La petite tricheuse.. Partie 12…

Partie 12

Le temps de la tempête, je suis resté là, assis a cette
table. Spectateur impuissant de ce règlement de compte.

Après le départ de Myriam pour rejoindre sa chambre, j’ai
pris sur moi de partir pour me rendre au chevet de Virginie, laissant ces deux
femmes à leur destin, il n’y avait plus de danger, à mon avis, elles pouvaient
rester seules. Quelqu’un d’autre avait besoin de moi loin d’ici.

je les reverrai surement, cette histoire avait pris une
tournure qui ne laissait rien de bon a présager, je ne voulais pas jouer les
Cassandre, mais mon expérience de la famille Slaughter me permettais de prévoir
les catastrophes. Je franchissais la porte lorsque l’on me rappela que le
moment n’était pas encore venu de les quitter. Malgré, mes protestations, mes
supérieurs m’ordonnèrent de rester sur place, ma mission n’était donc pas
finie. Mes craintes étaient donc fondées, je devais les revoir, mais je ne
pensais pas si tôt et surtout pour qui ma hiérarchie voulait que je reste.

Qui vais-je devoir accompagner encore ? A quel membre de la
famille devrais-je tenir la main? Si l’intuition de mes supérieurs était bonne,
alors ma place était ici à faire mon travail. L’Italie pouvait attendre,
apparemment la petite Virginie ne craignait rien à l’abri dans le sarcophage de
son corps, mais ici dans cette ville de province, on avait besoin de moi. Sans
plus d’explication, je me suis retrouvé placé d’office dans la chambre de
Myriam, il fallait que j’attende là, encore en témoin impuissant, ce rôle me
fatiguait un peu, mais je l’avais accepté depuis si longtemps. Attendant
patiemment mon heure, enfin ce n’est pas le moment de me plaindre. Il y avait
des choses, des destins qui étaient entrain de se jouer. Mon expérience m’avait
appris que le hasard n’existait pas, quand j’étais encore professeur de
mathématiques le hasard était une probabilité, régie par les axiomes de
Kolmogorov. Le hasard était régi par la théorie de la probabilité et des
statistiques, on lançait un dé et a l’aide de méthode complexe de calcul, on
pouvait prévoir quelle face allait apparaître. Mais le destin d’un dé, n’est
pas comparable à l’humain. Le hasard pour les humains était une sorte de Dieu,
un être tout puissant, « le hasard fait bien les choses», cette phrase
populaire me fait toujours sourire, pour certaines personnes le hasard ne
faisait pas très bien le boulot. Peut-être que si j’avais appliqué mes théorèmes
sur les événements qui allaient suivre, j’aurai sûrement agit autrement, si il
me laissait agir, cela aurai été en contradiction avec toutes les lois en
vigueur dans ma profession. Toujours dans mes hautes considérations sur la
condition humaine, je regardais Myriam, son visage si beau sur lequel irradiait
un sourire. Elle rayonnait littéralement de joie.

Le dos appuyé contre la porte fermée, elle prit une profonde
inspiration et sourit.

Myriam avait réussi à garder son calme, enfin un calme
relatif puisqu’elle avait lancé un objet au visage de sa mère. Elle n’était pas
fière de ce geste, mais que cela lui fit du bien. Cette mère tant détestée
n’avait pu qu’entre apercevoir l’étendu de la haine que Myriam nourrissait a
son endroit. Sa colère l’emportera car elle se croyait plus forte mais quelque
chose en elle, une petite pointe de folie lui aiguillonnait l’esprit. Le cœur
battant, excitée par ce qu’elle venait d’accomplir, elle oublia d’écouter cette
petites voix qui allait lui jouer des tours. Un peu euphorique, elle s’assis
sur son lit, ouvrit le tiroir de sa table de chevet, pris le couteau qu’elle
gardait caché là depuis qu’un homme lui en avait fait cadeau. Drôle de cadeau,
mais cela faisait suite a une agression qu’elle avait sois disant subit. Un soir
rentrant a son domicile, elle se fit arracher son sac a main, essayant de se
défendre, elle avait récolté un coup de poing sur l’œil et un poignet qu’elle
s’était cassé en tombant après l’uppercut reçu en plein plexus solaire. L’homme
avait pris la fuite et la police n’avait jamais mit la main sur son agresseur. Son
petit amie de l’époque, un agent de sécurité d’un supermarché, lui avait
expliqué les bases de l’auto-défense, cours a l’appui et lui avait offert un
couteau a cran d’arrêt, l’arme la plus efficace selon lui pour se défendre
quand on est une femme, rapide, facile a manier, légère et surtout très
discrète dans un sac a main. Pas tout a fait séduite par la perspective d’avoir
un couteau a disposition, elle se fit une raison. Leur liaison dura un mois et
pour lui faire plaisir, elle garda le couteau dans son sac. Le jour où ils
rompirent, elle rangea ce cadeau idiot tout comme celui qui lui avait offert,
dans le tiroir de sa table de nuit. Oubliant son existence jusqu’a ce matin.
Elle prit le couteau dans ses mains, l’ouvrit délicatement et regarda la lame
fine et effilée, brillante et qui reflétait son image comme un miroir, elle
sourit et regarda son reflet dans le tranchant, elle vit son regard froid de
détermination, elle vit son incroyable assurance.

J’ai vu dans ce reflet la folie de ses pensées, son
inconscient n’avait pas oublié la promesse qu’elle s’était faite, les paroles
hurlées dans la rue ce matin là, je connaissais son objectif qu’elle avait
enfoui dans son cerveau malade, mais qui était présent dans ce reflet, et qui a
tout moment pouvait refaire surface. Comment et pourquoi, je n’ai pas la
réponse et je crois que Myriam non plus. Mais la bête tapit dans l’ombre de sa
raison allait bondir.

Heureuse a la pensée de sa mère a terre et blessée, elle
s’allongea sur son lit, épuisait de cette matinée riche en émotion. Elle
n’avait pas beaucoup dormi, elle avait combattu sa mère et chose plus
importante, elle avait réussi a se maitriser. Son médecin psychiatre sera fier
d’elle, enfin si elle le voyait encore, « il faudra que je reprenne rendez
vous. », pensa t-elle, «  il faut que je sois soutenu, et puis
Gregory ne doit pas s’apercevoir de mes faiblesses. Cela pourrait être
embêtant. Et si il voyait que j’avais du mal a maitriser mes colères. Me
quitterai t-il? Il ferait comme tout les autres, il partirait surement ! Mais
je ne le laisserai pas partir comme cela, je le retiendrai de toutes mes forces
! Il  sentira la puissance de mon amour
comme ça ! A la vie , à la mort ! Haut les cœurs ! j’ai gagné le droit de
me reposer un peu. ». Elle ferma les yeux et sombra bientôt dans un
sommeil agité avec dans les mains le couteau à cran d’arrêt qu’inconsciemment
elle avait gardé serré dans sa main droite. Son inconscient ne la laissait pas
tranquille, il revivait la matinée, rejouait cette mauvaise pièce de théâtre.
Elle se revoyait coucher dans les bras d’un autre. Sa crise de nerfs dans la
rue, elle revoyait la dispute avec sa mère. Elle ressentait toute cette haine
accumulée entre elles. Le sommeil n’était jamais réparateur pour les Slaughter,
leur cerveau se servait de cet état de somnolence pour décharger le trop-plein
d’émotion accumulée dans la journée, jamais en paix, la conscience passait le
relais a son ombre l’inconscient, pour gérer cette armada de sentiments.
Myriam, remua beaucoup, jetant les bras de droite à gauche, ses mains tâtonnant
les draps comme si elle cherchait la présence de quelqu’un, se tournant et
retournant brusquement, marmonnant des phrases incompréhensibles. Mais le couteau
restait toujours fermement dans ses mains malgré l’agitation de son sommeil.
Assis a son chevet je veillais et percevait toute l’agitation de son esprit,
elle rêva de sang, de violents coups de poing assénaient sur le visage de sa
mère, de longues chutes dans un trou sans fin. Elle se réveilla en sursaut,
perdue, angoissée.

Madame Slaughter, toujours assise à la table du salon, ne
croyait toujours pas que Myriam avait osé lui tenir tête, « une enquête
minutieuse va être menée, ma petite. Et je saurai ce qui se passe ! »,
elle se leva et alla écouter a la porte de la chambre de Myriam, elle avait,
soi-disant un coup de fil a donné, la question était à qui ? Et pourquoi
avait-elle le besoin de s’isoler pour téléphoner ? Des questions et peu de
pistes, elle colla l’oreille discrètement a la porte de la chambre et entendit
sa fille parler dans son sommeil, rien d’intelligible, elle n’était pas en train
de téléphoner, elle dormait. Depuis toute petite, elle parlait dans son sommeil
qu’elle avait très agité. « Au moins, cela n’a pas changé. » Se dit
sa mère pour se rassurer. Elle ne vit pas l’arme que tenait avec force sa
fille. Elle avait besoin de réassurance, son mode de pensée, ses mécanismes de
défense, son mode d’éducation avaient pris un sacré coup. Sans parler de son
honneur, si quelqu’un savait cela, si quelqu’un entendait et surtout croyait
les allégations de sa fille, elle aurait probablement maille à partir avec la
police. La crainte d’une telle éventualité la fit frémir. En revenant dans le
salon, elle renversa la photo de Bruno involontairement, en prenant le
téléphone sans fil qu’elle mît dans sa poche. Elle avait pris l’habitude d’avoir
toujours un téléphone dans sa poche, car elle avait beaucoup de mal à se
déplacer, c’était pratique pour répondre quand il sonnait, « il ne sonne
presque jamais. Qui m’appellerait ? La police, pour me dire où était passée
Virginie. » Se dirigeant, vers la table du salon pour s’y assoir et
réfléchir à la situation, elle prit la photo de Myriam et Virginie sur le living.
Debout devant le meuble du salon, son regard se portait exclusivement sur sa
cadette disparue. Si, ce qu’avait dit Myriam était vrai, alors il se pourrait
qu’elle ait pris le chemin de l’Italie. Peut-être que sa petite fille avait cru
aux mensonges de Bruno, après tout elle s’était laissée avoir elle aussi, comme
beaucoup d’autres, mais ce n’était pas un méchant homme son Bruno. Il avait des
défauts, mais avait de grandes qualités de cœur, généreux, gentil, honnête
enfin à sa façon, mais comment Myriam avait pu sortir autant de saletés à son
propos, si ce n’était que pour lui faire du mal a elle, sa mère! Les yeux
toujours rivaient sur la photo de Virginie, elle repensa au bon vieux temps, la
vie avec Bruno. Son rire sonore, son enthousiasme, son incroyable optimisme,
même quand le soir il rentrait effondré, ayant sûrement tout perdu au poker et
étant redevable de sommes a plusieurs zéros, il s’en sortait toujours. Elle
savait son talent pour les mensonges, mais au fil du temps elle avait appris à
lire en lui. Elle savait quand il mentait et quand il disait la vérité. Elle se
rappelait comment il jouait avec Virginie la faisant sauter sur ses genoux, lui
racontant des histoires, la berçant, quand bébé, elle se réveillait en hurlant.
Quel bon père il était, il lui apprit même des notions d’italien ! Un
papa, un vrai, pour Virginie et ce n’est pas Myriam qui allait changer cela.
C’est vrai, que Bruno dans son enthousiasme pour jouer avec les filles, avaient
parfois des gestes, des attitudes un peu déplacées. Elle se rappela de Myriam
en culotte et soutien gorge, qui se posait toujours sur ses genoux, Myriam,
toujours elle qui exigeait que Bruno aille la border, « à treize ans se
faire border comme un bébé, je t’en foutrais moi ! », dit-elle tout
haut. Elle avait parlé à Bruno de cette curieuse habitude d’aller coucher sa
grande fille, il lui avait dit que Myriam lui demandait le soir de la border,
« Jalouse de sa sœur, la pauvre petite, elle n’a plus de papa, elle.
Voyons chérie, soit plus compréhensive, a son âge les filles ont besoin
d’attention. Ce n’est pas grand-chose d’aller dire bonsoir a une jeune fille,
ça ne coute rien, juste un peu de temps et je veux bien lui accorder
ça. », lui dit-il les yeux dans les yeux, « Et tu me connais j’aime les
femmes moi, les vraies femmes comme toi, ma belle ! », et elle se
souvenait de ce soir-là, car il lui fit l’amour comme jamais, intensément,
passionnément, avec la fougue d’un jeune homme. En y réfléchissant bien, même
en analysant les attitudes qu’elle avait jugées déplacées, elle ne pouvait pas
concevoir une chose pareille. Non, il ne pouvait pas être ce que Myriam avait
décrit, un vulgaire pédophile, un homme voulant avoir des relations sexuelles
avec des enfants, elle était horrifiée.

Plongée dans ses pensées, elle n’entendit pas venir Myriam,
le sourire aux lèvres, le regard luisant d’un bleu acier. Elle ne sentit rien,
pas de douleur, pas de froid, juste la chaleur d’un liquide qui se répandait le
long de son dos et ruisselait le long de ses jambes de vieilles femmes, une
mare de sang se formait autour de ses pantoufles. Sans un mot, elle s’écroula,
la photo toujours dans les mains, un dernier regard sur le visage de Virginie.

Myriam rayonnait toujours de bonheur, heureuse de son geste.
Sautillant comme une enfant après une victoire ou une bonne note. Elle
contempla le corps de sa mère inconsciente, gisant dans son sang. Elle revivait
son rêve, mais à son grand regret, elle n’avait pu asséner les coups de poing,
« dommage, Huguette, j’ai tellement de bons souvenirs de tes claques sur
mon visage, j’aurai bien aimé que tu aies un souvenir de moi. » Dit-elle
en riant, et elle rajouta en hurlant, « Avant que tu ne crèves, crèves,
espèce de salope ! Tu ne nous as jamais aimés, tu n’aimais que toi !
Et maintenant tu meurs et personnes ne sera là, pour te sauver. », elle
rajouta sur un ton plus doux, « Tu vas pourrir, tu seras rongé par les vers. Je
te hais ! », elle s’agenouilla près de sa mère, posa son couteau,
trempa l’index et le majeur dans le sang de sa mère et le porta à sa bouche, « Ton
sang a le même goût que le mien, aussi sucré, avec cet arrière-goût de fer.
Nous avons le même sang toutes les deux, on est faite pareil, si je ne t’avais
pas tué, tu l’aurais fait, je le sais. Mais j’ai été plus rapide que toi. Nous
voilà débarrassés de toi, je vais pouvoir vivre libre, retrouver ma sœur, et
peut-être ma fille. Toutes ces années à te supporter, mais c’est fini
maintenant ! », elle caressa le visage de sa mère, et prononça sur un
ton martial, « heure du décès », fit semblant de consulter sa montre,
« On s’en fout, j’ai oublié d’en mettre ! », et se mît a rire de
sa blague.

Elle se releva comme si de rien n’était, alla préparer sa
valise dans sa chambre, réserva un billet d’avion pour Nice, et prit la porte,
laissant sa mère baigner dans son sang.

Une fois dehors, Myriam Slaughter prit son portable et
téléphona à Grégory. Il ne décrocha pas, elle laissa un message, « Pourrais-tu
me prendre à l’aéroport demain à onze heures, j’arrive. À demain chéri. »
Elle prit un taxi en direction de Paris, le chauffeur remarqua ses mains
tachées d’une substance rougeâtre, mais se dit qu’après tout dans ses HLM, il
devait se passer de drôle de choses, il était même possible que cette fille
seule, avec sa valise, dût sûrement fuir un mari violent, enfin d’après l’allure
et les sanglots de cette femme assise derrière son taxi. Cela lui paraissait
logique. Gentiment, il lui passa un mouchoir en papier pour qu’elle puisse s’essuyer
les yeux. Pour ne pas la gêner, il ne lui posa aucune question.

J’étais à ses côtés, son prénom prononcé par Myriam ne me
fut pas d’une grande utilité dans la tâche qui m’incombait, les Slaughter
défiaient toutes les lois et théorèmes mathématiques des probabilités. En
arrivait à ce gâchis, mes supérieurs avaient eu raison, mon travail ne faisait
que commencer. Je lui tendis les mains, « Huguette, allez debout, c’est l’heure. »,
habituellement, les gens répondaient par l’affirmative, mais j’avais oublié à
qui je parlais.

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Huguette Slaughter n’en avait pas fini.