Sévère

La rencontre
 
Le soleil était haut dans le ciel ce matin là, quand il
émergea d’un sommeil enfin apaisé. Pas de cauchemar, il n’avait pas vu son
visage hanter ses rêves.

Il tourna la tête pour voir le soleil qui lui caressait la
joue. La tête face à la fenêtre, il observa le ciel bleu sans un seul nuage.
Une belle journée en perspective s’annonçait. Légère comme
le poids dont son cœur était débarrassé, il était vrai alors que l’on voyageait
plus facilement le cœur léger. Elle lui avait appris cela.
La vie était belle depuis quelque temps, simple depuis qu’il
l’avait rencontré. Il pensait à elle, une femme dont la présence suffisait à
apaiser son cœur encore douloureux. Elle qui avait su le dompter, pourtant il
ne lui avait pas fait de cadeau. Rien ne lui était épargné, les cris, les
crises de colères, les déceptions, ses états d’âmes balançaient au visage comme
des centaines de gifles. Elle avait tout accepté, tout compris, sans rien dire.

Cela faisait maintenant dix jours qu’il vivait chez elle. Le
hasard les avait fait se rencontrer, il faisait de l’auto-stop un soir sous la
pluie sur la RD 92, un couple de touriste allemand l’avait pris à bord de leur
voiture à Mandelieu et l’avait déposé au port d’Antibes a midi. Il prit la
direction de la gare, pour faire la manche et espérer récolter assez d’argent
pour pouvoir s’acheter au moins un sandwich. Depuis le temps qu’il était sur la
route, il avait appris très vite a faire la manche, il était plutôt doué, il
misait beaucoup sur son physique et la confiance que celui-ci inspirait, dans
son métier et sa vie d’avant le cataclysme, qui avait détruit l’homme qu’il
était mais aussi sa vie, son futur, les personnes qui comptaient pour lui le
jugeait beau garçon, il avait du succès auprès des femmes, il connaissait le
succès dans sa vie professionnelle. A cette époque, c’était les distributeurs a
billet qui lui donnaient de l’argent, aujourd’hui, il devait compter sur la
générosité des gens. Drôle de place, pour un homme dont la profession était
courtier pour une grande compagnie d’assurance. La générosité était une valeur
qu’il vantait et monnayait lors de ses nombreux rendez vous en clientèle,
c’était une manière de faire l’aumône aussi, d’extorquer contre la promesse
d’une vie dont tout les risques étaient assurés, un contrat et une belle
commission. Dans son domaine, il était même très bon, à son âge il avait déjà
la direction d’une grande région, la région Sud. Au niveau de cette grande
entreprise, cette région représentait quarante pour cent du chiffre d’affaire
annuel. Reconnaissance professionnelle, réussite en amour aussi. A cette
pensée, il devint nerveux dans son lit. Un flash, une image rapide de ce visage
adoré, et cette colère qui monte par vague en lui, les poings se serrent, le
visage se crispe, des larmes coulent, la crise n’était pas loin. Il avait
appris a maîtrisé ses accès d’angoisse grâce à elle, celle qui l’avait
recueilli. Il inspira et expira profondément les yeux fermés, essaya de revenir
à la gare où la main tendu il attendait de quoi manger, il revenait à ce moment
où le destin qui l’avait précipité dans la rue, lui avait fait rencontrer cette
femme dans le lit de laquelle, il se sentait si bien. Les yeux toujours
fermaient, il était revenu à la gare d’Antibes au alentour de midi un mois de
juillet chaud et orageux.
La main tendue pendant une heure, cinq euros de quoi
s’acheter un petit sandwich et une boisson plus tard, il reprit la route. Un
vent chaud soufflait amenant des grappes de nuages noirs, la file des voitures
s’étirait sur des kilomètres le long du bord de mer.
Depuis un bon moment le pouce pointé vers le ciel, il
arpentait le bitume. L’humidité de cet orage d’été avait rincé ses espoirs de
pouvoir dormir sur un banc une fois arrivé à Nice. Une Renault Clio roulant à
vive allure l’aspergea en roulant dans une énorme flaque d’eau de pluie sale,
il était trempé de la tête aux pieds. Elle le vit hurlant, vociférant dans le
rétroviseur de sa voiture et désolée pour cet homme qu’elle croyait sans
domicile décida de s’arrêter sur le bas côté. Elle savait que ce n’était pas
très intelligent de s’arrêter en pleine rue, le soir tombant, pour accueillir
un inconnu dans sa voiture, mais Léa était une femme impulsive, imprudente.
Elle agissait souvent sur un coup de cœur, même si sa raison lui disait le
contraire. Au volant de sa Clio, le bruit des clignotant et des essuies glaces
l’empêchant de réfléchir calmement, elle craignait que la portière s’ouvre. «
C’est vraiment Léa ça », comme aurai dit sa mère, « elle agit et réfléchi après
!», effectivement ce qu’elle craignait arriva la porte arrière de sa Clio
s’ouvrit, un sac atterri violemment sur la banquette arrière et un visage mal
rasé avec un sourire qui découvrait des dents saines apparu dans le
rétroviseur, mais ce qui la frappa vraiment c’était la douceur de ce regard.
L’homme disparut de sa vue pour réapparaître par la porte avant, s’assit à côté
d’elle, les habits mouillés. La crainte s’installa entre eux, il dégageait une
odeur aigre, mélange d’odeur de crasse et d’humidité ce qui donna la nausée à
Léa, lui s’aperçut de son odeur pour la première fois. Elle sentait bon le
parfum, lui sentait la route, une si longue marche laisse forcément des traces.
C’est elle qui se mît a parler, se présenta et accueilli son prénom comme on
accueil un rayon de soleil, un sourire se dessina sur son visage, il s’excusa
de sa mise, de son état de saleté et se présenta à son tour.
« Bonjour Léa, moi c’est Stéphane. Juste Stéphane. Je
ne vous serre pas la main, pardonnez mon état, mais il se trouve que quand vous
êtes sans maisons, vous êtes aussi sans douche, c’est un tout. Pas d’option
quand on prend la décision de vivre comme un escargot. », Il parlait avec
une voix douce.
Léa comprit à son discours qu’il était poli et
vraisemblablement animé d’aucune mauvaise attention, elle jeta un coup d’œil
rapide à son sac a main qui était aux pieds de Stéphane. Il s’aperçut de ce
regard et lui tendit son sac à main, « si vous n’avez pas confiance, vous
devriez le mettre à côté de vous.» lui dit-il avec un sourire entendu, il
comprenait sa situation, Léa commençait un peu à se détendre. Elle ne lui avait
toujours pas demandé où il allait, toujours sur la défensive et pensait
toujours à son imprudence qui risquait de lui coûter chère. Son cerveau
n’arrêtait pas de lui répéter, peut-être était il fou? Peut-Être voulait-il la tuer,
la détrousser, la violer. Son cœur lui répondait que le regard si bon de cet
homme ne pouvait être dangereux. Le cœur à ses raisons que la raison ignore,
sauf que Léa n’avait pas prévu que pendant son mois d’errance, Stéphane avait
pris de fâcheuses habitudes, l’une d’elle était la boisson. Stéphane était
devenu alcoolique pour survivre, pour oublier la vie rude qu’il s’infligeait,
pour oublier ce qu’il était et surtout ce qu’il avait fait. Dans la voiture, à
ce moment là, les bières qu’il avait bues suffisaient à son corps mais dans une
ou deux heures son corps commanderait, sa raison le quittera. Léa perçut quand
même, les effluves d’alcool dans son haleine quand il lui parlait, mais étant
infirmière à l’hôpital, elle savait que les hommes de la rue buvaient mais elle
croyait savoir dépister l’alcoolique profond, du gars qui boit une bière ou
deux en marchant. Léa, jeune infirmière de trente ans n’écoutait pas sa raison
et devant ce regard empli de bonté décida qu’il fallait aider les gens, sa
profession était pour elle une mission, venir en aide à son prochain était son
leitmotiv qui dirigeait toute sa vie. Son dernier petit ami en était la preuve.
Un patient du service de réanimation médical où elle travaillait, un garçon
gentil lui aussi, il avait fait une OD, dans le jargon hospitalier, une
overdose, elle avait participé à sa réanimation, à ses soins. Il avait le même
âge qu’elle, à chaque fois qu’elle prenait son service où qu’elle le finissait,
elle allait dans sa chambre pour le saluer. Et puis au fur et mesure, elle
s’était entichée de lui. A sa sortie d’hôpital, il lui donna son numéro de
téléphone, un soir elle l’appela pour prendre de ses nouvelles, elle accepta un
verre, un dîner. Leur histoire avait duré deux ans, il avait replonger dans
l’héroïne, la volait, la battait quand elle ne voulait pas lui donner d’argent,
il avait même vendu la propre voiture de Léa deux fois, elle avait été
poursuivie en justice dans cette histoire et blanchie. Lui,  une fois qu’elle avait réussi a le mettre
dehors de chez elle, avait refait une overdose, la police avait retrouver son
corps dans un squat du côté de Cannes dans le quartier sainte Jeanne. Léa était
une jeune femme dont le cœur était abîmé, elle vit en Stéphane un homme abîmé
aussi, par quoi ou qui, peu importait. Elle suivrai sa voix qui lui disait de
faire confiance à cet homme et de l’aider mais en professionnel, pas d’implication
personnelle se jura t-elle. Elle mît le clignotant à gauche, tourna le volant
pour sortir du bas côté, et lui demandant, « je vais dans le centre de Nice, je
vous dépose à la gare? C’est le meilleur endroit pour trouver le Samu social,
ils vous trouveront de quoi vous loger pour la nuit, un centre d’hébergement.».
Elle prit son silence pour un acquiescement, démarra et pris la direction de
Nice et de sa gare. Arrivé à la gare, elle s’arrêta et vérifia la présence du
camion du Samu social, ne le trouva pas et composa le 115 qui l’informa que
l’été il n’y avait pas de maraude, on lui indiqua différents centres
d’hébergement dans la ville. Elle fit le tour de ces centres, aucune places, vu
l’heure tardive, elle se dit qu’il allait passé une autre nuit dans la rue,
l’orage avait cessé remplaçait par une pluie fine. Les heures passaient et
Stéphane commençait à ressentir les premiers signes du manque, les
tremblements, cette sensation d’oppression, les douleurs dans les muscles et
surtout les spasmes abdominaux. Son humeur changea, son élocution se fit plus
rapide, nerveuse et son ton se fit cassant. Léa ne fit pas trop attention à ces
signes qu’elle interprétait comme l’expression de la crainte de passer encore
une nuit à même le sol ou sur un banc public, il savait bien caché son jeu. Des
jours et des jours à passer incognito, à se faire oublier, savoir ne pas faire
de vague, il n’ignorait pas que cette femme avait le pouvoir de le sauver ou de
le crucifier. Au moindre faux pas, au moindre sursaut de cette violence
contenue et elle appellerait la police. Et tout s’écroulera à nouveau, il
serait encore à terre et le pire serait pour ses proches, ses parents, sa sœur,
ils découvriront l’horrible, le monstre qu’il était. Pour eux, il se devait de
disparaître. Mieux valait ne pas savoir où il était plutôt que ce qu’il avait
fait, c’est ce qu’il s’était promis ce soir là. Jusqu’à ce soir, il y avait
bien réussi.
 

Décisions
 
Elle fit un premier écart à sa résolution, elle l’invita à
prendre un repas chaud et une douche chez elle, avant de verbaliser son
invitation appela une amie et la prévint de sa décision, lui demandant de
l’appeler la nuit toutes les deux heures, si jamais elle ne répondait pas, il
fallait appeler les secours. Malgré, les risques, les protestations de son
amies, Stéphane mis les pieds chez elle et déposa son sac timidement dans
l’appartement de Léa, sur les hauteurs de Nice dans une charmante résidence, un
deux pièces situé aux troisième étages, il les avait ressenti ces volées
d’escalier, quand manquant de souffle à cause des nombreuses cigarettes fumées,
de la drogue inhalée, il lui avait demandé de faire une pause. Léa, fut encore
plus apitoyée, en voyant un homme jeune essoufflé comme un insuffisant
cardiaque en phase terminal, en montant simplement trois étages, cela la
conforta dans l’idée qu’elle avait bien agi, que c’était la bonne décision,
elle allait le remettre sur pieds et après il pourrait sortir de la rue et
reprendre une vie normale. Il s’était énervé quand elle avait voulu l’aider à
monter, l’avait repoussé le plus doucement possible, ne voulant pas l’effrayer.
Il avait réussi, jusque là, à garder le contrôle, a lui dissimuler le
tremblement de ses mains causait par le manque d’alcool. Il avait peur de lui
faire mal comme à l’autre.

Il n’y avait pas si longtemps, il aurai monté ces marches en
courant, sans même une élévation de son rythme cardiaque, il n’était plus que
le fantôme de lui-même, et pour lui c’était déjà trop, il méritait de n’être
plus qu’une créature ectoplasmique, il devrait disparaître sans laisser au gens
aucun regret, une loque humaine dont on voulait à tout pris se débarrasser, ne
méritant aucun traitement humain. Son humanité, il l’avait perdu une nuit de
printemps.
Douché et le ventre plein, il avait même eu droit à deux
verres de vin pendant le repas qui avait contribué à le détendre. Léa était
vraiment une fille gentille, agréable, qui s’était rassuré en voyant qu’il
agissait de manière polie et respectueuse, elle avait quand même appelé une
amie deux fois pendant qu’il était dans la salle de bain, Il l’avait entendu
parler au téléphone, tout bas pour ne pas qu’il entende, dans la cuisine. Entrebâillant
la porte par peur qu’elle soit en conversation avec la police. Il était
toujours sur la défensive, sur le qui-vive ne faisant confiance a personne, et
surtout il ne comprenait pas l’imprudence de cette fille vivant seule, inviter
un traine savate puant sans le sou dans un bel appartement comme ça, c’était un
peu louche comme histoire, il se devait d’être vigilant. Il ne dormit que d’un
œil, il fit beaucoup de cauchemars, se réveillant en sursaut, hurlant un
prénom, en sueur. Malgré cette première nuit agitée, le lendemain Léa lui dit
qu’il pouvait rester. Mais pendant ses heures de travail il devait rester
dehors, il devait comprendre qu’elle avait la crainte d’être volé pendant son
absence. Il accepta avec enthousiasme car cela lui laissait du temps pour
s’enivrer tranquillement et dormir a l’abri et il pouvait toujours rester
anonyme dans cette grande résidence. Il ne croisait personne à six heures du
matin quand Léa le laissait dans la rue et à huit heure trente quand elle
rentrait. C’était parfait, il veillait à ne pas dépasser les limites avec
l’alcool, une légère ivresse mais pas plus. Enfin il croyait pouvoir maîtriser,
c’était ce qui avait provoqué sa chute. Cette croyance en la maîtrise, savoir
dire stop à tout moment, même les plus grisant comme le sexe.
Un jour il n’était pas au point de rendez vous fixé par Léa,
inquiète elle l’attendait une demie heure, ne le voyant pas arriver, elle
rentra chez elle. Pendant le trajet elle se mît à réfléchir à ce qu’il pouvait
bien lui être arrivé, un accident, une bagarre. Elle téléphonera à tous les
services d’urgences de la région juste pour savoir, être rassurée une fois
arrivée chez elle. Après avoir garé sa voiture, elle le trouva avachis à la
porte d’entrée de sa résidence une bouteille de mauvais vin à la main, il
empestait l’alcool et l’urine. Elle ne savait que faire, faire semblant de ne
pas l’avoir vu et passer son chemin, appeler la police, le Samu social. Ce
n’était pas complètement un étranger quand même, elle l’avait recueilli,
nourri, et puis c’était un homme charmant de bonne compagnie. Que faire ?
Elle appela Marc un collègue de boulot, un infirmier jovial
et costaud qui l’aida à le monter chez elle, il le doucha et lui fit passer des
vêtements propres, il s’assura que l’homme ne présentait aucun danger et quitta
Léa avec la promesse d’un dîner et de le prévenir en cas de problèmes. Elle
contempla Stéphane endormie dans les vapeurs de l’alcool et se trouva d’une
idiotie sans borne, elle n’avait rien vue « mais quelle conne je suis, il boit
et je n’ai rien vu, son haleine sentait toujours l’alcool et je fermais les
yeux! Je suis retombé dedans, les mecs a soucis ! Punaise mais quelle sombre
conne, et maintenant je fais quoi?» pour la première fois de sa vie elle joua a
l’infirmière dans sa vie privée. Elle fouilla le vieux sac à dos de Stéphane et
découvrit du papier à cigarette, du tabac, un petit sachet qui après ouverture
s’avéra être de la résine de cannabis, pas de trace de bouteilles d’alcool. « Il
doit les acheter quand je vais au boulot, c’est bien le style ! Mais avec quel
argent? Punaise il ne m’aurait pas volé, mon sac ! » . Après vérifications rien
ne manquait, carte bleue, chéquier, un billet de vingt euros et de la petite
monnaie, tout était là. Elle repensa au petit pot où elle gardait les cents qu’elle
n’utilisait pas et qui étaient le trésor de guerre de sa nièce. Le pot était
vide. « Réveilles toi putain ! Réveille toi ! Tu as piqué l’argent de ma nièce
! Allez debout !», à la violence du ton, s’ajoutait les coups de pied dans ce
corps qu’elle croyait amorphe. Stéphane encore sous l’emprise de l’alcool,
supporta les coups attendant patiemment que la tempête cesse. Léa horrifiée
d’avoir tapé un homme a terre, se réfugia dans la cuisine pour pleurer quand
elle le vit se ruer sur elle, serrant sa gorge en hurlant, «Tu ne sais rien, tu
ne sais rien, je suis un monstre! Emma, Emma ! Tu n’es rien, il faut que tu me fuies!
Tu entends fuis moi ! ». La gorge serrée, un filet d’air se faufilant jusqu’a
ses poumons, affolée, elle fixait son regard depuis le début de l’agression, au
début empli de haine, mais au fur et à mesure son regard retrouvait de la
douceur. Elle savait que cet accès de fureur n’était pas dirigé contre elle
mais en fait la personne qu’il voulait tuer, c’était lui. L’étreinte cessa
soudainement, la gorge libre, elle inspira une énorme goulée d’air, repris peu à
peu ses esprits et chercha l’agresseur. Stéphane, était prostré dans un coin de
la cuisine prés de la porte, il sanglotait comme un enfant, la tête dans les
mains, en répétant « Emma, Emma, pourquoi ! J’ai joué avec toi ! Pourquoi
je suis comme ça ! ». La peur est mauvaise conseillère, Léa le savait.
Voyant cet homme recroquevillé, appelant une inconnue, elle aura pu l’emmener à
l’hôpital, appeler la police suite a l’agression mais sa cote bon samaritain
pris le dessus. Léa se remit debout, s’assura que Stéphane était toujours dans
la même position et alla prendre le téléphone posé sur la table. Elle appela
son collègue de boulot, lui expliqua ce qui s’était passé, protestations,
explications, elle raccrocha et attendit l’arrivée de Marc. Stéphane restait
toujours prostré, le corps agité d’énormes sanglots. L’infirmier débarqua un
quart d’heure plus tard, avec ce que Léa lui avait demandé, anxiolytiques,
matériel pour poser une perfusion, quelques poches de solution saline et des
vitamines injectables. La panoplie désintox d’une clinique, il ne manquait que le psy, elle
s’en passerait, l’urgence lui commandait d’agir rapidement. Marc allait
l’aider, son gros nounous, surnom affectueux faisant référence à sa gentillesse
qui était proportionnelle a sa taille et a son poids, 1 m 92 pour 130 kilos, un
homme sur qui l’on pouvait compter si la situation devenait un peu trop
difficile a géré. Pendant les quatre premiers jours, ils se relayèrent au  chevet de Stéphane, qui était attaché
solidement par les poignets au moyen de contentions empruntées dans le services
où les deux soignants travaillaient. Quatre jours où il fallait toute la
patience et la dévotions de Léa pour supporter les crises, les douleurs, les
hurlements de ce patient un peu particulier. Stéphane passait un sale quart
d’heure, il avait des visions, des hallucinations qui le terrifiaient, tantôt
il étouffait, tantôt il avait trop d’air, il avait chaud et soudain très froid,
il combattait des fantômes la nuit, le jour il se faisait attaqué par des rats,
des chauves souris ou les deux a la fois. Il réussi a se détacher deux fois
pour échapper a ses petits prédateurs, mais les cent trente kilogrammes de Marc
eurent raison de sa fuite. Au quatrième jour, il s’endormit. Léa et Marc purent
se reposer enfin, le plus gros du travail était fait, la partie semblait
gagnée. Comme toutes les douze heures, Léa changea sa poche a perfusion,
vérifia le cathéter veineux et Stéphane lui prit la main et lui fit signe de
s’assoir près de lui, il avait a raconter une histoire. Elle ne savait que
faire, il pouvait présenter les signes d’un homme en pleine rémission mais n’en
restait pas moins un homme dangereux. Elle prit ses distances et s’essaya sur
une chaise. « Je t’écoutes mais je te préviens, si c’est pour que je te
détache, ou que tu me supplie de t’amener à boire, tu peux toujours rêver mon
coco. ça fait quatre longue journée et nuit que l’on veille sur toi. On te
connais et on sait a quoi s’en tenir, et personnellement j’ai fait les frais de
ta violence. Alors si tu as des excuses a présenter, laisses tomber, ce n’est
pas la peine. Des remerciements non plus. Je n’ai fait que mon devoir. Tu m’intrigues.
tu vois où je travaille des cloches on en voit tout les jours, sales, imbibait
d’alcool et d’autres substances, mais ils ont en commun d’être dans la rue
depuis tellement longtemps que la rue fait partie intégrante de leur
personnalité, tu vois. Toi la route tu l’a prise il n’y a pas si longtemps,
l’état de tes affaires, tes chaussures qui ne sont pas encore usés, la façon
dont tu t’exprimes, les habitudes de dormir dans un lit, de te laver tout les
jours sans que je te le demande me font dire que tu es dans la misère récemment.
Je me trompe. Et ton rapport avec la police ? Tu as fait quoi au juste,
maintenant je ne crains rien. Regarde! » Elle lui montra le téléphone
portable dans sa poche, « au moindre signe d’énervement et j’appelle les
flics. Compris? Pas d’embrouille cette fois ! », Les yeux plongé dans ce
regard qu’elle jugeait toujours aussi doux.
« Je ne m’appelle pas Stéphane. » La voix était
trainante, lente, comme si il lui manquait des piles, de l’énergie « Mon
vrai prénom est Philippe, je ne te dirai pas mon nom de famille, je n’en ai
plus. Enfin je ne veux plus avoir a faire a eux. »
 

Révélations

 « Tu as été mal traité, tu as tué quelqu’un pour te
venger? Ton père? Ta mère? »  Demanda
t-elle, intriguée par ce Philippe qui depuis le début lui mentait. C’est sûr,
elle appellerait la police après l’avoir écouter, les fous elle avait déjà
donné. D’ailleurs, c’était dans cette perspective qu’elle avait prit la
décision de  le désintoxiquer, en prison
cette période aurai été un enfer, peut être en serai t-il mort, les suicides en
prison sont monnaies courantes. Marc avait fait un stage en prison, enfin a
l’infirmerie pendant ses études et lui avait expliqué les conditions exécrables
dans lesquelles vivaient le prisonniers, alors parler de désintoxication en
milieu carcérale, c’était une plaisanterie. Elle avait pris sa décision,
elle le remettrait à la police une fois qu’il serait sobre et remit sur pieds,
la prison se chargera de le détruire a nouveau; Mais elle ne voulait pas
participer à ce jeu de massacre. Bien sur, Stéphane, enfin Philipe n’était pas
au courant.

Il la regarda, et la découvrit pour la première fois sans
l’esprit embué par l’alcool. c’était une fille quelconque, la trentaine
peut-être, les cheveux mi- long décolorés en blond qu’elle portait attaché en
queue de cheval, son visage n’était en rien remarquable et ses yeux était
marron, rien de bien excitant, lui qui aimait les jolies femmes, ses yeux
n’étaient vraiment pas a la fête. De toutes les manières, personne à ses yeux n’avait
de valeur en comparaison d’Emma, à l’évocation de se souvenir, il réprima un
sanglot.

« Je suis né un 24 Mai de cette année, et cela coïncide
avec le jour de ma mort.

Je vais faire court, enfin si tu le permets. Je sais que tu
ne veux pas de remerciements, et tu n’en aura pas, tu m’a redonné une humanité
que je voulais tuée, la mort serai une issue agréable pour mon sort, une issue
mais vois tu je suis lâché et j’ai préféré tout quitté et me cacher. »

« Je le savais! Tu es peu fréquentable mais il faudra
payer pour ce que tu as fait même si j’ignore ce que tu as réellement
fait. »

« Tout les jours où je me réveille et j’en paye le
prix, ma conscience m’en fait payer le prix. Mes rêves, mes pensées ne sont
jamais apaisées. Mon existence est cachée, je vis tapi comme un rat, je vis
dans la douleur d’un acte que j’ai commis, un stupide accident. Après ce que je
vais te raconter, ma vie basculera a nouveau, je n’aurai pas d’alcool pour
m’accrocher et ne pas sombrer encore dans la brèche que ce tremblement de terre
du destin va m’infliger. Mais peut-être que le destin t’a mis sur mon chemin
pour cela, expier, confesser l’horreur », Léa attentive écoutait le flot
de parole qui se déversait.

« Il fut un temps où tout me réussissais, je faisais un
travail que j’aimais et j’étais profondément amoureux. »

« Emma, voilà au moins pourquoi ce nom revenait sans
cesse, dans ton sommeil, dans ton délires. »

« Oui Emma, j’en ai parlé beaucoup? »

« Tu répétais juste son prénom, en hurlant, dans ton
sommeil et quand tu as voulu m’étrangler aussi. »

« J’ai voulu t’étrangler, et quand? J’en suis désolé,
je n’étais pas moi-même. Il y a longtemps que je ne suis plus moi-même, un
souvenir, je ne suis plus qu’un souvenir, je ne veux être que cela un bon
souvenir. ». Léa le regarda de haut quand il lui présenta ses excuses
alambiquées. « Drôle de façon de t’excuser, de toutes façons gardes les !
Je n’en veux pas ! »

Il continua son récit, lui expliquant son métier, détaillant
sa vie d’avant. Il s’arrêtait souvent, perdu dans ses souvenirs, les yeux dans
le vague et reprenait le cour de son récit. « Emma et moi, nous nous
étions rencontré via un site internet, un genre de Meetic. Il faut savoir que
je suis sadomasochiste depuis longtemps, enfin c’est elle qui me l’a fait
découvrir. J’aimais dans mes relations sexuelles, dominé mes partenaires,
j’avais envie de les brutaliser, de leur faire mal, je n’arrivai à jouir que
dans la souffrance que j’infligeais ou que l’on m’infligeait. Au début, j’ai eu
pas mal de soucis avec mes petites amies, beaucoup m’ont quitté à cause de
cela. Mais c’était plus fort que moi, le sexe était le révélateur de la
violence qui était présenté en moi. Et puis j’ai découvert ce site, beaucoup de
choses ont changé pour moi. J’ai fait pas mal de rencontres sur ce site,
beaucoup de filles étaient inscrites par effet de mode, d’autres voulaient essayer
et puis il y avait les vraies. Celles et ceux qui partageaient les mêmes envies
que moi. Emma fut la rencontre, nous nous voyons les samedi soirs, elle
m’initia aux codes qui régissaient nos jeux sexuels. Les mots pour dire à
l’autre qu’il allait trop loin, le fameux mot code, nous avions convenus d’un
mot nous aussi. Dés que nos jeux étaient trop violents, Emma ou moi, pouvions
dire le mot code et tout s’arrêtait. Nous ne l’avons pas utilisé souvent, même
jamais, juste un samedi soir. »

Il fit une pause, ferma les yeux, respira doucement et
profondément avant de reprendre son récit. « Ce samedi soir, on s’était
donné rendez vous au bord de mer. J’étais arrivé en avance. Elle arriva avec
quinze minutes de retard, elle prend place à côté de moi et commence a par
m’embrasser, je lui pardonnais tout quand j’étais dans ses bras, ses retards,
ses infidélités. Mais ce soir là, pendant qu’on faisait l’amour dans ma
voiture, elle était sur moi, j’avais les yeux dans ses yeux, les mains sur sa
gorge que je pouvais serrer à loisir. Et plus elle remuait son bassin sur moi,
plus je serrai sa gorge délicate. Elle aimait ce moment où l’air ne parvenait
pas suffisamment à ses poumons, elle commençait à perdre connaissance. Je
serrai toujours sa gorge tant qu’elle remuait sur moi, n’attendant qu’une chose
de jouir l’un de l’autre. A aucun moment, je n’ai entendu le mot, j’ai continué
à serrer, je vis ses lèvres bouger,  mais
aucun son ne sorti. Je ferma les yeux sur son regard dans le vague, les mains
toujours autours de sa gorge délicate et j’ai joui comme jamais. Après cette
explosion de bonheur, Emma ne réagit pas la tête posait sur mon épaule, je
l’avais épuisé comme jamais. Nous sommes resté dans les bras l’un de l’autre,
pendant une heure, endormis. A mon réveil, Emma était toujours sur mon épaule,
je remarquais que sa respiration était presque inexistante, elle ne réagissait
pas à son prénom. Je l’ai répété longtemps ce prénom. Jusqu’à ce que son corps
soit froid. Je suis sortie de la voiture après l’avoir installé sur le siège de
passager, je l’ai rhabillé et même coiffé. Je n’étais pas moi-même, fini le
Philippe cadre commercial, ma vie était foutue.

Je l’ai laissé là dans la voiture et j’ai couru loin.» Il
fini son récit en larme, son regard perdu dans son horrible passé, celui qui
était devenu un simple meurtrier.

C’était vrai que ce matin, il est vrai que la journée est
belle. Aujourd’hui il avait rendez-vous, Léa l’emmenait au commissariat à la
caserne Auvare. Stéphane était mort, Philippe revenait. Et finalement, il en
était soulagé.

Allongé dans le lit, il répéta le mot code qui était censé
les protéger, et le dit tout haut en revoyant son visage, « Sévère! Sévère !»