Plongé en enfer : Dernier Jour sur terre – David Vann

Sur l’auteur

Montpellier 2010

David Vann en 2010

David Vann est né en 1966 sur l’île Adak, en Alaska. Il est l’auteur de Sukkwan Island, prix Médicis étranger 2010, traduit dans plus de cinquante pays. Il partage désormais son temps entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande.

 

 

 

 


La Der

14 février 2008. Steve Kazmierczak, 27 ans, se rend armé à son universités. Entre 15 h 04 et 15h 07, il tue cinq personnes et en blesse dix-huit avant de se donner la mort. À 13 ans, David Vann reçoit en héritage les armes de son père, qui vient de mettre fin à ses jours. Quels itinéraire a suivi le premier avant de se faire l’auteur de se massacre? Quel parcours devra t-il emprunter pour se Liberer de cet héritage? L’écrivain retrace l’histoire de Kazmierczak, paria solitaire, comme tant d’autres. Comme lui par exemple qui, enfant, se consolait en imaginant supprimer ses voisins au Magnum.

Dans une mise en regard fascinante, l’auteur plonge dans la vie d’un tueur pour éclairer son propre passé, illuminant ainsi les coins obscurs de cette Amérique où l’on pallie ses faiblesses une arme à la main.




Entre les lignes

 » Je suis vraiment désolé, dis-je. Je n’ai encore jamais fait ça et je crois que je ne le referai jamais.

Et c’est la vérité. Cette histoire était glauque et je n’ai aucune envie de mener à nouveau une telle enquête. »

L’auteur mène une enquête sur un fait réel, la folie meurtrière d’un jeune homme de 27 ans qui a tué cinq élèves et blessé dix-huit autres avant de se suicider à la Nothern Illinois University le jour de la Saint-Valentin 2008. Qui était Steve Kazmierczak? Pour le magazine Esquire, David Vann a obtenu un accès complet au dossier de mille cinq cents pages de la police. Enquête menée sur de nombreux mois et qui interroge l’auteur sur son propre passé. Steve et David deux adolescents des banlieues américaines. Steve Kazmierczak est élevé par une mère insomniaque qui regarde des films d’horreur et un père dépressif, un grand père alcoolique. Collégien délinquant, il fabrique des bombes, tire avec un fusil à plomb sur des voitures, cultive un racisme ordinaire de banlieusard. Spirale infernale. Diagnostiqué bi-polaire, il alterne hospitalisation et traitement médical qui lui font prendre du poids et lui donne de l’acné. Il y a aussi sa sexualité qu’il n’assume pas, des amis à lui rapporte les agissements de Steve avec son carlin, il aurai, outre les violences exercées ( il lui a mis le feu au poil, le balance souvent contre les murs), sodomiser son chien. Moqueries de ses camarades « ce jour là Steve a perdu tout ses amis » raconte Mark son meilleur ami. Steve commence a se cacher, à mener une double vie. Au lycée il devient gothique et baigne dans la musique de Marylin Manson  » what if suicide kills « . D’ailleurs le livre tire son titre des paroles d’une chanson de ce chanteur :

I’ m just a boy, playing the suicide king. Your world was killing me. Nothing heals. Nothing gros. We used to love one another. My prescription’s low. The world is ugly now. I want to disapear. Our skin is glass. Yesterday was a million years ago. I know it’s the last day on earth.

Que font les parents écrit Vann : « Ils ont peur de leur fils ».

20 avril 1999 , une révélation pour Steve , la tuerie de Columbine. Dix-sept minutes d’horreurs. Les deux adolescents ont pris le contrôle de leurs vies. Il va faire pareil. Et puis en 2007, la tuerie de Virginia tech ou un jeune étudiant de 23 ans Cho Seung-hui, tuera 30 personnes dans une universités avant de se suicider. Il se passionnera pour son histoire, recherchera les signes qui pourraient les rapprocher. Ces deux tueries vont avoir un rôle important dans sa vie.

Reprendre le contrôle, fini les médicaments, très bon élève a l’école, une fiancée Jessica à qui il confie ses soucis psychiatriques, des amis pour le côté pile. Le côté face, une sexualité débordante via des sites de rencontre, une véritable passion pour les tueurs de masse, l’obsession des armes, il les collectionne. Et puis les études qu’il ne finit pas, les boulots qu’il ne garde pas et ces troubles psychiatriques qui reprennent le dessus. Les angoisses, l’envie d’en finir.

Toujours Manson, et ces maîtresses dont Kelly avec qui il aura une relation suivie et un échange de mails conséquent où sous forme de plaisanterie il crache sa haine. Un jour n’a t-il pas dit au lycées « j’adore l’école parce que j’adore étudier. Mais je déteste l’école à cause de tous ceux qui sont avec moi en cours. Je déteste tout le monde. »

Toujours les jeux vidéo violents, call of duty 4, GTA, Doom , passion qu’il partage avec son meilleur ami Mark et Kelly sa maîtresse.

L’achat d’arme, les même que Cho Seung-hui.

L’auteur après son enquête ne sait pas pourquoi il passera à l’acte, le facteur déclencheur. Il a interrogé ses personnes proches, les policiers en charge de l’enquête, sa famille et le mystère demeure. Pour Jessica, Mark et Kelly, Steve était l’ami, le compagnon idéal. Son geste est resté incompréhensible.

 

L’auteur, David Vann, aurai pu prendre le même chemin, à treize ans après le suicide de son père à l’arme à feu, il reçoit toutes ses armes, des carabines, des pistolets dont un Magnum. Livré à lui-même, le petit David joue à tirer avec ses armes sur des lampadaires, sur le chien des voisins. Premier contact avec les autorités car dénoncé par un voisin plus jeune que lui, David ne faisant plus confiance a personne mène une double vie comme Steve. Solitaires à l’école, pas d’amis, honteux de ses petites amis qu’il qualifie de « moche » , il cache sa sexualité. Les destins se mêlent jusqu’au lycée, là où Steve est plus que jamais enfermé dans ces deux vies, isolé devenant de plus en plus paranoïaque, David lui s’en sort grâce à une rencontre. Un ami de lycée qui l’emmène dans son atelier de théâtre où il doit prendre la parole dans un exercice d’improvisation libre. Les mots sortes, lui font du bien, racontés son histoire, le suicide de son père alors qu’il avait caché à tout le monde cette vérité. Cette parole libérée ne doit rien au hasard si David Vann n’avait pas eu l’envie d’adhérer pleinement à ce groupe, il est probable qu’il aurait pris le même chemin selon ses dires.

Combien d’adolescent aux États Unis sont sous traitement médical, prozac ou autres, et qui manipulent des armes. Quand il faut seulement payer dix dollars et remplir un formulaire simple pour avoir une arme, il n’y a pas d’enquête , juste une déclaration sur l’honneur et un gamin comme Steve ont une ou plusieurs armes.

Formulaire de port d'arme

Roman, autobiographie, biographie, autopsie d’un tueur, d’une société américaine qui est une fabrique de tueur. Les armes en ventes libres, les enfants élevés avec une arme à la main. Cette société violente centré sur l’individu et non sur la société. C’est toute la société américaine que David Vann convoque au tribunal de sa plume et nous jurée à ce procès nous ne pouvons rester insensible à ce réquisitoire. Ce panneau « Les armes sauvent des vies » peut on lire sur la route qui mène à l’université de l’horreur.

 

Excellent livre qui en remontant à la genèse d’une vie nous éclaire sur l’œuvre d’un auteur.

A lire pour comprendre que le mal réside en nous.