la petite tricheuse … Partie 7

Partie 7

 

Cela fait une semaine qu’il était arrivé à Nice.

La première semaine, il avait attendu son appel. Tous les
jours, il consultait son portable, ses mails, pas l’ombre d’une nouvelle. Il ne
comprenait pas, pourtant la veille de son départ, ils s’étaient quittés comme
deux amoureux, ils dînèrent, firent l’amour et se dirent au revoir, se
promettant fidélité, coups de téléphones journaliers et bonheur. Enfin, il
avait tiré comme conclusion qu’elle devait être en colère, en y réfléchissant
un peu, il est vrai qu’elle n’était pas heureuse de son voyage, elle le lui
avait reproché. Pourtant il lui avait expliqué qu’il ne voyait ses parents
qu’une ou deux fois dans l’année, que c’était des dates importantes pour lui,
elle lui reprochait son égoïsme. « Pourquoi je ne viendrais pas avec toi ? »
Le regard empli de défi.

Il avait botté en touche en lui disant que c’était un peu
trop précipité, pour être présenté à ses parents il fallait qu’il soit sûr que
c’était sérieux. Après tout, ils ne se fréquentaient que depuis un mois. Le ton
de la conversation monta d’un cran, cela sentait la dispute, il désamorça la
situation en lui promettant qu’à son retour, il pourrait se laisser convaincre
de faire un autre aller-retour à Nice en sa compagnie.

Elle s’en contenta, pour l’instant elle n’avait pas le
choix. Elle attendrait son tour patiemment. La discussion était close, enfin
pour lui.

Personne pour l’instant personne n’était au courant de
l’existence de Myriam, sa mère lui avait dit au cours d’un diner, sa tristesse
de n’être toujours pas grand-mère a son âge. Frank, son ami d’enfance, lui
avait demandé s’il partageait la vie de quelqu’un. À chaque question, Gregory
faisait semblant de ne pas comprendre et changeait de sujet.

Dans la chambre de son enfance, il attendait que le soleil
se lève. Allongé sur le dos, le corps couvert de sa couette, il laissait son
esprit vagabonder. Ses parents devaient encore dormir, son père même âgé
conservait l’habitude de se lever à l’aube. Enfant, Gregory se rappelait
l’odeur du café qui montait de la cuisine, les bruits familiers des tasses, des
couverts que sa mère posait sur la grande table en bois rapidement. Le vieux
poste de radio allumé sur la station de RTL que son père écoutait tous les
matins que Dieu fasse. Les premières paroles échangées entre eux, les pages du
journal que son père faisait claqué en les tournant, le bruit des pas de sa
mère dans l’escalier qui montait pour le réveiller. Le poids de sa mère qui
s’asseyait sur le bord de son lit, la chaleur de son corps qui l’enlacer. La
douceur sa voix quand elle lui murmurer à l’oreille qu’il était l’heure de se
réveiller pour aller a l’école, le baiser délicatement déposé sur sa joue de
petit garçon, l’odeur de son haleine caféinée. Plongé dans ses souvenirs,
l’odeur familière du café monta à ses narines, le fameux jingle de la station
RTL retentit dans la maison, il s’attendait presque à voir débarquer sa mère
pour le réveiller et l’envoyer a l’école. Dans cette maison, il redevenait le
petit garçon qui courrait dans la cuisine pour sauter sur les genoux de son
père et buvait son chocolat au lait sous le regard tendre de sa mère.

Il regarda le réveil, 6 heures 30, c’est l’heure a laquelle
la maison s’éveillait. Il sauta du lit et descendit rejoindre son père dans la
cuisine. Les volets ouverts, orientés a l’Est la cuisine le matin était inondée
de soleil, son père assis au bout de la table, trônant tel un roi, devant son
bol de café, le nez plongé dans le Nice Matin, le journal de référence de la
famille, silencieux. Rien n’avait changé, le papier peint a fleur était
toujours le même, un peu défraîchi, les meubles solides offerts par les parents
de sa mère en cadeau de mariage étaient là patinés par le temps. La vaisselle
n’avait pas changé, bols ébréchés dans les placards. Tout était à sa place,
fidèle aux souvenirs de son enfance. Gregory se servait un café, s’assieds à la
table à côté de son père.

« Bonjour, Papa. Bien dormi ? » Il savait que sa
question resterait sans réponse en effet le matin son père n’aimait pas parler.
Silencieusement attablé, il but son café. Il entendait sa mère a l’étage
commençait a ouvrir les volets de toutes les pièces et aérées les pièces, été
comme hiver les fenêtres de la maison étaient ouvertes tous les matins. Ce
matin il se sentait nostalgique, il pensait à son départ, il devrait à nouveau
quitter ses parents, sa maison, sa région pour retourner à Paris, reprendre le
cours de sa vie. Métro, boulot et dodo, et depuis peu une fille dans sa vie qui
lui mettait du baume au coeur et qui ce matin le mettait au supplice ?
Toujours aucune nouvelle.

Ce matin, il avait prévu de descendre au bord de mer, se
balader, flâner sur la promenade des Anglais, passer dire bonjour à son ami
d’enfance Frank et peut-être déjeuner avec lui. Sans programme précis, il finit
son café, lava son bol et monta à l’étage se préparer pour sortir.

« Bonjour Maman. », dit-il en croisant sa mère, et
s’enferma dans la salle de bain avant que sa mère l’accapare. Autant son père
était silencieux le matin, autant sa mère était volubile.

Habillé, rasé de prés au volant de la voiture de location,
il roulait sur la grande corniche et descendait vers le centre-ville. Il
adorait cette route, c’était pour lui la plus belle vue sur la baie des anges
de toutes les routes de la région niçoise. La grande bleue infinie scintillante
dans le soleil matinal qui se laissait admirer depuis la pointe du Cap Ferrat a
la pointe du cap d’Antibes.

Il était sous le charme de la cote d’azur, il en oubliait,
Myriam et son silence. Myriam qui ne lui donnait aucune nouvelle, cette idée
insupportable le tourmentait et gâchée un peu son séjour. Ce matin au volant,
l’idée était là et la douleur de l’absence toujours aussi violente. « Il
faut que j’en parle à Frank, lui comprendra. »

Il se gara dans le parking sous-terrain du cour Saleya et
prit le chemin de la boutique de fringue de Frank qu’il avait ouverte dans le
vieux Nice. Petite boutique de fringue pour homme de créateur, au milieu
d’autre boutique, au bout de trois années difficiles, Frank avait réussi a se
constituer une clientèle fidèle assez conséquente, ce qui pour Gregory était
incompréhensible, comment des hommes pouvaient acheter une chemise bariolée de
vert ou un tee-shirt simple noir avec une pour seule touche créative une
inscription, blanche en lettre cursive d’écolier, délivrant un message aussi
niais que « j’aime aimer » ou « je suis ce que je suis »
pour une somme aussi exorbitante de quatre-vingts euros.. Qui pouvait se
permettre de mettre autant d’argent dans un tee-shirt, et surtout afficher des
slogans aussi bêtes.

Frank faisait les cent pas devant sa boutique, fumant une
cigarette, le portable vissait à l’oreille. Gregory s’approcha et attendit que
son ami raccroche, il était lancé dans une conversation animée, il faisait de
grands gestes, parlait vite et fort et ne s’aperçût même pas de sa présence.

« Va te faire voir, tu n’auras pas un sous, pas un cent
que dalle ! », raccrocha et regarda Gregory planté devant lui.

« Tu te rends compte, je lui donne deux cents euros par
mois d’honoraires, et ce con de comptable oublie de déclarer… », il
s’arrêta au milieu de sa phrase et pris conscience de la présence de Gregory.
« Hello mon pote ça va ! excuse-moi je ne t’avais pas vu, je suis
toujours énervé quand je parle a ce vautour. Il me met en rage ! Viens mon
pote dans mes bras. »

« Salut Frank », accolade de deux vieux potes au
milieu de la rue. Frank était un homme légèrement plus grand que Gregory, son
corps était massif, il avait gardé la corpulence de ses années de joueur de
rugby. Son visage était la mémoire de son sport, notamment ses oreilles en choux-fleurs,
son nez épais maintes fois cassé, ce visage déformé par le sport lui conférait
une allure de voyou et impressionnait les gens. Les filles adoraient sa gueule
cassée, elles interprétaient ses infirmités comme une autant de traces de
virilité. Pour Gregory, la virilité supposée de Frank n’avait pas de sens, un
visage n’était viril que par la façon dont il était abimé, donc il fallait être
un combattant pour séduire. Idioties. Sujet de discorde entre eux quand une
fille s’intéressait à l’un ou à l’autre, Frank mettait en avant sa voix grave
et sa gueule cassée, tandis que Gregory préférait mettre en avant ses bonnes
manières et son côté séducteur. Courtoisie, politesse, charmes, Gregory jouait
la douceur plutôt que la manière virile de Frank. 

« Qu’est-ce qui t’amène, on se refait une virée,
restos, boite jusqu’au petit matin. J’espère que tu ne vas pas m’en vouloir
pour samedi soir, j’avais trop bu. Punaise sacrée soirée. Sur notre échelle des
meilleures soirées, celle-ci n’est pas loin de prendre la première place devant
celle de notre Bac. Tu te souviens de la fête du bac. »

« Franchement je ne m’en rappelle plus, tu n’étais pas
le seul à avoir trop bu samedi. Je passais pour prendre un café avec toi et
discuter, j’ai besoin de ton avis, on se connait depuis l’école primaire, tu es
comme mon frère. »

« T’as un problème, tu sais que tu peux compter sur
moi, demande-moi ce que tu veux. », le regard amical de Frank dans celui
de Gregory.

« Non pas de problèmes, des questions, un tas de
questions. »

« Il y a une fille là-dessous, celle que tu as draguée
en boite samedi soir, la mignonne brunette. T’aurai dû te la faire, elle te dévorait
des yeux cette petite. Si c’était moi, il y aurait longtemps que je l’aurai
prise dans mon lit. », Souriant a cette idée, ne laissant pas le temps de
répondre, Frank emmena Gregory s’assoir a une table d’un café voisin laissant
la boutique au soin de sa nouvelle vendeuse.
« Alors que se passe-t-il ? Depuis que tu es
revenu à Nice, je te sens préoccupé de plus en plus. Il y a une fille qui te
prend la tête ? »
« Ouais, plus ou moins. », Gregory regarda son ami
en face, cherchant dans son regard une preuve de la confiance qu’il pouvait
mettre dans cet homme qui l’avait déjà trahie.
« Raconte, tu ne veux pas que je te tire les vers du
nez. Pas de secret entre nous. Si je peux aider un ami, surtout toi, va y déballes
tout. »
Assis à cette terrasse de café, Gregory s’apprêta à livrer
son coeur à son amie. Pour la première fois depuis la trahison de Stéphanie,
les deux amis d’enfance allaient parler de sentiments. Gregory ne put s’empêcher
de revoir l’image de Stéphanie sa fiancée partir de la cérémonie pour le
rejoindre lui son frère de coeur. Un étrange frisson le parcourut, une peur de
se livrer à nouveau a une personne qui vous a trahie. Le nez devant son expresso
en face de son ami, Gregory osa lui parler de Myriam.