La petite tricheuse partie 1

Partie 1

Un soir je la pris par la main. Petite main froide.

Un soir, je pris sa soeur par la main, de mémoire elle s'appelait Elisabeth , une âme torturée remplie d'incompréhension. Une âme lourde de secrets familliaux, d'une mère un petit peu dérangée, habitée par la haine contre les hommes.

Les hommes, Elisabeth en avait connus beaucoup au cours de sa jeune vie : rencontre d'un soir, promesse de plaisir contre une dose d'héroïne. C'est tout ce qu'elle pouvait offrir. L'héroïne d'une vie, ce n'était pas elle. Avant la drogue, il y avait ce père qu'elle aimait passionnément, son héros. Et puis son héros est partie laissant cette petite fille sans amour, abandonnée. Enveloppée dans son drap de solitude, la nuit elle pensait qu'elle pouvait voler pour rejoindre son père. Mais les petites filles ne savent pas voler. En grandissant elle apprendrait, c'était une promesse faite à la photo de son père, c'était Tout ce qu'il en restait une photo en noir et blanc. Après plusieurs échecs, de crash retentissant, cette pilote d'essai à trouver la personne qui lui apprendrai à voler. Un garçon, rencontré pendant une fugue à treize ans. Il en avait quinze, lui aussi, enfant en manque d'amour, refusant la pesanteur de sa vie, il était un vrai pilote, il savait s'arracher à la gravité, un véritable cosmonaute, l'espace dans les veines.

Ma mémoire parfois me fait défaut, j'ai tant de noms, de visages que j'ai accompagné que parfois je mélange, il ne faut pas m'en vouloir, l'âge n'aide pas. Ce garçon s'appelait Stéphane, c'est cela. Oui, Stéphane le cosmonaute, quinze ans et le roi de la voltige en immobilité. Elisabeth et lui vivaient de rien, petits vols à l'étalage, mendicité, petites combines. La vie libre exempt de pesanteur, ils habitaient dans la rue, ou dans des squats. Les lieux, le temps n'avaient aucune importance ils volaient, parfois si haut qu'Elisabeth était prise de vertige, elle se mettait à trembler de peur, tout devenaient menaçants, elle avait peur et restait prostrée pendant des heures, sur le sol, pensant qu'elle allait mourir sans avoir pu rejoindre son père. Il y avait des jours où poursuivant son but, elle se sentait vide de force, sa vie sans issue, voler ne semblait pas la bonne solution pour rejoindre la chaleur de l'étreinte d'un père. Stephane lui continuait ces vols et augmentait l'altitude, et puis un jour il volait tellement haut qu'il en a oublié de redescendre, suspendu dans le ciel, sa vie s'arrêta laissant Elisabeth seule, encore plus seule. Fuir la solitude, trouver des bras aimants, une dose d'amour. Donner son corps pour un soupçon de sentiments, une larme d'amour. A cette époque, elle en versait beaucoup des larmes, enfin de compte elle décida de retrouver les premiers bras qui l'avait serré, les bras d'une mère.

Sa mère, rongeait par la haine pour cet homme, ce salaud qui l'avait laissé avec deux filles sur les bras. Une petite fugueuse de 13 ans, qui se faisait régulièrement arrêter par les flics, qui se droguait. Jamais un mot doux pour sa mère, et pourtant pour les nourrir elle en avait fait des sacrifices, elle s'était même une fois prostitué pour avoir assez d'argent pour acheter du lait pour la petite dernière, aucune reconnaissance. La,police l'avait encore appelé, Elisabeth était retrouvé à Paris Gare du Nord, pas la porte à côté en plus. Et ces flics qui ne pouvaient pas la ramener à la maison. Elle est comme son père, ce bon à rien. Elle l'avait prévenu pourtant, -« arrêtes de fumer »-, combien de fois elle avait prononcer cette phrase. -« Tête de mule, cancer et hop un enterrement à mes frais en plus ! Bon a rien, tout ces hommes »- un vrai leitmotiv, le mantra de sa vie, les hommes et la haine qu'elle leur vouait. Les hommes, elle leurs ferai payer à tous sa solitude, toutes les privations qu'elle a endurée. L'addition va être lourde, se dit-elle en chemin pour récupérer cette petite salope d'Elisabeth.

Les noms me quittent encore, ne m'en veuillez pas mais le prénom de la mère d'Elisabeth m'échappe, c'est peut être dû à la noirceur de son cœur. Cette noirceur et ce froid, ce cœur lourd de haine, devrait s'arrêter de battre. Consumée de haine, cette mère était morte de n'être jamais aimée à sa juste valeur, enfin le croyait t-elle. Son mari, ses enfants, personnes ne l'aimait vraiment pour ce qu'elle était, on l'aimait pour ce qu'elle donnait, maintenant elle ne donnerai plus rien, tant pis pour eux. En l'occurence, ces filles en faisaient les frais..

Elisabeth attendait une étreinte de mère, un baiser sur la joue, une caresse, un mot de celle qui l'avait mise au monde. Oui, une caresse douce et simple. Si contente de la voir apparaître, Elisabeth ouvrit grand ses bras et son cœur, des larmes coulaient de ses yeux cernés par tant de nuit passée dans la rue, elle ferma les yeux pour ressentir pleinement la chaleur maternelle. Elle se retrouva à terre, la joue en feu, l'amour maternel prend différentes formes, celle-ci en est malheureusement une. Une gifle comme preuve d'amour, une marque rouge et brûlante comme marque d'attachement. Elisabeth est perdue, pourquoi la priver d'amour, pourquoi si peu d'amour.

Une nuit à pleurer, sa petite soeur de cinq ans dans les bras, cette soeur qui ne comprend pas les pleurs de sa soeur, après tout maman lui disait je t'aime comme à elle, de la même manière. Cela faisait mal au début mais on s'y habituait. Depuis le temps qu'Elisabeth connaissait sa mère, pourquoi réagir comme cela à une marque d'attention.

Myriam, Attendais oui c'est son nom, Myriam était la préférée de sa mère, une âme simple , la digne fille de sa mère. Un petit peu effacé comme fillette par rapport à Elisabeth la tourmentée. Myriam qui faisait de ces poupées, des bébés aux yeux arrachés, des membres disloqués. Myriam n'avait aucun ami de son âge, sa mère ne lui permettait pas, sa vie se résumait à essayer de trouver sa soeur dans tout Paris avec sa mère, et de supporter les trop grandes marques d'amour maternelles. Son papa était parti et voilà tout, et il fallait ce méfier de tout les papas du monde, ils faisaient toujours du mal aux femmes, règle que sa mère lui avait inculqué.

Pauvre Myriam qui reproduira le schéma maternel. Sa mère ne sortira jamais de sa vie.

Revenons à cet instant où deux petites filles dormaient dans l'unique lit de la chambre d'enfant. Deux fillettes déjà secouées par les nombreux séismes de la vie, blotties l'une contre l'autre, elles essayaient de résister aux tremblements de leurs vie.

Trop de répliques pour cette frêle écorce humaine qu'était Elisabeth, elle se brisait intérieurement, l'âme fendue, le bonheur brisé, la vie s'enfonçant dans une cavité ouverte dans le centre de la terre pour l'absorber, et ne faire qu'une avec la terre mère.

La terre cette mère nourricière, chaude en son cœur , la seule qui va l'étreindre avec douceur. Elle ne volerait plus car maintenant elle avait compris que la vie s'arrêtait et que la terre la recouvrait. L'âme des Slaughter était trop lourdes pour pouvoir rejoindre le ciel, elle restait dans la terre. Elle allait retrouver son père enfin.

Quinze ans de vie cela peut être long pour une enfant trop fragile, très long pour une âme qui n'est pas roseau, mais plutôt oiseau. Elisabeth avait l'âme d'un oiseau, elle voulait voler trop haut, trop frêle elle fut balayer comme Stéphane son cosmonaute.

Je me rappelle l'avoir emmenée un lundi après midi. Laissant Myriam seule, sans défense. Elisabeth a voulu rejoindre cette terre, c'était son choix. Sa mère a craché sur la tombe de sa fille en criant – Salope- .

Pour sa soeur Elisabeth serai une salope, une sale petite salope de droguée fugueuse.

Myriam cinq ans ne comprenait pas tout cela, sa soeur l'avait laissé, abandonnée. Elle ne pouvait plus se blottir quand sa mère l'aimait un peu trop.

Qu'allait t- elle devenir..

Myriam Slaughter cinq ans, je me rappelle de celle ci car je l'ai rencontré maintes fois. A chacune de nos rencontres, elle m'observait, moi et mon costume trois pièces sombres, on se souriait et a chaque fois elle réussissait à s'enfuir. Étrange fille que cette Myriam.

Élevée par sa mère, rompue à la nouvelle religion -les hommes sont tous des cons, il faut leur faire payer.-. Étrange religion où Myriam a vu se succéder tant de papas sur l'autel de la haine des hommes que sa mère avait Bâtie. Sa mère avait de nombreux amants, se faisait entretenir, il faut dire que c'était une belle femme, brune, les yeux bleus aciers, une silhouette avenante et sachant mettre en avant sa poitrine généreuse. Toujours bien apretée, maquillée et parfumée, cette femme respirée la volupté mais c'était avant tout un piège à budget. Son mantra en tête, elle chassait le mâle. Il fallait qu'il soit riche et marié pour pouvoir avoir un moyen de pression, et lui faire payer! Un jeu dangereux surtout quand par malheur la nature vous fait un clin d'œil. Trop distraite par sa quête, obnubilée par sa haine, elle en oublia sa pillule. Le Monsieur en question s'appelait Bruno, un petit mafieux qui s'était fait un nom dans le milieu en tuant un parrain local. Une figure du bandit a l'ancienne le Bruno. Pas très beau, beau parleur, un caractère bien trempé, grand seigneur avec les femmes. Les femmes et Bruno tout une histoire, c'était un séducteur le Bruno, les origines italiennes sûrement. Mais maintenant Bruno était papa d'une ravissante petite fille, encore une, prénommée Virginie. La mère de Myriam de nouveau maman pouvait espérer une vie meilleure aux côtés de Bruno. Une nouvelle famille, une nouvelle chance. Et puis il était en pleine forme, pas de risque qu'il parte prématurément, et puis Elisabeth la rebelle était partie depuis longtemps, pas de souci avec Myriam cette petite décidément trop sage. La vie allait être belle.

Au début tout allait bien, le nouveau papa était attentionné même pour Myriam, ils ne manquaient de rien, elle pouvait continuer à démembrer ses poupées et à explorer son intimité. Sur le plan de l'exploration elle était en avance sur bien des filles de son âge. A dix ans, elle explorait l'intimité des garçons de sa classe, à onze elle connaissait aussi bien celles des filles que des garçons de sa classe. Myriam commençait à se perdre comme jadis sa soeur Elisabeth, l'une la drogue, l'autre en digne fille de sa mère le sexe.

Myriam grandi dans l'ombre de sa mère, cela ne l'embêtait pas. Le nouveau credo maternel, la liberté ma fille, soit libre, amuses toi. Ne fais pas comme moi, coincée avec une fille conçue trop tôt. Toujours Elisabeth, la bête noire de la famille recomposée. Sujet tabou, pour parer à tout problème la petite Elisabeth n'était pas morte mais avait fuguée, sans nouvelle depuis si longtemps la maman était tellement malheureuse qu'il ne fallait pas en parler. Myriam à la santé mentale fragile, avait cru sa mère quand elle commença à inventer cette histoire. Le lendemain de l'enterrement sa mère avait commencé son travail de négationniste de l'histoire familiale.

Myriam a subit quinzaine ans de négationnisme de sa propre histoire, elle a appris à détester sa soeur, qui l'avait abandonnée avec sa mère pour rejoindre un garçon , sa mère pouvait lui en vouloir, elle avait de bonnes raisons.

Le temps passe, Bruno reprends ses habitudes de séducteurs, de fille en femme, il passe son temps dans leurs lits et oubli la mère de sa fille. Cette mère qui lui fait des scènes alternants coup de gueule et pleurs. Cette femme qu'il trouve toujours jolie mais que le froid de son cœur, la noirceur de son âme, lui font peur maintenant. Les crises sont violentes, les portes claquent. « -il va payer, encore un qui va payer !! », la haine si présente en cette femme, à croire qu'au cours de toutes ces années la haine à remplacer le sang dans les veines de cette mère qui n'en a que le nom.

Un soir de décembre Bruno quitte la vie familiale dans un claquement de porte. Il quittera la vie dans un claquement de revolver, une fille de trop.. Je me rappelle de Bruno et de son âme, une âme d'enfant, légère et amusante. Il prenait la vie comme un jeu. Quand je l'ai emmené, il avait encore en tête la douceur de la peau d'une femme. Sacré Bruno.

Myriam vingt ans, s'occupe de sa petite soeur, virginie et travaille comme assistante dentaire. Elle est fiancée à un garçon qu'elle aime à la folie mais qu'elle surveille comme le lait sur le feu, tellement peur qu'il parte, qu'elle se retrouve encore une fois abandonnée. Jalouse à l'excès. Elle l'étouffe d'amour, car elle a appris à aimer comme ça. Pauvre petite, si peu sûr d'elle même, si peu sûr de mériter de l'amour. Myriam a peur. Impatience, intranquille, angoisse d'abandon, sentiments envahissants toute sa vie. Elle crie souvent sur son fiancé, pas pour l'effrayer juste pour lui rappeler de ne pas la laisser seule. Comme chaque fois, le fiancé n'avait qu'une idée en tête comment partir. Oui partir, Sébastien ne pensait qu'à ça, il avait déjà essayé, mais Myriam rentrant dans une fureur qu'il n'avait jamais connu avait menacé de le tuer couteau de cuisine en main. C'est un garçon bien bâti, sportif mais il y avait chez lui une faille, trop d'empathie. Sa Myriam avait déjà beaucoup souffert, sa mère lui avait raconté les déboires des femmes de la famille, il ne pouvait se résoudre à la laisser seule, pauvre cherie. De crises de larmes en crise de nerfs, de cris en hurlement, l'amour des premiers jours s'éteignait. Sebastien s'en alla finalement, laissant Myriam dans l'effroi de sa condition de femme abandonnée. Sa mère avait raison, tous les même, les hommes faut leur faire payer, la religion maternelle avait une vraie fidèle.

En dépression perpétuelle, d'hospitalisation psychiatrique en maison de convalescence, Myriam naviguait dans une vie aseptisée par le prozac. Bien sûr pendant les périodes d'hospitalisation sa mère venait lui donner la messe, les hommes, encore les hommes toujours les hommes. Merci maman , oui ma petite fille remercie ta mère.

Perdue, Myriam retournait à ses vieilles pratiques, le sexe partout tout le temps, avec n'importe qui, beaucoup d'homme, un peu de femmes. A deux, à plusieurs. Pas de plaisir, juste la recherche de bras pour se réfugier, se blottir comme dans les bras de sa soeur qui l'avait abandonner lâchement. Bien sur elle ne pouvait plus travailler, elle était en maladie. Depuis longtemps, notre petite Myriam était en maladie, sa vie était une maladie.

Je l'ai vu devenir maman, la petite Myriam. Maman d'une ravissante petite fille qui allait porter le prénom de sa grand mère. Oui effectivement pour certains enfants la vie n'est qu'une maladie dont la famille est l'agent pathogène. Myriam tomba enceinte pour coincer un homme, lui faire payer son désir de la quitter. Mais voilà, l'homme en question était déjà marié et papa de deux beaux garçons, Myriam n'ignorait rien de la situation, mais ce besoin d'amour était si pressant, elle aimait cet homme au caractère aimable qui lui avait promis de tout lâcher pour elle, promesse d'oreiller faite a l'aube d'un amour naissant. Son ventre s'arrondissait et l'homme la fuyait, peur, fureur mêlées, Myriam harcela la famille de l'homme. Pris au piège et sur les conseils avisés de son avocat, il l'a menaça d'un procès et au vu de ses antécédents il serai difficile de la defendre. Le bébé lui était venu en tête comme une évidence, on abandonne pas une femme qui va donner la vie, mythologie typiquement familiale. En réalité le bébé fut la goutte qui fit déborder le vase. Plus de numéro de téléphone, un papier du juge qui lui interdit de contacter et d'approcher l'homme sous peine d'une lourde amande.

Un bébé cadenas, un bébé prison.

Mais laissons Myriam savourer ce moment de bonheur. Ils sont rares ces moments dans la famille Slaughter.