La petite tricheuse Partie 6

Partie 6

Six heures du matin à en croire le radio réveil. Une paupière se lève contrainte par un rayon de soleil filtrant entre les rideaux tirés, un mal de tête achève de la réveiller. Elle enlève le bras qui entoure sa taille, elle sent le souffle dans sa nuque, une respiration lente et régulière d’un homme endormi. Elle essaye de se lever, sans faire de bruit pour aller aux toilettes. Elle tâtonne pour trouver sa culotte par terre, sans y parvenir. Elle se lève malgré tout et contemple l’homme couché sur le côté. Brun, mal rasé, elle contemple son dos velu et son torse tout aussi velu. Tant de poils sur un homme, c’était à peine concevable. Elle chercha du regard la porte des toilettes, une fois localisé elle s’y précipita.
Assise sur le siège des toilettes, elle essaya de se rappeler sa nuit, rassembler les pièces du puzzle. Elle connait bien ce jeu, dans son esprit il y avait un bar, des verres, de la joie, des sourires échangés, des sous-entendus, des hommes et puis un qui avait attiré son attention.
Finalement, en y réfléchissant, c’était toujours le même homme, le même profil, brun, les traits bien marqués comme le caractère, séducteur et le détail qui fait la différence, son corps. Elle aimait les hommes aux corps musclés, aux torses puissants, avec de grandes mains puissantes. Elle aimait se faire bousculer, légèrement mal traitée, le sexe avec ce soupçon de soumission. L’homme devait pouvoir la dominer pour lui donner du plaisir. Ce plaisir brut, cette sublime sensation qui dominait sa vie, elle le recherchait désespérément, violemment. Elle avait la nausée comme chaque fois, elle ne se supportait pas quand elle agissait ainsi avec les hommes, elle voulait de l’amour et pour en recevoir elle était prête a tout, a donner son corps, tout entière devenue un objet sexuel entre les mains de ces hommes qui la désiraient. Qu’importe le nombre de bras pourvu qu’ils la serrent fort à en étouffer de plaisir. Être désiré quel bonheur pour Myriam, qui ne se trouvait pas jolie, sa mère lui avait assez répété qu’elle manquait de beauté et de charme, « il faut que tu ne comptes que sur le sexe pour retenir un homme, ce n’est pas avec ton visage et ton esprit que tu vas les faire rester avec toi ! quel homme voudrait de toi, voyons ma petite ! », lui dit-elle à longueur d’année. Pour un « je t’aime », elle traverserait la ville pour se réfugier dans les bras d’un inconnu le temps d’une nuit qu’elle prenait pour de l’amour, pour ne pas être seule, pour ne pas se sentir abandonnée. Parfois, il lui arrivé de douter de la pertinence de ses actes, mais vite oublié dans les bras d’un homme, qui pendant qui la pénétrait lui murmurer « je t’aime ». Elle avait la nausée, une violente et urgente envie de vomir la prit. Elle vomit, violemment, elle vomit la douleur de l’abandon, la honte de s’être encore comporté comme une vulgaire putain, la tête penchait sur la cuvette des toilettes, nue en larme, elle vomit son bébé abandonné elle recracha toute sa douleur dans d’intenses contractions stomacales qui n’étaient que l’expression de son mal-être, de sa honte d’être vivante. Elle se mit a crier de dégoût, réveillant le garçon qui dormait profondément, inquiet d’entendre pleurer, hurler et même rire parfois, il se précipita à la porte « tout va bien. Hey oh ! Ça va ? » interrogant, l’oreille collée contre la porte. Il commença à s’énerver « euh, comment va-tu ? Je ne veux pas de problème chez moi ! Si tu n’ouvres pas cette porte, j’appelle les flics. » Il marmonna pour lui-même, « lever des filles dans les bars, c’est toujours une source d’ennuis. Elle est peut être droguée, je n’ai pas caché mon portefeuille, j’espère qu’elle ne m’a rien piqué ! punaise de junkies. » Toujours l’oreille collée à l’affût du moindre sons suspects, il regarda d’un œil inquisiteur l’amas de fringues au pied du lit. Il croyait peut-être trouver un sachet de poudre ou une seringue. Il se mit a rire, « elle me fait flipper cette conne, mais punaise c’est un super coup au plumard ! » À cette pensée, il sentit monté une envie. Un peu inquiet il essaya d’ouvrir la porte, tournant la poignée, porte fermée. Il aurait dû s’en douter. « Eh oh, tu vas ouvrir la porte ! Maintenant ça suffit », essayant de forcer la porte il força de tout son poids et Myriam sortit des toilettes, ouvrant la porte violemment, et le garçon chuta lourdement par terre. « Mais putain qu’est ce que tu veux ! Tu ne vois pas que j’étais aux toilettes, tu voulais qu’on partage les toilettes aussi ? Espèce de con ! ». Elle se jette sur le lit, alluma une cigarette et souffla la fumée au plafond. « J’ai besoin de me reposer ! T’en a pas asseoir cette nuit ? Tu veux encore me prendre comme un sauvage, me violer ? » hurla-t-elle. Debout, l’homme n’arrive pas à réaliser ce qu’elle raconte. « T’es une malade toi. Tu veux que je te viole ? Ça va pas ! Allez va te rhabiller, et rentre chez toi ! » joignant le geste à la parole, il lui tendit ses sous-vêtements et lui prit violemment le bras pour la faire lever de son lit. « Casse toi, pétasse ! » hurla-t-il, la fixant de son regard le plus noir. Myriam adorait ça, ces marques d’autorités masculines qui faisaient d’elle une petite fille, elle se laissa entraîner contre lui et commença à le caresser doucement. Décontenancé, légèrement excité il se laissa faire, abandonnant l’idée de la mettre a la porte, « autant en profiter et puis après on verra. », se dit-il avant qu’elle ne parcoure son bas ventre de baisers. Pendant ce temps, Myriam ne pensait à rien, elle était comme désincarnée, plus de honte ni de chagrin, tout était oublié, pardonné. Derrière les paupières clauses, il n’y avait rien d’humain, il y avait juste la satisfaction d’un besoin animal. Dans ce duel de corps, elle n’était rien qu’un objet que rien ne pouvait enfin atteindre. Souffle court, râle, cris, explosion de plaisir, elle s’effondra sur lui, cet inconnu qui lui permettait d’être une autre. Myriam décida qu’il était temps de partir, et sans plus d’explication se leva, contempla ce garçon encore rempli de désir et de plaisir, et consciencieusement se rhabilla.
Le regard posait sur elle, « Au fait, tu t’appelles comment ? Tu ne m’as pas dit ton prénom. »
« Peu importe, tu veux savoir quoi ? Si ça m’a plu, la réponse est oui. Ça flatte ta conscience de mâle ? Non, on ne se reverra pas donc tu n’as pas besoin de connaitre mon prénom. Je ne suis rien ni personne, et tu ne me dois rien, je ne suis pas une putain. » Le ton de la voix de Myriam montait en puissance, ses gestes pour se rhabiller étaient maladroits.
« Pourtant, si ça t’a plu, pourquoi un de ces soirs on ne remettrait pas ça ? Effectivement on ne se doit rien ? Il n’y a pas de mal à prendre du plaisir. Restes encore un peu. », il se rapprocha et tenta de lui prendre la main.
Elle enleva sa main rapidement, « Jamais, tu m’entends, jamais on ne se reverra. Je vais passer cette porte et disparaitre. Pour toi je ne suis qu’un vagin, que des lèvres, penses à moi comme a une poupée gonflable ! De toutes les manières je ne suis bonne qu’a ça. », des larmes commençaient a couler, la voix étranglée. « N’essaye pas de me rappeler ! Je ne veux pas de toi, ton sexe m’a suffi. En tant qu’être humain tu ne m’intéresses pas ! » Debout a moitié habillée, elle lui demanda s’il fallait qu’elle claque la porte ou s’il voulait l’accompagnait pour fermer a clés. « Je m’en fou, fais ce que tu veux ! », elle prit la porte et sans un adieu disparu de sa vie. « Quel bon coups cette nana ! Complètement folle, mais au lit une déesse. », il se remit sous la couette, et a 10 h du matin se rendormit.
Myriam se retrouva dans la rue seule, dans quel coin de Paris, elle ne se rappelait plus, » ce n’est pas grave, je vais demander mon chemin ». Elle consulta sa messagerie, ses SMS, ses mails, Gregory l’avait peut être appelée ou écrit. Rien. Juste un mot de sa mère, un laconique « comment vas-tu ? ». Elle cria en pleine rue, commença à donner des coups de pieds dans les poubelles, elle se prit la tête entre les mains et répétant, « Je vais mal, maman. Je vais SUPER MAL !! Tu ne comprends pas !! Non, non !! » Sous le regard étonné des passants, elle s’écroula par terre en larme. Myriam, la petite fille était à terre, la femme était écrasée sous le poids de l’enfance.
Les téléphones sortaient des poches, des gens bien intentionnés avaient appelé les secours devant le spectacle d’une femme en larmes, hurlant et cassant tout ce qu’il y avait a porté de pieds. Ne pouvant intervenir, je lui chuchotais de se lever et de partir, car si les pompiers ou la police arrivaient, ils se poseraient la question de son identité et peut être ferait il le lien entre elle et une petite fille abandonnée dans une chambre d’hôpital. Je sais ce que vous allez penser, il ne fallait pas intervenir, mais pour ma défense Monsieur, je dois vous le dire, comment rester de marbre devant la souffrance. De puis combien de temps je ne vois que la souffrance dans cette famille, je n’ai jamais interféré dans sa vie, mais là mon coté humain a pris le dessus. Je sais que pour cet acte je pourrai être suspendu, faites de moi ce que vous voudrez, mais au nom de ce qu’il me reste d’humanité je ne regrette pas mon geste. Les conséquences ont été infimes par rapport au risque pris. Peut-être ai-je mis trop d’affects dans cette mission que vous m’avez confiée. Oui c’est la première fois que je craque et par le passé vous n’avez rien à me reprocher, un bon petit serviteur. Et je veux le rester. Alors, pardonnez cette petite incartade.
Myriam se releva et fila dans une petite rue. Qu’elle aimerait se blottir dans les bras de sa petite sœur, Virginie, disparue depuis des mois ! Mais que devient-elle ? Un frisson la parcourut à l’évocation du prénom de sa sœur, comme si un courant d’air froid avait parcouru la rue. Elle réajusta son manteau, elle avait froid. Dés qu’elle pensait a Virginie, de drôle de sensations la parcouraient, souvent de froid, de solitude et de peur mêlée. Elle ne pouvait en parler a personne, même pas a sa mère pour qui Virginie était le diable incarné puisqu’elle ressemblait tant a Élisabeth, sa fugue, son impatience, sa révolte non contenue. Virginie obsédait par l’Italie depuis toute petite. Et tout ça à cause des mensonges de sa mère sur le père de Virginie, le bel italien séducteur et mauvais garçon. Bruno qui avait berné tout le monde avec son Italie pour touriste, il n’avait d’italien que les paquets de pâtes qu’il achetait au supermarché. Myriam à l’évocation de son beau père était en rage, il racontait la vie en Italie de son enfance, Naples et sa pseudo famille. Virginie petite fille écoutait ces merveilleuses histoires napolitaines, « Ma chérie, un jour je t’emmènerai voir la Méditerranée vue depuis la colline du Pausillipe, le Vésuve, il vesuvio, comme on l’appelle là-bas. » Conneries, Virginie y a cru. En fait, Myriam l’avait appris par la suite, Bruno était un enfant de l’assistance public qui avait mal tourné, et qui après avoir vu un film sur la mafia, s’était décrété citoyen italien napolitain. Un jour de dispute, comme souvent entre elle et sa mère quand il s’agissait de prendre la défense de Virginie, le secret avait été divulgué. Virginie ignorait tout, car sa sœur s’était mise en tête de la protéger, il fallait qu’elle garde une bonne image de son père, Myriam n’avait pas eu la chance d’avoir une image digne de son père, abimée, écornée par la haine de sa mère. Toujours cette maman, au centre de sa vie. Cette mère dévoreuse de vie, ce génie qui tourmentait la vie de tous ceux qui croisaient son chemin.
« Je te hais !!! Je te hais, tu m’entends maman ! », dans cette petite ruelle froide, une femme criait sa haine, son désespoir. Il fallait qu’elle s’échappe de cette vie, de ce diktat maternel. Elle téléphona a Gregory, tomba sur sa messagerie, il devait être dans un endroit qui ne captait pas le réseau, une panne de batterie. « Tant pis, je voulais te parler. Emmène-moi en Italie. », ses mots libérés la sidéra. Comment avait-elle pu dire ça ? Et pourquoi l’Italie, surement la pensée de sa sœur perdue, en fuite ?
Il fallait qu’il dise oui, une décision ferme et définitive.
Des sirènes de pompiers en fond sonore, elle prit le chemin du retour sur les indications des passants. Nerveuse, impatiente de dire la vérité à sa mère, elle voulait lui dire son immense haine accumulée tout au long de ces années, lui hurlait sa détresse, elle avait même l’envie de la tuer. À l’horreur de cette pensée, elle s’arrêta au milieu de la rue, prise de vertige, titubante, ivre de colère, elle s’appuya contre le mur d’un immeuble. « Non. », simple mot venu a l’esprit, réalisant ce qu’elle pensait depuis longtemps. Tuer sa mère. Émotions fortes, si intensément partagées par toutes les sœurs Slaughter. Cette envie était comme un lien qui les unissait toutes les trois même si une de trois n’était plus là. Le meurtre, la mort de ce démon exorciseraient peut-être la douleur de vivre que les sœurs ressentaient. Le froid la saisit, des notes de piano résonnèrent, des notes qu’elle connaissait puisque Virginie les jouait. Une faille s’ouvrit ou deux sœurs communiquaient au travers d’un morceau de musique. Une portée pour communiquer entre deux mondes.
Myriam ferma les yeux. Et quelque part en Italie une fille fragile, une petite fille sans racine ouvrit les yeux, avec dans la tête une petite musique, quelques notes de piano.