elle qui lui disait tout juste bonjour et qui l’ignorait
la plupart du temps. Plus Louise réfléchissait, plus elle trouvait la situation
louche. Elle décida de vérifier si Myriam n’avait pas oublié de fermer la porte
à clé, Huguette lui avait laissé un double de clé au cas où Myriam ou elle-même
aurait perdu un trousseau, sachant que Louise ne sortait jamais de chez elle,
le double des clés serait toujours disponible et a n’importe quel moment. En
fait, ce n’était pas la porte qu’elle voulait vérifier, elle s’apprêtait à
pénétrer chez quelqu’un sans en avoir eu la permission. On lui avait déjà fait
confiance, des voisins lui avaient demandé d’arroser les plantes, de nourrir
les animaux domestiques, mais elle pénétrait chez les gens avec leur accord.
Mais qu’est-ce qui pouvait pousser Louise à vouloir entrer chez Huguette ?
N’allait-elle pas trahir la confiance de son amie ? C’était un dilemme qui
laissait Louise immobile devant son tiroir ouvert avec les clés de sa voisine
et amie dans les mains. Sa conscience pesait le pour et le contre, il y avait
le doute qu’avait mis Myriam en mentant, le départ de son amie précipité le
matin, le soudain élan d’affection d’une jeune fille qui ne lui disait presque
jamais bonjour et puis la couleur des mains, cette couleur qui lui rappelait le
sang. À cette pensée, Louise frissonna.

Elle sera les clés dans sa main. Les disputes trop
fréquentes, les mensonges de Myriam, cela faisaient trop pour sa conscience, en
passant dans le vestibule, elle croisa son reflet dans le miroir. Elle s’approcha
et regarda son image, un visage avec des traits doux aux rides pas trop marquées,
les yeux couleur noisette qui était déterminés à ôter le doute qui perturbait
son esprit. Elle ouvrit la porte de chez elle, décidée à entrer dans l’appartement
voisin.

J’entendis des clés essayant d’ouvrir la serrure, plusieurs
tentatives. « Madame Slaughter, je dois me retirer, je vois que vous avez
un hasard. Il est donc vrai cet adage, le hasard fait donc bien les choses,
enfin pour vous. » Toujours la main tendue je lui demandais de me la
serrai en signe d’adieu. Elle avait juste la force d’ouvrir un œil, pour me
regarder, elle me sourit, tandis que derrière moi, madame Louise Charles hurla
et faillit s’évanouir à la vue de son amie baignant dans son sang. Cette petite
dame m’a épaté par son sang froid, remise de son horrible découverte, elle prit
un téléphone, appela les secours, resta calmement à côté de son amie, en
essayant tant bien que mal à garder Huguette éveillée.

Louise garda la tête de sa vieille amie sur ses genoux, lui
caressant les cheveux et lui racontait les derniers commérages. Non elle ne
resterait pas seule, Huguette Slaughter avait un ange gardien, une petite bonne
femme de quatre-vingt-un ans.

Les secours arrivèrent dix minutes plus tard, attendris
devant le spectacle de cette dame âgée caressant la tête de son amie mourante,
assise dans une mare de sang. Les médias locaux dont le Parisien, lui ont
consacrèrent une interview. Louise Charles raconta l’histoire et Myriam fit la Une.

 

Myriam était déjà loin de Pontoise, de la réalité. Mais pas assez
loin pour que je ne la surveille plus, c’était toujours ma mission.