Les versets sataniques – Salman Rushdie

Sur l’auteur

Ahmed Salman Rushdie est un essayiste et romancier britannique d’origine indienne, né à Bombay le 19 juin 1947. Son style narratif, mêlant mythe et fantaisie avec la vie réelle, a été qualifié de réalisme magique.

En 1981, il accède à la notoriété avec Les Enfants de minuit (Midnight’s Children) pour lequel il est récompensé du James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. Les Enfants de minuit a plus tard été désigné comme le meilleur roman ayant reçu le prix Booker au cours des 25 puis des 40 dernières années. Il écrit ensuite la honte sur l’agitation politique au Pakistan Objet d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini à la suite de la publication de l’ouvrage Les Versets sataniques, il est devenu un symbole de la lutte pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme religieux.

 

La Der

Un jumbo jet explose au-dessus de la Manche. Au milieu de membres humains éparpillés et d’objets non identifiés, deux silhouettes improbables tombent du ciel : Gibreel Farishsta, le légendaire acteur indien , et Saladin Chamcha, l’Homme aux Mille Voix. Agrippés l’un à l’autre, ils atterrissent sains et saufs sur une plage anglaise enneigée.

Gibreel et Saladin ont été choisis pour être les protagonistes de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal. Mais par qui? Les anges sont-ils des diables déguisés ? Tandis que les deux hommes rebondissent du passé au présent se déroule un cycle extraordinaire de contes d’amour et de passion, de trahison et de foi, avec au centre, l’histoire de Mahound, prophète de Jahilia, la cité de sable – Mahound, frappé par une révélation où les versets sataniques se mêlent au divin.

Salman Rushdie nous embarque dans une épopée truculente, un voyage de larmes et de rires au pays du bien et du mal, si inséparablement liés dans le cœur des hommes.


Entre les lignes

Les versets sataniques. Nous avons tous entendu parler de ce livre qui a valu à son auteur une « Fatwa » de l’ayatollah Khomeyni. On a tous vu les images de colère du monde musulman, les drapeaux brûlés, les manifestations et l’assassinat d’un éditeur. Nous avons tous entendu parler de cet auteur pourchassé de par le monde pour un roman.

Mais combien d’entre nous avons lu ce livre. Personnellement trois fois, à sa parution puis en 2001 et ce mois de janvier. Livre de circonstance, après l’affaire « Charlie Hebdo » et les rassemblements « #JeSuisCharlie ».

Salman Rushdie écrit  » le respect de la liberté d’expression ne peut exiger la tolérance de l’intolérable. Ce sont les idées qui sont néfastes, qui faut combattre. » Ce livre est un livre Accusation sur la religion et ces dérives. L’auteur se trouvant de confession musulmane, il va critiquer sa religion au travers de deux personnages.

Les deux personnages principaux sont les seuls rescapés d’un avion détourné par des terroristes qui l’ont fait explosé en plein vol au dessus de l’Angleterre, ils se réveillent échoués sur une plage enneigée. Recueilli par une vieille femme, leur vie a basculé. Tout d’abord Saladin Chamcha, indien anglecisé, et star du doublage appelée  » l’Homme aux mille voix » dans la profession, se transforme petit à petit en démon mi-homme mi-bouc, dans cette transformation il aura perdu sa femme, son travail. Chez Saladin l’homme se dispute avec le démon pour savoir qui aura le contrôle. Gibreel Farishsta célèbre comédien indien, lui se prend pour un ange. Il rêve et ces rêves sont écrits comme des feuilletons.

En premier, Il rêve de Mahound, homme d’affaire de la célèbre cité de sable à qui il donne des conseils à suivre comme un  » archange de la Visitation », sous forme de versets. A chaque fois que Mahound rencontre des problèmes avec ces « fidèles », Gibreel lui donne le verset adéquat. Mahound le prophète de la Soumission, le nom donné à sa nouvelle croyance, à des soucis car il a une femme dans chaque ville qu’il visite, l’archange lui permet grâce à un verset la polygamie. Dans ce rêve nous reconnaissons bien sur Mahomet le prophète. Dans un autre rêve, Ayesha emmène des villageois faire le pèlerinage à la Mecque même s’il faut risquer sa vie, en traversant  » la mer d’Arabie ». Pour convaincre les villageois récalcitrant, elle les menace que Dieu brûlera leur récolte s’ils ne la suivent pas.

Salman Rushdie au travers de ses épisodes nous montre que bien souvent la religion sert de justification aux hommes pour les asservir, même au péril de leur vie. Ayesha, elle représente plutôt la tendance dur de la religion car il faut pour vivre sa foi pleinement pouvoir donner sa vie a Dieu. L’auteur dénonce ainsi de manière nette les radicaux de sa religion.

Livre accusation. « les romans ne suppriment pas les règles, mais posent des question » écrit-il . Ce livre remet en question la religion musulmanne parfois de manière drôle, et parfois amer où finalement les  » pèlerins  » sont retrouvés tous noyés par exemple et où le prophète Mahound après une discussion sur une montagne avec « l’archange Gibreel  » interdit que les « hommes petent » . Livre blasphématoire, critique virulente des religions où finalement les prophètes ne sont que des hommes cherchant le pouvoir.

L’auteur dénonce l’élitisme, la répression des femmes, l’intolérance et la violence. « La foi religieuse, qui exprime les plus hautes aspirations de l’espèce humaine, est aujourd’hui, dans notre pays, la servante des instincts les plus bas et Dieu est la créature du Mal « 

Roman fleuve qui dans le style de Saul Bellow déroute volontairement les lecteurs. Les personnages sont un peu excentriques, souvent spectateur de leur époque, jetant un œil critique sur nos société, on voyage au travers de leurs pensées, oscillant entre le Bien et le Mal. Gibreel qui se prend pour un ange se retrouve finalemnt être un malade atteint de schizophrénie, et le démon Saladin porte la mauvaise conscience de n’être qu’un étranger dans son pays d’adoption, l’Angleterre et un mauvais fils car il a abandonné son père et sa culture pour être un parfait anglais. C’est le poids de cette situation qui le rend malade, il est rongé par le remord. Une fois en paix avec lui-même , il retrouvera son humanité. Gibreel retrouvera la réalité lui-aussi, à sa manière.

Je ne vais pas m’étendre sur les différentes allégories et fables de ce roman, on pourrai en écrire des pages.

Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ce roman subtil, du comique au tragique, on se laisse porter par le style si déroutant et désorganisé de Salman Rushdie. Découvrez les talents de conteur hors pair d’un auteur majeur de notre siecle. Cette critique lui a valu la peine de mort, preuve que les mots sont les seuls armes que les fous de Dieu, les tyrans et dictateurs craignent. Je suis un inconditionnel de Salman Rushdie sa prose me rappelle les contes des milles et une nuit, tradition millénaire que peu d’auteurs savent manier, voyage dans un monde symbolique où le rêve le dispute au réel.

Très bonne lecture…

La satyre dernière arme de destruction massive.

« Au nom de Dieu tout puissant. Il n’y a qu’un Dieu à qui nous retournerons tous. Je veux informer tous les musulmans que l’auteur du livre intitulé Les Versets sataniques, qui a été écrit, imprimé et publié en opposition à l’Islam, au prophète et au Coran, aussi bien que ceux qui l’ont publié ou connaissent son contenu, ont été condamnés à mort. J’appelle tous les musulmans zélés à les exécuter rapidement, où qu’ils les trouvent, afin que personne n’insulte les saintetés islamiques. Celui qui sera tué sur son chemin sera considéré comme un martyr. C’est la volonté de Dieu. De plus, quiconque approchera l’auteur du livre, sans avoir le pouvoir de l’exécuter, devra le traduire devant le peuple afin qu’il soit puni pour ses actions. Que Dieu vous bénisse tous. »

— Rouhollah Musavi Khomeini