La petite tricheuse partie 4…

Partie 4

Cette musique venait d’où.
Elle l’entendait, l’hypnotisait, l’envoûtait. Mettre un nom dessus, voyons. “Je l’ai joué au piano cet air, rappelles toi, fais un effort bon Dieu !!” . Elle tendit l’oreille, se concentrant.
Elle ferma les yeux, essaya d’écouter par tous ses sens la musique. Sa peau frissonna, son ouïe en éveille, de toute sa concentration elle essaya de toucher la musique, de la sentir.
La conscience tendue, elle écouta encore cette musique. Comme on lui avait appris au conservatoire. Son professeur de piano lui répétais que la musique était un sixième sens, et que pour le mettre en œuvre, il fallait savoir utiliser tout ses autres sens. Sentir une note, ressentir un phrasé, écouter un accord,regarder une portée, goûter la mélodie. Oui , les cinq sens, elle se rappelle.
Cette musique divine, mélancolique qui s’emballe à mesure que le chagrin inonde le cœur, met en rage l’âme, et comme une vague se retire pour ne laisser que la mélancolie.
Ce phrasé unique, mélancolique, ces notes de musiques comme autant de larmes versées sur une partition de vie , de sa vie, elle frissonne . C’est un opus tant de fois répété.
– tu ne reconnais pas cet air là ? Petite mademoiselle!!
Une voix avec un accent canadien, l’apostropha. Elle ouvrit les yeux, tourna la tête de droite à gauche. Personne a l’horizon.
-Alors petite mademoiselle, toujours pas d’idées ?
-Mais qui êtes vous ? Cria t-elle ! Elle se trouva stupide de crier, elle était seule dans cette endroit.
-Voyons petite mademoiselle, tu ne me reconnais pas ?
Toujours cette voix avec ce stupide accent . Elle scruta l’endroit avec une plus grande attention. Mais personne a l’horizon. Seule et entendre une voix d’homme semble t-il. Et puis se faire appeler petite mademoiselle, quelle idiotie. La voix se mît a chuchoter, et la musique continua à résonner, les notes lui vrillaient le cœur, les larmes coulèrent sur ses joues.
-Mais quelle idiote, je pleure. Et puis j’écoute de la musique qui ne vient de nul part et je parle a quelqu’un qui a un accent canadien débile ! Je suis folle, complètement folle.
Le notes de piano obsédante, ce chuchotement permanent. La tête lu tourne, le soleil, le ciel bleu si intense. Étourdie par l’émotion, elle cligna trois fois des yeux pour chasser ce malaise. Et se retrouva par terre, irristiblement attirée par le sol. Le chuchotement continua.
-Tu es fatiguée petite Mademoiselle, allonges toi! L’herbe est si douce. Dors, dors petite mademoiselle.
-je ne dormirai pas. Marmonna t-ellle. Je ne veux plus dormir. Dormir, c’est un peu mourir.
-Mais a chaque réveil c’est un peu une renaissance. Non ? Une chance nouvelle.
-Je n’ai jamais eu de chance, et en me réveillant c’est toujours le même cauchemar. Ma vie est un cauchemar.
-Ma petite mademoiselle, je te montrerai que la vie est belle, rêves … Chuchota la voix.
Elle sombra dans un sommeil bercé par la musique. Le piano continua de jouer pendant son sommeil et la voix continua de chuchoter ses mots si apaisant, meme avec ce stupide accent canadien.
Dans ce sommeil, tout était plus intense, les couleurs, l’odeur de l’herbe fraîche, la chaleur d’un rayon de soleil sur sa peau, elle était dans un état de conscience altérée par ses sensations. Tout n’était que sensation. Mais dans cet univers il y avait une absence, quelque chose qui lui manquait presque. Une de ces choses avec laquelle elle vivait depuis si longtemps, la peur. Ici elle était en sécurité, la voix lui avait procurer ce sentiment.
-Réveilles toi, petite Mademoiselle. Elle ouvrit les yeux et commença par s’habituer à la lumière de ce soleil si intense, si chaud. Elle se sentait bien ici. Elle regarda autour d’elle, assise dans l’herbe au milieu d’une sorte de prairie immense, de l’herbe à perte de vue. Partout où son regard pouvait se porter, le vert se disputait l’espace avec le bleu du ciel. Une légère brise faisait flotter ces cheveux blonds. Elle caressa l’herbe de sa main, le vent doux faisait frissonner la verdure donnant une sensation de vague, un océan vert.
L’endroit sentait le printemps, pas un bruit, pas un son, hormis le son du piano .
-La clé, petite Mademoiselle ! Encore cette voix, toujours la même .
-La clé de quoi? Mais nom de Dieu de quoi parlez vous !
-La clé de sol? La clé du paradis? La clé de la vie? C’est fou le nombre de clé que la vie contient ! As tu la clé, petite Mademoiselle ?
Elle entendit un léger cliquetis, comme un trousseau de clés que l’on secoue. Elle chercha encore d’où le bruit provenait, rien a l’horizon.
-Mais où êtes vous? Qui êtes vous ? Hurla t-elle, en souriant car elle savait qu’elle criait dans le vide.
-Approches toi, petite Mademoiselle. Je saurai te guider. Écoutes ..!
La musique, toujours cette même mélodie, montât d’un ton. La fille ferma les yeux, et ce reconcentra sur les notes.
-Je l’entends mieux, je commence à la reconnaître- se dit-elle.
Toujours les yeux fermés et l’ouïe aux aguets, cherchant à localiser le piano, elle se releva et commença à marcher vers le lieu d’où provenait la musique. Enfin se fiant à son oreille, elle avançait dans cette prairie, nullement paniquée, sereine dans un lieu inconnu.
Le soleil était à son zénith et pourtant la température était agréable. Elle marcha longtemps sous ce soleil, combien de temps elle l’ignorait. Elle voulait juste trouver la source de la musique, cette musique qui lui rappelait le refuge qu’elle s’était créé grâce à quelques notes. Le piano comme un abris quand le bombardement d’amour commençait.
La musique semblait se rapprocher, elle se mit à courir sans s’en apercevoir.
Courir, courir toujours, et pour une fois pour ne pas s’enfuir. Une première dans sa vie. Courir pour aller à la rencontre de quelque chose d’heureux, cela elle le sentait. Une pensée lui traversa l’esprit aussi fugace qu’un battement d’aile de papillon -je suis bien, heureuse- elle rit tout en courant, le rire aussi était une nouveauté. Quel bien-être. Tout en courant elle leva la tête pour admirer le ciel, et rit encore plus fort, un fou rire de bonheur.
Les notes étaient plus fortes à présent, le soleil commençait à décliner. Elle fit une pause pour se repérer, elle en était sûr maintenant, elle prenait la bonne direction, peu importe la fatigue, la faim, elle était sur la voie. D’ailleurs la voix s’était tue depuis qu’elle courait. La voix a l’horrible accent canadien avait disparu. Mais elle s’en moquait, la musique jouait, de plus en plus fort, elle approchait du but, le cœur et l’esprit léger.
Elle courait à perdre a l’haleine, elle sentait son cœur battre très fort dans sa poitrine, elle sentait le vent, l’herbe. Elle respirait l’air pure de cet endroit, remplissait ses poumons comme un nouveau né qui pour vivre doit appendre à remplir ses sacs pleuraux. Elle était nouvellement née, une nouvelle fille, une naissance.
Elle touchait au but. La nouvelle petite mademoiselle allait trouver la clé. Dans ses pensées, elle ne vit pas le puit.
Dans sa joie elle tomba sans un cri, avec le sourire. Une chute vertigineuse sur des accords de piano. L’obscurité toujours plus profonde, le noir.
Le froid, la couleur dominante de sa vie, le noir, dense et froid.
-Non, je veux rester là! Rester là ! Vous n’avez pas le droit de m’enlever ça ! Merde j’ai droit au bonheur !! J’y ai droit.
Des larmes coulèrent le long de son visage. Elle continuait à crier, à se débattre. Mais la chute ne s’arrêtait pas, mais où allait elle atterrir. Elle entendit rire. Pendant sa longue chute, sa courte vie défilait devant ses yeux, mais un visage hilar apparu en dernier. Le visage de sa mere qui riait.

Quelque part en Italie, une jeune fille s’agita dans une chambre.
Comme d’habitude, un homme à son chevet, mimait le jeu de mains d’un pianiste.
Son opus préféré, une étude de Chopin opus 10 en Mi mineur, communément appellé “ tristesse”

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