La petite tricheuse… Partie 9

Partie 9

Il chercha la force de lui parler de Myriam, assis en face
de Frank devant une tasse de café, à la terrasse d’un bar situé sur une place
dans le vieux Nice. Il respira un grand coup, ferma les yeux et commença son
récit.

« Frank, depuis l’histoire avec Stéphanie. J’ai
beaucoup de mal à faire confiance aux femmes. Je ne vois en elle que des
traitresses, des profiteuses. Elles t’aguichent pour mieux te faire du mal,
elles te séduisent pour mieux te mettre par terre. », dit il en le fixant
intensément.

« Attends, mon ami. Je m’en veux pour Stéphanie et tout
le reste, j’ai merdé, vraiment merdé sur ce coup-là. Tu sais on n’en a jamais
vraiment parlé, franchement de toi a moi ce qu’elle t’a fait c’est dégueulasse ! »

« Mais vous étiez deux, tu ne vas pas essayer de lui
faire porter le chapeau, et puis c’est de l’histoire ancienne. De toute façon
tu as été bien puni, elle est partie en te soutirant tout le pognon qu’elle
pouvait ! », Souriant il prit une gorgée de café et poursuivi.

« Je l’ai aimé cette nana. J’ai été détruit. Depuis les
femmes pour moi ne sont que des jouets, et j’adore jouer, tu me connais. Je ne
ressentais plus rien avec une femme, il n’était jamais question d’amour.
Comment après ce qu’il s’était passé pouvoir faire confiance aveuglément a une
femme ? Pouvoir dire je t’aime à une personne qui va partager ta vie,
pouvoir être honnête avec elle. Comment s’engager ? »

« Tu doutes de tes sentiments ou des femmes en général ? »,
assis tranquillement, Frank  se tortilla
sur sa chaise, réajusta sa chemise et s’avança un peu vers Gregory, les bras
croisés sur la table. C’était le Frank que les années n’avaient pas changé,
toujours prêt a combattre, sa philosophie l’attaque pour convaincre. En vrai
sportif, il savait que dans la vie rien n’est gagné, ni l’amour, ni l’amitié,
c’est un combat de tous les jours. Dans cette conversation qui s’engageait, il
savait qu’il allait être mis en cause, accusé. La meilleure défense c’est
l’attaque. « Tu crois que je dois encore m’excuser, je suis responsable à
vie de tes problèmes sentimentaux ? Je croyais qu’entre amis on s’était
pardonné, on avait tiré un trait sur tout ça. Te guérir je ne pourrai pas !
Revenir en arrière non plus ! Tu te rappelles le nombre de fois ou je t’ai
couvert quand tu merdais avec Stéphanie, quand tu lui mentais, quand tu allais
avec d’autres sous prétexte d’une soirée trop arrosée ! N’oublie pas ça,
si tu veux que l’on s’explique franchement, n’omet rien, soit honnête avec toi
même ! »

Le coup était rude, rappelaient ses erreurs de jeunesse,
Gregory ne s’attendait pas à ça. Décontenancé par les propos véhéments de son
ami, il baissa le regard et bafouilla quelques mots, « je sais tout
ça. », puis reprit le cours de la conversation, « je sais que tu m’as
aidé, là n’est pas la question. Désolé, je ne voulais pas remettre en cause ta
loyauté. J’ai confiance en toi. Enfin j’ai retrouvé confiance en toi, depuis
que tu m’as téléphoné un jour pour t’excuser. Mais je te l’ai dit, je ne suis
pas là pour parler de Stéphanie. Arrête de la mettre entre nous. Elle
appartient au passé, c’est une créature du passé, un monstre dans un placard.
Et je ne rentrerai pas dans ton jeu ! »

« Alors de qui parlons-nous ou de quoi ? Explique-toi
et arrête de tourner autour du pot. Ça m’énerve, cette façon que tu as de ne
pas parler franchement en homme, de parler par énigme. Tu m’as pris pour un
putain de Sherlock Holmes. Allez Greg lâche toi. », Frank visiblement
satisfait de sa stratégie, se décontracta, appuya son dos contre la chaise, un
regard interrogateur posé sur Gregory qui se remettait de l’estocade qu’il lui
avait portée.

« J’essaye de t’expliquer que j’ai rencontré une fille,
personne n’est au courant, sauf toi.  Mais je ne sais pas comment faire et
quoi faire. Elle est spéciale pour moi, et cela fait longtemps que je n’ai pas
ressenti ça. Tu sais cette excitation quand tu la vois, cette sensation de cœur
qui s’arrête quand elle s’en va. Ce regard que tu ne pas t’empêcher de poser
sur elle a chaque instant, détaillant le moindre de ses traits, remerciant le
destin d’avoir mis une aussi jolie personne sur ta route. Et puis l’émotion que
tu ressens quand tu effleures ses lèvres. », il ne put finir sa phrase,
Frank sauta sur l’occasion, heureux visiblement pour son ami. Il s’anima,

« Cela fait combien de temps que tu me caches ça !
Je suis réellement content pour toi, ça fait plaisir d’entendre une chose
pareille avant le déjeuner ! Tu l’aimes vraiment cette gonzesse ? Où
c’est juste un passage ! »

« Écoute Frank, je crois que je l’aime, enfin cela fait à
peine un mois que l’on se fréquente, mais je me sens bien avec elle, j’ai la
sensation que je pourrai baisser la garde, que je pourrai peut être envisager
de lui faire confiance. »

« Confiance en une femme ? T’es sérieux là ?
Greg, on ne fait jamais confiance aux femmes, c’est notre règle d’or. Regarde
la confiance que l’on a placée envers elles, envers toutes celles que nos vies
ont croisées, regarde ou cela nous a menés. Toi qui ne peux pas être heureux en
couple qui fuit l’idée même du couple et moi qui après avoir trahie mon
meilleur ami, me retrouve divorcé avec un tas de problèmes avec mon ex !
 Les femmes tu les prends, tu culbutes et tu jettes, c’est simple.
Rappelle toi, on fonctionnait toujours comme ça. » Gregory n’écoutait
plus. Il pensait à Frank, depuis qu’ils se connaissaient rien n’avait changé.
Enfin, il semblait que quelque chose en lui avait été modifié, il n’envisageait
plus la vie comme avant. Il s’aperçut qu’il y avait un avant et un après
Myriam.

Pour Gregory de nouvelles perspectives s’offraient à lui, un
nouveau cycle avait commencé, il était temps que s’achève sa période de
notation, de classification dans un carnet. Ce fameux petit carnet qu’il
gardait sur lui en permanence, sur lequel était consignée toute sa vie
amoureuse. Le carnet était une idée de Frank, une idée que Gregory allait ranger
dans la catégorie souvenir de jeunesse. Gregory avançait, tandis que pour Frank
la vie était toujours la même.

Les années passaient et Frank restait coincé aux années
lycées.

Éternel adolescent sentimental, ce garçon avait essayé de se
mettre en ménage depuis son divorce, mais sur la Côte d’Azur les tentations
étaient nombreuses, surtout quand la saison estivale battait son plein. Les
filles bronzées, les corps huilés allongés paresseusement sur des serviettes,
la plage ce terrain de chasse privilégié de Frank.

Sa boutique était située à cinq minutes du bord de mer,
malheureusement pour lui, l’appel de la mer était trop fort et à portée de
marche. Jouisseur, noceur invétéré, Frank se mettait en ménage à peu près une
fois par mois. Et c’était à cet homme-là que Gregory confiait ses projets
amoureux. À cette pensée, Gregory sourit, ayant perdu depuis longtemps le fil
de la conversation, en fait à l’évocation de la règle d’or, il s’était dit qu’il
y avait un fossé entre eux. Ils resteraient amis, Gregory n’en doutait pas une
seconde, mais ils n’étaient plus sur la même longueur d’onde. Gregory avait
enfin mûri, prêt à faire le grand pas, une fois rentré à Paris, il parlerait a
Myriam. Cette conversation aura au moins servi à ça, Gregory acquit la
certitude qu’il fallait au moins essayer. Après tout, il n’avait rien à perdre.

« Greg ! Oh Greg ! Tu m’écoutes ? »,
Frank s’apercevant de l’absence d’attention de son ami, lui secoua légèrement
le bras pour capter son attention. « Tu me suis ! T’es où là ?
Au fait elle ressemble a quoi cette nana, elle est jolie au moins ? »

Sortant son portable, Gregory chercha dans ses albums, une
photo de Myriam.

« Tiens regardes. » Il tendit son téléphone à
Frank.

« Pas mal ! Et tu l’as rencontré où ? Raconte-moi
tout ! », il regarda attentivement la photo. Aimant les jolies
femmes, il la détailla avec attention.

C’était une photo prise un jour de beau temps, le soleil
baigné le portrait de cette femme qu’il jugeait avoir à peu près une trentaine
d’années. Visage aux traits dessinés, esquissés avec douceur, aux boucles
brunes qui tombaient en cascade sur des épaules nues. Une peau très blanche qui
semblait très douce. Sur une petite bouche aux lèvres rouges un sourire
s’épanouissait et découvrait des dents très blanches, bien régulières. Les yeux
bleus, un regard d’acier qui contrastait avec la douceur de son visage. Frank
remarqua ces yeux durs et froids presque inhumains, ce regard qui exprimait la
rudesse et qui trahissait la personnalité de Myriam. Sans le savoir, son ami
avait découvert un trait de caractère essentiel dans ces prunelles, belles,
mais froides. Elle regardait le monde avec froideur, comme un prédateur attend
sa proie. À cette pensée, il eut des frissons. Pour un gars qui avait connu les
plaquages et autres désagréments d’un sport violent, la peur d’une femme
n’était pas à prendre à la légère. Il ne dit rien de ce sentiment de peur de
faire de la peine son ami. Hormis le regard qu’il essayait de fuir, il
s’attacha à regarder le beau galbe de sa poitrine mise en valeur par une
chemise blanche très peu boutonnée et légèrement transparente. La pause se
voulait un peu suggestive, sexy sans être provocante, laissant deviner plutôt
que montrer. C’était une jolie fille, il n’y avait rien à rajouter. Mais ce
regard froid et déterminé qu’elle essayait de dissimuler par un sourire
ternissait la douceur de l’ensemble. Frank était sûr que si tout en elle
pouvait être heureuse, il existait en elle une zone cachée qui ne le serait
jamais, le regard de cette fille en était la porte d’entrée, Gregory ne devrait
jamais franchir cette porte, il en avait la conviction les yeux ne quittant
plus le regard de Myriam. Les yeux le miroir de l’âme, si cette phrase était
vraie, alors l’âme de cette femme était froide comme la mort.

«  Pas mal du tout, mais vous vous êtes rencontrés
comment ? Dans le nord vous avez aussi des jolies filles et pas seulement
des boudins alors ! » dit-il souriant de toutes ses dents.

« Dans un café, je lisais et elle est venue s’assoir à
la table à cote de la mienne. Elle était au téléphone passablement énervé, un
souci avec sa mère. Enfin c’est ce que j’ai appris une fois que je me suis
inquiété de son état quand raccrochant son téléphone, elle se mit à
pleurer. »

« Oh, et tu as joué au chevalier servant. Tu l’as
consolé ! ç Greg le chevalier, c’est le moment du rire enregistré non !
C’est comme dans un roman dit donc ta rencontre ! », ajouta-t-il
hilare.

« Je te défends de tourner ça en ridicule ! tu ne
peux pas t’en empêcher, espèce de gamin ! »

Toujours rigolant, « ça va continue, promis sur la Kama
sutra, je ne me moquerai plus »

« Je ne sais plus ou j’en suis. Bon je lui offre un café, on
papote. Les trucs habituels et banals, le boulot, la météo, la difficulté de
vivre a Paris avec un seul salaire, l’interrogatoire de base quoi ! »

« Et tu sais quoi de cette fille ? » redevenu
sérieux tout à coup, Frank regarda encore une fois la photo.

« Bah, elle bossait dans un cabinet dentaire et puis
suite a un problème familial elle a du arrête pour s’occuper de sa mère âgée,
elle est célibataire et vit chez sa mère comme tu t’en doutes. C’est une fille
bien, s’occuper de sa mère âgée qui commence à perdre la tête, laisser son
boulot pour ça. Perso je n’en serai pas capable ! »

« Célibataire, une vieille a charge, au chômage. Je
résume encore ou tu comprends tout seul ? » Les yeux allant de la
photo de Myriam à Gregory.

« Non, ce n’est pas un Casos ! Elle n’est pas précaire
et ne vit pas d’allocations, espèce de sale mec de droite ! il faut que je
te la présente et tu verras la gentillesse de cette fille. Et puis elle est
intelligente, elle a lu Kant, Kierkegaard aime la peinture, poète à ses heures
perdues. Elle m’a fait lire ses écrits, il faut aimer, c’est un peu
noir. »

« Hum tu l’as bien dans la peau celle-ci pour que tu
t’intéresses a ce qu’elle a dans la tête et pas dans le décolleté. Dommage,
parce qu’au niveau décolleté, c’est même très intéressant. » Souriant à
l’image du décolleté.

3 Donnes moi ça, gros pourri de pervers, je le crois pas ça,
je te parle d’elle, de ce que je ressens, je te montre une photo et toi tu
mattes son décolleté ! Punaise tu ne changeras pas toi ! », reprenant
le portable des mains de Frank, Gregory se mit debout sur le point de quitter
son ami

« On se quitte pas fâché ! Excuse-moi ? Allez
soit cool ! », dit-il sur son ton de petit garçon qui a fait une
bêtise, c’était le ton qu’il employait quand pris en flagrant délit d’adultère
par une de ses conquêtes, il essayait d’arranger les choses et d’obtenir un
pardon.

« Arrêtes Frank, je ne suis pas une de tes chéries,
fais pas chier ! Non pas fâché, mais je dois déjeuner et puis emmener ma
mère chez le cardiologue. », il ne voulait pas déjeuner avec lui, un petit
peu rancunier.

« Je t’appelle ce soir, on se fait une plage après la
fermeture de la boutique, et après apéro au 3D, ça marche ? »

« OK, ça marche. À ce soir ! Ciao mec », il allait
partir quand Frank posa sa main sur son épaule.

« Je suis content pour toi mec, sincèrement. Et si tu veux
me la présenter, ce sera avec plaisir. Si tu es heureux, c’est le
principal ». Sincère, il serra la main de Gregory.

Il regardait Gregory s’éloigner, reprit sa chaise à la
terrasse du bar, mit ses lunettes de soleil sur le nez, et essaya d’oublier le
regard de Myriam.

Normal
0

21

false
false
false

FR
JA
X-NONE

/* Style Definitions */
table.MsoNormalTable
{mso-style-name: »Tableau Normal »;
mso-tstyle-rowband-size:0;
mso-tstyle-colband-size:0;
mso-style-noshow:yes;
mso-style-priority:99;
mso-style-parent: » »;
mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;
mso-para-margin-top:0cm;
mso-para-margin-right:0cm;
mso-para-margin-bottom:10.0pt;
mso-para-margin-left:0cm;
mso-pagination:widow-orphan;
font-size:10.0pt;
font-family:Cambria;
mso-ascii-font-family:Cambria;
mso-ascii-theme-font:minor-latin;
mso-hansi-font-family:Cambria;
mso-hansi-theme-font:minor-latin;
mso-fareast-language:JA;}

« J’espère que je me suis trompé, mec » dit il en
finissant son café.