La petite Tricheuse …. partie 11

Partie 11

J’entendis la porte d’entrée et les pleurs. Les clés jetées, une vitre brisée. Quelques cris puis le silence, lourd. Le genre de silence qui annonce une catastrophe, l’œil du cyclone.

Myriam le visage en larme, se tenait debout devant sa mère.

Une partie de leur discussion m’échappa puisque j’étais assis dans le salon, attendant le retour de Myriam. 

Mes supérieurs avaient prévu les débordements de violence dont était capable cette fille. Ce matin, j’aurai peut-être à accompagner quelqu’un, à l’éloigner tranquillement de cette vie douloureuse.

Mon esprit était trop préoccupé par L’Italie. J’avais été obligé de laisser Virginie, enfin Sofia  puisque malheureusement elle ne pouvait pas prononcer son vrai nom pour l’instant. C’est vrai que je n’étais pas très concentré sur le drame qui était en train de se jouer.

Je vis arriver la mère se déplaçant difficilement puis la fille traînant des pieds, les membres agités de tremblements, la bouche ouverte sur un cri qui ne voulait pas sortir. La vieille dame s’assoit à la table de la salle à manger, Myriam prenant place en face de sa mère, les coudes sur la table, la tête dans les mains, marmonnant des mots incompréhensibles, les yeux humides, elle tapait des pieds. Cette fille était à bout de nerfs, la crise n’était pas loin.

Je me rappellerai longtemps cette confrontation, pourtant témoin de plusieurs crises dans cette famille, celle-ci promettait d’être violente. Myriam avait grandi, elle n’était plus la petite fille obéissante qui ne laisser éclater sa colère que sur ses poupées. Les démembrant en les appelant maman. Ce matin, elle était dans cette disposition d’esprit, la petite communication qui s’était établie entre elle et sa sœur Virginie avait fait remonter toutes les souffrances qu’elle avait enfouies en elle. Regardant sa mère dans les yeux, elle lui dit, « Tu n’es pas une mère. Écoutes moi bien tu n’es pas une mère. », elle commença à se balancer sur sa chaise. 

La mère ne dit rien, attendant la tempête, préparant la riposte. Elle comprit que ce serait une discussion où il n’y aurait pas de quartier, c’était un abordage, un assaut, un combat. Les mots comme arme, le passé comme tranchée. Madame Slaughter avait affronter les colères d’Élisabeth, elle serait de taille à écouter sa déséquilibrée de fille, à la remettre dans les rails, la ramener à la raison. Elle serra le téléphone portable qu’elle avait dans la poche de son peignoir, elle pourrait toujours appeler les secours si Myriam dérapait. À vrai dire, c’était sa tactique, la faire sortir de ses gonds, la pousser dans les retranchements de sa raison qu’elle savait fragile, la pousser à bout, et à la fin appeler les pompiers pour la faire interner. Elle l’avait déjà fait, et c’est pourquoi j’étais présent. On ne sait jamais, si cette fois la mère perdait la bataille.

À les voir ainsi face à face, la ressemblance entre la mère et la fille était flagrante. Le même visage ovale, les mêmes traits fins qui adoucissaient le regard bleu acier, ce regard qui avait glacé d’effroi l’ami de Gregory. Ce regard qui en ce moment était glacial et luisait du feu de la folle colère qui animait ses deux femmes. La folie de leur destin, la folle décision d’une femme qui voulait faire de ses enfants de simples poupées obéissantes aveuglement à ses désirs. Elle pouvait jouer à loisir avec ses poupées, jeu dangereux, car ses filles étaient brisées psychologiquement. Élisabeth était psychotique, plus exactement schizophrène.

Myriam était atteinte de troubles que les médecins psychiatres pouvaient décrire comme « borderline » et Virginie était pour l’instant épargnée. Enfin quand je dis épargnée, c’est parce qu’elle n’avait pas encore de pathologie répertoriée clairement, son adolescence ne permettait pas encore de diagnostiquer un quelconque dérèglement de sa personnalité, il y avait quelques indices permettant de douter de la bonne santé mentale de Virginie, notamment cette habitude héritée de sa grande sœur d’avoir un besoin compulsif de sexe, n’importe quand et surtout avec n’importe qui, pourvu que se soit violent.

Myriam était en ce moment à la frontière de la folie, cette petite ligne qui pouvait être franchie, si sa mère d’un mot décidait qu’elle soit franchie.

Fragile Myriam, il ne fallait pas la mettre en difficulté, toujours cette peur de tout perdre, de ne pas être aimée, d’être abandonnée. Si par malheur, ces sentiments prenaient le dessus, la peur se transformait en violence, et son angoisse était comme un trou noir qui aspirait et détruisait tout. 

Madame Slaughter n’ignorait pas cet aspect de la psyché de sa fille, au contraire, sans cesse elle l’entretenait. La peur de l’abandon, la honte d’être abandonnée. Pauvre petite fille dans les griffes d’une femme qui ne pensait l’éducation qu’en terme de rapport de force.

J’étais assis entre les deux femmes et la tension était à son maximum. Des mots, des cris allaient fuser comme des balles de revolver. 

Myriam voulait tuer sa mère, et je ne pouvais rien faire.

Les yeux humides, Myriam répéta lentement « Tu n’es pas une mère. Écoutes moi bien tu n’es pas une mère. Tu ne l’as jamais été ! Je te déteste si fort et pourtant je n’arrive pas à t’en vouloir ». Les hostilités étaient ouvertes. 

Sa mère planta son regard dans celui de sa fille en signe de défi.

« Qu’est-ce qui te permet d’affirmer ça ? Et toi tu crois être la fille rêvée ! Tu crois que j’ai rêvé de mettre au monde une petite délurée. », sur le ton le plus neutre elle commença a planté ses banderilles

« Je ne suis pas une petite délurée, je n’ai rien fait, tu m’as tout enlever. Je ne suis rien, grâce à toi, chère Madame. »

« Madame ? C’est comme ça que tu t’adresses à ta mère ! Celle qui t’a élevé t’a nourrie. Le respect, tu ne connais pas. »

« J’ai du respect pour les gens que j’aime. », le ton se voulait provocateur, mais il en fallait plus pour déstabiliser une femme qui avait affronté tant de choses.

« Pour respecter les gens, chère petite, il faut déjà se respecter soi-même ! Pourtant, je t’ai appris les bonnes manières, je t’ai enseigné les bonnes valeurs à toi et tes sœurs. Regarde le résultat ! Myriam, regardes ce que tu es devenu, ce que tu as fait ! », elle tendit la main pour caresser le bras de sa fille en signe d’apaisement, les mots étaient trop fort, ils avaient atteint l’objectif. La colère envahie accapara entièrement Myriam. Elle se leva repoussa violemment la main de sa mère et renversa sa chaise en hurlant, « Ce que j’ai fait ! Sur tes conseils ! Tout ce que je regrette c’est à cause de toi. J’ai abandonné un bébé parce que selon toi je n’étais pas prête, un bébé que j’avais voulu. Oui, j’avais peur d’être une mauvaise mère, car comme exemple de mère je n’ai eu que ça ! » montrant sa mère du doigt, « Toi, que je n’arrive même plus à appeler maman ! J’ai côtoyé des mamans des vraies, les mamans de mes copines, de mes mecs, et elles étaient remplies d’amour pour leurs enfants. Sans avoir à en demander, ils en avaient des tonnes de l’amour. Moi, je devais me contenter des petites miettes que tu voulais bien nous donner ! » 

« Tu veux de l’amour, ma petite, ça se mérite l’amour. Qu’as-tu fait pour mériter d’être aimé, tu t’es contenté de sortir de mon ventre et puis après ? Tu n’es pas la première chose qui me sort du ventre. Aujourd’hui, je t’ai appelé, je me suis fait du souci pour toi. Et toi, t’es-tu demandé ce que je devenais ? Si j’avais mal aux jambes, ou si j’étais tombé. J’aurai pu mourir ! »

« Mourir, toi ? », elle se mit a rire, la ligne était franchie.

« Oui je ne suis pas éternel, un jour je mourrai. « 

« Le plus beau jour de ma vie, ma mère dévorait par les vers, pourrissant dans la terre humide et surtout seule ! Putain, toute seule, car personne ne viendra te voir ou déposer des fleurs ! »

« Petite idiote, je te parle de ma mort et tu t’en moques. Rappelle toi que tu ne travailles pas, que tu n’as toujours pas en ménage ! Mais au fait en parlant de solitude, tu ne te sens pas un peu seule toi ? Ah non, suis-je bête, tu as pleins d’amis dans ton répertoire téléphonique, un coup de fil et tu oublis ta solitude ! »

« Quoi ? Tu oses me reprocher d’avoir des amis, des relations ? C’est peut-être parce que tu n’arrives pas à avoir de relation amicale. Toi ! Tu es plus seule que moi ! Personne ne supporte plus ton personnage de mère courage ! Toujours a te plaindre, toujours à nous critiquer, à nous rabaisser ! »

« Oh, je préfère être seul que mal accompagné ! Tandis que toi et tes petites habitudes.. », susurra-t-elle, un sourire méchant se dessinant sur ses lèvres fines.

« Ça veut dire quoi ? », interloqué par la phrase de sa mère.

« Tu sais ces petites habitudes qui te laissent souvent sans culottes. Ces vilaines petites manies qui te font jouer les Marie couche toi là. Il paraît que ta culotte se retrouve très vite sur tes chevilles quand un garçon te plait, enfin quand tu en portes. Et puis s’il n’y avait que les garçons, mais il y a des filles aussi ! Tu me dégoûtes. Tu sais Myriam, les gens parlent. »

« Explique-toi ! Putain je ne comprends rien ! »

« Être mère, ce n’est pas seulement dire je t’aime a sa progéniture, c’est aussi veiller, surveiller. Depuis des années, on me rapporte des choses pas très propres sur la chair de ma chair. » dit-il les yeux mouillés.

« Arrête tes larmes, ça ne prend plus ! j’ai plus cinq ans ! »

« Il parait que tu fréquentes beaucoup d’hommes, que tu vas dans les bars pour en rencontrer et même coucher comme une vulgaire putain. Il parait même que tu faisais des parties fines avec des pompiers dans leurs casernes le soir. Ne dis pas non, je le sais, je t’ai suivi les soirs ou tu allais dans cette caserne. Tu prétextais toujours de passer la nuit chez ta meilleure amie, Géraldine ! Combien de fois j’ai téléphoné a la mère de Géraldine et tu brillais par ton absence ! J’ai honte de ma fille, tu n’es qu’une putain. Tu te rappelles du principal qui m’avait appelé a la maison parce qu’un surveillant t’avait surprise avec une fille dans les toilettes du collège, toutes les deux en train de vous caresser, de vous embrasser. Tu avais quel âge, déjà, quatorze, quinze ans ! tu as oublié tout ça ? Ou, je continue la liste ? Et ton attitude envers les hommes plus âgés, tu aimais t’exhiber devant eux. Même devant Bruno ! Petite fille ingrate ! », le passé, les erreurs commises lancées comme des grenades achevèrent de briser la barrière entre la colère et son déchaînement.

« Je ne suis pas une pute ! je ne suis pas une pute ! », Myriam recula sous la violence des mots de sa mère, s’appuya contre le mur du salon et se laissa tomber comme touché par une balle de revolver, la blessure n’était pas grave, mais suffisamment profonde pour que le sang coule abondamment, elle était encore vivante. Elle releva la tête et lança la contre-offensive, « Élisabeth faisait pareil, Virginie fait pareil, toutes les trois nous sommes tes filles et nous faisons pareil ! Et tu veux savoir pourquoi. »

« Franchement non, vos débauches, votre nature perverse ne m’intéressent pas ! vous n’êtes pas digne de moi ! » dit-elle en baissant le regard.

« Regarde-moi, je vais te le dire. Nous avons tellement besoin d’amour, un besoin immense, tu sais cet amour dont tu nous prives. Et bien on essaye de le trouver, on essaye de trouver des gens pour qui on a assez de valeur pour être aimé.

Des personnes qui nous donnent le sentiment de compter. Pour toi, on ne compte pas, nous ne sommes que tes faire valoir ! »

« Si vous êtes mes faires valoir, vous ne valez pas grand-chose ! »

« Putain je n’en peux plus, tu nous vois souffrir, faire des choses terribles et tu ne fais rien. Tu ne nous aides pas. On doit être moins que rien a tes yeux ! Je voudrais être parfois un meuble, tu sais, juste un meuble ! »

« Et pourquoi ? En voilà une idée étrange ! »

« Oui un meuble, parce que les meubles eux ont eu la chance d’être effleuré gentiment par tes mains, tu as toujours aimé les meubles », les larmes coulaient amères.

« Les meubles sont silencieux et ne demandent rien, juste d’être dépoussiérés ! Tu veux que je te dépoussière ? » dit-elle fier de son trait d’humour.

« Ma vie ne vaut rien. », elle se releva un peu chancelante et se dirigea vers le living.

« Non elle ne vaut pas grand-chose en effet ! »

« Comme la vie de mes sœurs. Je me rappelle de ce que tu as dit sur la tombe de ma sœur. Tu sais Élisabeth, tu l’as traité de salope et tu as craché sur sa tombe ! Élisabeth, ma sœur. », Myriam se mit à sangloter au souvenir de cette scène affreuse.

« Je t’interdis de prononcer son nom ! tu sais que c’est interdit ici, en ma présence ! »

« Elisabeth, Élisabeth!! », tout en riant elle cria le prénom de sa sœur, « Élisabeth !! »

« Arrête-toi tout de suite ! au lieu de crier son nom, le nom de cette petite garce de droguée, tu devrais m’aider a retrouver Virginie ! Tu as pensé à elle ? Au lieu de penser à cette petite, tu préfères parler d’une sale petite salope ! »

« Ne la traite plus de Salope ou je te…. », elle ne finit pas sa phrase et prit dans le meuble living un bibelot et le jeta au visage de sa mère, heureusement elle visait mal, mais ce que je craignais aller arriver. Sa mère avait gagné, la ligne était franchie, elle prit son téléphone et essaya de composer le 112.

« Non, pas ça ! Arrête, je n’ai rien fait. Tu l’as cherché. Et puis je n’en ai pas fini avec toi, nous n’avons pas fini de discuter. », Myriam lui arracha le téléphone des mains et le lança par la fenêtre, brisant le carreau.

Sous le choc, Madame Slaugther reprit contenance en répondant, bravant sa fille, « Pour moi l’accident est clos, il n’y a pas de discussion ! tu as voulu me tuer ! j’appelle la police. », elle se leva pour aller prendre le téléphone fixe posait sur le living, Myriam la repoussa et elle retomba sur sa chaise. Myriam lui répondit sur un ton plat, sans émotion,

« Si j’avais pu oui, mais je suis lâche ! Élisabeth a été lâche aussi, elle nous a quittés, elle t’a fui, et pour ce qui est de Virginie tu sais pourquoi elle est partie, pour te fuir, c’est vrai, mais pas seulement. », elle prit le cadre d’une photo dans ses mains et la regarda tout en parlant. « Elle est partie à cause de Bruno, sur les traces de son passé. Tu sais, les fameuses origines italiennes qu’il s’était inventées. Naples, sa famille, etc.. Tu n’as rien dit à Virginie que Bruno était un sale menteur, voleur et coureur de jupon ! Tu as oublié de… comment tu définit le rôle d’une mère déjà ? Ah oui, veiller, surveiller ! tu as failli à ton rôle ! Non ? »

« Tais-toi ! » siffla sa mère, le ton se voulait cassant, mais en fait elle était un peu déstabilisée. Elle ne s’attendait pas à la contre-attaque. Myriam était en progrès, d’où lui venait cette nouvelle assurance. 

« Me taire, cela fait des années que je me tais. Je tais mes peurs, mon manque de tendresse, ma détresse de femme abandonnant un enfant. Je tais ce qui hurle, je tais ce qui devrait sortir de moi. Ce matin j’ai décidé que cela devait finir. Je ne me tairai plus ! j’ai décidé de comprendre pourquoi mes sœurs et moi nous en sommes là ! », la photo qu’elle tenait dans les mains, Virginie et elle, en été, il y a deux ans de cela, sa sœur souriante, belle. « Ou es-tu ? Ninie. »

« Facile à comprendre, vous êtes malades. Les médecins le savent. Eux ! »

« Oui nous sommes malades ! je le sais, comme toi finalement. »

« Malade ? Je le suis pour avoir eu deux filles comme vous, maudite femme que je suis ! »

« Trois enfants n’oublies pas. Moi, je n’ai pas oublié que tu es responsable de la mort d’une d’entre nous. »

« Tais toi, espèce de petite sotte, tu ne sais rien. Responsable de rien du tout ! »

« Je sais que notre famille, enfin si on peut appeler ça comme ça, est malade. Et si on parlait de Bruno, ce cher Bruno ! Tu ne savais pas qu’il courrait les jupons ? Tu l’ignorais ? Et puis peu importait l’âge du jupon ! »

« Tais-toi ! N’espère même pas que j’aille écouter des idioties pareilles ! Bruno s’est toujours bien comporté avec nous, il travaillait et vous nourrissait ne faisant aucune distinction entre toi et ta sœur ! »

« Ah bon ? C’est sur qu’il nous aimait bien, à tel point que le soir il aimait bien venir me bercer, tu te souviens ? Le temps qu’il passait dans ma chambre… », elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que sa mère se leva oubliant son arthrose et hurla, « je t’interdis de salir sa mémoire ! espèce de garce ! il ne t’a jamais touché ! jamais, tu m’entends ! Je lui ai demandé ! Tu crois que je ne voyais pas quel jeu tu jouais en te promenant en petite culotte devant lui, t’asseyant sur ses genoux, te blottissant en culotte contre lui comme une petite garce que tu es. »

« Alors, un homme est homme, ce n’est pas ce que tu nous as toujours enseigné ? », le dos toujours tourné, la photo dans les mains, elle sentit le malaise provoqué par ses déclarations sur sa mère. Elle en était fière, sa mère si puissante était chancelante et c’était elle, Myriam qui avait réussi ça.

« Jamais ! il n’a jamais fait ça ! c’est honteux de salir la mémoire d’un mort ! »

« Si ! il me touchait le soir quand tu n’étais pas là. Il aimait caresser mes fesses, mes seins, et je devais le caresser aussi. Je me rappelle de son putain de membre durci quand il se frottait contre moi ! »

« Jamais, cela ne s’est jamais produit, tu ne mens ! «, hurla-t-elle, ‘Jamais, d’ailleurs, comment un homme tel que lui aurait touché une fille comme toi ? Il n’y a que dans les bars ou peut-être dans les prisons que tu auras une chance que l’on te touche. Petite menteuse !’

Touchée en plein cœur. Madame Slaugther se laissa tomber sur sa chaise, le visage enfoui dans les mains, remuant la tête de droite à gauche en marmonnant pour elle-même ‘Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai, mais qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu !’. Mais que racontait Myriam, Bruno un vulgaire pédophile, qui ne pouvait pas s’empêcher de toucher sa fille. Certes elle connaissait Bruno, elle savait qu’il aimait les femmes, c’était un sujet de dispute entre eux, mais jamais il n’aura touché à l’une de ses filles, elle l’aura su. 

Une mère sent ces choses-là, sauf que Madame Slaugther était tout sauf une mère. Elle n’avait pas l’instinct maternel, cela ne s’apprend pas. C’était une femme qui devait jouer un rôle, ce n’était pas naturel. 

Myriam se retourna pour contempler sa mère anéantie, ce secret qu’elle portait en elle avait été divulgué, Bruno ce salaud était démasqué, lui qui avait fait en sorte de maintenir sa proie dans le silence, le chantage sur les mauvaises notes, sur son comportement quand le principal du collège appelait. Bruno obtenait le silence de Myriam en passant une sorte de marché, je ne dis rien à ta mère, si tu ne dis rien. Donnant, donnant. Ce que Myriam ne savait pas à l’époque c’est que sa mère était au courant des dérapages de sa fille au collège, Bruno lui racontait tout. Maître chanteur, il promettait de quitter Madame Slaugter si elle punissait sa fille à cause de son comportement. Marché étrange, Myriam gardait le silence contre le silence de Bruno, celui-ci avait acheté le silence de sa mère. 

Que de silence dans cette triste affaire !

Myriam reprit la parole, ‘Je vais te quitter, je ne veux plus jamais avoir affaire à toi ! Demain je ferai mes valises, en attendant je ne veux pas être dérangé. J’ai un coup de téléphone à passer. Avant d’arriver à la maison, son portable avait sonné, Gregory l’avait appelé.

Gregory sera son salut, sera sa clé.

Madame Slaughter, dignement assise à la table, regarda sa fille prendre la direction de sa chambre. ‘Tu me le paieras, ma petite. Je ne sais pas où tu vas, ni avec qui, mais je le découvrirai. Mentir et salir ainsi un homme !’ 

Je regardais cette femme incrédule, son regard fixé sur la photo de Bruno posée sur le living, elle se mit à pleurer.