La petite tricheuse partie 8

Partie 8

 

Il y avait ces lieux. Tous ces lieux qu’elle avait visités.

Villa avec piscine sur les collines, au bord de mer,
voitures de luxe. Il y avait aussi ses hommes tous protecteurs au début et puis
dominateurs à la fin. Il y avait toujours ces chambres confortables, avec terrasses
et grandes baies vitrées. Combien de journées passées dans des lits, dans des
piscines a ne rien faire qu’à s’évader pour ne pas être complètement souillée.

Il y avait l’argent, la fête après, la drogue toujours. Le
matin pour se réveiller, la journée pour tenir la cadence infernale et puis le
soir pour la fête. Elle ne se rappelait pas de moment de bonheur ni de moment
de tristesse. Elle se rappelait des crises d’euphorie, de ces moments d’intense
faiblesse, d’extrême fatigue, de ses jours passés sans manger.

Elle ne se rappelait pas de tout, son esprit avait bloqué l’accès
à sa mémoire, à cette partie de la mémoire où son enfance pris fin. Elle se
réfugiait toujours dans sa « bulle » pendant ces moments pénibles et
douloureux. Son corps était sur terre, mais son esprit était coincé dans un
endroit fait pour elle, un lieu de protection, un abri sûr et familier.

Elle se rappelait des mains, de toutes ces mains posaient
sur sa peau nue, en sentait encore la douceur, la force. Encore aujourd’hui,
brisée, allongée sur un lit d’hôpital, l’oreiller et ses longs cheveux noirs
mouillés de larmes, paralysées par l’émotion et les traumatismes de sa psyché,
elle contentait le nombre de fois où elle fut obligée de se projeter dans ce
monde.

Je lui avais donné les clés de ce monde onirique, de ce
monde d’au-delà de la souffrance, une terre où son âme pouvait se reposer loin
de son corps utilisé. Comment s’était-elle retrouvée dans cette situation ?
Elle seule savait, enfin nous le savions tous les deux. Je pourrais vous
raconter son parcours, mais je préfère que ce soit elle qui soit prête à vous
raconter son histoire et pour l’instant, lui tenant encore la main veillant sur
son réveil, je savais que ce moment n’était pas encore à l’ordre du jour. Dans
les méandres de son cerveau, la vérité voulait rester cachée. Ma petite plante
sans racine n’était pas prête à revivre ce parcours, encore une tempête du
destin et cette plante sera déracinée.

Tout n’est pas clair, la vérité éclairera d’un jour nouveau
la personnalité de cette jeune fille.

Regardant ce visage, légèrement tuméfié, où les coups ont
laissé un arc-en-ciel autour de son œil droit, une lèvre fendue, et un bel
hématome qui selon les médecins se situerais dans le cerveau et comprimerai une
zone spécifique qui pour l’instant et malgré le drainage, la laissait clouée au
lit sans pouvoir bouger le moindre doigt. Elle prisonnière de son destin sera
peut être prisonnière a vie de son corps, seule fenêtre ouverte sur l’extérieur
sa capacité à se projeter dans sa « bulle ».

Déposer comme on dépose un paquet, abandonner devant l’hôpital
où pour le moment elle végétait ma petite plante. Quel affreux destin ? Si
j’avais pu enfreindre encore une fois les lois, j’aurai pu lui épargner ça. Ne
me prenais pas pour un salaud de lâche, ma tâche en ce bas monde est bien plus
complexe et je ne suis pas libre de mes mouvements. Je ne décide pas du destin
des gens, je laisse ça à mes supérieurs, chacun son métier. Pour Myriam j’ai
dérogé à la règle, ne pas interférer dans les événements, un procès m’a été
fait, du sursis m’a été accordé avec une mise a l’épreuve, je suis placé sous
surveillance. Si je veux encore assumer la charge que l’on m’a confiée, il faut
que je me conforme aux lois, un point c’est tout. Pour l’instant ma mission
auprès de ses petites n’est pas finie. Pas de justifications, vous autres n’êtes
pas en mesure de comprendre.

J’en été où. Jeter sur la voie publique, comme on jette une
poubelle, ce corps devant l’hôpital laisser pour mort. Quel martyre avait-elle
enduré ? Pour un certain nombre, j’étais présent pour accompagnement,
terme de mon contrat de mission. À la vue de ce corps, cette poupée de chiffon,
une infirmière des urgences qui était en pause fumait une cigarette en
compagnie d’un interne en médecine, se précipita tandis que la voiture, dans un
crissement de pneu disparut. Le futur médecin se précipita à l’intérieur du
service des urgences pour demander un brancard et du matériel de réanimations,
l’infirmière aida les brancardiers à mettre la jeune fille sur le brancard avec
les précautions d’usage. Le personnel médical et paramédical emmena ce corps
sans vie dans les urgences, diagnostic posé après les examens radiologiques,
hématome sous-dural, drainé en urgence. Quelques jours de soins intensifs, et
nous voilà tout les deux dans cette chambre.

Parfois, elle remuait un doigt, signe d’espoir pour les
soignants d’une guérison, les infirmières se comportaient comme des mères avec
elle, la lavant avec soin, la massant, lui parlant doucement à son oreille. Les
médecins aimaient voir des images de son cerveau, s’émerveillant devant une
zone qui était stimulée et qui réagissait, se désolant quand une thérapeutique
ne donnait pas les résultats escomptés. Les médecins ne comprenaient pas que
cette jeune fille restait dans cet état neurovégétatif alors que le cerveau n’avait
pas de séquelles. Elle devenait un sujet d’étude, un cas d’école.

C’était un mystère médical et administratif, pour l’administration
de l’hôpital elle n’avait pas de nom, en effet, jeté sur la voie publique comme
cela, il était rare que ces filles soient en possession de leurs papiers d’identité.
Elle n’était personne. La police prévenue des son hospitalisation ne possédait
aucune piste pour retrouver son identité, vu son âge estimé à quinze ou seize
ans, cela ressemblait a une fugue. Pour l’instant, la police attendait son
réveil pour connaître son identité et savoir qui elle était. Les infirmières
l’avaient baptisé Sofia. Sofia avait été battue selon les premières
constatations du médecin légiste, et peut être abusée sexuellement, du moins c’est
ce que les examens gynécologiques avaient révélé, il y avait plusieurs lésions
vaginales et anales qui suggérées des pratiques sexuelles violentes. Les
analyses toxicologiques avaient parlé, des traces d’opiacés et surtout du GHB,
la drogue des violeurs avait été retrouvée dans son sang. Tous ces éléments
conduisaient à penser à une de ces filles de l’Est, prostituées de force par
une bande mafieuse. Pour la police cela ne faisait aucun doute. Sofia était
sûrement une victime du trafic d’être humain qui échouait dans les rues, ils
allaient enquêter auprès des associations qui s’occupent des migrantes
prostituées. Cela allait prendre beaucoup de temps. Le procureur en charge de l’affaire
nomma un inspecteur pour l’enquête, Ciro Alamito, un officier qui avait
plusieurs enquêtes sur les bras, dont un règlement de compte entre deux bandes
rivales qui avait fait jusqu’à aujourd’hui dix morts. Quand l’inspetoré Alamito
avait été prévenu qu’on lui attribué cette affaire, il l’a mît en sous une pile
de dossiers, après tout une pute qui se faisait défoncer la tronche par un Mac,
ce n’était pas nouveau. Le dossier attendait sagement son heure. Heureusement
pour la dénommer Sofia, le séjour hospitalier coûtait beaucoup d’argent et en
ces temps de crises et de restrictions budgétaires, le cas Sofia remonta la
hiérarchie, du médecin au médecin-chef de service jusqu’à la comptabilité en
passant par l’administrateur de l’hôpital qui remit le dossier à son directeur
en le sommant de trouver une solution à cette question qui agitait les couloirs
de l’hôpital, qu’allait-on faire de Sofia ? Pas de famille, pas de noms ni
de nationalité, intransportable, cette petite patiente commençait à gêner l’hôpital,
vu qu’elle immobilisait un lit gracieusement.

La fille du directeur de l’hôpital qui n’était que l’infirmière
qui avait ramassé Sofia, très émue par le destin de cette adolescente faisait
le siège du bureau du procureur pour savoir où en était l’enquête. Le dossier
Sofia commençait vraiment à prendre une grande importance. Elle faisait aussi
le siège du bureau de son père pour qu’il fasse intervenir ses nombreuses
relations. Très impliquée, l’infirmière faisait tout ce qui était en son
pouvoir pour faire avancer l’enquête. Elle était en guerre contre les
injustices et profitais du statut et des amis de son père pour faire des dons à
des œuvres caritatives. Ces derniers temps elle s’était engagée avec une
collègue de travail dans une association d’aide aux prostituées sans papier,
deux fois par semaine elle sillonnait les rues de Naples la nuit dans une
camionnette en compagnie de sa collègue et d’autres volontaires, distribuant
préservatifs, cafés ou boissons chaudes à ces travailleuses du sexe. Elle leur
prodiguait des conseils, des adresses de médecins. Sofia pour elle était une
cause à défendre. À force d’en parler à son père, son directeur de père excédé
par sa fille unique, passa un coup de fil au procureur qui fit de même à son
chef de la police qui convoqua Ciro Alamito dans son bureau. Ciro était sommé d’enquêter
et de résoudre l’affaire de cette prostituée étrangère, le plus rapidement.

« Mais les enquêtes en cours ? Le règlement de
compte qui continue ! Ça tombe comme des mouches en ce moment ! »

« Laisse tomber, cette affaire est prioritaire ! J’ai
reçu des ordres. Le directeur de l’hôpital à des amis bien placés et veut être
débarrassé de ce problème. Une gamine étrangère dans le coma qui monopolise un
lit d’hôpital qui pourrait servir à un italien. Cela ne peut pas durer. »

« Mais les putes sans papiers, ils en crèvent par
centaines dans les rues de Naples et tout le monde s’en fout ! Alors pourquoi
celle-ci on s’en préoccuperait ? »

« Écoute, je t’ai dit que le directeur avait des amis
bien placés. Et c’est tout ce que tu dois savoir. C’est un ordre ! Ne
commence pas à m’emmerder, obéis. »

Ciro sortit du bureau en claquant la porte et prit la
direction de l’hôpital pour aller voir cette petite pute.

Enfin, on allait s’occuper du nom de cette petite. En
attendant, elle continuait à voyager, dans son lit. Elle courait à perdre à
haleine.

Entendant les pas de Ciro Alamito, je pris la porte et sortie
de la chambre. En me retournant, je vis ses yeux clignés et deux doigts jouant
sur un piano imaginaire. À cet instant, je savais que deux sœurs se parlaient.
Le lien était établi, la communication était rétablie. Les destins ne feraient
plus qu’un.

Ciao bella.

Je pris mon avion personnel direction Nice et puis Paris, je
crois que dans ces villes d’après le mail de mes supérieurs, les âmes auraient
besoin de mes compétences. Je sais qui j’allais retrouver, encore de vieilles
connaissances.

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Drôle de métier que le mien, je ne me plains pas, mais vous
m’accorderez qu’il y a certains destins qui sont compliqués.